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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 23:40

 

532a1 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

532a2 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

Avant-hier, en nous promenant sur le port et en voyant le ferry en provenance de l’île d’Ischia, nous avons eu envie de nous embarquer. Eh bien, ce matin nous sommes retournés au port de Pouzzoles et sommes montés sur le bateau (sans notre embarrassante machine). Du pont supérieur, on a une intéressante vue sur le port et sur la ville.

 

 

532a3 Pouzzoles vu du ferry d'Ischia

 

 

Nous n’avons pas choisi notre compagnie de navigation. Un homme, sur le quai, nous a appelés en nous annonçant un prochain départ, nous avons pris nos billets à la guérite qu’il nous indiquait. En fait, un autre ferry, de la compagnie concurrente, levait l’ancre quelques minutes après nous. Beaucoup plus rapide, il nous a dépassés. Mais il a fait une escale à Procida, pas nous, si bien que nous sommes arrivés cinq minutes avant lui. Amusante course !

 

532b1 Procida

 

532b2 Procida

 

Au passage, je prends quelques vues de l’île de Procida. Nous nous consultons rapidement pour savoir si demain ou après-demain nous irons y faire un tour. Par 100% des voix (score de type soviétique), nous décidons tous deux que l’on ne peut pas tout voir, et qu’il nous faut envisager d’accélérer un peu le rythme de nos visites.

 

532c1 Mouette

 

532c2 Mouette 

532c3 Mouette

 

532c4 Mouette

 

532c5 Mouette

 

Le trajet étant court, il n’y a pas de repas à bord, et donc probablement pas de déchets rejetés à la mer. Cela n’empêche pas des escouades de mouettes de nous escorter. Comme il n’est pas prévu que nous nous rendions sous des cieux hantés par les albatros, tant pis, j’y vais de mes vers de Baudelaire assez mal adaptés à ces autres oiseaux de bien moindre envergure.

 

          Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage

          Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers

          Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

          Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

De temps à autre, une mouette plonge, et il me semble que parfois elle remonte avec un poisson dans le bec. Peut-être l’eau oxygénée par le brassage de l’hélice attire-t-elle les poissons ? Ou bien son mouvement rapide blesse-t-il ou tue-t-il les poissons, plus faciles à pêcher ? Quelle que soit la raison de ce ballet aérien et de ces plongeons, je me fais plaisir en prenant quelques photos de ces magnifiques oiseaux.

 

532d1 Ischia vue du ferry

 

532d2 Ischia, le château aragonais

 

Nous approchons d’Ischia. Du large, on a une vue intéressante sur cet îlot qu’un caprice sismique et volcanique a fait surgir dans la mer et qu’une décision pratique et politique a fait relier à l’île principale au quinzième siècle par une digue de 220 mètres de long. Parce qu’une journée c’est bref pour visiter Ischia, notre intention est de voir un peu l’île en nous rendant à pied du port à ce rocher, de visiter le château aragonais qui y est bâti, et de rentrer avant le dernier départ pour le continent.

 

532d3 Ischia, le port

 

532d4 Arrivée du ferry à Ischia

 

En arrivant, notre gros ferry dépasse le petit port de plaisance, qui semble un jouet de poupées. C’est joli, c’est propre, ça paraît minuscule vu du haut de notre pont de gros bateau. Mais les restaurants établis sur le quai sont des attrape-touristes encore bien pires qu’au bord du Vieux Bassin à Honfleur (je me dois de défendre Honfleur, parce que Natacha et moi ne manquons jamais de faire un saut jusque là pour nous réjouir d’un dîner sur le port, où nous avons notre "cantine", de même qu’à la porte Saint Vincent à Saint-Malo).

 

Et puis, nous abordons. Ce cordage enroulé, que je mets là uniquement pour me faire plaisir, y trouve un semblant de justification symbolique. Ainsi je culpabilise moins –un petit peu moins– l’égoïsme de cette photo.

 

532e Une rue d'Ischia

 

Nous traversons, comme prévu, l’île en direction du château. Après l’animation du port, d’ailleurs assez relative une fois dispersées les voitures transportées par le ferry, c’est le calme plat dans les rues agréablement bordées d’arbres en fleurs.

