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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 18:28
755a1 île de Naxos
 
Mon dernier article portait sur nos deux premiers jours à Naxos, passés dans la capitale de l’île. Hier dimanche nous sommes allés faire un grand tour dans l’intérieur des terres, mais cela nous a pris trop de temps pour que nous puissions voir ce qui se situe au nord de l’île, de sorte que ce matin lundi avant de prendre le ferry à 12h55 nous nous sommes pressés de parcourir quelque cent kilomètres par la montagne, de courir sur les chemins et escaliers seulement accessibles à pied et de prendre nos photos. La photo ci-dessus permet d’imaginer le relief de l’île, l’aridité des sommets, la luxuriance des vallées.
 
755a2a île de Naxos, captage de source
 
755a2b île de Naxos, captage de source
 
Sur notre route nous avons suivi une partie de l’itinéraire de l’aqueduc qui amenait l’eau de la montagne vers Naxos ville, et aboutissait très probablement dans la grande citerne dont je parlais dans mon dernier article. Ici nous sommes au début de son parcours. L’eau de la source captée arrivait par l’orifice que l’on devine sur la droite de ma première photo, se décantait dans ce grand puits à base carrée et s’engageait ensuite sur la gauche dans ce tunnel dont on voit mieux l’entrée sur ma seconde photo. Le seuil de ce tunnel est situé 80 centimètres au-dessus du fond du puits pour que les impuretés se déposent au fond. Cette entrée de trois mètres de long, en pierre enduite de plâtre hydrofuge, a été aménagée à l’époque romaine, mais au-delà le tunnel, creusé directement dans la roche, est de la fin du sixième siècle avant Jésus-Christ. C’est aujourd’hui encore la même source qui alimente Naxos, captée de la même façon, mais elle est ensuite déviée peu avant le puits de ces photos, forme une cascade, et son aqueduc, après, court plus bas que l’antique.
 
755a3 île de Naxos, aqueduc souterrain
 
Nous sommes ici, devant ce puits, à plusieurs dizaines de mètres du précédent, peut-être plus de cent mètres, je ne sais pas, parce que de l’un à l’autre on suit des sentiers qui zigzaguent et les plis du terrain cachent le premier quand on est devant le second. Or entre l’entrée du tunnel et sa sortie ici, la dénivellation est quasiment nulle, seulement six centimètres. Ce second puits, à l’issue du tunnel, est d’époque romaine, conçu pour décanter une seconde fois, mais aussi pour donner un autre accès au tunnel. Des glissements de terrain, en époque tardive, ont causé de graves dégâts à la sortie du tunnel. Des travaux de réparation ont été entrepris, les matériaux éboulés ont été enlevés en vue de reconstruire le passage, mais ces travaux n’ont pas été menés à leur fin. C’est à l’époque contemporaine que la voûte a été restaurée avec du ciment. Vingt mètres en aval, la tranchée s’achève et l’eau s’engouffre dans un pipeline qui la conduira jusqu’à la ville, à onze kilomètres.
 
755a4a île de Naxos, pipeline de l'aqueduc
 
755a4b île de Naxos, pipeline de l'aqueduc
 
Le pipeline apparaît en plusieurs endroits, mis au jour dans la paroi lorsque l’on a tracé la route, et parfois il a été brisé au cours des travaux, volontairement pour ne pas modifier le tracé prévu, ou accidentellement ;.ailleurs, c’est en plantant une vigne qu’on en a découvert d’autres tronçons. Pour la présentation, j’ai inversé la chronologie de notre découverte, puisque partis de Naxos nous avons remonté le viaduc alors qu’il m’a paru plus logique, dans cet article, de partir de la source et de descendre vers le pipeline. On voit bien comment il est constitué de tronçons de tubes d’argile jointoyés. À la même époque, la même technique a été mise en œuvre à Athènes et à Samos et les mêmes lourds travaux y ont été entrepris. On peut remarquer la couche de tartre qui s’est déposée sur la paroi interne de la canalisation. Il paraît que par endroits, elle était presque complètement obstruée. Dans la partie brisée, sur la seconde photo, on distingue en effet au premier plan un très épais bourrelet.
 
