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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 01:22
719a1 Départ pour Zante (Zakynthos), château de Chlémout
 
719a2 Départ pour Zakynthos (Zante)
 
Puisque je suis en retard non seulement honteusement de plus de deux mois dans mes publications, mais aussi d’une semaine (ce qui est plus modeste) dans la préparation de mes articles, choix des photos, réduction de leur format, rédaction de mes commentaires sous Word, cela me permet une légère manipulation des dates. En réalité, dimanche 12 en fin d’après-midi nous nous sommes embarqués pour l’île de Zakynthos qu’en français nous appelons Zante, et nous en sommes revenus jeudi 16. Mon article d’aujourd’hui porte les vraies dates. Mais mon article daté de samedi 11 et portant sur les bains de Kyllini s’étale en fait sur trois visites de ces lieux, et sur trois opérations boue pour Natacha, le 11 comme dit dans l’article, mais aussi le 12 avant de prendre le bateau, et encore le lendemain de notre retour, le vendredi 17 après-midi. Et puis mon prochain article traitera du château franc de Chlemoutsi et sera daté des 17 (visite) et 18 (fête médiévale). Mais le 12 au matin, avant d’aller à Kyllini puis de nous embarquer, nous avions déjà visité le château, mais après coup nous avons estimé que nous l’avions vu trop vite, que nous avions un peu bâclé la visite, et nous avons décidé d’y retourner. Alors plutôt que de faire des articles éclatés et qui se répètent, j’ai regroupé artificiellement mes thèmes pour être plus cohérent. Mais venons-en à mon sujet. Les photos ci-dessus montrent notre départ du port de Kyllini en ferry. Le port est orienté vers le nord, mais après avoir franchi la pointe avec son phare, on part en diagonale vers le sud-ouest. Et comme la côte du Péloponnèse est elle-même, sur cette "excroissance", légèrement inclinée vers le sud-ouest, on la suit assez longuement en s’en éloignant progressivement. Nous avons largué les amarres à 17h30, et la première de ces photos, où l’on aperçoit le château de Chlemoutsi sur sa colline, est prise à 17h57. Sur la seconde photo, 18h37, nous ne sommes guère plus loin de la côte, qui est maintenant beaucoup plus escarpée et sévère.
 
719a3 Arrivée sur l'île de Zante (Zakynthos)
 
Il est 19h19 quand, en vue du port de Zante, je presse le déclencheur de mon appareil. L’île est très fréquentée par des touristes venant de tous les pays. Ici on voit un ferry et deux bateaux de croisière, mais il y a une partie du port où une dizaine de ces gros bateaux de croisière proposent aux touristes des balades d’une journée. Notamment, est très prisée une traversée vers l’île de Céphalonie située quelques kilomètres plus au nord, là on est pris par des autocars qui font le tour des lieux les plus marquants de l’île avec des haltes chronométrées et reviennent au bateau en fin d’après-midi pour rentrer à Zante le soir même. Nous ne sommes pas tentés, d’une part parce que nous sommes déjà allés à Céphalonie du 8 au 10 février et avec plus de souplesse avec notre voiture de location, et d’autre part parce que nous n’avons nulle envie d’être enrégimentés avec des centaines de touristes qui arrivent harassés et le visage peu enchanté (basés avec notre camping-car sur le parking municipal du port, juste en face de ces bateaux de croisière, nous avons eu l’occasion d’en voir plusieurs vomir leur flot de clients et d’apprécier la mine de la plupart d’entre eux).
 
