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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 01:05

622a1 Gallipoli

 

622a2 Gallipoli 

 

 

Nous avons quitté Tarente et entamons le tour du Salento, la Messapia des Grecs, cette presqu’île qui constitue, grosso modo, le talon de la botte italienne, partie inférieure de la région des Pouilles (Puglia en italien), le Salento représentant environ 35 à 40% de cette région. Et, toute la région des Pouilles s’étalant en bande étroite du nord-ouest au sud-est, la presqu’île du Salento qui en est la partie postérieure suit le même axe. Sur la côte ouest, nous nous arrêtons à Gallipoli, une très jolie petite ville, comme le dit son nom, déformation du grec Kalè Polis, Belle Ville.

 

622b1 Gallipoli, Santa Maria del Canneto

 

622b2 Gallipoli, Santa Maria del Canneto 

Nous promenant, nous tombons d’abord sur cette petite église, Santa Maria del Canneto, construite à la fin du dix-septième siècle (1696) sur les restes d’une précédente église qui avait été administrée par les Chevaliers Teutons de Saint Jean. La dédicace à Marie du Canneto est due à un épisode miraculeux que racontent les gens de cette ville. Un jour, près du port, dans les décombres laissés par un grand incendie, des pêcheurs trouvèrent une image de la Vierge parfaitement intacte, et depuis la population lui voue une grande dévotion. On raconte aussi une autre histoire. Andrea, un pêcheur de soixante treize ans, trop fatigué pour pêcher encore s’était reconverti à récolter des roseaux. Un jour, il trouve au milieu d’un canneto (lieu où poussent des canne, des roseaux) un tableau de la Vierge qui lui sourit. Stupéfait de ce miracle, il rapporte le tableau chez lui mais quand, le lendemain matin, il se réveille, le tableau a disparu. Il pense qu’on le lui a volé dans la nuit, mais retournant chercher les roseaux abandonnés par lui la veille, il retrouve la toile au même endroit. C’est alors que l’on décida de construire une église à cet endroit. Pendant la construction, Andrea était devenu bien vieux et craignait de ne pas voir l’église achevée, mais alors qu’il était sur le point de rendre le dernier soupir, la Vierge vint le prendre par la main et le mena voir la pose de la dernière pierre. Ce tableau circulaire sur toile, dont je n’ai vu qu’une reproduction, est assez joli, mais il a été placé dans l’abside et une reproduction a été peinte sur bois au plafond de l’église que nous n’avons pu visiter, portes et grilles en étant hermétiquement closes.

 

622b3 Gallipoli, Santa Maria del Canneto

 

622b4 Gallipoli, Santa Maria del Canneto 

Puisque nous ne pouvons entrer, nous devons bien nous contenter de l’extérieur. Au-dessus du portail, sous le portique d’entrée, on peut voir cette petite sculpture qui, je pense, représente une Visitation : Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste, salue "la mère de [son] seigneur" quant Marie, enceinte de Jésus, vient lui rendre visite. Marie est toute jeune, Élisabeth est plus âgée puisqu’elle ne se croyait plus en mesure d’enfanter, et cette image est bien conforme à cela. De plus, cette église a été le siège d’une confraternité laïque qui avait une particulière dévotion pour la Vierge de la Visitation.

 

Sur le côté gauche du porche, derrière les grilles, cette grande statue représente Marie protégeant son église. Ni sur papier, ni sur Internet je n’ai pu trouver la moindre indication sur cette statue, provenance, date , etc. Mais j’aime bien cette représentation très humaine, ce visage qui n’est pas celui d’un mannequin impersonnel et bien lisse.

 

622c1 Gallipoli, fontaine dite hellénistique 

Un peu plus loin sur le port, cette fontaine est dite hellénistique. Or l’époque hellénistique commence conventionnellement en 323 avant Jésus-Christ avec la mort d’Alexandre le Grand, mais cette fontaine a des origines très vagues et, transportée d’un autre lieu, a été installée ici au début du seizième siècle. La face que montre ma photo est postérieure, elle porte l’emblème de la ville et les armes du roi Philippe II d’Espagne (en effet, à cette époque nous sommes dans une possession espagnole gouvernée par un vice-roi).