755b1 chèvre sur l'île de Naxos
 
Pendant notre examen des restes de pipeline d’adduction d’eau à Naxos, nous étions étroitement surveillés par cette chèvre qui ne nous a pas quittés des yeux. Je ne pouvais, dès lors, manquer de lui tirer le portrait.
 
755b2 île de Naxos, monument préhistorique
 
Près de cette chèvre, et que ne signale aucun panneau, se trouve ce cercle de pierres qui semble être une construction religieuse préhistorique, comme on en voit en d’autres endroits. D’ailleurs, je ne vois pas quel pourrait être l’usage moderne d’une telle construction.
 
755c1 Kouros de Flerio, île de Naxos
 
755c2 Kouros de Flerio, île de Naxos
 
Lorsque nous sommes partis, nous ne savions pas que cet aqueduc antique était visible, et encore moins qu’un cercle de pierre existait dans ce secteur. Nous avons fait cette découverte de l’aqueduc en voyant des panneaux bruns (ceux qui signalent un intérêt culturel). Notre but était autre, nous voulions voir ce que l’on appelle le kouros de Flerio. Sur la route, les indications sont rares et imprécises. On repère un nom de village, puis on arrive à une fourche entre deux routes qui semblent de même importance, mais là il n’y a plus d’indication. Quant au GPS, si on ne lui donne pas une indication précise, nom de la commune et nom de la rue, ou coordonnées en degrés, il ne connaît pas. Le lieudit Flerio, le mot kouros, il ignore. Nous avons donc tourné et retourné longtemps avant de le trouver, notre kouros. Un kouros ("jeune homme", en grec) désigne une statue d’homme jeune, athlétique, dans une posture traditionnelle, bras le long du corps, en position de marche, c’est-à-dire une jambe en avant. Or dans l’Antiquité, dans la carrière de marbre, on dégrossit le bloc de pierre, il prend la forme de la statue projetée, kouros ou autre, mais on n’achève pas l’œuvre car le transport pourrait briser des détails, le nez, un doigt, une mèche de cheveux, etc. De plus, une fois le bloc détaché, on l’allège de beaucoup de pierre inutile afin de faciliter son transport, et l’artiste est plus à son aise dans son atelier pour achever son œuvre. De la carrière au véhicule qui attend sur le chemin, on fait glisser l’ébauche de statue sur des rondins, eux-mêmes placés sur un matelas constitué des petits éclats de marbre produits lors de l’extraction des blocs et de leur dégrossissage. Mais il peut arriver qu’une commande passée soit annulée avant que l’ébauche soit transportée, il peut arriver que lors du dégrossissage on découvre une fissure interne du marbre, une bulle, un défaut quelconque, il peut arriver que lors du transport sur les rondins une manœuvre malheureuse brise l’ébauche. Dans de telles circonstances, on n’a plus qu’à abandonner le bloc de marbre sur le chantier de la carrière. Notre kouros de Flerio est dans ce cas, cette grande statue de style archaïque datant des environs de 570 avant Jésus-Christ et mesurant 5,50 mètres s’est brisé la jambe droite en descendant la pente.
 
755c3 île de Naxos, Flerio, ébauche de sculpture
 
Un peu plus haut, des sillons dans la roche dessinant vaguement un visage ne peuvent être le produit de la nature, c’est très probablement l’ébauche d’une monumentale statue, abandonnée pour une autre raison que l’on ne peut déterminer à ce stade si peu avancé du travail.
 
755c4 Kouros inachevé, dans l'île de Naxos
 
755c5 Kouros inachevé, dans l'île de Naxos
 
En suivant un sentier dans la montagne, on parvient à un autre kouros inachevé, et beaucoup moins dégrossi que le premier. Récemment, des fragments en ont été découverts, et on a reconstitué ce pied avec, à vrai dire, beaucoup plus de ciment moderne que de marbre antique. En revanche, un grand éclat de marbre a été remis en place sur la cuisse droite, qui s’était fendue verticalement. Ici encore, pour ce kouros du tout début du second quart du sixième siècle (c’est-à-dire contemporain du premier), c’est évidemment la rupture des jambes qui a motivé son abandon. Le visage, lui, n’a pas été brisé dans le transport, il a été volontairement détaché, mais il est difficile de dire s’il a été récupéré pour en faire une petite sculpture plaquée sur un mur ou s’il a été volé.
 
