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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 00:19

516a1 Herculanum

 

 

L’éruption du Vésuve en 79 avant Jésus-Christ a détruit Pompéi (que nous avons visitée les 24 et 25 avril), Stabies (là où Pline l’Ancien a trouvé la mort, actuellement Castellammare di Stabia), et aussi Herculanum. C’est là que nous nous rendons aujourd’hui. Sur la photo ci-dessus, on voit que la ville moderne s’est construite en harmonie avec la ville antique que pourtant elle ne connaissait pas puisqu’elle était enfouie.

 

516a2 Herculanum

 

516a3 Ercolano

 

Enfouie sous les cendres volcaniques. À la différence de Pompéi, qui se trouvait à quelques kilomètres de la mer, Herculanum se développait jusqu’à la plage. Elle était donc pratiquement au niveau de la mer. Maintenant, elle est à 14 mètres sous le niveau de la route et de la ville. Quatorze mètres d’épaisseur de cendres volcaniques, de pierres, de scories vomies par le Vésuve. En creusant un puits, au dix-huitième siècle, on a découvert le théâtre. Mais on n’a pas fouillé. Plus tard, quand des fouilles ont été entreprises, elles ont été menées là où on supposait se trouver le centre de la ville. Mais c’est long, c’est difficile, c’est très coûteux, de sorte que le théâtre n’est toujours pas dégagé. Et même dans le centre ville, on voit la façade de la basilique (où siégeaient les juges), mais le corps de bâtiment est toujours sous sa chape de cendres.

 

Sur mes photos, on voit à la fois que la ville est profondément située sous le niveau actuel sur lequel j’évolue, appareil en main, et aussi que les rues sont très modernes, avec trottoirs, pavement plus régulier qu’à Pompéi, etc. On voit aussi que la couche de cendres qui s’est révélée protectrice a été ici beaucoup plus épaisse qu’à Pompéi parce que les bâtiments ont été nettement mieux conservés. À Pompéi des multitudes de fresques (situées en rez-de-chaussée), de lampes à huile, de poteries, de matériel de cuisine, de monnaies, d’objets divers tels qu’instruments de chirurgie, outils d’ouvriers et d’artisans, ou autres, ont été retrouvés et enrichissent le Musée Archéologique National de Naples. Herculanum, ville beaucoup plus petite et moins peuplée, n’a pas fourni autant d’objets de la vie quotidienne, mais elle montre mieux au visiteur le cadre de vie des Romains du premier siècle après Jésus-Christ.

 

516a4 Ercolano

 

Encore une vue prise d’en haut. Sur la gauche, on voit cinq échoppes donnant sur la rue, et sur leur toit en terrasse une cour, avec en son centre une statue d’un personnage qui semble être un empereur. Il n’est pas possible d’approcher suffisamment pour que je puisse tenter de l’identifier. Descendons maintenant dans la ville ancienne.

 

516b1 Herculanum, thermopolium

 

516b2 Herculanum, thermopolium

 

Comme à Pompéi, on rencontre ici un thermopolium, ce genre de restaurant qui fonctionne comme une cafétéria en proposant des plats cuisinés maintenus au chaud dans de grandes jarres de terre cuite. Il y a même plusieurs établissements de ce genre, et j’ai trouvé intéressant de prendre une photo de cet autre thermopolium qui est brisé, parce qu’il permet de voir la forme de ces cuves. Le plat était préparé et conservé dans un autre récipient plus petit que l’on glissait dans celui-ci, et dont le col évasé l’empêchait de tomber au fond. Le second récipient bouchait le trou du premier, et la couche d’air maintenue entre les deux fonctionnait selon le principe de la bouteille Thermos actuelle.

