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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 09:43

824a1 arrivée au village néolithique de Dispilio

 

824a2 écomusée du village néolithique de Dispilio

 

Dans une proche banlieue de Kastoria, à Dispilio, sur le lac a été installé un écomusée qui reconstitue un habitat lacustre néolithique. En effet, l’hiver 1932 ayant été exceptionnellement sec, le niveau du lac a baissé, révélant des traces de pilotis. Ce n’est qu’à partir de 1992 que des fouilles approfondies ont été menées par un spécialiste d’archéologie néolithique, professeur à l’université Aristote de Thessalonique. Il a pu mettre au jour des restes d’allées sur pilotis et d’habitations, ainsi que des fragments de poteries, des bijoux, des armes, etc., le tout prouvant une longue période d’occupation, depuis les alentours de 5600 avant Jésus-Christ jusque vers 3000. L’ensemble des trouvailles permet, dans cet écomusée, de reconstituer avec un haut degré de probabilité ce qu’a été le village. Mais en outre a été découverte une tablette de bois datée au carbone 14 de 5260 avant Jésus-Christ et qui porte des signes disposés en lignes verticales qui, à n’en pas douter, constituent une écriture primitive. Immergée dans la vase à l’abri de l’air pendant des millénaires, cette tablette a pu se conserver mais lorsqu’elle s’est trouvée exposée à l’oxygène de l’air après sa découverte elle a vite été endommagée. Elle a donc été placée sous atmosphère protégée et elle est en cours de restauration et de consolidation. Autre trouvaille exceptionnelle, parmi des ossements, des graines, des figurines, a été mise au jour une flûte du sixième millénaire elle aussi, la plus ancienne trouvée à ce jour en Europe.

 

824b1 écomusée du village néolithique de Dispilio

 

824b2 écomusée du village néolithique de Dispilio

 

824b3 bucrane

 

Les choses sont extrêmement bien faites. Pour que l’on comprenne les techniques de construction, certaines maisons sont réduites à leur structure de bois. Par ailleurs, on peut voir comment les murs sont montés en branchages entrelacés et portant une couche de torchis pour jointoyer et isoler. On peut voir aussi comment, au moyen d’une échelle fixée à la passerelle sur pilotis, les habitants pouvaient descendre dans leurs barques. Puisqu’il était de tradition de suspendre un bucrane à l’entrée des habitations, les concepteurs du musée n’ont pas oublié ce détail qui rappelle que ces sociétés pratiquaient aussi l’élevage.

 

824c1 habitat lacustre néolithique (Dispilio)

 

824c2 habitat lacustre néolithique (Dispilio)

 

On peut voir non seulement la structure d’une maison, mais aussi comment sont bâties des plateformes sur pilotis reliées entre elles par des passerelles formant rues, et au centre desquelles est construite l’habitation, la plateforme permettant d’en faire le tour lors de la construction ou pour des réparations. C’était aussi un espace de stockage extérieur, par exemple pour le séchage du poisson.

 

824d1 habitat néolithique, écomusée de Dispilio

 

824d2 habitat néolithique, écomusée de Dispilio

 

824d3 habitat néolithique, écomusée de Dispilio

 

En visite libre sur le site, on peut pénétrer dans les maisons. Là, les intérieurs ont été garnis comme on peut imaginer qu’ils l’étaient. Cloisons de branchages et peaux de bêtes sur le sol, et sur mes photos on voit une étagère suspendue au-dessus d’outils aratoires, un petit foyer au centre de la pièce, une cuve au sol permettant de préparer les aliments ou de laver. On se rend compte que ces gens, ne disposant que des techniques de leur époque, pouvaient néanmoins mener une vie proche de celle d’un paysan français du dix-neuvième siècle dans un village reculé (toutes proportions gardées, évidemment). L’ingéniosité de cette organisation est remarquable.

 

824e barque néolithique, écomusée de Dispilio

 

J’ai montré tout à l’heure une échelle pour descendre dans une barque. Par ailleurs, sur la photo de la maison en construction, on distingue une barque. Ici, en voici une en gros plan. On voit que ces embarcations étaient creusées dans des troncs d’arbres. Sur les vagues de la mer, leur stabilité aurait été problématique, mais sur les eaux calmes du lac, en ayant soin d’aplanir le fond pour éviter que la forme cylindrique ne bascule, on obtient des barques tout à fait correctes. Là encore, si ces gens ne théorisaient pas les lois de la physique (mais après tout nous n’en savons rien), ils étaient toutefois parfaitement conscients de leurs impératifs, et tout à fait capables d’en tenir compte dans leurs réalisations.

 

824f Jolie libellule rouge

 

Cette visite de l’écomusée de Dispilio est aussi intéressante et instructive pour des adultes que pour des enfants, même très jeunes. Dans notre société qui croit tout avoir inventé et se plaît à présenter le passé comme inculte, surtout remontant si loin, afin d’accentuer sa supériorité, cela remet les choses à leur vraie place et incite le vingt-et-unième siècle à un peu de modestie. Certes, il y a 7000 ans, on ne s’éclairait pas à l’électricité pour taper sur son clavier d’ordinateur, mais n’utilisant ni sacs de plastique, ni canettes d’aluminium, on risquait moins de polluer la nature en les jetant au sol là où l’on se trouve et on laissait plus de place à la vie végétale et animale, comme la belle libellule rouge de ma photo, surprise sur une herbe du lac, près d’un pieu de maison néolithique.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

femmes russes caen 30/01/2013 09:15

Voilà qui est très intéressant !!

miriam 28/01/2013 13:08

belle reconstitution

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