719b1 Solomos, à Zante
 
719b2 Zante, tombe de Solomos
 
J’ai dit dans mon article sur les bains de Kyllini qu’Hérodote, le "père de l’Histoire" comme l’appelle Cicéron, avait séjourné à Zante. Ce grand homme est une référence. Et puis il compte particulièrement pour moi parce que son livre 5, Terpsichore, était au programme de ma licence, et que le professeur chargé de ce cours était Jacqueline de Romilly, qui depuis est entrée à l’Académie Française en 1988, deuxième femme de l’histoire. "D'ici peu vous aurez quarante bonnes femmes qui tricoteront pendant les séances du dictionnaire", a déclaré l’académicien Maurice Druon, élu en 1966, ministre de la culture en 1973 et grand féministe comme on peut le constater. Mais c’était en 1980, au sujet de l’élection de la première femme, Marguerite Yourcenar. L’élection pour pourvoir le fauteuil de Maurice Druon mort en 2009 d’un nouvel Immortel vient d’avoir lieu le 7 avril dernier. Pauvre Druon, ce sont les fesses féminines de la tricoteuse Danièle Sallenave qui reposent désormais sur son fauteuil…
 
À travers le cours en Sorbonne de Jacqueline de Romilly, Hérodote m’a entraîné loin de Zante. L’île a donné naissance à un personnage dont le nom reste attaché à l’indépendance grecque, Dionysios Solomos (1798-1857). Ce poète en langue grecque et en langue italienne (il a étudié le droit en Italie) a composé en 1823 l’Hymne à la liberté qui est devenu l’hymne national grec. Il existe à Zante un musée Solomos que nous avons visité et où se trouve son mausolée (photo ci-dessus). Au premier étage, où sont présentées toutes sortes de documents, toiles, gravures, écrits, la photo est interdite. Je fais donc l’impasse. Au rez-de-chaussée, où se trouve la tombe, au contraire, c’est permis. Et il y a aussi le texte dactylographié de l’hymne national. Je suis en Grèce depuis plusieurs mois, j’aime la Grèce, dans de nombreux lieux, par exemple à Missolonghi, j’ai étudié avec émotion les épisodes de l’indépendance du pays et je les ai évoqués dans des articles de ce blog, je trouve qu’il est important que je puisse apprendre quelques vers de l’hymne créé par Solomos pour pouvoir les chanter quand j’entends l’hymne. J’ai donc commencé à prendre le texte en photo, dans cet espace où, officiellement, la photo est autorisée, juste en face du guichet. Mal m’en a pris, j’ai vu fondre sur moi la personne du guichet. Non, ce texte ne peut être reproduit, ce serait faire peu de cas des droits d’auteur et du copyright. Les droits d’auteur, c’est en Grèce comme en France 70 ans après la mort de l’auteur. 1857+70=1927. C’est dans le domaine public. Et puis un hymne national que l’on ne peut recopier n’a plus rien de national. Et l’interdire à un étranger philhellène est la plus grande stupidité antipatriotique que l’on puisse imaginer dans le propre mausolée du patriote qui l’a composé. De ce musée, je ne publierai donc qu’une pierre tombale. C’est triste et peu évocateur de l’homme que l’on veut célébrer.
 
719c1 Zante après le séisme de 1953
 
719c2 Zante après le séisme de 1953
 
719c3 Zante après le séisme de 1953
 
En 1953, un terrible séisme a secoué Zante et les îles voisines, et ses effets ont été ravageurs. Quasiment tous les édifices se sont effondrés. Le musée byzantin, dont je parlerai tout à l’heure, est particulièrement riche parce qu’il a recueilli dans les églises et monastères écroulés tout ce qui pouvait être sauvé de fresques, de tableaux, d’objets liturgiques et, pour l’expliquer, il présente des photos et des journaux relatifs à la catastrophe. C’est là que j’ai fait les trois photos ci-dessus. On voit à quel point c’était dramatique.
 
719c4 Zakynthos
 
719c5 Zakynthos
 
C’est pourquoi la ville de Zante, la capitale, et les autres villes de l’île ne comportent presque que des constructions vieilles de moins de soixante ans. Malgré l’évidente urgence de reloger les gens et de disposer de bâtiments de service, civils et religieux, la reconstruction n’a pas été bâclée et la ville est pimpante et sympathique. Notamment, a été évité un style moderne passe partout, comme on peut le voir sur ces photos, dont la première a été prise du balcon du musée byzantin ; c’est sur cette grande place que se trouve la statue de Solomos que j’ai montrée au début.
 
