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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 13:27
Hier, nous étions à la Pinacothèque Nationale. Aujourd’hui, nous avons décidé d’aller voir à la Galerie Municipale ce qui y est exposé. Nous arrivons devant ce beau bâtiment néoclassique construit en 1834 par l’architecte danois Christian Hansen. Selon la plaque, il n’y a aucune raison que ce soit fermé, mais ça l’est. Or, il y a de la lumière à l’intérieur, il doit bien y avoir quelqu’un. Près de la porte, une sonnette. Un type vient ouvrir. Ah, c’est à cause des travaux, tout a été transféré dans deux salles provisoires, dans la rue, là, pas bien loin, et à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. Cette pinacothèque recèle environ 3 000 œuvres, quasiment toutes d’artistes grecs contemporains, même si la plupart sont morts maintenant. La décision d’ouverture a été prise sur le papier par le conseil municipal en 1914, mais les premières collections ont commencé à être acquises et exposées en 1923, l’essentiel étant acquis entre 1930 et 1940 dans des galeries privées ainsi que lors des expositions panhelléniques de 1938, 1939 et 1940.
 
Là encore, il y a de très belles œuvres. Pour être raisonnable, j’en ai sélectionné seulement 20. La galerie n’indique presque jamais la date de réalisation du tableau, or j’avais décidé de les classer par date. Je me réfère donc à la date de naissance de l'artiste, comme significative (pas toujours, d’ailleurs) de son époque de référence. Je sais, c’est un choix arbitraire, mais quel choix ne l’est pas ?
 
775a Gerasimos Vokos, Rue de Paris
 
Ce tableau, intitulé Rue de Paris, est de Gerasimos Vokos (1868-1972). Si les dates indiquées par le musée sont exactes, il a vécu 104 ans. Paris n’est pas pour lui une ville de passage, il y a vécu, y est mort et y est enterré.
 
775b1 Dimitrios Geraniotis, La Fille aux coquelicots (1948)
 
Il nous est arrivé avec Natacha, en sillonnant le Péloponnèse, en visitant la Crète, de nous faire la réflexion qu’en Grèce les coquelicots étaient d’un rouge plus éclatant qu’en France, et que cela n’était pas dû à l’éclat du soleil puisque c’était vrai même à l’ombre ou au crépuscule. Cette Fille aux coquelicots (1848) a été peinte par Dimitrios Geraniotis (1871-1966), un artiste athénien il est vrai, et non du sud du pays, mais il a bien rendu le brillant des fleurs en arrière-plan de la jeune fille dont la robe blanche et la peau transparente se détachent pour donner vie au tableau.
 
775b2 Spyridon Vikatos, L'Aveugle (1931)
 
Spyridon Vikatos (1878-1960) a peint ce tableau, L’aveugle, en 1931. La bouche de la femme est fermée, je ne sais si elle fait la lecture du journal à voix haute pour l’aveugle, mais lui est rendu de manière admirable par la façon dont il pose sa main sur la table, par son regard vide quoique le peintre se soit judicieusement dispensé de lui représenter un œil vitreux, par la tristesse de son visage dont les pensées sont tournées vers l’intérieur, par sa canne inutile puisqu’il est assis. Et cet homme aux traits émaciés contraste avec la femme, plus jeune et bien en chair.
 
775b3 Theophrastos Triantafyllidis, Procession pascale
 
Nous passons à un genre totalement différent avec cette Procession pascale de Theophrastos Triantafyllidis (1881-1955). L’homme sur le pas de sa porte à gauche, la femme avec son enfant sur les bras à droite, donnent relief et perspective au tableau tout en donnant vie à la scène.
 