 

516b3 Herculanum, Prix du vin

 

Nous voyons ici la façade d’un bar. Le patron a peint sur le mur le prix des consommations à la cruche, à lire en "as" comme unité de monnaie. Les couleurs symbolisent le type de vin, mais je ne suis pas capable de dire comment. La troisième cruche, à coup sûr, propose un vin rouge à 4 as (avec quatre bâtons, et non un bâton et un V, mais cette graphie était fréquente). La dernière à droite est très bon marché, 2 as seulement, et si c’était aujourd’hui je dirais que c’est de l’eau minérale parce qu’elle semble contenir un liquide incolore, mais je n’ai pas souvenir d’avoir lu dans un texte latin que l’on vendait de l’eau minérale, l’eau des canalisations étant toujours de l’eau de source captée et acheminée par aqueduc en pente continue puisque l’on ne disposait pas de pompes pour la puiser dans les lacs ou les rivières et la faire remonter sur la rive et dans les maisons. Quant à la première cruche, grise, dont le prix est abîmé, peu lisible, et la seconde, bleue, à 3 as, à chacun d’imaginer ce qu’elles pouvaient contenir.

 

516b4 Herculanum, Blanchisserie

 

Nous voici à présent dans une blanchisserie. Le linge était mis à tremper dans ces grandes jarres avec une décoction contenant de l’urine dont l’acide était censé manger les taches. Plaisant. Nous sommes très précisément à la fin du règne de Vespasien (69-79 après Jésus-Christ), celui qui a décidé de prélever une taxe sur le liquide recueilli dans les toilettes publiques par les blanchisseurs et qui, lorsqu’on lui a objecté que ce n’était pas une élégante façon de collecter des fonds, a répondu que "l’argent n’a pas d’odeur". Cette cuve a donc été remplie avec un produit sur lequel le patron du lieu a dû payer une taxe.

 

516c Herculanum, WC privés

 

Ce n’est pas volontaire si j’enchaîne ici avec les lieux d’aisance. Mais j’en ai fini avec les commerces, je passe à l’agencement des maisons, et la photo sur ce thème que j’ai chronologiquement prise la première est celle-ci. La plupart des gens fréquentaient les latrines publiques, et cela pour bien des raisons. D’abord, c’était un lieu de rencontre, les orifices sur lesquels on s’asseyait étaient percés les uns à côté des autres sans séparation, de sorte que c’était convivial, si je peux m’exprimer ainsi, et que les gens s’y rendaient de conserve pour y discuter le coup. D’autre part, c’était malodorant, et mieux valait ne pas subir cet inconvénient chez soi. Et enfin le système d’évacuation (sans chasse d’eau) était aléatoire. Par conséquent, on trouve rarement des WC dans les maisons privées, même riches puisque le coût n’était pas le seul élément à freiner leur diffusion. Ces cabinets de ma photo, dans une maison particulière, sont donc une rareté. En revanche, pour un simple petit pipi il y avait une évacuation prévue, presque toujours… dans la cuisine. Les normes d’hygiène n’étaient pas encore ce qu’elles sont, et la méthode HACCP n’était pas en vigueur !

 

516d Herculanum, Four domestique

 

Et donc, près du lieu de ma photo précédente, on trouve ce four. Nous avons déjà vu à Pompéi des fours de boulanger. Il y en a aussi ici à Herculanum. Mais celui-ci est petit, il appartient à une maison particulière.

 

516e Herculanum, support lampe huile

 

À une époque où l’éclairage public n’était pas prévu, en tous cas pas à Herculanum, et où, bien évidemment, on n’avait pas de lampe de poche électrique, se déplacer la nuit pouvait poser des problèmes. Ainsi, ce propriétaire a-t-il placé près de sa porte une petite colonne destinée à supporter la lampe à huile qui permettait de mettre sa clé dans la serrure, ou d’accueillir ses invités. Pour moi, quand j’ai vu ce petit support, je l’ai ressenti comme un bout de la vie des habitants du lieu. Ce n’est pas un objet usuel placé dans la vitrine d’un musée, c’est une intention personnelle d’un individu.

