Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 12:32
748i1 Syros
 
748i2 Syros
 
Nous voici dans l’île de Syros, encore tout imprégnés de notre visite de Délos ce matin. Nous n’avons que fort peu de temps pour cette visite, parce que, arrivés à Syros aujourd’hui à 15h30, nous en repartons dès demain matin à 9h55. Alors évidemment, une partie de notre promenade se fera à la nuit tombée et nous ne verrons pas tout, même en nous limitant à la capitale.
 
Lorsqu’à la suite de la quatrième Croisade l’île tombe aux mains des Génois et des Vénitiens, pour se mettre relativement à l’abri des pirates qui infestent la Mer Égée ils construisent leur ville à un kilomètre et demi du rivage et du port, qui sont désertés, et s’installent sur une colline, Ano Syra (la Syros d’en Haut). Ils y construisent leur cathédrale catholique romaine. Au seizième siècle, le sultan Soliman le Magnifique fait de l’Empire Ottoman l’empire le plus puissant d’Europe et du monde. Il va jusqu’à Vienne qu’il assiège deux fois, sans succès certes, mais de le voir si loin vers l’ouest cause un grand traumatisme. Dans cette région, il est opposé à Charles Quint, empereur du Saint Empire Romain Germanique, en plus d’être roi d’Espagne. Soliman se montre alors conciliant avec l’ennemi numéro un de Charles Quint, à savoir le roi de France François Premier. Aussi, prenant Syros en 1537 et y installant un pouvoir turc dépendant de lui, il laisse les habitants libres de pratiquer leur religion et garantit cette liberté et la sécurité des établissements catholiques romains sous la garde et la protection du roi de France. Jésuites et capucins, lazaristes, ursulines viennent s’y établir au dix-septième siècle. Tournefort (1656-1708), tout début du dix-huitième siècle, écrit : "Nous voici dans Syra [=Syros], l’île la plus catholique de tout l’archipel. Pour sept ou huit familles du rite grec, on y compte plus de 6000 âmes du rite latin ; et lorsque les Latins s’allient avec les Grecs, tous les enfants sont catholiques romains, au lieu qu’à Naxie [=Naxos] les garçons suivent le rite du père, et les filles celui de la mère. On est redevable de tous ces biens aux Capucins français, missionnaires apostoliques fort aimés dans cette île […]. Le bourg est à un mille du port, tout autour d’une colline assez escarpée, sur la pointe de laquelle sont situées la maison de l’évêque et l’église épiscopale dédiée à saint Georges. Ce prélat ne jouit que de 400 écus de revenu mais il a la consolation d’avoir le plus beau clergé du Levant, composé de 40 prêtres. […] La principale fontaine de l’île est fort ancienne et coule tout au fond d’une vallée assez près de la ville : les gens du pays croient, je ne sais par quelle tradition, qu’on venait autrefois s’y purifier avant que d’aller à Délos". Aujourd’hui, cinquante pour cent de la population de la capitale est catholique Romaine, et quasiment cent pour cent dans le reste de l’île.
 
Dans les années 20 du dix-neuvième siècle, la Grèce soulevée contre l’occupant turc obtient l’indépendance. Les Cyclades sont incluses dans cette libération, mais pas encore la Crète, ni les îles proches de la côte d’Asie Mineure, Dodécanèse vers le sud, et îles du nord de l’Égée. Les Turcs en chassent les Grecs. Des dizaines de milliers de réfugiés déferlent sur les terres libérées. Parmi eux, des milliers de Grecs orthodoxes des îles de Psara et de Chio arrivent à Syros et s’installent sur la côte. Ils s’adonnent au commerce et dédient leur ville au dieu antique du commerce, Hermès. La ville s’appellera Hermoupoli, "la Ville d’Hermès" (l’aspiration ne se prononçant plus en grec moderne, dit langue démotique devenue officielle en 1976, la réforme de l’orthographe de 1982 fait disparaître de l’orthographe grecque le signe de l’aspiration, "l’esprit rude", et désormais les transcriptions ne prennent plus le H initial. C’est pourquoi j’écris toujours AGIOS –le mot saint– alors qu’en français on orthographie hagiographie, hagiocratie. Et on transcrit aujourd’hui le nom de la ville Ermoupoli, mais le nom d’Hermès y est bien). Les navires s’arrêtant dans l’île pour les opérations du charbonnage, cela crée toute une activité sur le port et la ville s’enrichit et croît très vite. Mais le percement du canal de Corinthe déroute une grosse partie du trafic vers le Pirée, et le passage du charbon au fuel accélère encore la décadence.
 
