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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 18:02
753a1 Alsaciens de Fessenheim, camping d'Athènes
   
753a2 J.-François et Micheline, de Lignières, au camping
 
Nous sommes revenus à Athènes pour quelques jours. Et nous voilà repartis vers d’autres Cyclades. Pendant ces jours au camping d’Athènes, nous avons fait des rencontres sympathiques avec d’autres Français de passage. Ceux de ma photo du haut viennent d’Alsace, près de Fessenheim, une région que j’ai bien connue du temps de mes fonctions à Guebwiller. Nous avons même vu, sur Google Maps, leur maison et leur voiture.
 
Allons vers un autre de "mes" lycées. Les Français de ma seconde photo ont vécu à Lignières, ville à 25 kilomètres de Saint-Amand-Montrond, où se trouve l’un des sept collèges qui alimentaient officiellement mon recrutement. Nous avons bu ensemble une bouteille de délicieux Quincy en leur posant mille questions sur leur hobby, la Poule Noire du Berry. Et de plus, en partant, ils nous ont offert une autre bouteille de Quincy. Quand je disais que nous avions fait des rencontres sympathiques…
 
753a3 Maria à Potamos (île d'Amorgos)
 
753a4 Sofia à Potamos (île d'Amorgos)
 
753a5 maison de Maria à Potamos (île d'Amorgos)
 
Cela, c’était à Athènes. Puis lundi 12 nous avons pris le ferry au Pirée, avec le camping-car, à 17h30, pour arriver au port d’Aegiali, dans l’île d’Amorgos, à 1h10 du matin. Un assez long trajet qui nous a permis de lier conversation avec une personne qui vit moitié à Amorgos, moitié à Athènes. La communication n’était guère facile en anglais de son côté, et encore moins en grec du nôtre, mais au bureau de la réception il était possible d’acheter un droit de connexion Internet et ainsi –communication fort curieuse mais bien moderne– je pouvais taper sur mon ordinateur mes phrases en français et demander à translate.google.com de les traduire en grec. Cette dame s’appelle Maria, et elle nous a invités à prendre un café chez elle. Donc, mardi 14, nous nous sommes retrouvés sur la plage d’Aegiali et sommes montés ensemble jusqu’au ravissant village de Potamos où elle a sa maison surplombant la mer. Sa maman, Sofia, une adorable petite dame, a sa maison juste à côté. Elle avait confectionné de délicieuses pâtisseries.
 
753b1 île d'Amorgos, Aegiali
 
753b2 île d'Amorgos, Aegiali
 
753b3 Amorgos
 
De mardi à 1h10 du matin à vendredi . 14h45, nous disposions de trois jours et une matinée pour visiter l’île. Je préfère ne pas suivre la chronologie, puisque je rédige un seul article. Il serait fastidieux de revenir plusieurs fois au port d’Aegiali près duquel nous avons parqué le camping-car, de l’autre côté de la rue où est le camping (le camping est ouvert, mais… devant le portail un énorme tas de sable a été déversé pour procéder à des travaux, et sous l’arche de l’entrée seuls peuvent passer piétons et cyclistes. Pour un prix ridiculement bas, nous sommes autorisés à utiliser les sanitaires du camping, il n’y a que la rue à traverser), ou à la capitale de l’île, Chora. Voici donc ci-dessus à quoi ressemble le port avec ce moulin, la ville d’Aegiali et sa rade, et la montagne aride juste au-dessus. Les paysages d’Amorgos sont splendides.
 
Une tradition, peut-être légendaire, veut que le poète Sémonide, auteur d’ïambes et d’élégies ainsi que d’un célèbre poème violemment antiféministe soit venu de sa Samos natale à Amorgos vers 664 avant Jésus-Christ pour participer à sa colonisation. Il est connu sous le nom de Sémonide d’Amorgos. Pour qui ne connaît pas, voici quelques uns de ses vers :
 
"C’est à part que le dieu créa l’esprit de la femme tout d’abord. L’une, sur le modèle du cochon aux longues soies ; tout dans sa maison, souillé de boue par elle, gît en désordre et roule à terre […]. Une autre, sur le modèle de la mer. Celle-ci a deux pensées dans son esprit : un jour, elle rit et se réjouit. L’hôte qui la verra chez elle la louera […]. Un autre jour, la voir ou l’approcher est insupportable. Elle est alors furieuse, inabordable comme une chienne autour de ses petits. Elle devient sans miel, odieuse avec tous, pareille avec les ennemis comme les amis. […] Une autre, race misérable et lamentable, sur le modèle de la belette : en effet, n’émane d’elle rien de beau, ni d’aimable, ni d’agréable, ni de désirable. Pourtant, elle est folle de la couche d’Aphrodite, mais elle donne la nausée à l’homme présent. […] Zeus, en effet, a créé ce très grand mal, les femmes". Alors, sympa le Sémonide, Mesdames ?
 