 

516f Herculanum, Puits sur citerne de l'impluvium

 

Les immeubles de rapport, "insulæ", étaient répartis en appartements, souvent autour d’une cour. Les demeures privées individuelles étaient également construites autour d’une pièce centrale, l’atrium, généralement couverte d’un toit dont les pentes sont convergentes vers le centre qui, lui, n’est pas couvert, créant un trou, "compluvium", c’est-à-dire "endroit où se concentre la pluie". Cette eau de pluie était ainsi recueillie dans un bassin au dessous, "impluvium", c’est-à-dire "endroit où est gardée la pluie". Le trop plein s’écoule dans une citerne sous le sol, et un puits comme celui de ma photo permet de puiser l’eau ainsi stockée. Il n’y avait pas de poulie pour remonter le récipient plein d’eau, aussi la corde glissait-elle contre le rebord de pierre du puits, sur la face intérieure plus que sur la margelle. Même sur ma photo de petite taille, on voit les cannelures creusées par les passages répétés de la corde. Je ne parle pas, bien sûr, des cannelures du fût, qui sont décoratives, mais des sillons des bords intérieurs.

 

516g1 Herculanum, cordes

 

Dans l’une des maisons, on a retrouvé cette corde tressée, bien proprement enroulée. Je comprends que l’on ne puisse pas laisser sur place tous les objets que l’on retrouve, pour les mettre à l’abri, à la fois des variations atmosphériques et des voleurs ou des vandales, mais ce que l’on peut laisser sur place a une signification tout autre, bien plus forte, que l’objet transporté dans un musée et présenté sous vitrine avec un éclairage dirigé et une petite étiquette explicative.

 

516g2 Herculanum, lit

 

Il en va de même de ce lit qui est conservé dans la maison où ont vécu les propriétaires, où ils ont dormi, où ils sont morts. La maison n’a pas brûlé, mais les cendres brûlantes ont consumé tout ce qui était en tissu. Reste l’armature métallique du lit, dans la chambre à coucher.

 

516g3 Herculanum, amphores

 

Selon leur forme, les amphores contenaient du vin, de l’huile, de l’eau, des grains. Beaucoup ont été retrouvées intactes lors des fouilles, et ont été laissées à Herculanum, seulement regroupées ici ou là. Les unes, à fond pointu, étaient destinées à être partiellement enterrées pour leur assurer la stabilité, elles servaient à stocker les produits, et d’autres, plus petites, sont à fond plat pour être posées sur une table et pour verser commodément leur contenu.

 

516h1 Herculanum, poutre calcinée

 

Si la maison où l’on a retrouvé le lit avait brûlé, la chaleur de l’incendie aurait fait fondre le métal lui-même et l’on n’aurait rien retrouvé. En revanche, cette maison-ci a pris feu. Les cendres étaient très chaudes, et certaines particules étaient incandescentes. Certains incendies se sont donc déclarés ici ou là. Voici une poutre calcinée, non pas en combustion lente comme le charbon de bois, mais dans le feu.

 

516h2 Herculanum, tuyauteries

 

À très faible profondeur couraient ces canalisations de plomb. On voit une dérivation vers une maison. Dans les corps retrouvés, les savants ont effectué toutes sortes d’investigations, et ils ont identifié fréquemment des traces de saturnisme. On sait aujourd’hui que c’est le plomb qui provoque cette maladie, et c’est pourquoi l’alimentation en eau de nos robinets se fait par tuyaux de cuivre. Mais le fait que dans les vieilles maisons on trouve encore des canalisations d’eau en plomb démontre clairement qu’il aura fallu attendre le vingtième siècle pour faire le lien entre plomb et saturnisme.

 

516i1 Herculanum, tableau nature morte

 

Parmi les peintures décoratives retrouvées, je choisis de montrer cette fresque, parce qu’une nature morte est une pure intention d’artiste, tandis que derrière les représentations mythologiques il y a une intention religieuse, derrière les paysages il y a le désir d’évoquer un lieu, etc. Le touriste photographie sa femme faisant un grand sourire artificiel sur fond de tour de Pise, les rochers battus par la mer sur la côte bretonne, pas la coupe contenant tomates, poivrons, aulx qu’il aura spécialement garnie, plaçant à côté d’elle sur le meuble un poivron et une tête d’ail pour équilibrer la composition.