755d1 traces d'exploitation de carrière, île de Naxos
 
Ces kouroi (pluriel de kouros) ont été abandonnés près du lieu d’extraction du marbre. Nous sommes donc au cœur des carrières antiques. Pour détacher un bloc, on procédait au creusement de galeries parallèles sous le bloc, puis on brisait la pierre entre les sillons. Ici, on voit nettement ce travail qui avait été effectué sous un bloc qui a été enlevé. C’est à Naxos qu’est né l’usage courant du marbre pour la construction et pour la statuaire. Le marbre, ici, était exploitable sur une aire très étendue, aussi les artisans fournirent-ils non seulement Naxos, mais aussi Délos centre du monde ionien et d’autres îles d’Ionie, Athènes, la Béotie dès le septième siècle, puis au sixième siècle ils ont exporté leur marbre et leur savoir-faire encore plus loin.
 
755d2 Carrières de marbre de Naxos
   
755d3 Carrières de marbre de Naxos
 
755d4 Carrières de marbre de Naxos
 
L’exploitation des carrières de marbre de Naxos n’a jamais cessé. Elles sont si étendues que l’on continue, encore aujourd’hui, à en extraire des blocs. Un panneau dit que ce marbre est exporté en Europe et en Amérique, et pour appuyer cette affirmation il y a une photo dont la légende dit qu’elle a été prise à Paris. Sur la vitrine d’une boutique d’un vieil immeuble parisien il est écrit en grandes lettres blanches NAXOS et, en dessous, Mobilier de marbre. Sur Internet, Google, Pages Jaunes, Pages Blanches, j’ai essayé de situer cette boutique, sans succès. Juste à côté, se trouve une boutique de mode, Suzette Idier. Pas plus de résultat. Mais la tenue vestimentaire des quatre personnes que l’on voit sur le trottoir, ainsi que le modèle de la voiture stationnée devant la boutique, semblent montrer que la photo est relativement ancienne, sans doute ces deux boutiques ont-elles déménagé.
 
En vieillissant, la surface du marbre se colore légèrement, des mousses s’y développent, mais lorsque l’on a récemment éventré la montagne, que l’intérieur de la pierre a été mis au jour et n’a pas eu le temps de perdre sa blancheur, l’effet est vraiment surprenant, surtout dans ce pays où la terre est si rouge, où le ciel est si bleu, où le soleil fait tellement ressortir le blanc éclatant du marbre sur les fortes couleurs du reste de la nature.
 
755e paysage de l'île de Naxos
 
Là où j’ai pris la troisième de mes photos des carrières de marbre, en me retournant j’ai pris la photo du paysage ci-dessus. Toutes deux, selon les "Propriétés" enregistrées, ont été prises à 17h08. Cela pour dire à quel point ce paysage est extraordinaire, d’un côté un ciel d’un bleu profond sur un mur de marbre immaculé, de l’autre un ciel brumeux et des montagnes noires qui moutonnent jusqu’à l’horizon.
 
755f1 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f2 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
Nous continuons notre route, parce que nous avons encore d’autres choses à voir, en particulier une église paléochrétienne, l’église de la Panagia Drosiani.
 
755f3 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f4 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
Nous n’avons pu pénétrer dans cette église, qui était fermée. Heure trop tardive ou crainte des dégradations, je ne sais, mais sur Internet il est dit que de mai à octobre elle est ouverte de 10 à 19 heures, or nous sommes au milieu de la fourchette de dates et suffisamment à l’aise dans la fourchette horaire. À l’intérieur, paraît-il, des inscriptions de bénédiction ainsi que quelques traces de fresques du dôme remontent au sixième et au septième siècles. Bonne indication de l’âge du bâtiment, mais en réalité on sait peu de chose. D’autres fresques, en meilleur état, datent du treizième siècle. Elles ont été détachées. Jean IV Crispos, duc de la Mer Égée, parle de l’église en 1555. Tout cela fait bien peu d’information pour un édifice ancien et intéressant. Ce n’est que de 1964 à 1970 que l’on s’est préoccupé de restaurer la Panagia Drosiani, que l’on a transféré les fresques (où elles ont été transférées je l’ignore), que l’on a commencé des recherches.
 