 

532f Ischia

 

Une plaque datée de 1909 sur le mur de cette petite église évoque le quatrième centenaire des noces de Vittoria Colonna qui, enlevée ici par Ferrante d’Avalos, l’épousa dans la cathédrale de l’antique château.

 

532g Ischia

 

Décidément, c’est très curieux. Nous avons rejoint Ischia depuis Pouzzoles, mais il y a autant de liaisons à partir de Naples ; l’île est splendide, aussi belle que Capri ; et ici on n’est pas noyé dans la foule des touristes, on peut jouir du paysage, des ruelles, des placettes calmes comme celle-ci. Et tout le monde continue de se ruer sur Capri, et beaucoup moins sur Ischia. Le tourisme a ses mystères…

 

533a1 Ischia, castello aragonese

 

533a2 Ischia, le château aragonais

 

Nous voici en vue du château perché sur cette bulle de magma isolée, surgie lors d’une éruption plus importante dans l’île et sous le mer. Une belle bulle, qui culmine à 113 mètres au-dessus du niveau de la mer pour une superficie d’environ cinquante six mille mètres carrés.

 

Au cinquième siècle avant Jésus-Christ, les Grecs de Cumes sont en guerre contre les Tyrrhéniens. Les sachant en difficulté, le Grec de Syracuse Géron I leur vient en aide, et grâce à lui la victoire est acquise à l’union grecque. En remerciement pour son aide décisive, Cumes lui offre l’île d’Ischia. En 474 Géron y construit une forteresse sur cet îlot, là où les Grecs de Cumes avaient déjà édifié un château. Évidemment, quand les Romains sont arrivés et se sont installés dans la région, ils n’allaient pas rester indifférents au charme des lieux ni à leur situation stratégique, aussi fondèrent-ils dans l’île principale, en 315, la ville d’Ænaria, l’îlot constituant un fortin défensif, avec son château fortifié auquel se joignirent quelques habitations. Les siècles ont passé, les saccages se sont multipliés, les dominations se sont succédé. Wisigoths, Vandales, Ostrogoths, Arabes, Normands, Souabes, Anjou, chacun a ajouté, retranché, modifié, rendant méconnaissable la forteresse de Géron, mais ne repartant jamais de zéro, ne rasant jamais complètement le premier édifice.

 

En 1301, le mont Trippodi entre en éruption. Affolée, la population d’Ischia préfère s’installer sur l’étroit îlot, au pied de la forteresse. L’îlot se développe alors de façon spectaculaire. Alphonse d’Aragon, en 1441, décide de faire relier l’îlot à l’île principale par la digue dont j’ai parlé, il protège la cité de murailles, et reconstruit le vieux château datant de la dynastie des Anjou. La région étant infestée de pirates, la population finit de déserter la grande île pour se réfugier bien à l’abri entre les murs de la forteresse. Sur ce petit espace, la concentration était maximum. En effet, selon un recensement de la fin du seizième siècle, qui correspond à l’apogée du développement du château, vivaient là en permanence le Prince et sa garnison, l’évêque avec son chapitre et un séminaire, un couvent de Clarisses, une abbaye de Basiliens de Grèce, à quoi s’ajoutaient 1892 familles. Pour tout ce monde, 13 églises. Mais vers 1850, quand fut réglé le problème des attaques de pirates, la population eut tendance à refluer vers la grande île pour y cultiver la terre et pour s’adonner plus commodément à la pêche.

 

Puis est arrivé Napoléon, avec les Français. En conséquence de quoi nos ennemis jurés de la perfide Albion, les Anglais, sont arrivés pour nous combattre. En 1809, ils ont assiégé l’îlot et l’ont bombardé si énergiquement qu’il n’y est pas resté grand-chose d’entier. Dans le même temps, le pouvoir français de Murat avait interdit les congrégations. En 1823, il ne restait plus là que trente habitants, que le roi de Naples Ferdinand I délogea pour transformer ce qui restait debout en bagne pour forçats. À la suite des mouvements indépendantistes qui s’étaient opposés aux Bourbons, en 1851 le château a accueilli des prisonniers politiques. Et puis en 1860 Garibaldi, comme Zorro, est arrivé, les prisonniers ont été libérés, Ischia avec Naples s’est ralliée au royaume d’Italie unifié (à part les États du Pape qui le rallieront en 1870), et malheureusement le château et tout ce qui restait autour a été laissé à l’abandon. En 1912, les domaines ont décidé de vendre l’îlot et ses constructions aux enchères et, depuis, c’est une propriété privée.

