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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 21:22
708a0 Péloponnèse
 
Je parle sans cesse des "doigts" du Péloponnèse, mais j’aurais dû depuis longtemps montrer ici une carte. Ce Péloponnèse est comme une main gauche à laquelle il manquerait un doigt. Il y a le pouce avec Épidaure, nous avons visité l’index avec Monemvasia et au bout l’île de Cythère. Aujourd’hui, nous abordons par sa côte est le doigt du centre, le majeur, qui constitue la région du Magne (En grec, Manê prononcé Mani). Nous sommes à Gytheio (prononcé Guithio).
 
708a1 Gytheio
 
708a2 Gytheio
 
708a3 Gytheio
 
Il s’agit d’une petite ville extrêmement sympathique et jolie. En regardant la carte, on voit que Sparte, dans les terres, a besoin d’un débouché maritime. Dans l’Antiquité, c’est Gytheio qui a joué le rôle de port et d’arsenal de Sparte. Et puis –je vais en parler tout à l’heure– un épisode crucial de ce qui n’est peut-être pas tout à fait une légende de l’époque mycénienne s’est déroulé ici.
 
708a4 Gytheio
 
708a5 Gytheio
 
Le Taygète, cette haute chaîne de montagnes orientée nord-sud vient s’achever dans le Magne. Étant donné que cette longue péninsule est étroite, la montagne vient tomber dans la mer à l’est comme à l’ouest. La ville de Gytheio est donc construite en bordure de mer et à flanc de colline assez escarpée. Nombre de rues, dont la longue rue à mi-hauteur, parallèle à la mer, ont gardé l’aspect hérité de l’époque de l’occupation ottomane, avec leurs balcons. Certains sont tout rénovés, voire construits récemment dans le style ancien, d’autres conservent leur cachet ancien, et malheureusement il y en a un petit nombre qui sont complètement dégradés, partiellement tombés au sol, visiblement irrécupérables.
 
708b1 Gytheio
 
708b2 Gytheio
 
D’en haut, on a une jolie vue sur la ville, sur le port, sur le campanile d’une église située un peu plus bas et qui cache partiellement un îlot au bout de la ville. C’est l’île Kranaï. Cette toute petite île est maintenant rattachée au continent par une digue très étroite où, cependant, peuvent se faufiler des voitures. Juste à l’entrée de l’île, un restaurant et, en face, une petite chapelle. Au centre de l’île, un château auquel je reviendrai plus loin. J’évoquais tout à l’heure un fait qui se situe à Gytheio, et j’ai dit que Gytheio était le port de Sparte. Or la belle Hélène, la femme du roi de Sparte Ménélas, a été séduite par la beauté, le charme et la munificence orientale de Pâris, fils de Priam roi se Troie, comme le lui a promis Aphrodite pour le récompenser de l’avoir désignée comme étant la plus belle dans la compétition qui l’opposait à Héra et à Athéna. Pour s’embarquer vers Troie, les deux amants Hélène et Pâris ont donc fait route vers le port de Gytheio. Il y parviennent le soir, et ne s‘embarqueront que le lendemain pour une première escale à Cythère afin de célébrer Aphrodite dans son île. Ici à Gytheio ils se font déposer sur l’îlot Kranaï et c’est là qu’ils vont consommer l’adultère en passant leur première nuit d’amour. Bien sûr, quand Ménélas va l’apprendre à son retour de Crète, lui qui avait confié sa femme à son hôte, il va être furieux et avec son frère Agamemnon, avec les autres rois des cités grecques qui se sont promis assistance, Ulysse, Achille, le grand Ajax fils de Télamon, Ajax fils d’Oïlée, Nestor, etc. il va aller se battre chez le séducteur pour récupérer l’infidèle. Voilà pourquoi je considère cette petite île comme le témoin d’un fait essentiel de l’époque mycénienne.
 
708c1 Gytheio
 
708c2 Gytheio
 
708c2 Gytheion avant restauration
 
Le fort situé au centre de l’îlot a été restauré (ma troisième image montre une photo ancienne d’avant la restauration), ce qui permet d’apprécier cette tour caractéristique du Magne.
 
