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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 01:22

668a1 Ioannina, porte du Its-Kalé

 

 L’autre jour, dimanche dernier 19 décembre, je racontais qu’en 1082 Bohémond, fils aîné de Robert Guiscard, avait pris Ioannina au nom des Latins, conquise sur les Byzantins, et qu’il avait fait construire alors une nouvelle citadelle à un autre endroit, mais en restant à l’intérieur des mêmes murs. Il y a donc à Ioannina deux citadelles, celle de Bohémond au nord-est, et celle que nous allons voir aujourd’hui au sud-est, Its-Kalé, c’est-à-dire en turc le Fort de l’Intérieur. Nous y pénétrons par cette porte.

 

668a2 Ioannina, Its-Kalé, les cuisines (aujourd'hui bar) 

Tout de suite sur notre gauche, nous voyons ce petit bâtiment qui héberge un bar très sympathique à la terrasse duquel nous nous sommes rafraîchis après notre visite. Mais cette fonction de bar est nouvelle, parce qu’il abritait les cuisines du sérail. En effet, selon mes lectures c’est soit 500, soit 600 femmes qui constituaient le harem d’Ali, et de part et d’autre de la porte que nous avons franchie s’étendait le sérail, construit en 1789. Ces cuisines ont été bâties sur les restes d’édifices plus anciens qui s’étendaient sur une plus grande surface, des traces de pièces apparaissant sur plusieurs côtés à l’extérieur des cuisines.

 

668a3 Ioannina, Its-Kalé, sérail d'Ali Pacha

 

668a4 Ioannina, Its-Kalé, tour de Bohémond 

À droite de la porte, contre le mur d’enceinte, d’autres bâtiments du sérail sont en ruines. Il y a d’abord la maison de garde, puis l’entrée de galeries, et au bout le bain. À angle droit, s’éloignant du mur (ma seconde photo), on voit cette grosse tour. Elle a été attribuée à Bohémond, quoique dans l’ancienne citadelle, mais les recherches d’archéologues et d’architectes ont démontré qu’il s’agissait d’une construction du treizième siècle, après le retour des Byzantins. Un mot d’histoire. Les descendants des Comnène ont fait sécession et désormais le siège de leur partie de l’Empire byzantin est à Trébizonde (nord-est de la Turquie d’Asie). C’est la dynastie des Ange qui règne sur Byzance mais, en proie à des difficultés face aux Turcs, l’empereur fait appel à l’aide des Croisés Francs, qui ont pourtant combattu pour Rome, contre les Byzantins. Mais, ne recevant pas ensuite la rétribution attendue, et poussés par la République de Venise, les Francs mettent Byzance à sac en 1204 et la ville devient le siège d’un Empire latin, Constantinople. Les restes de l’Empire byzantin s’éparpillent en trois parties autour de cet État latin, Trébizonde dont j’ai parlé, l’Empire de Nicée (ouest de la Turquie d’Asie) qui se dit siège de l’ancien empire en exil, et Michel premier Comnène, un cousin du dernier empereur de l’Empire Byzantin après la conquête franque, crée à cette époque, en 1205, le despotat d’Épire, dont il situe la capitale à Arta (que nous visiterons peut-être, plus au sud), mais il renforce les défenses de Ioannina qui avait commencé à se développer avec les Normands et continuait dans cette voie. Par la suite, d’ailleurs, ce développement ne cessera pas quoique la ville n’ait pas le statut de capitale. Or il advient qu’en 1259, Nicée conquiert l’Épire, puis en 1261 reprend Constantinople. Cette croissance et cette richesse ont peu à peu donné à Ioannina des velléités d’indépendance, et c’est en 1367 que, restant toutefois dans l’Empire, elle se libère du protectorat d’Arta et crée son propre despotat, sous la férule d’un Byzantin serbe, Thomas Comnène Prelubović. L’Empire de Byzance cependant se réduit à une peau de chagrin, attaqué de toutes parts. Il a même proposé aux Occidentaux la réunion des Églises grecque et romaine en échange de leur aide, mais la population s’est soulevée contre dette proposition, arguant “plutôt le turban du sultan que le chapeau du cardinal”. Alors, en 1430 Ioannina est prise par les Turcs, puis le 29 mai 1453 c’est la prise de Constantinople qui scelle pour les historiens la fin du Moyen-Âge. Pour en revenir à ma photo, cette construction qui a gardé le nom de ‘Tour de Bohémond’, construite dans les premiers temps du despotat d’Épire, est en réalité une “Tour de Michel”.