 

533a3 Ischia, castello aragonese, tunnel vers l'ascenseur

 

Une fois passée la caisse quelques mètres après la digue, on entre dans un tunnel creusé dans la roche vive, au bout duquel une cheminée, elle aussi intégralement dans la roche, contient un ascenseur montant au niveau 60 mètres sans que rien de cet appareil moderne soit visible de l’extérieur.

 

533b Ischia, castello aragonese

 

Ensuite, on chemine comme dans une ville aux ruelles très étroites. Une rue principale passe devant la sortie de l’ascenseur, et selon qu’on l’emprunte vers la droite ou vers la gauche, on suit les flèches de "l’itinéraire du Levant" ou celles de "l’itinéraire su Ponant". De loin en loin, des chemins secondaires mènent aux différentes constructions.

 

533c Ischia, vue du castello aragonese

 

Parfois aussi, ici un belvédère, ou là une terrasse, donne une vue somptueuse sur le panorama. De ce côté-ci on voit au premier plan la digue vers la grande île, puis la ville et au fond la montagne, tandis que de part et d’autre de la digue miroite la mer. On en prend plein les yeux.

 

533d Ischia, castello aragonese, monastère

 

Ici nous sommes dans le couvent des Clarisses, créé en 1575 par l’abbesse Béatrice Quadra, veuve d’Avalos, et désaffecté en 1810 en vertu de la loi de sécularisation des monastères édictée par Joachim Murat, roi de Naples, comme je l’évoquais précédemment. Une quarantaine de religieuses y étaient hébergées, la plupart aînées de familles nobles destinées dès leur enfance à la vie cloîtrée. Elles étaient d’abord admises sur la grande île à l’ermitage de Saint Nicolas avant d’être transférées, au terme de ce premier séjour, au couvent situé sur le rocher.

 

533e1 Ischia, castello aragonese, cimetière des Clarisses

 

533e2 Ischia, castello aragonese, cimetière des Clarisses

 

Nous sommes toujours chez les Clarisses. Partant d’une belle terrasse couverte, un petit escalier descend vers des pièces au niveau inférieur, taillées dans la roche. C’est le cimetière des religieuses, qui a existé depuis la création du couvent au seizième siècle et jusqu’à sa fermeture au début du dix-neuvième. Après leur mort, au lieu d’enterrer les religieuses, on les asseyait sur ces sièges de pierre que l’on voit le long des murs. Lentement, progressivement, elles se décomposaient jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que les os qui, alors, étaient déposés dans l’ossuaire. Durant ce processus, le corps émettait des humeurs qui s’écoulaient par le large trou du siège dans des vases placés en dessous. C’est une idée étrange, c’est une invention horrible, mais ce n’est pas tout, il y a pire. Chaque jour, les Clarisses devaient se rendre au cimetière et y séjourner en prière, afin de méditer sur la mort et sur sa signification en voyant ces corps décomposés. Il y a de très grands penseurs et de très grands saints qui ont médité sur la mort, sans avoir besoin de cette fréquentation assidue de la corruption de la chair. Le christianisme insiste sur la résurrection lors du Jugement Dernier, la mort ne devant être pour le corps qu’un état passager. Or je suppose que pour l’immense majorité de ces femmes, cette vision d’horreur devait les obséder et occulter en partie leur méditation sur l’immortalité de l’âme.