748i3 Syros
 
748i4 Syros
 
748i5 Syros
 
Du temps de sa splendeur, au dix-neuvième siècle, Ermoupoli a conservé des rues calmes et bordées de belles maisons à balcons, toutes différentes. On ne venait pas de la même île, on faisait venir un architecte étranger de tel ou tel pays, ce qui donne cette variété, contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’une ville sortie de terre en l’espace de quelques années.
 
748j1a Syros, théâtre Apollon
 
748j1b Syros, théâtre Apollon
 
Nous nous arrêtons pour jeter un coup d’œil à quelques uns des monuments de la ville. Ici, le théâtre Apollon, d’extérieur et d’intérieur.
 
748j2a Syros,église Agios Nikolaos
 
748j2b Syros,église Saint Nicolas
 
Un peu plus loin, c’est une belle et vaste église qui retient notre attention, l’église Saint Nicolas. Comme on le voit dès l’abord, celle-ci est orthodoxe.
 
748j2c Syros,église Saint Nicolas
 
748j2d Syros,église Agios Nikolaos
 
748j2e Syros,église Agios Nikolaos
 
À l’intérieur, très richement décoré comme c’est le cas dans toutes les églises de rite grec, l’œil est tout de suite attiré par le siège épiscopal. Mais un peu partout il y a aussi de belles icônes.
 
748j3a cathédrale orthodoxe de Syros
 
748j3b église métropolitaine de Syros
 
Ici, après une longue montée par des rues très pentues et des escaliers, nous arrivons à la métropole, c’est-à-dire la cathédrale orthodoxe, Syros étant un évêché catholique en même temps qu’un archevêché orthodoxe. Comme, après avoir gagné notre hôtel et nous être installés, nous avons commencé notre promenade par le port et sa longue jetée, qu’ensuite nous avons erré au hasard des rues (et nous sommes quelques instants attablés à une terrasse pour déguster une glace), l’après-midi était déjà bien avancé quand nous avons attaqué la montée, de sorte qu’il faisait sombre quand j’ai pris, à mi-pente, la photo du port qui est au début de cet article, et que la nuit était tombée quand nous sommes arrivés au sommet.
 
748j3c cathédrale orthodoxe de Syros
 
748j3d cathédrale orthodoxe de Syros
 
Cette église, pour être la métropole, n’en est pas pour autant la plus somptueuse. Comme on l’a vu, Saint Nicolas est plus brillante, plus riche d’ors. Cette icône revêtue d’argent, je suppose qu’elle doit représenter le saint patron, c’est-à-dire saint Georges, comme nous en informait tout à l’heure Tournefort. Mais traditionnellement, il terrasse un dragon, que je ne vois pas ici.
 
748j4 cathédrale catholique de Syros
 
La cathédrale catholique de la Métamorphose est située au sommet de l’autre colline que l’on voit sur la toute première photo de cet article. Descendre celle-ci, gravir l’autre, quand il est déjà un peu plus de vingt heures, que nous devons prendre le temps de dîner et que demain matin nous ne ferons pas la grasse matinée… nous y renonçons et redescendons en ville.
 
748k1 Syros, immeuble à louer
 
Je voudrais, pour terminer (et pour m’amuser), montrer deux photos prises en ville, au début de notre promenade. La première est celle de ce bâtiment qui, cela est clair, fut beau autrefois mais qui, faute d’entretien, tombe en ruines. On remarque, sur la porte, deux bandes jaunes portant des lettres rouges. Quiconque est venu en Grèce a remarqué ces bandes qui portent l’inscription ENOIKIAZETAI (énikiazétè), "à louer". Je crains qu’il n’y ait quelques travaux à effectuer avant de rendre les lieux habitables…
 
748k2 Syros, pièce de théâtre évoquant DSK
 
Et pour finir, cette affiche annonçant une pièce de théâtre jouée dans plusieurs Cyclades. "Nous avons pris la petite culotte, et réclamons aussi la monnaie", dit le titre. Je suppose qu’elle se passe de commentaires !

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche