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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 10:49

843a1 de Kéramoti à Thasos

 

Après Philippes, nous sommes retournés à Kavala, comme je l’ai déjà dit. Puis nous sommes allés voir le delta du fleuve Nestos où le camping-car s’est ensablé, mais nous comptons bien y retourner dans de meilleures conditions, j’en parlerai donc dans un prochain article. Pour l’heure, nous partons voir l’île de Thasos, qui a ensuite colonisé Kavala sur le continent. La traversée étant beaucoup plus courte depuis Keramoti, c’est là que nous nous embarquons. Je ne sais pourquoi on nous a fait placer sur une ligne autre que les voitures, suivis d’un camion de melons et pastèques.  Ce n’est pas en considération de notre poids pour des questions d’équilibre du bateau, puisque la moitié bâbord reste presque vide et que nous sommes proches de la ligne médiane, mais néanmoins du côté tribord comme toutes les voitures. De la passerelle qui mène au pont supérieur, on peut voir notre maison à roulettes.

 

843a2 Barques, après la pluie. Thasos (1972) par Agenor As

 

Ce tableau d’Agénor Asteriadès, que j’avais photographié à Volos, est daté de 1972 et est intitulé Barques, après la pluie. Thasos. Commençons par quelques généralités. Pour ne pas prononcer comme un Z le S entre deux voyelles, il arrive fréquemment que le nom de cette île, orthographié avec un seul S en grec, soit transcrit avec deux S en anglais ou en français. Si je préfère conserver la graphie grecque, c’est donc volontaire, ce n’est pas une faute d’orthographe de ma part.

 

Deux mots de géographie. L’île, qui affecte une forme grosso modo circulaire, avec quand même une pointe vers le nord, fait un peu moins de 400 kilomètres carrés de superficie et son plus haut sommet, le mont Ypsarion, culmine à plus de 1200 mètres.

 

Et maintenant un peu d’histoire. Zeus et Io, un jour, ont engendré Épaphos, lequel a engendré Libye. Cette Libye, avec Poséidon, donne naissance à Agénor, et Agénor s’est uni à Téléphassa qui a mis au monde leurs cinq enfants Cadmos, Phoenix, Kilix, Thasos et Europe. On le voit, ces cinq-là sont les arrière-arrière-petits-enfants de Zeus. Pas très joli-joli, ça, que l’arrière-arrière-grand-père se déguise en beau taureau pour coucher avec son arrière-arrière-petite-fille Europe. On sait comment il l’a surprise en l’emmenant sur son dos, en plongeant dans la mer et en nageant jusqu’à Matala en Crète. Les amies d’Europe avaient bien vu que la belle Europe disparaissait avec un taureau nageur, mais personne ne savait où elle avait été emportée, aussi ses quatre frères et leur mère Téléphassa, sur l’ordre de leur père Agénor, partirent à sa recherche, avec interdiction de revenir à Tyr avant de l’avoir retrouvée. Aussi, en désespoir de cause, au terme de longues recherches infructueuses, Cadmos s’est arrêté en Béotie et a fondé Thèbes dont l'acropole a pris le nom de Cadmée, Phoenix a donné son nom à la Phénicie où il s’est établi, Kilix (Cilix) a fait de même en Cilicie et enfin Thasos a choisi de s’installer dans l’île qui a pris son nom. Quant à Téléphassa, qui avait suivi ses fils dans leur quête, elle est morte d’épuisement en Thrace. Mais si, mais si, c’est tout à fait historique, attesté par les plus grands poètes et confirmé par les devins.