719d1 Zante, Saint Nicolas
 
Quelques rares édifices ont cependant résisté au séisme de 1953, comme cette église Agios Nikolaos (Saint Nicolas) qui donne sur la promenade de front de mer.
 
719d2a Zante, Notre-Dame des Anges (Kyria ton Angelon)
 
719d2b Zante, Kyria ton Angelon (Notre-Dame des Anges)
 
719d2c Zakynthos, ieros naos Kyrias ton Angelon
 
719d2d Zante, église Notre-Dame des Anges
 
Une autre église a survécu au séisme, c’est la belle Kyria tôn Angelôn, Notre-Dame des Anges. J’aime bien cette Vierge au-dessus du portail, ainsi que cette lune et ce soleil qui occupent les arrondis de l’arc de la porte, à droite et à gauche.
 
719e1 Zakynthos, musée Oikos Romas
 
719e2 Zante, musée de la Maison de la famille Roma
 
Unique exemple d’hôtel particulier à n’avoir pas été anéanti par le séisme, celui de l’illustre famille Roma est proposé à la visite. C’est d’autant plus intéressant qu’il est encore habité de temps à autre, de sorte que c’est un lieu vivant. On peut y apprécier non seulement l’architecture du bâtiment, la décoration des pièces, qui sont des témoins du dix-neuvième siècle et de la première moitié du vingtième siècle à Zante, mais aussi l’information sur la famille au gré des portraits peints, des gravures, de divers documents. Le contenu de la bibliothèque, très éclectique et en diverses langues témoigne du niveau culturel de cette famille qui compte des hommes politiques et des écrivains de talent. La photo est interdite dans cette maison musée. Natacha a expliqué son projet culturel sur les différences et les ressemblances dans les divers pays et les diverses régions d’Europe, et mon propre blog, et elle a obtenu du responsable l’autorisation, pour nous deux, de faire "quelques photos". Je me limite donc à ces deux-ci, mais je salue l’intelligence de qui est capable de comprendre des motivations et d’assouplir un règlement.
 
719e3 Tesi Visvardi, guide de la maison Roma à Zante
 
S’il est bien souvent suffisant, dans une pinacothèque, de lire le nom du peintre pour pouvoir jouir du plaisir esthétique d’un tableau, ou dans un musée archéologique une brève étiquette pour comprendre comment l’objet se rattache à une époque, à une culture, quel mythe il raconte, en revanche lors de la visite d’un lieu privé où ont vécu des personnes célèbres, sans doute, mais dont on ignorait l’existence et dont on ne connaît ni la vie ni les œuvres, il peut être difficile de profiter pleinement de ce que l’on voit. Ici, le visiteur est systématiquement accompagné. Cela évite aussi de se sentir en camp de concentration sous l’œil de caméras de surveillance, ou sous celui d’un garde-chiourme planté sur une chaise et qui ne se manifeste que pour vous lancer au passage un "No photo !" agressif. Et comme, en mettant un mot dans le Livre d’Or au moment où le musée allait fermer, j’ai constaté que de toute la journée il n’y avait eu que trois visiteurs, à savoir une Japonaise et nous deux, le problème du nombre de guides ne se pose pas vraiment. Nous avons donc été accompagnés par Tesi Visvardi, la jeune fille de ma photo, une étudiante en histoire bien documentée sur ce qu’elle nous a montré, mais aussi très cultivée de façon générale, souriante, sympathique, et qui a répondu à nos questions avec patience et gentillesse. Ce qui m’a donné envie de la citer dans mon blog et d’y publier sa photo (avec son accord, bien évidemment).
 