 

 

668b1 Ioannina, sérail d'Ali Pacha, musée byzantin 

En face de la porte, mais tout au fond de la très vaste esplanade où il ne reste rien des diverses constructions qui s’y sont élevées dans le passé, ce grand bâtiment blanc abrite le musée byzantin que nous avons visité aujourd’hui et dont je parlerai dans un instant. Là, sur les ruines du sérail d’Ali Pacha, avait été construit après 1870 un hôpital militaire, que l’armée grecque a remplacé en 1958 par ce bâtiment pour en faire un pavillon royal, mais Constantin II, né en 1940 et roi de Grèce à partir de 1964, s’est exilé en 1967 à la suite du coup d’état des colonels et l’échec de sa tentative de contre-coup d’état, a été déposé en 1973, un référendum a confirmé cette déposition et la création d’une république en 1974, et le pavillon royal est devenu musée byzantin. Sur le côté gauche, on aperçoit un minaret qui domine un bâtiment, Fetikhie Tzami, soit la Mosquée de la Conquête.

 

 

668b2 Ioannina, Fetikhie Tzami (Mosquée de la Conquête)

 

 

668b3 Ioannina, tombe d'Ali Pacha 

Voici donc cette mosquée de la Conquête, Fetikhie Tzami. Michel premier Comnène, despote d’Épire de 1205 à 1215, avait bâti ici l’église de l’Archange Michel pour être la paroisse du fort. Mais lorsque les Turcs se sont emparés de Ioannina en 1430, ils ont abattu cette église des Byzantins et l’ont remplacée par une mosquée en bois. En 1611 eut lieu une révolte des chrétiens, menés par Denis le Philosophe. Vaincus, les chrétiens ont été expulsés hors des murs de la ville et ont commencé à développer Ioannina hors de ses vieilles murailles, seuls étant autorisés à résider intra-muros les Musulmans, bien sûr, mais aussi les Juifs. Et c’est alors que la mosquée de bois a été remplacée par celle-ci en dur.

 

Devant, figurant une grande cage à oiseaux, est la tombe d’Ali Pacha. Le cartographe français Barbie du Bocage, établissant le plan de la forteresse au début du dix-neuvième siècle, intitule ce monument “tombe d’Ermine”. Or cette Ermine, ou Um Giulsum Hanum, est le femme d’Ali Pacha, morte en 1809. Plus tard, à sa mort en 1822, c’est là que sera enterré le corps décapité d’Ali. L’un de ses fils repose ici également. En 1943, pendant l’occupation allemande, cette grande grille en fer a été enlevée et a disparu. Ce n’est qu’en 1999 qu’une copie a été réalisée et mise en place.

 

 

668b4a Ioannina, canons sur l'Its-Kalé

 

668b4b Ioannina, canon français sur l'Its-Kalé 

668b5 Ioannina, de l'Its-Kalé vue sur le lac

 

Passant derrière le grand bâtiment qui héberge le musée, on se trouve en haut de la butte de la citadelle, au-dessus du lac, sur lequel la vue, aujourd’hui, est triste et morne. Ce lac est toujours changeant, aussi beau quand il exprime la mélancolie comme ici, que lorsqu’il brille sous le soleil. Pour rappeler que la citadelle avait un rôle défensif, les canons qui la défendaient ont été maintenus en place, et quelle n’est pas ma surprise de découvrir que celui-ci vient de France, des fonderies du Creusot. Or il est daté le l’an 12 ; certes, brièvement, en 1797, les troupes révolutionnaires françaises ont occupé Ioannina, chassées par Ali Pacha dès 1798, mais l’an XII est entre septembre 1803 et septembre 1804, et 1797-1798 correspond à l’an VI. Par conséquent, comment ce canon est arrivé là, je l’ignore. J’ai dit l’autre jour que dans l’espoir d’un coup de main contre l’Empire Ottoman, France et Grande-Bretagne, pourtant ennemies entre elles, ont chacune de leur côté courtisé Ali Pacha au début du dix-neuvième siècle, alors peut-être lui avons-nous vendu des canons comme, ces dernières années, nous avons vendu des Mirage IV à la Libye du colonel Kadhafi.

 

668c Ioannina, musée byzantin, chapiteau 7e-8e siècle

 

Il est temps d’entrer dans ce musée byzantin derrière lequel nous étions passés pour contempler le lac. En fait, il ne se limite pas à présenter des objets de l’époque où Ioannina était sous la domination de Byzance, mais jusqu’au vingtième siècle des objets en relation avec cette culture religieuse de rite grec. Pour commencer, nous sommes au temps de Byzance, puisque ce chapiteau de marbre remonte à la fin du septième siècle ou au début du huitième.