775c1 Sophia Laskaridou, Pandore
 
Le peintre, Sophia Laskaridou (1882-1965), a appelé son tableau Pandore. On s’en souvient (j’en ai parlé dans mon article du 29 octobre dernier), Prométhée avait façonné l’homme avec de la glaise, tout comme la Genèse, le premier livre de la Bible, raconte que Dieu a façonné l’homme (l’homme, ce qui se dit Adam dans la langue de la Genèse), puis avait volé le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Zeus, fort mécontent, décide de se venger. Il charge Héphaïstos de créer la femme, de la même façon, avec de la glaise, puis Athéna donne la vie à ce modelage. C’est Pandore. La déesse lui enseigne ensuite les arts réservés aux femmes, notamment le tissage, et l’habille. Ce qui n’explique pas pourquoi, quand Sophia Laskaridou la peint, elle la montre nue. Des dieux, elle reçoit tous les dons, y compris de la part d’Héra la curiosité. Et Zeus lui remet une jarre (même si la tradition parle de la "boîte" de Pandore, toujours représentée par les peintres) en lui interdisant de l’ouvrir. Il y avait enfermé tous les maux, depuis la vieillesse jusqu’à la passion, mais aussi l’espérance. Pandore l’ignorait mais, à cause de sa curiosité reçue d’Héra, elle décide de l’ouvrir. Aussitôt, tous les maux s’en échappent et se répandent sur l’humanité. Tous les maux, mais aussi l’espérance. Voilà quel est le sujet représenté ici. Dévorée de curiosité, mais regardant si elle allait être vue commettant son indiscrétion, elle tient le coffret, une main sur le couvercle.
 
775c2 Georgios Bouzianis, La Manche à Dieppe (1930)
 
C’est en 1930 que Georgios Bouzianis (1885-1959) a peint cette aquarelle représentant La Manche à Dieppe. Elle fait partie de ma sélection parce qu’esthétiquement elle me plaît assez, mais en fait je n’y retrouve pas la sensation que me procure le ciel de Dieppe. L’atmosphère de la ville et du port non plus, mais cela n’est pas significatif parce qu’entre l’année 1930 et les années d’après-guerre (je connais Dieppe depuis les années 50), cela a pu beaucoup changer.
 
775c3 Fotis Kontoglou, Laocoon (1938)
 
Hier à la Pinacothèque nationale, nous avons vu une grande fresque faussement ancienne peinte en 1932 par Fotis Kontoglou dans sa maison privée. Ici, j’apprends que, professeur à l’école des Beaux-Arts, il l’avait peinte avec la collaboration de deux de ses élèves. Nous le retrouvons ici dans cette représentation de Laocoon (1938). Le sujet est célèbre. Une sculpture antique représente Laocoon et ses deux fils tentant de se débattre contre des serpents qui les prennent dans leurs anneaux. Il y en a des reproductions un peu partout, par exemple dans le parc du château de Versailles où, adolescent, j’avais été surpris par le sujet et, rentré à la maison, j’en avais recherché l’histoire. Depuis, j’ai eu l’occasion de la lire directement dans le texte, chez Virgile. À l’instigation de "l’industrieux Ulysse", "polymetis Odysseus" comme l’appelle Homère, les Grecs ont construit un énorme cheval de bois dont ils ont en cachette rempli le ventre de guerriers, puis ils l’ont abandonné sur la plage, non loin de Troie, comme s’ils s’étaient rembarqués en reconnaissant leur défaite. Les Troyens pensent qu’il s’agit d’un signe de paix, mais Laocoon, le prêtre de Poséidon, leur enjoint de se méfier. "Timeo Danaos, et dona ferentes", dit-il dans une phrase passée à la postérité "Je crains les Grecs, même quand ils apportent des cadeaux". Mais il n’est pas cru. Alors qu’en présence de ses deux fils, il sacrifie sur l’autel du dieu, deux énormes serpents sortent de la mer et, "horresco referens" ("je frémis d’horreur en le racontant", autres mots de Virgile entrés dans notre langue), étouffent d’abord les deux jeunes gens malgré les efforts de leur père pour les dégager, avant de s’en prendre à Laocoon lui-même. Interprétation très renouvelée du sujet par Fotis Kontoglou, après El Greco qui l’avait aussi interprété de manière très personnelle. Avant de passer à la suite, un mot des dates de Kontoglou. La Pinacothèque Nationale le fait naître en 1896 et mourir en 1965, tandis que la Galerie Municipale, qui donne la même date pour sa mort, le fait naître un an plus tôt, en 1895. Intrigué, j’ai un peu cherché sur Internet. Wikipédia se contente de noter 1895 assorti d’un point d’interrogation. En fait, il semblerait que l’état civil d’Ayvalik, dans la Turquie d’Asie, soit très vague parce que ne signalant que l’année exprimée dans le calendrier musulman, lequel est à cheval sur deux années grégoriennes. C’est néanmoins très étonnant, parce qu’en 1922, lorsque les Grecs de Turquie ont dû se replier dramatiquement sur leur mère patrie, Kontoglou est arrivé en pays chrétien, où il a dû déclarer une date de naissance précise dans le calendrier julien (la Grèce n’a adopté le calendrier grégorien qu’en 1923, mais la correspondance des dates s’est faite aisément). Il est mort à Athènes, il doit y avoir été enterré avec une plaque sur sa tombe. Hélas, j’ignore où est sa tombe.
 