Amorgos est également tristement célèbre pour un fait historique. Alexandre le Grand a créé un immense empire. Quand il meurt soudain en 323 avant Jésus-Christ, la régence est assumée par Antipater, général qui jouissait de toute sa confiance et que lui-même avait désigné quelques années auparavant pour administrer la Macédoine lorsque lui-même était occupé à guerroyer contre les Perses. Athènes alors se lance dans une guerre de révolte contre l’autorité de la Macédoine, vite rejointe par d’autres cités grecques dont Karystos, en Eubée, dont je parlais dans mon dernier article. Avant le retour des troupes d’Alexandre, Antipater subit des revers, s’enferme dans Lamia (d’où le nom de Guerre Lamiaque. C’est une ville de Grèce continentale, à quelque distance de la côte est, face au nord de l’île d’Eubée). Quand les renforts arrivent et qu’Antipater réussit à s’extraire de Lamia, la guerre reprend sur mer. Avec l’aide de 240 navires phéniciens et chypriotes, Antipater écrase la flotte athénienne devant Amorgos. Jamais les forces navales d’Athènes ne s’en remettront.
 
753c île d'Amorgos, Cyclade orientale
 
Cette grande église à cinq nefs et deux absides est perdue dans la nature. Plusieurs fois, en allant d’Aegiali à Chora, nous avons été frappés par sa grandeur malgré son isolement. Il a fallu à la fin que nous nous rangions sur le bas-côté, elle méritait un arrêt photo.
 
753d1 île d'Amorgos, Chora
 
En arrivant sur Chora, la capitale, on voit au loin cette surprenante ligne de moulins à vent. En fait, dans les Cyclades, le vent souffle souvent fort, et nous avons déjà vu des moulins à Mykonos, on se rappelle que le dieu Éole avait sa résidence à Tinos et que le Meltem a été donné par Zeus à Kea qui était desséchée lorsque Sirius entrait dans la constellation du Chien.
 
753d2 île d'Amorgos, Chora
 
Dès l’entrée dans Chora, le ton est donné. Une ville blanche, de petites ruelles, des églises partout. Voici donc maintenant quelques images de la ville.
 
753d3 île d'Amorgos, Chora
 
753d4 île d'Amorgos, Chora
 
D’abord les rues. La ville est sur des ondulations de terrain, on ne peut pas dire vraiment qu’elle est, comme bien d’autres, accrochée au flanc de la montagne. Cela n’empêche pas de devoir gravir ici ou là quelques marches. Et c’est tant mieux, parce que cela, joint à l’étroitesse de bien des rues, dissuade l’accès des voitures. Et Chora peut rester calme et douce, Chora peut continuer à verser ses fleurs et ses tonnelles sur les rues sans se soucier du gabarit des véhicules.
 
753d5 île d'Amorgos, Chora
 
753d6 île d'Amorgos, Chora
 
753d7 île d'Amorgos, Chora
 
Je disais qu’il y avait des églises partout. En voici quelques unes. Et ces photos montrent à quel point elles sont variées dans leur style architectural. Sur la première photo, ce n’est pas une église à plusieurs nefs, mais deux églises jumelles accolées. Beau dôme plus traditionnel sur ma seconde photo. Et sur la troisième photo, un clocher ajouré merveilleux de légèreté. Nous sommes passés par ici à plusieurs reprises, j’ai attendu après 18 heures que le soleil le dore un peu pour le prendre en photo.
 
753d8 île d'Amorgos, Chora
 
Sur plusieurs maisons, j’ai remarqué l’insertion de stèles funéraires antiques à titre de décoration. Indépendamment du fait que je ne comprends pas bien comment cet usage privé du patrimoine culturel historique du pays peut être utilisé (en Grèce, la loi réserve à l’État la propriété de tout ce qui est découvert sous le sol même de terrains privés). Peut-être est-il permis à ceux qui s’étaient servis avant cette loi de conserver ce que leurs ancêtres se sont attribué. Or cette maison, et les autres, sont très anciennes, et remontent à la domination turque. Cela dit, je trouve cela très décoratif et, à défaut d’être en situation, sur une authentique tombe antique, je trouve ces stèles plus intéressantes ainsi plutôt qu’alignées le long d’un mur dans un musée…
 
753e Amorgos, établissement préhistorique Markiani
 
Voyant une flèche sur le bord de la route, qui indique un établissement préhistorique ainsi que le nom du lieudit, Markiani, nous nous arrêtons. Après avoir marché quelques minutes sur un petit chemin, on découvre sur le côté ce cercle de pierres. Un peu plus loin, il y a un mur dont j’ignore s’il fait partie de cet établissement préhistorique ou s’il est plus récent, car sa facture pourrait fort bien n’être que du Moyen-Âge. Et sur place, il n’y a aucune explication. Ce serait un peu décevant, si la promenade n’était un vrai plaisir dans une nature somptueuse.
 