719f1 Zante, musée byzantin
 
J’ai évoqué à deux reprises le musée byzantin, d’abord pour montrer des photos de Zante après le séisme, ensuite parce que je m’y trouvais quand j’ai pris la photo de la place principale. Classique d’aspect extérieur, ce bâtiment est moderne et lumineux à l’intérieur. Et j’ai eu l’occasion de dire combien il est riche de nombreuses œuvres de grande qualité. Nous y avons passé très, très longtemps et en sommes ressortis les yeux encore éblouis de tout ce que nous y avons vu. La conséquence de cela est que j’ai eu à choisir entre publier une centaine de photos ou effectuer un choix aussi arbitraire que draconien. La mort dans l’âme, j’ai dû opter pour la seconde solution. Onze photos, je pense que c’est raisonnable.
 
719f2 Zante, musée byzantin, stèle funéraire 3e-4e s. ap
 
Commençons par l’Antiquité. Cette stèle funéraire située au troisième ou au quatrième siècle de notre ère est donc juste antérieure, ou contemporaine, ou juste postérieure au règne de l’empereur Constantin qui a fondé Constantinople à Byzance et a donc inauguré l’Empire Byzantin, qui n’en avait pas encore le nom. Le thème du défunt (l’homme assis, à gauche) serrant la main d’un proche en signe d’adieu est fréquent. Ici on aperçoit, en bas à droite, un enfant qui est peut-être son fils.
 
719f3a Zante, musée byzantin, Vierge de tendresse, fin 13e
 
Cette Vierge de Tendresse, peinte à la fin du treizième siècle, avec Jésus qui embrasse sa mère, est très byzantine. Alors que l’Antiquité montrait les hommes avec la peau brun foncé et les femmes à la peau très blanche, ici Marie est très sombre. De grands yeux, un nez droit, un visage calme, sont le propre de ce style qui exprime par là la sérénité. Près de l’icône, un long texte en grec explique des choses que je ne comprends que partiellement. Le prêtre et hagiographe Mikhaïl Agapitos s’enfuit d’Héraklion en Crète à l’arrivée des Turcs, gagne Zante où il devient curé et prédicateur de l’église de Tous les Saints. Jusque là, je comprends. Puis je crois qu’il lègue par testament cette icône qu’il avait apportée. Il meurt en 1705. Or le tableau est daté fin treizième siècle ET dix-septième siècle. Et je ne comprends rien à le suite du texte… Nous avons acheté un gros livre de 502 pages, le catalogue du musée, rédigé en anglais. Y figurent toutes les œuvres peintes, absolument toutes, à l’exception de celle-ci. Peut-être aurais-je trouvé l’explication, quoique j’aie quelques doutes : les commentaires des œuvres sont exclusivement descriptifs, comme s’ils étaient destinés à être lus à des aveugles. Du type "La Vierge est habillée de brun très foncé. Elle est légèrement de profil, tournée vers la gauche, et tient Jésus dans ses bras. Sa main droite, les doigts joints et le pouce un peu écarté, etc., etc." ce qui n’aide guère à comprendre ce que l’on voit.
 
719f3b Zante, musée byzantin, Christ en majesté, 1re moit
 
Ce Christ en majesté est de la première moitié du dix-septième siècle. Cette tenue éclatante est celle du Grand Prêtre. Appeler la couronne sur sa tête une tiare serait une énorme bourde. En effet, la tiare, triple couronne, symbolise le pouvoir du pape sur les choses de la terre, du ciel et de l’enfer, ce qui constitue l’un des griefs majeurs de l’Église orthodoxe contre l’Église catholique, les orthodoxes ne reconnaissant qu’au synode les décisions terrestres, et à Dieu le ciel et l’enfer (par exemple, en accordant des indulgences, l’Église catholique accélère l’accès au Paradis, ce qui la fait traiter d’hérétique). Le livre que le Christ tient en main dit "Je suis le pain de vie descendu du ciel. Celui qui mange de ce pain aura la vie éternelle". On voit que les quatre évangélistes, aux quatre coins, ou plutôt leurs symboles, l’ange, l’aigle, le lion et le bœuf (qui a une bonne bouille souriante) portent le livre de leur évangile, mais c’est la notice (et non moi, hélas) qui déchiffre que le texte qui apparaît est, en fait, le début de chaque évangile. Et la notice dit également qu’une inscription à peine lisible près de la tête du Christ (et, même le sachant, je ne la vois pas) dit en grec "Roi des rois et grand archiprêtre".
 