Souvent, dans les Cyclades, les sols des rues sont peints de dessins divers, parfois peut-être considérés comme propitiatoires ou chargés d’une valeur magique symbolique, et cela arrive aussi pour des seuils d’églises ou comme ici pour le chemin d’accès et ses marches, sans que les gens sentent la moindre contradiction avec une religion où la magie n’a pas sa place et qui, au Moyen-Âge, a brûlé des sorcières ou des femmes présumées telles. Certes le christianisme reconnaît des miracles mais ils sont considérés comme une action volontaire de Dieu, après intercession ou non d’un de ses saints, et non comme un phénomène paranormal que la nature engendre à partir de gestes, de mots ou de signes qui contreviennent à son fonctionnement régi par des lois qui ne connaissent pas d’exception.
 
755f5 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
755f6 église paléochrétienne de la Panagia Drosiani
 
L’église, dont le nom signifie "La Vierge du Rafraîchissement" et qui est l’une des plus anciennes et des plus révérées de toute la Grèce, comporte un dôme et trois absides correspondant à des chapelles accolées. On suppose qu’il s’agissait du catholicon d’un monastère, bien que l’on n’en ait retrouvé aucune trace, écrite ou archéologique.
 
755g1 le temple de Déméter à Naxos
 
Pour notre journée de dimanche, nous avons encore à nous rendre au temple de Déméter, plus profond dans l’île. On doit d’abord suivre une petite route, puis cheminer à pied sur une allée bien dallée et bordée de buissons fleuris. Au bout, pas de barrière, pas de vente de billet, l’accès est libre. Je ne sais qui est responsable, l’État, la Municipalité, une association, mais c’est remarquablement entretenu et c’est gratuit. Et malgré cela, alors que la saison n’est pas encore achevée et que la foule se presse en ville, nous sommes seuls sur le site. Absolument seuls.
 
755g2 le temple de Déméter à Naxos
 
755g3 le temple de Déméter à Naxos
 
Pourtant ce temple est intéressant, il n’est pas aussi complet, tant s’en faut, que le Parthénon ou le temple de Vassès, mais ses ruines ne sont pas négligeables, et surtout il en émane un charme extrême. Il est vrai que le charme, c’est ressenti personnellement, ce n’est pas une donnée objective.
 
755g4 le temple de Déméter à Naxos
 
Cette vallée, fertile et convenant à de nombreuses cultures, a très tôt été habitée par des paysans se regroupant en petites unités d’habitation. Dès le huitième siècle avant Jésus-Christ, ils ont célébré des divinités chthoniennes, Déméter et Perséphone, pour obtenir d’elles des récoltes abondantes, et ils leur ont associé Apollon, le dieu de l’île voisine de Délos, considéré comme le dieu des Ioniens, population qui occupait toutes les îles de ce secteur. Mais ces cultes étaient rendus au sommet de la colline et en plein air. Ce n’est que sous le tyran Lygdamis que, vers 530 avant Jésus-Christ, on construisit le premier temple en marbre, celui dont nous voyons les ruines aujourd’hui.
 
755g5 le temple de Déméter à Naxos
 
755g6 le temple de Déméter à Naxos
 
Ce temple, intégralement construit en marbre et l’un des premiers de ce type, de plus relativement bien conservé, est unique pour permettre de comprendre comment s’est développée cette architecture à Athènes et dans les autres îles du monde ionien. Comme on peut le voir sur la première photo de présentation, la façade présente un portique délimité par cinq colonnes entre les deux murs latéraux, et derrière on aperçoit une porte monumentale, que l’on voit beaucoup mieux sur les deux photos ci-dessus, prises de l’autre côté. Le temple était couvert d’un toit à deux pentes. Parallèles aux murs latéraux, de grandes poutres de marbre étaient soutenues en leur milieu par une rangée de colonnes perpendiculaire à l’axe du temple, et bien sûr de hauteur variable en fonction de la pente du toit. Le tout était recouvert de tuiles de marbre. Poutres et tuiles étaient visibles de l’intérieur parce qu’il n’y avait pas de plafond.
 