775d Aginor Asteriadis, Jardin potager (1945)
 
Je suis conscient que ce tableau, réduit aux dimensions de mon blog, est assez peu lisible. Mais en montrer un simple détail n’aurait pas grand sens, vu le sujet. Aginor Asteriadis (1898-1977) a peint ce Jardin potager en 1945.
 
775e Aglaia Papa, Fille à la fenêtre
 
C’est une femme, Aglaia Papa (1904-1984) qui a peint cette Fille à la fenêtre. Un sujet qui a aussi été traité par Salvador Dali, tout simple, et justement si simple qu’il est difficile de lui faire "dire" quelque chose. Et, à mon avis, l’artiste y est fort bien parvenue ici.
 
775f1 Nikolaos Fotakis, Paysage de Chalcidique
 
Je ne connais pas encore la Chalcidique, cette excroissance en forme de trois doigts très fins au nord de la Grèce, là où se trouve le mont Athos, avec ses monastères orthodoxes dont l’accès est interdit aux femmes et aux animaux femelles. Mais je trouve que ce Paysage de Chalcidique peint par Nikolaos Fotakis (un Crétois né à Rethymno en 1904 et mort dans sa ville natale en 1959) pourrait fort bien être bien plus au sud, …en Crète par exemple.
 
775f2 Kostas Thettalos, A la campagne
 
Kostas Thettalos (1909-1992) a appelé ce tableau À la campagne. Ce sont en effet les réjouissances champêtres de citadins en cravate et en robe de ville. Repas campagnard, danses…
 
775g1 Nikos Engonopoulos, Oreste et Pylade (1952)
 
Oreste est le fils d’Agamemnon et de Clytemnestre qui, devenu adulte, ira tuer sa mère et l’amant qu’elle s’est pris, Égisthe, pour venger le meurtre de son père. Il est accompagné de Pylade avec qui il a été élevé, son meilleur ami, un peu les Montaigne et La Boétie de la mythologie grecque. C’est eux que représente ce tableau (qui s’intitule Oreste et Pylade, je n’ai rien découvert) peint en 1952 par Nikos Engonopoulos (1910-1985).
 
775g2 Valias Semertzidis, Au pays des Cyclopes (1936)
 
Lorsque, dans le nord de la Sicile, à Aci Trezza, nous avons vu les "Faraglioni dei Ciclopi" (les Récifs des Cyclopes), le 16 septembre 2010, les lieux ne ressemblaient guère à ce qui est représenté sur ce tableau de Valias Semertzidis (1911-1983) peint en 1936 et intitulé Au pays des Cyclopes. J’espère que cela ne signifie pas que ce pays est imaginaire, je serais très déçu, moi qui crois dur comme fer à l’existence de ces êtres et au sort de ce malheureux Polyphème. Cela dit, et pour être sérieux, je trouve que l’ambiance est bien rendue, avec ces vaisseaux antiques qui s’éloignent à pleines rames dans un paysage impressionnant et menaçant. Semertzidis serait né, selon la notice dans le musée, à Krasnodar dans le Caucase, mais il y a à Rhodes un musée d’art moderne qui s’est ouvert avec une exposition de ses œuvres parce que, y est-il dit, il est né et a vécu dans l’île. Et je suppose que, sur place, on doit savoir de quoi l’on parle. À moins qu’il n’y ait deux artistes homonymes.
 