  

Ah bon, vous n’y croyez pas ? Parce que d’autres disent que la population s’était beaucoup accrue au cours du huitième siècle en Grèce continentale et dans les îles, que les ressources agricoles devenaient insuffisantes, et que la surpopulation poussait à chercher des lieux où s’installer, créant par la même occasion des comptoirs commerciaux destinés à favoriser l’économie de la cité mère. C’est ainsi que Télésiclès, qui avait reçu à Delphes l’oracle selon lequel il devait fonder une colonie dans “une île dans la brume”, partit vers 680 avant Jésus-Christ de sa Cyclade de Paros avec d’autres Ioniens comme lui, dont son fils Archiloque (le grand poète, 712-664 avant Jésus-Christ, alors âgé d’une trentaine d’années). Télésiclès s’est dirigé vers le nord et, quand il vit Thasos dont la montagne avait arrêté des nuages, il comprit que là était l’île qu’Apollon pythien lui avait commandé de coloniser. Ces colons ont mis l’île en valeur et, comble de bonheur, y ont trouvé de l’or, dont l’exploitation a fait leur richesse, leur donnant la possibilité d’aller coloniser le continent (Néapolis aujourd’hui Kavala, Philippes, et de vastes territoires alentour). Mais la colonisation n’a pas été facile, et s’il faut en croire Archiloque les nouveaux arrivants n’ont pas été les bienvenus chez les Thraces : 

          ἐν δορὶ μέν μοι μᾶζα μεμαγμένη, ἐν δορὶ δ᾽ οἶνος

          Ἰσμαρικός, πίνω δ᾽ ἐν δορὶ κεκλιμένος.

 

J’ai eu du mal à trouver le texte original sur Internet, parce que le musée le donne en grec moderne, sans référence… Voici ce qu’il dit : “Sur ma lance, ma galette d’orge pétrie, sur ma lance aussi le vin de l’Ismaros, et je bois appuyé sur ma lance”. L’Ismaros est la montagne sur la côte de Thrace, un peu plus à l’est par rapport à Thasos, plutôt face à Samothrace, là où Ulysse a affronté les Cicones : “D'Ilion le vent me poussa chez les Cicones, à Ismaros. Là, je dévastai la ville et j'en tuai les habitants, et les femmes et les abondantes dépouilles enlevées furent partagées, et nul ne partit privé par moi d'une part égale. Alors, j'ordonnai de fuir d'un pied rapide, mais les insensés n'obéirent pas. Et ils buvaient beaucoup de vin”. Et aujourd’hui encore le vin AOC de Maroneia provient des vignes des côtes de l’Ismaros.

  

843a3a localisation de Scapté-Hylé

 

Riches, les mines d’or de l’île et du continent ? Hérodote raconte qu’en 493 “Darius eut d’abord à s’occuper des Thasiens, accusés par leurs voisins de préparer une révolte. Il leur fit porter l’ordre d’abattre leurs remparts et de transférer leurs vaisseaux à Abdère”. Abdère est notre prochaine visite prévue sur le continent. Les Thasiens “qui possédaient des revenus considérables employaient leur argent à construire des navires de guerre et à s’entourer de murs solides. Leurs revenus leur venaient du continent et de leurs mines. Les mines d’or de Scapté-Hylé leur rapportaient ordinairement quatre-vingts talents, et si les mines de Thasos même étaient moins riches, elles suffisaient toutefois pour assurer aux Thasiens, qui ne payaient pas d’impôt sur les récoltes, un revenu annuel de deux cents talents, tirés du continent et des mines, et de trois cents talents dans les années les meilleures”. Trois cents talents, cela doit faire dans les six ou sept millions d’Euros. Jolie recette, certes. Mais si, rouvrant ces mines, la Grèce comptait dessus pour rembourser sa dette de quelque 250 milliards d’Euros, il lui faudrait quand même (à la louche) quarante mille ans. Parce que la plupart du temps c’est par un très vague “en Thrace” que l’on situe les mines de Scapté-Hylé, je les ai placées sur une vue satellite Google Earth (ci-dessus) afin d'être pour mes lecteurs plus précis que la plupart des auteurs..