755g7 le temple de Déméter à Naxos
 
755g8 le temple de Déméter à Naxos
 
Quand le christianisme a supplanté le paganisme et a chassé Déméter de son temple, on a procédé aux modifications minimum pour en faire une église, montant des murs entre les colonnes pour clore l’espace, et ouvrant une porte dans le flanc gauche. L’église a ainsi été utilisée dans les premiers temps, mais au sixième siècle, pendant le règne de l’empereur Justinien (527-565), on a détruit tout cela pour refaire une basilique divisée en trois nefs par des colonnades. Pour s’orienter, je dois préciser que la colonnade de façade est au sud, et donc que la porte paléochrétienne est à l’ouest. Cela dit, l’abside (base de mur en demi-cercle que l’on voit sur deux de ces photos) a été construite au sixième siècle à l’est, pour que l’église soit "orientée" au sens propre, comme le veut la tradition. L’angle de mur qui repose sur une grosse roche (photo ci-dessus) a été conservé intact du temple de Déméter. Au sud, le portique antique est devenu un narthex. D’autres bâtiments ont été adjoints à l’église entre le sixième et le huitième siècles pour la production de poterie, de vin, d’huile. Il semble d’ailleurs que l’église, à cette époque, ait été insérée dans un vaste ensemble de constructions.
 
Sur la première des deux photos ci-dessus, on distingue près de l’angle du temple deux petites fosses reliées par un canal. On en a vu d’autres sur la photo des fouilles au pied de la façade. Ce sont des fosses à offrandes où l’on versait pour les déesses de la fécondité le jus de fruits ou les plantes qu’on leur dédiait. La construction de l’angle sud-ouest sur l’une de ces fosses qui existaient du temps du culte en plein air devait assurer la dédicace du temple aux déesses.
 
755g9 le temple de Déméter à Naxos
 
Comme je l’ai dit, ce temple me plaît beaucoup, même si sa transformation, ou plutôt sa reconstruction en basilique chrétienne l’a dénaturé. Les services archéologiques grecs ont restauré l’ensemble en tentant de respecter chacune des étapes historiques, restituant l’essentiel du temple primitif, mais laissant quand même la porte ouverte dans les premiers temps du christianisme ainsi que l’abside, un mur et divers détails de l’église du temps de Justinien, selon des choix longuement discutés et mûris. Avant de partir, une dernière photo de ce temple dans la lumière dorée du soleil déclinant.
 
755h1 île de Naxos, la montagne vers le nord-est
 
Lundi matin. Si nous avions voulu rallier notre but, à 36 kilomètres par la route la plus directe, nous n’aurions pas eu besoin de trop de temps, mais nous avons souhaité prendre, à l’aller, le chemin des écoliers par la montagne, ce qui double la distance, et par une route qui tourne et vire. Mais nous traversons des paysages somptueux.
 
755h2 sculpture monumentale abandonnée, Naxos, Apollonas
 
755h3 sculpture monumentale abandonnée, Naxos, Apollonas
 
Notre but, c’est un village de pêcheurs appelé Apollonas, sur la côte nord de l’île. Parce que là encore il y avait dans l’Antiquité une carrière de marbre, où a également été abandonnée une sculpture, gigantesque celle-là, dix mètres de long, près du double de celles de Flerio. On parle généralement du kouros d’Apollonas, or en réalité ce n’était pas un kouros mais sans doute une statue d’Apollon d’où la ville tire son nom, d’autres disent que c’est Dionysos, j’ai lu aussi Poséidon. Trop d’hypothèses sans arguments. Pourquoi pas le général de Gaulle. Très peu dégrossie mais pas brisée, on ignore pourquoi cette statue n’a pas été achevée ou emportée. Quelqu’un suggère la mort du commanditaire. Pourquoi pas ? Parce que l’on manque de recul, la photo n’est pas très impressionnante, mais dans la nature cette colossale statue couchée fait de l’effet. Elle date du septième siècle avant Jésus-Christ.
 