 

533f1 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

533f2 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

533f3 Ischia, castello aragonese, cathédrale

 

Nous sommes ici dans la cathédrale, construite, après l’éruption volcanique de 1301, en style roman, et puis sa structure a été modifiée au quinzième siècle, et avec des adjonctions baroques en stuc datant de 1700. Nous avons vu, en marchant dans les rues de la ville, la petite église où Vittoria Colonna a été enlevée par Ferrante d’Avalos, marquis de Pescara. Leurs noces furent célébrées dans cette cathédrale le 27décembre 1509. Cette cathédrale était en parfait état d’entretien lorsque les Français occupèrent le royaume, mais quand je dis que les canons anglais de 1809 ont fait des ravages dans l’île, on peut l’apprécier sur cette église. Ses ruines ont cependant été consolidées pour les rendre sûres, et désormais y sont régulièrement organisés des concerts, des représentations théâtrales, des lectures de prose ou de poésie.

 

533g1 Ischia, castello aragonese, crypte

 

533g2 Ischia, castello aragonese, crypte

 

533g3 Ischia, castello aragonese, crypte

 

Une chapelle dédiée à saint Pierre a été construite ici à la fin du onzième siècle et au début du douzième, constituée de chapelles ordonnées autour d’un espace central. Puis, au quatorzième siècle, en 1301 comme on l’a vu, une cathédrale a été construite au-dessus, en faisant sa crypte. De cette époque datent de merveilleuses fresques réalisées par des artistes de l’école de Giotto. Hélas, pendant la période où, appartenant aux domaines, la crypte comme la cathédrale ont été laissées à l’abandon, des plaques de marbre portant des inscriptions ont été volées et les fresques ont été vandalisées. Sur la troisième de ces photos, on voit que des crétins ont gravé leur nom, ajoutant leurs déprédations aux injures du temps.

 

533h Ischia

 

Les chemins que nous suivons sont enchanteurs, bordés d’épais buissons fleuris.

 

533i1 Ischia, castello aragonese, Madonna della Libera

 

533i2 Ischia, castello aragonese, Madonna della Libera

 

Nous arrivons à cette petite église du douzième siècle, à l’origine dédiée à saint Nicolas. Et puis il y a eu l’éruption de 1301, la population d’Ischia a prié la Madone, la lave n’a pas atteint le bourg, et en signe de reconnaissance et de gratitude l’église a désormais été dédiée à la Vierge qui avait libéré de peuple de la catastrophe, d’où son nom de chiesa della Madonna della Libera.  Cette belle fresque de l’Annonciation a été découverte sous une couche de plâtre. Pour que ce plâtre tienne, la surface avait été piquée afin qu’elle ne soit plus plate et lisse. C’est lamentable quand on voit combien la fresque était admirable.

 

533j Ischia, castello aragonese, pipes des gardes

 

Plusieurs salles contiennent un petit musée. Outre des peintures contemporaines, on y trouve divers objets dont cette vitrine de pipes des soldats de la garnison. C’est suffisamment original pour avoir retenu mon attention un moment.

 

 

533k Arrivée à Pouzzoles

 

Mais nous nous sommes attardés, parce que nous nous sentions bien. Le temps a passé et nous devons regagner le port qui est à plusieurs kilomètres, sans bus ni taxi. Pas de brosse à dents, pas de linge de rechange encore plus indispensable avec cette chaleur, il n’est pas question de passer la nuit dans l’île. Nous fonçons au pas de charge dans la foule qui, sortie d’on ne sait où quand on pense au désert des rues il y a quelques heures, déambule à présent en essaims compacts. Nous attrapons le dernier bateau de la soirée cinq minutes avant le départ. Et voici maintenant le port de Pouzzoles qui se profile, où deux ferries sont déjà à quai pour passer la nuit. Nous ne regrettons pas d’avoir effectué cette traversée, l’île d’Ischia en vaut vraiment la peine.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

emperaire nicole 03/10/2010 20:48


Bravo pour vos photos et commentaires documentés.J'ai passé un moment très agréable et j'ai appris beaucoup de détails historiques


Thierry de Avalos 09/08/2010 16:33


Très joli votre blog et l'article sur Ischia, vous auriez du aussi visiter Procida, aussi ancien château Aragonais, et passé de mains en mains au fil des siècles comme à peu près tout dans cette
région . Et la qualité de vos photos donne encore plus envie de vous lire. D'ou ce petit mot pour vous en féliciter, bien a vous, Thierry de Ávalos


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