719f4 Zante, musée byzantin, fresque 17e siècle
 
Le monastère Saint André de Mesovouni a été construit à la fin du seizième siècle par un prêtre et ses deux petits-fils. Au dix-septième siècle, un artiste anonyme a intégralement revêtu de fresques les murs du catholicon, c’est-à-dire de l’église du monastère. Puis, après le tremblement de terre de 1953, ce qui a pu être sauvé a été transféré au musée. La Vierge ci-dessus décore l’abside. Ses deux bras largement ouverts la désignent comme une orans (priante), en geste de supplication, invitant à la consolation dans le Christ qui, représenté sur sa poitrine, bénit des deux mains.
 
719f5 Zante, musée byzantin, Présenrtation au temple, 17e
 
Dans cette scène de la Présentation de Jésus au temple, le prêtre Siméon rend l’enfant à Marie. On identifie aisément derrière Marie, selon la tradition, la prophétesse Anne, et Joseph qui apporte les deux colombes rituelles. De même que chez les Byzantins on se couvre les mains pour donner à l’empereur ou pour recevoir de lui, de même Joseph se couvre les mains pour offrir les colombes à Dieu. Il est curieux, quoique fréquent, que l’artiste ait représenté Jésus proportionnellement très petit, alors que l’Enfant Dieu, au contraire, devrait être plus grand que la normale. La partie supérieure de l’icône a été sciée, ce qui est artistiquement lamentable, mais pratique courante pour placer l’œuvre dans un espace trop réduit pour elle.
 
719f6 Zante, musée byzantin, la Traversée du Nil, fin 17e
 
Fuyant Hérode, la Sainte Famille se rend en Égypte. Il est fréquent de représenter Marie sur le dos d’un âne et portant Jésus dans ses bras, tandis que Joseph marche à leur côté. Mais ici, c’est la traversée du Nil sur une barque mue par deux bateliers. Outre Jésus, Marie, Joseph, l’âne et les bateliers, on remarque aussi la présence d’une jeune femme dont je me demande bien qui elle est. Peut-être une passagère anonyme pour montrer que, démunie, la Sainte Famille n’affrète pas seule des passeurs, mais utilise un bac commun. Cette peinture byzantine n’a pourtant rien de byzantin, et je la trouve très clairement influencée par la peinture flamande, tant dans les attitudes des personnages que dans la représentation du paysage, dans les couleurs.
 
719f7a Zante, musée byzantin, Iconostase de 1690 à mi-18e
 
719f7b Zante, musée byzantin, Résurrection de Lazare, dé
 
Cette grande iconostase porte l’inscription "Souviens-toi, Seigneur, du serviteur de Dieu Georgios Diargiropoulos et de sa femme, aux frais de qui ceci a été doré en l’an 1690". Dans l’opposition entre catholiques et orthodoxes, l’attribution d’indulgences par le pape a été un élément supplémentaire de discorde. C’était, à l’époque, contre de l’argent. On rachetait un temps de purgatoire. Non seulement les orthodoxes dénient à un homme, fût-il le pape, le pouvoir d’alléger une peine infligée par Dieu, mais en outre ils étaient choqués d’y voir intervenir l’argent, les riches étant avantagés dans un domaine qui n’a rien à voir avec l’économie, et de toute façon ils ne croient pas au purgatoire, cet état intermédiaire dont la Bible ne parle pas, Jésus évoquant, selon les évangiles, uniquement le ciel et l’enfer. Mais ici les donateurs espèrent que Dieu prendra en compte leurs œuvres. Car on touche du doigt l’un des reproches que font les orthodoxes aux protestants, considérant que pour les protestants c’est la foi qui sauve, alors que pour un orthodoxe comme pour un catholique la foi sans les œuvres n’est rien.
 