 

668d1 Ioannina, musée byzantin, monnaies de Phocas 

On peut voir aussi des monnaies. Un peu partout, les musées archéologiques présentent des monnaies antiques, grecques ou romaines, mais il est beaucoup plus rare de voir des monnaies d’époques postérieures. Or ce musée en montre, réparties sur plusieurs salles, avec les icônes dont elles sont contemporaines. Je préfère, ici, les regrouper. D’abord, ces monnaies de l’empereur Phocas (602-610). L’histoire de cet empereur sort du commun. C’était un simple sous-officier, dans l’armée que le frère de l’empereur avait emmenée au nord du Danube pour pacifier les Slaves. Mais l’hiver dans ces contrées est rude, et l’armée devait hiverner sans vivres ni subsides, en se débrouillant sur place. D’où une mutinerie. Le frère de l’empereur a pris ses jambes à son cou, direction Constantinople. Les soldats ont choisi Phocas pour chef, et sont partis aux trousses de leur général. Pendant ce temps-là à Constantinople, l’empereur, très impopulaire, était aux prises avec la population qui a fini par le déposer. Il s’est alors agi de lui trouver un remplaçant, mais son héritier ne voulait pas, et les factions s’opposaient chacune aux candidats de l’autre. C’est alors que l’armée de Phocas est entrée en ville. Pratiquement sans lui demander son avis, on lui a mis la couronne sur la tête, et tout le monde a été content. Sauf l’ex-empereur, ses fils et son frère, que Phocas a fait décapiter. Mais, magnanime, il a laissé libres, et la tête sur les épaules, l’impératrice et ses filles. Après cela, il a eu à faire face à bien des difficultés. Des généraux qui ne l’ont pas reconnu. Des troubles en Asie. Un complot impliquant, entre autres, l’impératrice, son frère et ses filles (solution : il a mis les femmes au couvent et a fait ordonner prêtres les hommes. Radical lorsque l’on veut combattre la crise des vocations). Une guerre contre les Lombards en Italie. Un nouveau complot (cette fois, tous –y compris l’impératrice et ses filles– ont été exécutés, après avoir été bien torturés. Quelle ingratitude de leur part, après avoir eu le privilège d’être consacrés à Dieu). Son seul allié fut le pape, qui n’aimait pas son prédécesseur et lui envoya des félicitations chaleureuses pour son avènement. Phocas, d’ailleurs, était très pieux, et proche de Rome. Mais les élites et les chefs n’admirent jamais ce parvenu et, un jour d’octobre 610 que, menacé, il s’était réfugié dans la chapelle au cœur de son palais impérial, des hommes se saisirent de lui, le dévêtirent et l’emmenèrent, complètement nu, à travers la ville jusqu’au port, où Héraclius, qui avait été nommé exarque de Carthage par l’empereur précédent (l’exarque est le responsable plénipotentiaire, civil, militaire, judiciaire, soit l’une des plus hautes charges de l’empire) était venu de Carthage pour en finir avec Phocas. Hissé sur le navire d’Héraclius, Phocas s’est vu couper la main droite avant d’être décapité. Et, le jour même, Héraclius s’est fait sacrer empereur. Telle a été l’épopée de ce centurion, de ce sous-officier subitement promu empereur d’un grand empire à l’âge de cinquante-cinq ans, et telle a été l’époque pendant laquelle ont été émises ces monnaies.

 

668d2 Ioannina, musée byzantin, monnaies vénitiennes 14e 

Ces cent trente sept pièces, qui datent de la première moitié du quatorzième siècle, ont été découvertes fortuitement en 1965 dans le lac de Ioannina. Parmi elles, il se trouve un florin, monnaie de Florence comme son nom l’indique, et deux ducats de Venise. Le mot vénitien “doge” signifiant duc, dont il est la forme locale, le ducat est la monnaie frappée par le doge. L’essentiel du trésor, soit les cent vingt-quatre autres pièces, est constitué de ‘gros’ de Venise. La définition de cette pièce se fait en fonction de son poids, le gros n’étant pas par soi-même un nom de monnaie mais une mesure de poids, soit le huitième d’une once ou le cent vingt-huitième d’une livre. La couleur de ces pièces est indéfinissable (pas seulement sur ma photo), et la notice ne dit pas de quel métal elles sont faites. Néanmoins, je crois qu’elles sont en argent. L’Épire, qui a fait partie de l’Empire Byzantin puis a fait sécession comme despotat d’Épire, a été conquit par les Turcs en 1430 et reste dans l’Empire Ottoman jusqu’à l’époque contemporaine (1921). Les Vénitiens, qui se sont installés pour longtemps à Corfou, n’ont jamais régné sur Ioannina, mais la proximité et l’intensité des échanges explique la présence ici de ce trésor.