708c4 Gytheio
 
708c5 Gytheio
 
Aujourd’hui, a été installé dans ce bâtiment rénové un musée fort intéressant. Certes, la plupart des documents ne sont pas des originaux, mais ils permettent de voir le Magne au long des siècles passés à travers les yeux des voyageurs étrangers. Il y a quelques livres authentiques, mais aussi beaucoup de reproductions de manuscrits, de gravures, de portraits. La photo du château avant restauration, c’est dans ce musée que je l’ai trouvée. Ce n’est pas le genre de musée où l’on prend du recul pour apprécier une œuvre d’art, c’est un endroit où l’on s’approche des panneaux pour lire des extraits de récits de voyages ou des biographies de voyageurs et divers commentaires. Ce qui suppose une longue (et passionnante) visite.
 
708d Gytheio, musée, carte des voyageurs
 
Cette carte montre l’origine des flux de voyageurs qui ont visité le Magne ou qui, le contournant, s’y sont intéressés et en ont parlé dans un livre, des lettres, des rapports, etc. On voit, à l’épaisseur du trait, que c’est la France qui a été le premier pourvoyeur en visiteurs du Magne, suivie de l’Angleterre (et non, comme indiqué sur la carte par les initiales GB la Grande-Bretagne, puisque l’Écosse est traitée à part. D’habitude, je m’insurge contre les personnes qui disent l’Angleterre en parlant de la Grande-Bretagne ou du Royaume-Uni, mais aujourd’hui c’est le contraire).
 
708e Gytheio, musée, carte du Péloponnèse (J. Blaeu, 168
 
On peut comparer la carte du Péloponnèse que je présente en début d’article, absolument exacte puisque c’est une vue réelle prise par un satellite, avec la carte ci-dessus dessinée par Johanes Blaeu pour le livre de Dapper publié à Amsterdam en 1688, Naukeurige Beschryving van Morea (ce qui, selon les traducteurs néerlandais / français sur Internet, signifierait Fiche de données précises sur la Morée).
 
708f1 Gytheio, musée, stèle funéraire (Keria)
 
La stèle funéraire située dans l’église Saint Jean de la ville de Keria et dont le musée montre une photo (à droite) a été dessinée par Cyriaque d’Ancône en 1447. Si la carte de Blaeu n’était qu’approximative c’est parce qu’elle a été établie à partir de relevés au sol, excuse qui n’est pas valable pour ce dessin. La scène générale est correctement rendue, deux serrements de main d’adieu des défunts aux proches qu’ils laissent. Que les deux groupes soient séparés l’un de l’autre par un espace plus grand sur le dessin que sur la stèle ne change pas grand chose, mais pour qui s’intéresse à l’Antiquité ou à l’art, la représentation des silhouettes, des vêtements, des expressions n’est que très approximative.
 
708f2 Gytheio, musée, vers de La Borderie à Marguerite
 
De son mariage avec Claude de France, François Ier a eu sept enfants, dont la benjamine est Marguerite (1523-1574). En 1559, elle épouse le duc Emmanuel-Philibert de Savoie. Elle a 36 ans, cela a laissé le temps à des hommes de lui déclarer ouvertement leur flamme. Tel est le cas de Bertrandon de la Borderie, né de souche normande en 1507 et chargé en 1537 de remettre à l’ambassadeur de France à Constantinople un important courrier du roi François Ier. La flotte française traverse la Méditerranée d’ouest en est, elle est passée entre Sicile et Tunisie, et elle contourne le Péloponnèse pour remonter vers Constantinople. Mais avant de franchir cette difficile passe entre Cythère et Neapoli (voir mon précédent article), le 29 octobre elle jette l’ancre dans la rade de Porto Kagio, dont je parlerai dans mon prochain article puisque ce soir, ayant quitté Gytheio, c’est là que nous allons passer la nuit et que je rédige ces lignes. La Borderie a trente ans, Marguerite n’en a que quatorze. Restant à l’ancre jusqu’au 5 novembre tandis que les habitants vendent aux navigateurs des cailles salées, il lui écrit (Le Discours du voyage de Constantinople envoyé dudit lieu à une demoiselle française) pour raconter son voyage, mais il rédige tout en décasyllabes. Hélas, hélas, Ronsard et du Bellay ne sont encore que des enfants, il n’a pu apprendre d’eux à faire de beaux vers :
            "Laissant la France à nulle autre seconde,
            La plus fertile et fameuse du monde,
            Laissant le roi mon seigneur et mon prince,
            Pour son service en étrange province…"
Inutile de continuer, il y en a des pages du même tonneau. Je dois cependant préciser qu’à cette époque, il ne faut pas prendre les mots province étrange dans le sens de bizarre, ce qui ferait de La Borderie un homme fermé aux autres, mais dans le sens de région étrangère. Citons seulement encore :
            "De là au cap Matapan arrivâmes
            Où le vent frais par proue nous trouvâmes […]
            Mais n’ayant plage où pouvoir réparer,
            Gagnons, voguant sans contraversité […],
            Outre le cap, au port de Portecaille,
            Lieu où l’on prend l’année mainte caille,
            Car là sitôt ne sommes arrivés
            Que des hauts monts nous voyons dérivés
            Grecs à foison descendant les vallées,
            Portant barils pleins de cailles salées,
            Ayant taxé la douzaine à un sou."
 