775h1 Yannis Spyropoulos, Fille avec un chat
 
Rien à voir avec ce tableau de Yannis Spiropoulos (1912-1990), Fille avec un chat, où la cape rouge et les yeux brillants du chat noir contrastent avec le regard attentionné et affectueux de la jeune femme, et la claire lumière derrière les voilages. Un beau visage qui retient l’attention.
 
775h2 Iphigénie Lagana, L'Atelier du peintre
 
Avec L’Atelier du peintre, Iphigénie Lagana (1915-2002) nous entraîne dans son univers professionnel. Cette toile date de la fin de sa carrière, alors que précédemment elle avait toujours adopté le style impressionniste. J’aime autant la technique de ce tableau que sa composition.
 
775h3 Kosmas Xenakis, Les Filles
 
En peignant Les Filles, le tableau ci-dessus, Kosmas Xenakis (1925-1984) adopte un style résolument contemporain. Son jeu de couleurs sur les corps est intéressant. Ce peintre est né à Braila, un port sur le Danube, en Roumanie.
 
775h4 Maria Spentza, Composition avec deux personnages
 
Autre tableau d’une femme peintre, Composition avec deux personnages est une œuvre de Maria Spentza (1925-2011). La composition en V, le fond sombre, l’attitude pensive de ces deux jeunes femmes, tout cela en fait une toile très agréable à regarder. Figurative et réaliste, cette peinture n’en est pas moins d’un style très contemporain. Maria Spentza a été l’élève et la disciple de Yannis Moralis dont, hier, j’ai montré deux œuvres successives intitulées Composition funéraire, traitant de façon fort différente le même sujet.
 
775i1 Stelios Votsis, Cycliste dans un paysage
 
775i2 Alekos Fasianos, au métro Metaxourgio, Athènes
 
Le peintre Stelios Votsis né en 1929 a réalisé le premier des deux tableaux ci-dessus, Cycliste dans un paysage. Or chaque jour ou presque, partis en autobus du camping, nous descendons à la station Metaxourgio pour prendre le métro. Et là, dans le hall de la station, notre regard ne peut éviter deux grands panneaux signés Alekos Fasianos (né en 1935). Ma deuxième photo ne vient pas de la galerie municipale mais du métro. Cette cravate volante me donne l’impression que l’un s’est inspiré de l’autre… Ces deux artistes ayant sensiblement le même âge, il est difficile de dire qui a eu le premier cette idée. Ces compositions ne manquent pas non plus d’humour. Jusqu’à présent, à part une aquarelle, je n’ai montré que des peintures à l’huile, mais cette œuvre de Votsis est à l’acrylique.
 
775j Stavros Tsikoudakis, La Danseuse fatiguée
 
Je vais en finir avec ma galerie de tableaux en montrant cette Danseuse fatiguée, que Stavros Tsikoudakis (né à Chania, en Crète, –en français, La Canée– en 1945) a peinte dans un costume arlequin. Le jeu de couleurs qui lui barbouille les jambes, les mains et le visage vient en complément des couleurs du fond et contribue à créer l’impression de fatigue de la danseuse. Et c’est un deuxième tableau à l’acrylique.
 
775k1 Aglaia Christianou, Anima-Corpus
 
775k2 Aglaia Christianou, Anima-Corpus (détail)
 
Et, après les peintures, une sculpture. Si l’on peut appeler sculpture cette composition à base de chaussures. Aglaia Christianou, une artiste née en 1954, l’intitule Anima – Corpus (soit, en latin, L’Âme – Le Corps). Je suis trop classique pour avoir envie d’accrocher cette œuvre à un mur chez moi, mais en même temps j’y vois de l’humour (ces gardes du Parlement dans leur bel uniforme de parade, derrière cette chaussure de paille, par exemple). Cela dit, j’avoue ne pas comprendre cet art. Je suis incapable de trouver le rapport entre le titre et la réalisation. Il va me falloir arrêter ici mon article et me mettre la tête dans les mains pour tenter de trouver l’explication.

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Published by Thierry Jamard
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