753f1 île d'Amorgos, dans les Cyclades de l'est
 
753f2 île d'Amorgos, dans les Cyclades de l'est
 
Et puis dans un pré nous nous faisons un ami de ce sympathique cheval. Un peu plus loin, au sol, cette selle lui est destinée. Bien rustique, en ce vingt-et-unième siècle. Je ne la crois douce ni au dos du cheval, ni au postérieur du cavalier.
 
753g1 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
753g2 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
753g3 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Nous avons entendu parler, à Amorgos, d’un monastère surprenant, créé par l’empereur byzantin Alexis Comnène. Nous prenons donc, sur le côté, une petite route qui après un ou deux kilomètres s’achève en impasse. Nous laissons notre véhicule et suivons à pied une voie d’accès qui grimpe à flanc de montagne vers ce monastère plaqué comme un nid d’aigle sur la paroi, haut, très haut. Nous avons franchi l’entrée marquée par cette mosaïque de la Vierge, nous avons croisé un moine, nous avons gravi le chemin en escalier le long d’une roche veinée multicolore.
 
753g4 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Nous parvenons enfin au monastère, consacré à la Présentation de la Vierge, la Panagia Chozoviotissa. Il est réellement collé sur un mur d’une falaise verticale. Chaque année au printemps, il est peint de nouveau pour qu’il soit toujours éclatant de blancheur. Je ne parviens pas à imaginer quels échafaudages, ou quelle nacelle suspendue on utilise pour accéder à cette façade.
 
753g5 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
753g6 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Déjà sur le chemin, nous avons rencontré des chats en grand nombre. Alors que j’étais accroupi à caresser un chaton, un autre chaton a sauté sur ma cuisse et s’y est couché. Plus loin, Natacha avait posé au sol son lourd sac photo, un chat s’y est installé et n’a pas voulu en descendre quand elle se l’est mis à l’épaule. À l’intérieur du monastère, nous franchissons l’entrée où les hommes en short sont invités à enfiler des jeans de grande taille (pour ne pas exiger l’enlèvement du short en public), et les femmes dont les épaules sont visibles ou la robe plus courte que le mi-mollet à se revêtit de châles et de jupes longues, où l’on remarque cette vasque surmontée de cette petite fresque. La petite taille de la vasque fait penser à un bénitier, mais la représentation du baptême de Jésus par saint Jean Baptiste dans le Jourdain évoque plutôt un tout petit baptistère. Dans l’escalier qui monte vers l’église, d’autres chats nous font une haie d’honneur.
 
753g7 Amorgos, monastère de la Panagia Chozoviotissa
 
Au sommet, l’escalier débouche dans le fond de l’église. Il se trouve dans cette église une icône dont on nous dit qu’elle est venue de Chypre, transportée ici miraculeusement. Il n’est nullement interdit de la photographier, l’homme (un laïc) qui nous escorte dit qu’au contraire il est bien que nous en gardions un souvenir. Mais elle est dans un coin sombre, sa grande ancienneté l’a rendue complètement noire et, bien entendu, on nous demande de ne pas utiliser un flash, les éclairs répétés de toutes les photos des nombreux touristes risquant d’effacer à jamais les quelques couleurs qui subsistent. Résultat… ma photo est ratée, impossible à présenter ici. Noire et bougée. Tant pis, je me contente de l’évoquer.
 
753h Amorgos, vue depuis le monastère de la Panagia Chozov
 
Sur le côté droit de l’église, précisément juste à côté de l’icône dite miraculeuse, et éclairant le côté opposé, une porte donne sur une terrasse d’où l’on a une vue imprenable sur la mer, des dizaines de mètres plus bas. Notre accompagnateur est un homme fort aimable qui a patiemment répondu à nos questions et a attiré notre attention sur ceci ou cela. Au moment où nous le remercions, le saluons et allons redescendre, il nous demande de nous arrêter à l’étage en-dessous et de pénétrer dans la salle. Nous descendons donc et entrons où il nous a indiqué. Là, il nous est offert un petit verre de liqueur et un gâteau. Mais ni les bouteilles de liqueur, ni les boîtes de gâteaux ne sont en vente. Il n’y a aucun esprit commercial de dégustation avant une proposition de vente, c’est un pur geste d’accueil et d’amitié, alors même que la visite est gratuite. On est dans un monastère, pas dans un musée. C’est sur la chaleur de ce geste que nous quittons le monastère et que je conclus cet article.

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Published by Thierry Jamard
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