Sans avoir d’image à montrer (dans le musée, ce sont des photos modernes des lieux), je voudrais évoquer une page de l’histoire de la région. Désirant se libérer de l’occupation ottomane, les habitants du Magne se sont tournés vers un lointain parent de la famille Paléologue, qui a donné les empereurs de Byzance, à savoir Charles de Gonzague, duc de Nevers (1580-1637). Dans un premier temps, les négociations se sont éternisées pendant près de sept ans (1612-1618). Au terme de ces négociations, le duc a envoyé un émissaire, le comte Philippe de Lange Chateaurenault qui a fait le voyage avec Pierre de Médicis pour prendre contact avec la population. De retour en France, Chateaurenault a publié ses remarques sur la situation économique et militaire du Péloponnèse. Je me vois contraint de retraduire en français ce que le musée publie en traduction anglaise (ce ne sont pas les textes originaux ni même des reproductions, mais un texte dactylographié).
 
L’accueil, d’abord. "Avant de débarquer, nous fûmes accueillis par une grêle de pierres lancées sur nous par de nombreux Maniates qui se tenaient sur les rochers. Mais quand nous leur montrâmes que nous étions chrétiens en faisant le signe de la Croix, ils furent rassurés et descendirent près de nous sur le rivage. Ils s’excusèrent alors auprès de nous, expliquant qu’ils nous avaient pris pour des ennemis parce que la veille au soir ils avaient eu la visite de deux navires pirates qu’ils avaient chassés."
 
Géographie économique et défensive. "Avant d’arriver au château nous avons traversé une vallée pleine de vignes ; nous nous sommes reposés là un moment et nous nous sommes livrés à un exercice sur cible, les Maniates avec leurs arcs et leurs flèches et nous avec nos arquebuses. Le château se trouve entre deux sources qui donnent en grande quantité une eau excellente, toutes deux avec des fontaines construites par les Turcs, près du célèbre Porto Kagio. Cependant, en temps de guerre, aucun château si grand soit-il ne pourrait tenir sur cette position, parce qu’elle est ouverte à l’attaque de plus haut en plusieurs endroits."
 
708f3 Gytheio, musée, Memoirs by Robert Walpole
 
Parce que je me suis plus particulièrement intéressé aux Français, et afin de ne pas paraître (trop) chauvin, voici un livre publié à Londres en 1818 par Walpole et qui inclut en outre les notes botaniques de Sibthorp sur le Magne, datant de 1795.
 
708f4a Gytheio, musée, Pouqueville
 
708f4b Gytheio, musée, illustration du Voyage de Pouquevil
 
Revenons à la France. François Charles Hugues Pouqueville (1770-1838) est un médecin, écrivain, consul de France qui a pris part à la mission scientifique et artistique envoyée en Égypte par Bonaparte en 1798 (la notice dit improprement Napoléon, anticipant sur le 2 décembre 1804). En décembre, de retour vers l’Europe, lui et nombre de ses compatriotes ont été pris par des pirates, et débarqués à Navarino où les Turcs les ont faits prisonniers de guerre (car il y a guerre entre la France et la Turquie) et emmenés à Tripoli. Médecin, Pouqueville est remarqué par le pacha qui en fait le médecin officiel de son territoire, et ainsi il a eu l’occasion d’entrer en contact étroit avec la population, il a appris le grec, il s’est informé sur bien des choses. Il est probable qu’à cette époque il n’a pas eu l’occasion de se rendre dans le Magne. En juin 1799, le sultan le fait transférer à Constantinople où il le garde deux ans enfermé dans une forteresse avec les membres de l’ambassade de France qui étaient là dans des conditions très pénibles. C’est en puisant dans son expérience et dans celle de ses compagnons de détention qu’il a publié en 1805 les trois volumes (900 pages) du Voyage en Morée, à Constantinople, en Albanie, dédié à Napoléon. La même année, il a été nommé consul de France à Ioannina, (chez Ali Pacha, cf. mon article du 19 décembre 2010), accrédité par le sultan Selim III, et il y reste jusqu’en 1815. Il a été bien accueilli par le pacha, mais face à lui il ne craint pas de rester ferme dans ses opinions et dans sa conduite, alors que Byron, qui ne ménage pas ses critiques à l’encontre de Pouqueville, se laisse volontiers entraîner dans les mœurs dépravées de la cour de Ioannina. Son opposition ouverte aux méthodes criminelles d’Ali Pacha mettent sa vie en danger, à tel point que, ne pouvant le rencontrer, il ne peut plus remplir sa mission. À la chute de l’Empire, il doit quitter Ioannina, mais la Monarchie de Louis XVIII le nomme consul à Patras en 1816. Philhellène convaincu et courageux, il aide les Grecs dans leur action et lorsqu’éclate la Guerre de Libération en 1821, il aide, héberge, évacue les patriotes Grecs, Mais finalement il doit quitter la Grèce cette même année. En 1820 il a publié Voyage dans la Grèce où foisonnent les informations sur la topographie, l’organisation administrative, la population du Magne, le caractère des gens et les puissants clans de la région. Ci-dessus, le portrait de lui est une lithographie de Louis Dupré (1789-1837), et cet homme et cette femme du Magne illustrent l’ouvrage de 1805.
 