 

843a3b mines de Thasos (J. des Courtils, T. Kozelj, A. Mull

 

“J’ai vu moi-même ces mines, continue Hérodote, dont les plus curieuses, et de beaucoup, ont été découvertes par les colons Phéniciens venus avec Thasos s’installer dans l’île (qui a pris maintenant le nom de ce Phénicien, Thasos). Ces mines ouvertes par les Phéniciens se trouvent dans l’île, entre deux points nommés Ainyra et Coinyra, en face de Samothrace. C’est une haute montagne éventrée par les fouilles”. Ci-dessus, je montre où, à Thasos, les chercheurs Jacques des Courtils, Tony Kożelj et Arthur Muller ont localisé les mines dont parle Hérodote, Ils donnent des indications précises, mais nous n’y sommes pas allés parce qu’ils disent que rien n’est visible… Ils ont aussi localisé d’autres mines d’or exploitées à cette époque, sur l’acropole de la capitale de l’île. Sans doute moins curieuses aux yeux d’Hérodote, mais à teneur plus riche selon les analyses des chercheurs.

 

Membre de la Ligue de Délos, Thasos l’abandonne. Athènes immédiatement réagit, fait le siège de l’île et force Thasos à capituler en 463. Les conditions sont écrasantes, destruction des remparts et livraison de toute la flotte à Athènes, abandon de toutes les possessions sur le continent (avec les mines d’or), paiement d’un énorme tribut de guerre. Plus tard, Thasos parviendra à échapper à l’expansion macédonienne, et entrera de son plein gré dans le giron de Rome. Au septième siècle de notre ère, arrivent les Slaves, qui ravagent l’île puis, régulièrement sous l’Empire Byzantin, elle est pillée par des pirates. En 1462, les Ottomans arrivent. En 1821, Thasos tentera de participer au mouvement d’émancipation de la Grèce, mais sans succès. Et parce que, dans le Péloponnèse, Mehmet Ali d’Égypte (nous avons vu sa maison natale à Kavala dimanche dernier 26 août) avait apporté son aide contre la Grèce en envoyant à Navarino sa flotte commandée par son fils, le sultan lui fait cadeau de l’île de Thasos en remerciement. Il faudra attendre 1912 pour le rattachement à la Grèce.

 

843a4 Thassos, môle antique

 

Depuis le théâtre construit sur le flanc de l’acropole au-dessus de la mer, on arrive à deviner vaguement le môle du port antique, aujourd’hui submergé.

 

843a5 Thassos, monastère de l'archange

 

Nous avons effectué le tour de l’île par la route côtière, offrant de belles échappées. Arrivés au monastère de l’Archange (ma photo), qui se réfère à l’archange saint Michel, nous avons souhaité le visiter, mais Natacha était en pantalon, ô péché, et de plus on nous a enjoint de ranger nos appareils photo dans nos mallettes, toute prise de vue étant strictement prohibée, même à l’extérieur des bâtiments, même en direction de la mer à partir d’une terrasse. Devant une telle absurdité, nous avons décidé de ne pas entrer. Un site Internet disait seulement “The Monastery of Archangel Michael insists that the visitors dress up according to their rules that is long trousers for men and long skirts and tops with covered shoulders for women”, nous ne nous doutions pas que les “long skirts” étaient exclusives du pantalon long.

 

843b0a agora de Thasos

 

843b0b agora de Thassos

 

Puisque nous allons parler de l’agora, en voici la maquette que nous propose le musée. Avec les reflets sur la vitre de protection offerts en prime…

 

843b1 agora de Thasos

 

Revenons, donc, à la capitale. Lorsque l’on est sur l’acropole (il faut du courage, parce que c’est haut, et qu’en cette fin d’été il fait très chaud), on peut apercevoir l’agora antique de Thasos, ce qui permet d’en avoir une vue globale, difficilement comparable, cependant, à la maquette..

 

843b2a agora de Thasos

 

843b2b agora de Thasos

 

L’agora était bordée de portiques derrière lesquels s’alignaient des boutiques ou des entrepôts. On peut voir aussi qu’était prévu l’écoulement des eaux dans une rigole ponctuée de petits bacs de décantation.

