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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 15:26
675a château à l'approche de Leucade
 
Nous sommes arrivés dimanche 9 au soir dans l’île de Leucade, et nous en sommes repartis ce matin mercredi 12. Nous y avons donc passé lundi et mardi, mais des photos ont été prises sur les quatre jours, ce qui permet de donner des éclairages variés. Je préfère parler du tout en un seul article. De la route qui va vers Leucade, on peut apercevoir ce fort sur une colline, le château de Grivas qui date de la guerre d’Indépendance.
 
675b1 fort Sainte-Maure devant Leucade
 
675b2 kastro Agia Mavra devant Leucade
 
Leucade, en grec Lefkada, est l’une des sept îles Ioniennes, comme l’était Corfou plus au nord. Mais celle-ci est toute proche du continent, et seule une lagune très peu profonde, guère plus de deux mètres de fond, l’en sépare. Un cordon littoral étroit et peu praticable fermait imparfaitement la lagune, aussi en 1987 a-t-on relié l’île à la terre ferme non pas par un pont, mais en transformant le cordon littoral en une digue supportant une route, seule une étroite ouverture étant ménagée sous forme de point ouvrant. Ainsi, on traverse la lagune au ras de l’eau, c’est une impression très séduisante. Et juste avant le pont ouvrant et la digue qui le prolonge, on passe au pied de ce fort Sainte Maure (Kastro Agia Mavra) construit au début du quatorzième siècle, quand les Vénitiens étaient maîtres de l’île. Il est au début du cordon littoral et fait donc partie de l’île de Leucade dont la ville de Sainte Maure qu’il renfermait a été capitale jusqu’à la fin du dix-septième siècle.
 
675b3a Lefkada, bateau à vendre
 
675b3b Leucade, bateau à vendre
 
Je profite de notre passage au pied du Kastro pour faire une pub (gratuite). Ce bateau est à vendre, c’est ce que signifie le mot grec politè que je transcris dans notre alphabet, pôleitai. Il y a même un numéro de portable. Bon, d’accord, il manque l’hélice et l’arbre qui doit l’entraîner, et il a besoin d’un petit coup de papier de verre ici ou là, mais s’il y a des amateurs…
 
675c1 Leucade
 
675c2 Lefkada
 
675c3 Leucade
 
Au début, en suivant la route, on voit que la lagune s’apparente plutôt à un marécage salé, avec des plantes et des joncs qui l’encombrent. Et puis on avance sur la digue, la surface de l’eau se dégage, et la ville de Leucade (comme pour Panama, par exemple, le nom est à la fois celui de la terre et celui de sa capitale) apparaît comme flottant sur la mer. Quand le temps est assez clair, la chaîne de montagne qui hérisse le continent apparaît, barrant l’horizon. Mais Leucade elle-même n’a rien à lui envier, car elle est très montagneuse et culmine à 1158 mètres. Les couleurs douces, le calme du paysage, sont un ravissement et la promenade le long de la mer est un enchantement.
 
675c4 Leucade
 
675c5 Leucade
 
De plus, en fonction de l’heure, de l’orientation du soleil et de la luminosité, le spectacle est sans cesse changeant. Ci-dessus, au crépuscule, les couleurs sont un camaïeu de rose mauve sur une surface d’un calme merveilleux. La surface de l’eau est si tranquille, si lisse, que les reflets sont aussi nets que dans un miroir.
 
675c6 Lefkada
     
Et l’eau est d’une transparence de cristal, qui révèle tout ce qui repose sur le fond. Comme ce petit vélo d’enfant dont le cadre rouillé et la carcasse légèrement recouverte de sable évoque les objets, statues, amphores, que l’on découvre dans les épaves de navires antiques. Mais je doute, ici, que ce vélo ait appartenu à l’enfant d’un pèlerin se rendant en bateau du Pirée à l’embouchure de l’Achéron pour consulter l’oracle des morts il y a deux mille ans.
 
675d1 Leucade
 
675d2 Leucade
 
675d3 Leucade
 
La ville est sympathique, son ambiance est vivante, animée, chaleureuse.. Il fait bon s’y promener, la circulation en bord de mer est ralentie et raisonnable, et la rue principale est piétonne, ce qui limite grandement le trafic dans les petites rues adjacentes. Je ne sais ce que devient cette ville en été quand les touristes s’y pressent, je lui souhaite de garder son âme, mais ce que je sais c’est qu’en janvier elle est adorable et que ces jours-ci le climat y est délicieux. Néanmoins, ce que j’y apprécie est plus une atmosphère que des monuments historiques. Quant au petit musée archéologique municipal installé dans les locaux de la mairie et que nous avons visité ce mercredi matin avant de partir (entrée libre), il comporte des pièces intéressantes, et en l’absence de panneaux l’interdisant j’avais commencé à en prendre quelques photos, quand je me suis vertement fait mettre au pas par une fonctionnaire sortie je ne sais d’où. Puisque c’était interdit je n’en publie donc rien. De nos promenades en ville, je ne publie que ces deux photos d’églises, ainsi que l’intérieur de la seconde.
 