 

622c2 Gallipoli, fontaine dite hellénistique 

622c3 Gallipoli, fontaine dite hellénistique 

L’autre face, la face ancienne, est ornée de trois nymphes qui étaient ou devinrent des sources. Dircè, jalouse de la beauté d’Antiope, la traitait comme une esclave. Les fils d’Antiope la vengèrent en attachant Dircè à un taureau furieux qui la traîna et la déchira sur les rochers. Ayant alors pitié d’elle, les dieux la transformèrent en une source. Byblis, animée d’une passion coupable pour son jumeau Caunos qui s’apprête à se marier, provoque la fuite de ce dernier, horrifié par les sentiments incestueux de sa sœur. Byblis, alors, de douleur devient folle, erre dans toute l’Asie Mineure et va se jeter du haut d’un rocher quand, prises de pitié, les Nymphes la transforment en une source aussi intarissable que ses larmes. Salmacis est une naïade fille de Poséidon qui, quoique condamnée à la virginité par son service auprès d’Artémis, tombe éperdument amoureuse du fils d’Hermès et Aphrodite, pour cela appelé Hermaphrodite, qui a hérité de la beauté conjuguée de ses deux parents. Un jour qu’il se baigne dans la fontaine dont Salmacis est la nymphe, elle se saisit de lui contre son gré et supplie son père Poséidon de l’unir à lui à jamais. Entendant sa prière, Poséidon joint pour toujours leurs deux corps, faisant d’Hermaphrodite un être à la fois masculin et féminin. Le but est de montrer les conséquences des vices, la jalousie pour Dircè, l’amour incestueux pour Byblis, la luxure pour Salmacis. Il paraît qu’une inscription latine nomme ces nymphes. J’ai eu beau la chercher, je n’ai rien trouvé, mais je crois sur parole le petit texte qui le dit, et cela me donne l’occasion de repenser à mes souvenirs de mythologie. En revanche, je suis bien incapable de dire quelle est la nymphe de ma dernière photo, toutes trois gisant sur le sol dans des positions sinon identiques, du moins similaires.

 

Mais je disais que la fontaine dite hellénistique a des origines très vagues. Que le texte (que je n’ai pas trouvé) soit en latin signifie qu’elle est postérieure à la conquête romaine de 265 avant Jésus-Christ, ce qui peut correspondre à l’époque hellénistique, mais peut aussi être beaucoup plus tardif. Or la légende de Salmacis n’est racontée par aucun auteur grec, et apparaît pour la première fois chez Ovide, dans les Métamorphoses, publié aux alentours de l’an 1. Sauf si la légende se trouvait déjà dans un texte antérieur disparu (car de la littérature ancienne ne nous est parvenue qu’une très petite partie), elle est postérieure à la fin de l’époque hellénistique, conventionnellement fixée au suicide de Cléopâtre en 30 avant Jésus-Christ. Et la fontaine serait même postérieure aux Métamorphoses d’Ovide. Voilà pourquoi j’écris fontaine dite hellénistique.

 

622d1 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata

 

622d2 Gallipoli, cattedrale Sant'Agata 

Rendons-nous maintenant à la cathédrale de Gallipoli, consacrée à sainte Agathe (Sant’Agata). Près de la fontaine dont je viens de parler se trouve un pont. Il mène à l’île qu’occupe la ville ancienne. Et le point le plus élevé de l’île était un espace sacré dans l’Antiquité. C’est là qu’a été construite une église romane dédiée à saint Jean Chrysostome, remplacée à partir de 1629 par cette cathédrale, dont la façade a été achevée en 1696.

 

622d3 Gallipoli, cathédrale Sainte Agathe 

622e1 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata 

À l’intérieur, du fait des travaux on ne peut pas vraiment apprécier la perspective vers l’autel, sinon que l’espace est vaste et haut. Mais au-dessus de la nef le plafond est magnifique, orné en outre de belles fresques représentant des épisodes de la vie de sainte Agathe.

 

622e2 Gallipoli, cathédrale Sainte Agathe

 

Les artistes ont quelquefois des idées bizarres. Sortant de la chaire comme s’il s’agissait de celui du prêtre, un bras en bois brandit un crucifix. L’effet produit est plutôt amusant, mais je suis bien sûr que là n’était pas l’intention de son auteur.