 

843b3 agora de Thassos

 

843b4 agora de Thassos

 

Sur le vaste espace central délimité par les portiques, étaient disséminés des petits monuments votifs offerts par de riches citoyens. On trouve aussi nombre de bases de statues, mais la sculpture a disparu ne laissant que son piédestal.

 

843b5 agora de Thassos

 

Nous sommes ici face à l’entrée au nord-ouest de l’agora, près du portique latéral. Il est vrai que quelques marches, des tronçons de colonnes, des fondements de murs discontinus, cela n’est parlant que pour les spécialistes, comme les deux auteurs du livre dont je dispose, qui parviennent à situer les ruines sur le plan qu’elles publient. Mais il est nécessaire d’être sur place, avec le livre en main, pour s’y retrouver. Je renonce à essayer de tout expliquer, rien que par des mots, dans le présent blog.

 

843b6a agora de Thassos, sanctuaire de Théagène

 

843b6b sanctuaire de Théagène

 

Ici c’est plus facile. Ce petit monument circulaire a été édifié à la gloire de Théagène, champion de pancrace et de boxe aux jeux olympiques, isthmiques, pythiques, néméens et bien d’autres dans la première moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il a aussi gagné au dolichos (environ 4500 mètres, voir explication dans mon article sur les jeux à Olympie, 20 au 22 avril 2011). C’est Pausanias qui nous parle de lui : “Les Thasiens disent que Timosthène n’était pas [le père de Théagène], et qu’Héraclès de Thasos, dont il était prêtre, prit sa ressemblance et eut commerce avec la mère de Théagène. On dit qu’à neuf ans, revenant de l’école, il vit sur la place publique une statue en bronze, de je ne sais quelle divinité, qui lui plut fort. Il l’enleva de son piédestal, et l’ayant mise sur une de ses épaules, il l’emporta chez lui. Cette action ayant irrité contre lui la multitude, un personnage marquant et d’un âge avancé empêcha qu’il ne fût tué, et lui ordonna de reporter cette statue de sa maison sur la place publique. Théagène l’ayant reportée, acquit sur le champ une grande célébrité par sa force, et le bruit de cette action se répandit dans toute la Grèce […]. Lorsqu’il eut terminé ses jours, un de ceux qui avaient été ses ennemis durant sa vie allait toutes les nuits à sa statue et la frappait de verges, comme si Théagène avait dû sentir les coups qu’il donnait au bronze, mais cette insulte ne resta pas impunie, et cette statue le tua en tombant sur lui. Les enfants du mort attaquèrent en justice la statue comme coupable de meurtre, d’après une loi de Dracon qui, dans celles qu’il a données aux Athéniens sur les meurtres, a ordonné qu’on portât hors des frontières les choses même inanimées qui, en tombant, ôteraient la vie à un homme. Les Thasiens jetèrent la statue de Théagène dans la mer. Depuis ce temps, comme leur pays ne produisait aucun fruit, ils envoyèrent des députés à Delphes, et l’oracle leur ordonna de rappeler les exilés. Ils les rappelèrent, mais la stérilité ne cessa pas pour cela. Ils allèrent donc une seconde fois vers la Pythie, et lui dirent que quoiqu’ils eussent fait ce qui leur avait été ordonné, la colère des dieux durait toujours. Alors elle leur répondit : Vous avez laissé dans l’oubli Théagène, le plus grand de vos concitoyens. Comme ils étaient très embarrassés sur les moyens de retrouver la statue de Théagène, on dit que des pêcheurs s’étant avancés dans la mer pour chercher des poissons, l’amenèrent dans leurs filets et la reportèrent ensuite à terre. Les Thasiens qui l’ont replacée dans l’endroit où elle était primitivement, lui offrent des sacrifices comme à une divinité. Je sais qu’on a érigé à Théagène des statues dans beaucoup d’autres endroits de la Grèce, et même chez des peuples barbares : les gens de ces différents pays lui rendent un culte, et croient qu’il procure la guérison aux malades”. Si la statue a disparu une seconde fois, ce n’est pas le fait d’une décision de justice, soit qu’elle ait été transférée à Rome, soit qu’elle ait été fondue pour faire des canons…