Dans le registre supérieur de l’iconostase, sont représentées les Douze Fêtes de la religion orthodoxe. En fait, selon l’espace dont dispose l’artiste, il n’y a quelquefois que onze représentations, et quand le panneau, mur, iconostase, est vaste, il peut y avoir une treizième fête, comme ici. Ci-dessus, la Résurrection de Lazare fait partie des douze principaux événements. Je cite la liste complète : l’Annonciation, la Nativité, le baptême de Jésus, la résurrection de Lazare, l’entrée triomphale à Jérusalem, la Crucifixion, les lamentations, la Résurrection, le doute de Thomas, la Pentecôte, la Transfiguration, la Dormition de la Vierge.
 
719f8a Zante, musée byzantin, Annonciation par Kantounis (
 
719f8b El Greco, St Luc peignant un portrait de la Vierge
 
Cette Annonciation est de Nikolaos Kantounis (1767-1834), un peintre qui a été ordonné prêtre à l’âge de 19 ans, tout comme le peintre qu’il avait pris pour modèle en art et dans la vie, Nikolaos Koutouzis. J’ai lu que ce tableau était inspiré d’une Annonciation de Koutouzis, que je suis allé voir dans ce même musée, et il est vrai que la composition est très proche dans les deux œuvres, et j’ai lu aussi que l’ange lui-même, chez les deux peintres, était inspiré de celui qu’a peint Domenikos Theotokopoulos, alias El Greco, dans Saint Luc peignant le portrait de la Vierge, tableau datant de 1560-1567 et actuellement au musée Benaki d’Athènes, mais qui alors se trouvait à Zante et que connaissait très certainement Kantounis. Lors de nos passages au musée Benaki, 31 mars et 2 avril derniers, je n’ai pas photographié ce tableau et je ne m’en souviens pas, probablement l’ai-je manqué. Il y a tant et tant à voir dans ce musée. C’est donc sur Internet que je suis allé chercher le tableau du Greco (seconde photo ci-dessus) et, certes, il y a un ange avec une jambe découverte, mais le vêtement de l’ange est d’une autre couleur et son drapé est très différent, la cuisse est potelée chez El Greco et fine et nerveuse chez Kantounis, réellement je ne vois pas bien ce qui motive ce rapprochement.
 
719f9a Zante, musée byzantin
 
719f9b Zante, musée byzantin (2)
 
Dans la salle qui reproduit le catholicon du monastère Saint André (photo ci-dessus de la Vierge peinte dans le dôme de l’abside), sont placées des vitrines présentant des objets liturgiques en argent, que nulle explication n’accompagne. Je suppose qu’ils doivent provenir de ce monastère et que peut-être ils sont contemporains de sa création. Je n’oserais l’affirmer (ceux de ma génération qui ont fait du latin reconnaissent la règle de grammaire "non affirmaverim", je ne sais si le même exemple a toujours été utilisé dans les manuels postérieurs). J’aime tout particulièrement la Dormition représentée au fond de cette assiette.
 