 

622e3 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata 

L’autel de l’Immaculée est de style purement baroque, comme en témoigne ce détail, sur ma photo. Mais des vandales ont barbouillé toute la décoration de cet autel à la peinture grise, et seulement récemment la pierre a été nettoyée et restaurée. Je disais tout à l’heure que les artistes ont parfois des inspirations curieuses, mais qu’est-ce qui peut bien passer dans la tête de ceux qui commettent de tels actes ? Évidemment, je trouve intolérable de décapiter des statues comme cela a souvent été le cas pendant la Révolution française –entre autres–, mais au moins y a-t-il une idée derrière cela, il s’agit de détruire des symboles de la religion. Mais peindre des colonnes et des sculptures qui ne représentent ni ne symbolisent ni Dieu ni ses saints…

 

622f1 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata 

Dans le transept, haut dans un angle, je ne me serais pas arrêté bien longtemps devant cette peinture si le nom de cet évêque n’était peint en-dessous. Il s’agit de saint Janvier, san Gennaro, dont nous avons suivi la procession et le miracle à Naples le premier mai. Nous le retrouvons, cinq mois plus tard et à pas mal de kilomètres de distance, cela vaut bien un petit bonjour.

 

622f2 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata

 

L’auteur de cette Vierge, intitulée Madonna del Soccorso, est inconnu. Dommage parce qu’il ne manque pas de talent. Il a limité au maximum les effets, l’image est simple mais expressive.

 

622f3 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata 

Pas de gros plan sur le supplice de sainte Agathe, le peintre se complaît trop dans l’horreur de la représentation cruelle et sanglante, avec l’un des bourreaux qui presse le sein arraché au-dessus de la tête d’Agathe pour l’arroser de son propre sang, tandis que l’autre bourreau s’attaque à l’autre sein. Ce peintre un tantinet sadique est Giovanni Andrea Coppola, un artiste de Gallipoli, dont le style est toujours dans le terrible. Il a peint cette toile en 1650.

 

622f4 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata 

Cette toile du napolitain Nicola Malinconico (1663-1721), appelé vers 1700 par l’évêque de Gallipoli, représente le mariage de Marie, thème généralement désigné comme les Épousailles de la Vierge. Nous sommes ici dans la même chapelle où se trouve la Madone du Secours que nous avons vue précédemment. Elle se trouve au centre, au-dessus de l’autel, tandis que les murs des côtés portent deux grandes toiles de ce peintre, la Fuite en Égypte et ces Épousailles.

 

622f5 Gallipoli, cathédrale Sant'Agata 

Revoici le Coppola, pour cette Assomption de la Vierge, peinte avant le Supplice de sainte Agathe, en 1645. Le sujet étant par nature moins sanglant, on peut mieux apprécier la mobilité des personnages, le mouvement de leurs vêtements. Je ne raffole pas de ces angelots soutenant Marie qui s’élève sur un nuage, mais en soi la composition est intéressante.

 

622g1 Pouilles, côte ionienne 

Quittant Gallipoli, nous descendons vers l’extrémité de la presqu’île du Salento. Nous allons bientôt quitter cette mer Ionienne que nous suivons depuis notre tour de Calabre, à Reggio, à Crotone, à Rossano, à Tarente en entrant dans les Pouilles, et aujourd’hui à Gallipoli.

 

622g2 Salento, entre mers Ionienne et Adriatique 

622g3 Salento, entre mers Ionienne et Adriatique 

Et nous voici au bout de la péninsule, tout au bout. Sur la partie droite de ces deux photos, c’est la mer Ionienne, sur la partie gauche la mer Adriatique. Il commence à être un peu tard, le ciel s’assombrit, mais on voit encore bien comment ce cap sépare les deux mers.

 

622h1 Puglia mare Ionico 

622h2 Péninsule du Salento, côte ionienne 

Nous serons bientôt dans un monde où le soleil se lève sur la mer et se couche sur la terre. Pour un fils de Bretonne, ce n’est pas très correct. Aussi revenons-nous de quelques centaines de mètres sur nos pas, face à la mer Ionienne, pour contempler le coucher de soleil. Après ce spectacle, nous remontons dans le camping-car et, longeant toujours la côté, nous nous arrêtons à Otrante pour passer la nuit dans une sosta découverte sur Internet. Quand nous arrivons, il y a deux camping-cars tous rideaux baissés, un bus en stationnement, mais personne aux alentours. Je vais voir, à pied, un peu partout, personne. Tant pis, nous nous installons, branchons l’électricité, et ce n’est que tard que quelqu’un frappe au pare-brise. Oui, nous avons eu raison de nous installer, on fera les papiers demain. Mais mieux vaut que l’on se déplace, parce qu’ici, demain très tôt, de nombreux bus vont venir. Sympathique, on nous fait confiance. Et de plus, pour la visite d’Otrante, c’est tout près de la ville.

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Published by Thierry Jamard
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