 

516i2 Herculanum, mosaïque

 

Si l’animal représenté ici est une biche, sans aucun doute c’est la déesse Diane qui est auprès d’elle et l’apprivoise. Mais peut-être est-ce une chèvre parce qu’elle a des cornes bien que son corps ressemble davantage à celui d’une biche. Or cette femme n’est pas en tenue de paysanne. Qu’importe, après tout, parce que je trouve cette œuvre agréable à regarder, élégante, jolie.

 

516i3 Ercolano

 

Cette fois-ci, nous sommes à coup sûr dans un sujet mythologique. Lequel, je ne sais pas, mais ces personnages ne sont pas dans la vie réelle. Je n’aime pas cette décoration tellement chargée, aux couleurs criardes, et si je l’ai choisie ici c’est pour montrer que certains Romains pouvaient avoir des goûts kitsch.

 

516i4 Ercolano

 

516i5 Ercolano

 

Ces niches décorées étaient destinées à recevoir des statues de divinités. Au sommet de ce monument, des masques très expressifs tels que celui-ci complétaient la décoration. Il est rare que les sculptures aient conservé des traces de leur polychromie. En effet, pour peindre une fresque, on applique la couleur sur l’enduit encore humide, de sorte que les pigments pénètrent à l’intérieur. Au contraire, la peinture appliquée sur la pierre ne constituera jamais qu’une couverture qui reste extérieure, et que les ans, les contacts, l’atmosphère, détériorent et finissent par éliminer. Mais ici, sous la cendre volcanique…

 

516k1 Ercolano, terme uomini

 

Nous arrivons aux thermes pour hommes. Dès la première salle, une vasque permet des ablutions sommaires.

 

516k2 Herculanum, thermes hommes

 

Dans cette salle, des séparations sont prévues sur la tablette en béton qui court autour des murs. C’est là que chacun peut déposer ses vêtements et ses effets personnels.

 

516k3 Herculanum, thermes hommes

 

516k4 Herculanum, thermes hommes

 

Enfin, nous passons aux bains proprement dits, avec une salle pour les bains chauds et une salle pour les bains froids.

 

516k5 Ercolano terme donne

 

Les thermes pour femmes sont situés ailleurs, dans d’autres bâtiments. Mais comme chez les hommes nous voyons ici un vestiaire, avec des séparations pour que chacune, à défaut de casier individuel, retrouve aisément ses affaires.

 

516k6 Herculanum, thermes femmes

 

Dans l’une des salles des thermes pour femmes, ce beau banc de pierre repose sur des pieds qui, détail amusant, sont en forme de pieds de femme.

 

516k7a Herculanum, thermes femmes

 

Enfin, nous nous trouvons dans une salle dont le sol est fait de cette somptueuse mosaïque aux formes géométriques de grecques entrelacées et de carrés emboîtés.

 

516k7b Herculanum, thermes femmes

 

516k7c Herculanum, thermes femmes

 

516k7d Herculanum, thermes femmes

 

Dans chaque carré est figuré un symbole. Relevons-en quelques uns. La première de mes photos montre le trident de Neptune, le dieu de la mer. Lui-même, ou son trident, ou ses noces avec Amphitrite, sont des sujets récurrents dans les thermes, lieux aquatiques par excellence, quoique l’eau en soit douce. Sur ma seconde photo, cette hélice représente le soleil. Après le bain fantasmé dans la mer, ces dames rêvent de s’étendre au soleil pour une douce sieste. Quant à ma troisième photo… oh, shocking ! L’imagination de ces dames ne les porte pas qu’à la mer et au soleil. Il faut croire qu’elles connaissaient déjà cette chanson, par leurs surfs sur YouTube. À tout hasard, je vous en communique le lien… Mais moi, profondément choqué (comme on peut l’imaginer), je préfère mettre un terme à cet article.

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Published by Thierry Jamard
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