708f5a Gytheio, musée, dessin de Stackelberg
 
708f5b Gytheio, musée, habitants du Magne, par Stackelberg
 
Otto Magnus von Stackelberg (1787-1837) est né à Tallin –à l’époque Revel–, en Estonie, d’une famille aristocratique. Passionné d’art et d’archéologie, il voyage en Italie et, à Rome en 1809, il se lie d’amitié avec un historien de l’art, un archéologue et un philologue classique qui, en 1810, partent en expédition archéologique en Grèce, avec l’intention de publier un livre. Ils s’adjoignent Stackelberg comme peintre et dessinateur. En Grèce, s’ajoutent au groupe quelques autres spécialistes, dont l’archéologue Cockerell. Entre autres, le groupe va découvrir le temple de Zeus à Égine. C’est en 1813 qu’en compagnie de Cockerell il parcourt le Magne, dessinant mais aussi s’intéressant à l’influence de la géographie et de l’environnement naturel sur les populations, leur vie et leurs mœurs (je me demande si, en cela, il n’a pas eu connaissance de la théorie des climats de Montesquieu). Il publiera pour son compte à Paris en 1835 La Grèce, vues pittoresques et topographiques. Sur la première des gravures ci-dessus, datée de 1834 et extraite de cet ouvrage, les personnages sont numérotés pour reporter à la légende. Pour les deux de gauche, il est dit "Habitants du Magne (Morée)" et pour les deux de droite, "Chanteurs ambulants". Quant à ma seconde image (publication de 1811), elle représente "Femme du Magne" et "Habitant du Magne". Cette dernière me semble bien être une copie pure et simple, mais en miroir et en couleurs, de la gravure du livre de Pouqueville que j'ai publiée ci-dessus.
 
708f6a Gytheio, musée, capitaine spartiate par Théodore L
 
708f6b Gytheio, musée, dessins de Théodore Leblanc
 
Théodore Leblanc (1800-1837) est capitaine du génie et il peint essentiellement des scènes militaires (c’est lors du siège de Constantine qu’il est tué). Mais lors de ses voyages il a également peint toutes sortes de scènes. Il a visité la Grèce probablement entre 1828 et 1831 et à son retour il a publié un album contenant 30 images, sans texte, sur la Grèce et l’Asie Mineure. En haut, "Capitaine spartiate (Magne, Morée)". En bas à gauche "L’officier français philhellène" et en bas à droite "Capitaine pirate de l’Égée".
 