 

843b7 agora de Thasos, autel de C. & L. César

 

Quant à ce monument, c’est l’autel de Caius et Lucius César, nés respectivement en 20 et en 17 avant Jésus-Christ, qui sont, par leur mère Julia, les petits-fils de l’empereur Auguste. Leur père est le général Marcus Vipsanius. Pour assurer sa succession à la tête de l’empire, Auguste les adopte dès leur naissance, ce qui leur fait troquer leur nom de famille pour celui de César. Quand leur père meurt en 12, Auguste désigne comme tuteur un certain Tibère. Mais ils ne seront jamais empereurs, le plus jeune, Lucius, mourant en 2 après Jésus-Christ à l’âge de 19 ans. Et Caius n’en a que 23 quand il est tué à la guerre en Arménie en l’an 4. Comme on le sait, le successeur d’Auguste sera ce Tibère. Comme les empereurs eux-mêmes, ils ont été divinisés, et un culte leur est rendu dans tout l’empire, comme ici à Thasos, et des sacrifices leur sont offerts sur cet autel.

 

843c1 odéon de Thassos

 

843c2 odéon de Thasos

 

En bordure de l’agora se trouve aussi un petit odéon, qui est longé par une rue de la ville. Un panneau indique que c’est un odéon (je m’en serais douté), mais rien ne dit de quelle époque, sur cette agora hellénistique puis romaine.

 

843d1 Thassos, villa au nord de l'Artemision

 

843d2 Thassos, villa au nord de l'Artemision

 

Non loin de l’agora, de l’autre côté de la rue qui borde l’odéon, on trouve les ruines d’une grande villa romaine, ou plutôt protobyzantine, une riche demeure construite au début du cinquième siècle après Jésus-Christ mais qui a commencé à se dégrader après un siècle et demi vers 570 puis a été complètement détruite et abandonnée vers 620. Une aile semble être plus ancienne, d’époque romaine, au nord d’une cour centrale. Sur le côté perpendiculaire, à l’est (première photo), sont disposées diverses pièces, dont le triclinium, tandis qu’au sud a été ajouté postérieurement un ensemble thermal.

 

843e1 Thasos, sanctuaire de Dionysos

 

843e2 Thasos, sanctuaire de Dionysos

 

Hors de l’agora, des ruines antiques sont disséminées un peu partout dans la ville et à ses abords. Sur une place, gisent quelques tambours de colonnes, ailleurs les bases d’un mur. Soit que les ruines aient été difficiles à identifier, soit que l’on ne se soucie pas d’informer le visiteur, bien souvent aucun panneau ne donne la moindre explication de ce que l’on voit. Tel n’est pas le cas pour le sanctuaire de Dionysos ci-dessus, qui bénéficie d’un panneau bien fait. Dionysos était l’un des dieux principaux de la cité et, divinité du théâtre, son sanctuaire a reçu deux monuments élevés par des chorèges victorieux dans des concours dramatiques. Le chorège est le citoyen chargé de financer le chœur et les figurants lors des représentations. Ne restent visibles aujourd’hui que quelques pierres de deux autels à la gauche de l’escalier (première photo) et l’un des monuments chorégiques (deuxième photo, et au fond de la première photo). On a retrouvé, dans ce qui reste de ce monument, la tête de la statue de Dionysos ainsi que les bases de huit statues plus petites qui représentaient les genres littéraires, puisque quatre de ces bases portent une inscription qui nous éclaire, comédie, tragédie, dithyrambe, nyktérinos (nocturne). Sont également gravés les noms du chorège, des acteurs et des musiciens qui ont pris part à la représentation victorieuse. C’était à la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ. L’autre monument chorégique, qui date du troisième siècle, n’est plus visible parce que recouvert, mais on y a retrouvé une statue de Dionysos presque complète ainsi que la statue supposée d’une muse.