675e1 Leucade, monastère de Faneromeni
 
En revanche, une petite route très étroite et en rude montée permet, en quelques kilomètres, d’accéder au monastère de Faneromeni. Ou Phaneromenê. Le verbe de départ signifie montrer. À la voix moyenne (en plus de l’actif et du passif, le grec a une voix qui indique l’intérêt du sujet) cela devient j’apparais, j’ai l’air de. Je crois que cette forme phainomai existe telle quelle en grec moderne avec ce même sens. L’adjectif phaneros signifie visible, évident (grec ancien et grec moderne). La terminaison –menos, -menê (au féminin) est celle du participe passé. Il s’agit donc de Celle qui est évidente, la Vierge, bien sûr.
 
675e2 Leucade, monastère de Faneromeni

 

C’est ouvert, on entre, on se balade, on visite. Pendant tout le temps de notre visite nous avons été seuls, sauf à un moment où nous avons aperçu, à l’autre bout de la cour, quelques religieux qui sont passés sans plus se soucier de nous. Mais la tenue doit être correcte, c’est-à-dire ne pas montrer d’épaules ni trop de jambes. Les femmes en jupe trop courte ou aux épaules découvertes sont priées de décrocher l’une de ces blouses extrêmement sexy qui sont suspendues dans l’entrée et de s’en revêtir. Mais les hommes en short sont contraints de s’abstenir d’entrer car ils ne sont pas autorisés à se parer élégamment de ces accessoires, le panonceau que l’on voit au-dessus disant ‘The robes are

only for the women’, et la même chose en grec.

 

675e3 Leucade, monastère de Phaneromeni

 

675e4 Leucade, monastère de Faneromeni

 

Comme on peut s’en rendre compte, l’ambiance, l’architecture sont radicalement différentes de celles d’un monastère catholique, sévèrement refermé autour d’un cloître. Par ailleurs, avant de parvenir aux bâtiments et tout de suite après avoir franchi le portail de ma première photo du monastère, nous nous sommes promenés dans un parc comportant d’immenses volières peuplées d’oiseaux exotiques et des enclos enfermant des cervidés et autres animaux.

 
675e5 Leucade, monastère de Faneromeni
 
675e6 Leucade, monastère de Faneromeni
 
L’intérieur de l’église, très riche, brillant, avec de belles boiseries et en particulier celles de l’iconostase, ne se démarque pourtant pas nettement des autres intérieurs d’églises que nous avons vus. Je remarque cependant au plafond cette grande fresque d’un Christ Pantocrator qui, sur ce fond en dégradés de bleus, est une excellente interprétation moderne de ce sujet très classique et généralement toujours répété dans le même style ancien.
 
675f1 Nydri, île de Leucade. En face, Skorpios
 
675f2 Onassis à Nydri
 
Arrivés dimanche soir, nous nous sommes établis le long de la mer, en pleine ville. Dîner, promenade nocturne. Lundi matin, promenade en ville puis, en début d’après-midi, nous partons vers le sud de l’île. En chemin, nous voyons Nydri, petite ville balnéaire avec son port de plaisance et son port de ferries, et face à laquelle se trouve l’île de Skorpios qu’avait achetée Onassis, où il s’est marié avec Jackie Kennedy et où il s’est fait enterrer. Sur le port de Nydri la municipalité a fait placer cette statue qui honore sa mémoire. La base porte cette phrase signée Aristote Onassis : "Les hommes construisent leur propre destin".
 
675g1 Vassiliki, île de Leucade
 
675g2 Vassiliki, île de Leucade
 
Tout au bout de l’île, à l’extrême sud, le port de Vassiliki est à moins de dix kilomètres de l’extrémité nord de deux autres îles Ioniennes, Céphalonie et Ithaque. Nous y serions bien allés, mais le ferry n’assure pas le service en hiver. Nous devrons nous embarquer à Patra, au nord du Péloponnèse. Mais peu importe, la petite ville de Vassiliki vaut le coup d’œil. Après une longue déambulation sur la côte et dans le bourg, nous nous installons pour la nuit le long de la mer.
 
675h1 cimetière très marin, île de Leucade
 
En remontant mardi vers la ville de Leucade, nous avons un peu flâné, par exemple nous arrêtant pour constater que le pauvre Paul Valéry, avec son Cimetière Marin, à Sète, n’est pas le seul au monde. Quoique celui-ci soit plus naval que marin. Finalement, je préfère racler mes souvenirs au fond de ma mémoire et évoquer le poème plutôt que la tombe :
 
            Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
            Entre les pins palpite, entre les tombes ;
            Midi le juste y compose de feux
            La mer, la mer, toujours recommencée
            Ô récompense après une pensée
            Qu'un long regard sur le calme des dieux !
 
675h2 Ile de Leucade, côte est
 
675h3 Ile de Leucade
 
675h4 Ile de Leucade, côte est
 
Continuant vers la capitale, nous traversons des paysages extrêmement variés de montagne et de mer, passant par la montagne, descendant dans des vallées, remontant pour dominer la côte, ses golfes, ses péninsules, ses îles, et parfois aussi retombant tout en bas pour longer des ports ou des plages. Reste, en arrivant, à nous installer pour la nuit. Puis ce sera, mercredi matin, la visite du musée et le départ, emportant de cette île le souvenir d’un lieu splendide et, encore plus important peut-être, très sympathique, un lieu qui parle à l’âme.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

lefkada 09/07/2012 11:24

Très belles photos, ça m'a rappelé des souvenirs de Lefkada! Et je rajouterai aussi que les plages de l'îles sont magnifiques, et à ne pas rater!

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