708f7a Gytheio, musée, Dora d'Istria
 
708f7b Gytheio, musée, livre de Dora d'Istria
 
Les voyageurs sont des hommes. Explorateurs ou touristes, militaires ou diplomates, archéologues ou botanistes, que des hommes. Alors tombant sur un portrait de femme, je me suis arrêté. Grigore IV Ghica devient prince de Valachie en 1822 (l’union, en 1859, de la Valachie et de la Moldavie formera la Roumanie, mais à l’origine le nom de la Valachie est "Terre Roumaine"). Elena Ghica, de son nom d’épouse duchesse Helena Koltsova-Massalskaya, et de son nom d’auteur Dora d’Istria, est la propre nièce de Grigore IV. Elle est née à Bucarest en 1828 d’un père archéologue éminent et d’une mère érudite, écrivain et traductrice d’œuvres classiques françaises, a reçu une éducation très soignée à Dresde, Vienne, Venise et Berlin et maîtrisait parfaitement le grec ancien, parlant couramment neuf langues étrangères dès l’âge de quatorze ans. Après son mariage avec le duc Alexander Koltsov-Massalsky, un Russe, elle a dû aller vivre à la cour de Saint-Pétersbourg, mais cette femme cultivée, libérale, féministe, ne supportait pas plus le nationalisme russe exacerbé de son mari et de la cour, les pratiques bigotes de l’orthodoxie ou le pouvoir autoritaire du tsar que le climat de cette région du nord, aussi décida-t-elle de quitter son mari et alla-t-elle vivre quelques années en Suisse, avant d’entreprendre des voyages en Grèce, en Anatolie, en Italie, en France, en Irlande, aux États-Unis, en Amérique du Sud. Elle publie sous le pseudonyme de Dora d’Istria articles et livres traitant de la condition féminine, de l’histoire des pays balkaniques, des coutumes des pays musulmans. Concernant la région où nous sommes, le livre présenté est Excursions en Roumélie et en Morée, Zurich et Paris, 1863. Il convient de préciser que le terme de Roumélie, qui avait désigné tous les territoires occupés par l’Empire Ottoman, n’a plus représenté, lors de la lutte des Grecs pour l’indépendance, que la Grèce continentale. La somme de la Roumélie et de la Morée, soit Grèce continentale et Péloponnèse, recouvre donc à peu près l’ensemble du territoire grec actuel.
 
708f8a Gytheio, musée, Pêche au harpon, par Henri Belle
 
708f8b Gytheio, musée, Travail de la soie, par Henri Belle
 
Ci-dessus, ces deux gravures sont de Henri Belle. La notice ne dit presque rien de ce monsieur, seulement qu’il a effectué trois séjours en Grèce en 1861, 1868 et 1874, qu’il a publié des articles dans le magazine Le Tour du monde et qu’il a ensuite publié un livre, Trois années en Grèce. Il est dit aussi qu’il a voyagé de Mystra à Kalamata à travers le Taygète, mais sans pénétrer dans le Magne, que cependant il décrit. J’aurais voulu trouver quelques informations à son sujet sur Internet, mais à part le fait qu’il était premier secrétaire d’ambassade (dans quels postes diplomatiques, est-il devenu consul, ambassadeur, quand est-il né, mort, ce n’est pas dit) je ne suis tombé que sur des sites du footballeur camerounais homonyme, à l’exception d’un site excellent réalisé par une doctorante en histoire du Moyen-Âge byzantin, mais qui le cite à propos de Mystra. Si, comme c’est dans nos fermes intentions, nous allons visiter cette cité byzantine voisine de Sparte, je ne manquerai pas de mentionner ce site et ses références. Après la dixième page de résultats sur Google, gavé de ballon rond, j’ai baissé les bras. Néanmoins, je publie les photos de ces deux gravures, car je les trouve intéressantes. La première est intitulée Pêche au harpon et représente une scène de nuit. La seconde, Dévideuses de cocons dans la maison du pappas de Trypi. Le pappas, c’est le prêtre orthodoxe, le pope. J’aime cette représentation, avec à gauche le bébé dans son berceau, sur lequel veille une femme âgée tout en tournant la manivelle du dévidoir. On voit la technique, les cocons de soie versés dans l’eau bouillante, les femmes au travail et l’homme qui les regarde faire. Mais Trypi, village près de Mystras, est hors du Magne et loin de Gytheio…
 
708g Gytheio, musée, travail de l'EHESS Paris, 1984
 
Et pour terminer, ce dessin d’un village fortifié. À vrai dire, je ne m’y serais pas attardé trop longtemps si je n’avais remarqué la légende en français. Il s’agit d’une étude réalisée par un certain Y. Saitas, Habitat et société dans la péninsule de Mani, D.E.A. (diplôme d’études approfondies), École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1984. Cet établissement recevant de nombreux boursiers étrangers (c’est ainsi que Vladimir Kananovitch, ami biélorusse de Natacha, est venu en long séjour à Paris), ce monsieur doit être grec. Je ne le déduis pas seulement de son nom, mais surtout du fait que, dans un travail rédigé en français, il parle de Mani plutôt que de Magne. Jonction entre la Grèce et la France, il me servira de conclusion.

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Published by Thierry Jamard
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