 

843f1 le théâtre de Thasos

 

843f2 le théâtre de Thassos

 

Laissant la ville basse, nous montons vers l’acropole. Le théâtre se trouve à mi-pente. Mais si, en bas, des flèches indiquent clairement quel chemin bien tracé il convient de prendre, en revanche on omet de signaler que le théâtre n’est pas sur le chemin, mais à quelques dizaines de mètres sur le côté, et lorsqu’il s’agit de prendre le chemin de traverse rien ne le dit. Nous avons eu la chance de trouver, mais après avoir croisé des touristes qui nous ont dit redescendre bredouilles. Adossé sur presque tout son pourtour au flanc de la colline, ce théâtre des dernières années du cinquième siècle a par la suite été agrandi en lui adjoignant des rangs de sièges par le haut. Aux sièges de bois de l’origine ont été substitués à la fin du quatrième siècle des sièges de marbre. Ici comme ailleurs, à l’époque romaine on a cessé de représenter comédies et tragédies, et outre les cérémonies d’adoration de l’empereur on y a donné des combats de gladiateurs et des chasses d’animaux sauvages. On a donc, pour protéger les spectateurs, supprimé les rangs de sièges les plus bas et l’on a dressé de solides barrières de marbre (ma seconde photo). Vers la fin de l’époque romaine le théâtre a cessé de fonctionner. On trouve, à son sommet, un cimetière paléochrétien et, au bout de la scène, au Moyen-Âge, ont été construites deux petites pièces rectangulaires symétriques dont on ignore l’usage. Et, hélas, on est venu s’y servir en blocs de marbre.

 

843g1 mur de l'acropole de Thasos

 

Poursuivant notre ascension, nous parvenons au pied de l’acropole. Nous avons vu, chez Hérodote, que les Thasiens investissaient une part importante de leurs revenus dans les murs de leur ville. Détruits sur ordre de Darius, puis après la défaite face aux Athéniens, ils ont chaque fois été reconstruits. On peut les voir aujourd’hui, hauts, puissants, impressionnants. Ils s’étendent sur 4,5 kilomètres. Ci-dessus, c’est une partie des murs les plus anciens qui ont été montés au sixième siècle avant Jésus-Christ et dont des fragments ont échappé aux destructions imposées. Six portes de la ville sont encore visibles.

 

843g2 sur l'acropole de Thasos

 

843g3 sur l'acropole de Thasos

 

843g4 l'acropole de Thasos

 

Ce que l’on voit sur mes photos, c’est l’acropole médiévale. On peut voir, sur la troisième image prise de l’extérieur, au nord, les différentes phases de construction manifestées par les différences d’architecture, d’énormes blocs blancs bien polis à gauche, un petit appareil au milieu, un appareil plus grossier et irrégulier à droite. Il semble que la dernière phase d’entretien par les Byzantins ait eu lieu au début du quinzième siècle, autrement dit juste avant la conquête ottomane.

 

843g5 sur l'acropole de Thasos

 

Sur l’acropole byzantine, comme sur l’agora hellénistique et romaine, les indications manquent. C’est dommage, car je ne suis pas capable de déchiffrer les diverses constructions, tours, voûtes semi-enterrées comme sur cette photo. Mais la promenade est de toute façon agréable et de là-haut on a des vues superbes, côté mer et côté montagne.

 

843h surveillance du ferry de Thasos à Keramoti

 

Et voilà. Au terme de deux jours passés sur l’île de Thasos, nous redescendons de l’acropole et récupérons le camping-car pour nous diriger vers le port. Nous allons reprendre le ferry ce soir vers Keramoti. Mais on le voit, ces deux grisards, leurs collègue et une armée de mouettes nous escortent. Nous sommes sous haute surveillance.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Antonis M. 17/02/2013 22:07

Hello Thierry! Great photos! It was nice meeting you at the top of the ancient theatre and having a chat with you there for a while! Thanks for the photos you took for us! :) I'm very impressed
with all your travels and photos! Keep up the great work!

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  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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