755h4 île de Naxos, côte nord, tour vénitienne
 
Au retour, nous prenons la route normale, et parce que l’ascension vers le nommé kouros nous a pris un peu de temps il me faut cravacher ma monture, alors que cette route en corniche comporte bien des virages serrés. Une petite halte quand même pour photographier cette maison vénitienne construite comme une tour sur une hauteur. Je viens de finir, en guise de préparation à ce voyage que nous faisons dans les îles, un petit roman publié en 1872, une nouvelle plutôt, du comte de Gobineau dont l’action se passe dans les Cyclades, l’épisode essentiel étant à Naxos. Et il y décrit ce genre de maison vénitienne : c’est la raison pour laquelle il me fallait absolument me garer sur le bas-côté pour faire vite cette photo. Voici sa description :
 
"Naturellement, dans cette île montagneuse de Naxos, on monte constamment ou l’on descend. Ici les promeneurs gravirent encore un sentier caillouteux et tournant, fort roide, et furent ainsi conduits à travers quelques cours et par devant des maisons de paysans jusqu’au sommet de l’éminence où était juché le manoir, et mettant pied à terre au bas d’un étroit escalier de pierre, ils atteignirent une terrasse aussi étroite, pour entrer dans […] un long cellier blanchi à la chaux, voûté comme une église, clair […]. Un sofa bas et recouvert d’indienne régnait au bout de l’appartement et de l’autre côté un escalier en bois, très léger, s’élevait jusqu’à une galerie conduisant à une porte petite et basse servant d’entrée aux chambres d’habitation de la famille. On devinait de suite qu’aux époques anciennes où le château avait été bâti sur le haut d’une cime par crainte des surprises des pirates, on avait trouvé bon d’y ajouter la précaution supplémentaire, au cas où ces redoutés envahisseurs auraient trouvé moyen de descendre à terre sans être aperçus, de pouvoir leur abandonner le bas de l’habitation en se réfugiant dans le haut, qu’un coup de pied donné à l’escalier suffisait pour isoler. Somme toute, le manoir n’avait que quatre ou cinq pièces, et se terminait par une plate-forme flanquée des quatre guérites, et sur laquelle séchait à ce moment la récolte du maïs".
 
Vite, en voiture, et nous allons nous embarquer pour Santorin.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

bisontine 29/06/2015 10:31

Rentrant d'un périple de 15 j dans les Cyclades (2 j seulement à Naxos) j'ai découvert avec surprise en visitant le castro, que les ancêtres de la famille De La Roche étaient natifs d'un village de Haute-Saône tout proche de Besançon où j'habite. Accueil convivial de la jeune fille pour la visite du musée très documenté, et le soir, beau concert de jazz dans la cour du château. Avec beaucoup d'intérêt, j'ai lu sur le panneau d'information du château, un grand article de presse -rédigé en Français, chose rare en Grèce- sur l'histoire de la forteresse, et de la famille De La Roche sur Ognon. Une fois encore, preuve est faite que les voyages permettent de belles découvertes et enrichissent. Merci et bravo pour votre blog très intéressant. Mon seul regret est de ne pas l'avoir lu avant de partir en Grèce ! Cordialement. Josette

Zillou 20/01/2015 12:39

Bonjour
Tombé sur votre site par hasard, la photo du cercle de pierre me fait penser à une aire de battage du blé ou autre céréales (est-il exposé au vent ?)
Cordualement

vacances Grece 07/04/2012 08:58

Les vestiges de ce lieu sont magnifiques et exceptionnels.

GIFman 29/03/2012 17:48

Bonjour
un petit coucou en passant sur ton joli blog
j'espère qu'il fais aussi beau chez toi que chez moi
bonne journée

à bientôt

( le blog ou il y a des milliers de gifs )

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