719g1 île de Zante, Kato Gerakari, église de la Vierge Ev
 
719g2 île de Zante, Kato Gerakari, église de la Vierge Ev
 
719g3 île de Zante, Kato Gerakari, église de la Vierge Ev
 
Nous ne nous sommes pas limités à la capitale, et avons effectué le tour de l’île. Nous y avons vu de petits villages, des églises intéressantes, des paysages magnifiques. Je me limiterai à une église et à un paysage. L’église se trouve à Kato Gerakari, elle est vouée à la Vierge Evangelistria. Elle est typique de l’architecture des églises des Sept Îles, elle et elle seule pour l’île de Zante. Pour sa construction, ont été utilisés exclusivement des éléments provenant de deux églises antérieures datant du seizième siècle, mais elle n’était pas achevée lors du tremblement de terre de 1953. On l’a conservée en l’état du fait de son originalité et aussi pour préserver les éléments de construction de la Renaissance, mais elle ne sera pas achevée.
 
719h1 île de Zante, plage du Naufrage
 
719h2 île de Zante, plage du Naufrage
 
719h3 île de Zante, plage du Naufrage
 
Le paysage constitué par cette plage est quelque chose de fabuleux. Depuis que le navire Panayotis s’y est échoué en 1983, on lui donne le nom de plage du Naufrage plus volontiers que son vrai nom, Agios Giorgios. Ce navire faisait de la contrebande de cigarettes, mais tant la cargaison que l’équipage avaient disparu lorsque la police est arrivée, et on n’a jamais pu leur mettre la main dessus. Derrière une lande semée de roches rouges apparaissent des falaises blanches.
 
719h4 île de Zante, plage du Naufrage
 
719h5 île de Zante, plage du Naufrage
 
Il est impossible d’accéder par la terre à cette plage, seulement par mer. La hauteur des falaises est vertigineuse, Étretat auprès d’elles fait figure de maquette. J’exagère (un peu), bien sûr, mais on a du mal à imaginer cela dans la nature. Et puis en bas le sable est d’une blancheur éclatante sous le soleil et la mer est d’un turquoise irréel. En voyant mes photos on peut penser qu’elles ont été soumises à un énergique traitement sous Photoshop, or au contraire les couleurs sont encore plus incroyables au naturel. De l’autre côté de la baie il y a le bleu grisâtre de la Mer Ionienne, et dans la baie selon la profondeur et selon les ombres on va du turquoise clair au bleu violacé. C’est irréel. Pas étonnant que la plage soit classée dans la collection des plus belles plages du monde et que le site soit l’un des dix endroits les plus photographiés de Grèce.
 
719i Takis Marinos
 
Je ne voudrais pas conclure cet article sans évoquer une rencontre très importante que nous avons faite sur la falaise en haut de cette baie. Takis Marinos vend, sous sa tente gonflée par le vent comme une voile de navire (la photo est de Natacha, prise tandis que Takis et moi discutons), ses produits typiquement locaux, miel de thym, vin blanc et rouge, et aussi des produits dont il n’est pas producteur mais qu’il sélectionne en connaisseur, huile, une confiserie genre nougat spécialité de l’île. Il vit dans une maison non loin de là, il voit de chez lui l’île de Céphalonie, mais il ne s’est pas toujours limité à ces horizons. Il a étudié le design, il a travaillé bien des années à Paris où il dessinait des modèles de vêtements, il a visité vingt-sept pays d’Europe, sa femme est bulgare. Sa conversation est empreinte de philosophie et d’humanisme, de poésie et de sensibilité. Devant son étal, il a ouvert un livre d’or et, que l’on achète ou non, on lui fait plaisir en mettant un mot, en exprimant un sentiment. Si, dans sa biographie, rien ne le prédestinait, semble-t-il, à sa présente activité, elle lui va comme un gant car pour lui la priorité est la relation et la diversité, et nulle part comme en ce lieu il ne pourrait lier conversation avec autant de personnes d’autant de pays. Nous avons longuement pu converser en français tout en buvant du raki, car Takis a sa bouteille de fabrication maison, et en Grèce on ne peut partager l’amitié sans partager le raki. Pour résumer, en Takis Marinos nous avons rencontré une personnalité et nous nous sommes fait un ami.

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Published by Thierry Jamard
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