 

668d3 Ioannina, musée byzantin, 10 pièces espagnoles, 1 p

 

Zitsa est située dans la montagne, au nord de Ioannina. C’est là qu’en 1967 ont été trouvées accidentellement ces onze pièces d’argent du dix-septième siècle, dont dix sont espagnoles et une polonaise. Là encore, parce qu’il n’y a jamais eu de liens politiques entre l’Espagne, la Pologne et l’Épire, ce trésor est dû au commerce.

 

668d4 Ioannina, musée byzantin, pièces de Mahmoud II (182 

Je termine avec ces quatre-vingts pièces d’or (çeyrek, en turc), émises après 1825 par le sultan Mahmoud II, celui qui a mis un terme à la domination sur l’Épire et à la vie d’Ali Pacha. Elles aussi, comme les trois autres, résultent d’une découverte inopinée. Cette découverte a eu lieu en 1951 à Kostaniani, une petite localité à quelques kilomètres au sud-ouest de Ioannina.

 

 

668e Ioannina, musée byzantin, Crucifixion, 14e siècle 

Cette terre cuite émaillée représentant une Crucifixion est un objet relativement rare. C’est un témoin de l’art local à l’époque de l’apogée du despotat d’Épire, au quatorzième siècle. Elle provient d’une église d’Arta, capitale du despotat, plus au sud.

 

668f Ioannina, musée byzantin, Simplicius, commentaires d' 

Le musée présente quelques livres. Celui-ci, ce sont les Commentaires sur Aristote, de Simplicius, édités à Venise en 1499. Ce Simplicius est un philosophe grec né en Turquie vers 480, qui a vécu à Alexandrie puis à Athènes. Ce néoplatonicien est connu, justement, pour ces Commentaires, qui lui ont valu les faveurs des aristotéliciens. Il est mort à Athènes en 549.

 

 

668g1 Ioannina, musée byzantin, Vierge Hodegetria 

Venons-en aux icônes. Cette belle Vierge du seizième siècle provient d’un monastère proche de Ioannina. On le voit, de la main droite elle montre Jésus, qu’elle porte sur son bras gauche. Jésus, qui est la Voie (hodos, en grec) que doivent suivre les hommes. Ce type de Vierge dont le prototype, censé avoir été peint par saint Luc en personne, aurait été rapporté de Terre Sainte à Constantinople par l’impératrice de Byzance au cinquième siècle mais est maintenant perdu, porte le nom de Vierge Hodégétria (Qui montre la voie).

 

668g2 Ioannina, musée byzantin, Christ Pantocrator, 17e si 

 

Du dix-septième siècle est ce Christ Pantocrator qui provient d’une église de Ioannina. Il s’agit du traditionnel Pantocrator, le “Tout-Puissant”, très fréquent dans l’iconographie byzantine. C’est, par opposition à l’Enfant Jésus ou au Christ des trois dernières années, vie publique et Passion, le Christ en gloire, celui d’après le Jugement Dernier, qui a dépouillé son humanité pour n’avoir plus que sa nature divine.

 

668g3a Ioannina, musée byzantin, saint Jean Baptiste, 2de

 

668g3b Ioannina, musée byzantin, saint Jean Baptiste, 2de 

Cette grande icône de la seconde moitié du dix-septième siècle est due à un peintre religieux réputé, Theodoros Poulakis. Elle représente saint Jean Baptiste, et sur le pourtour diverses scènes de sa vie. La Visitation, le baptême de Jésus dans le Jourdain, etc., et sur le détail que je montre en gros plan, c’est la scène qui occupe le coin inférieur droit, la Décollation. À genoux, mains liées, il va recevoir sur la nuque l’épée que son bourreau, derrière lui, brandit pour prendre son élan.

 

668g4 Ioannina, musée byzantin, mariage mystique ste Cathe 

 

Je préfère me limiter à un détail en gros plan, cet adorable Enfant Jésus, pour cette grande icône de 1688 représentant le mariage mystique de sainte Catherine d’Alexandrie. C’est l’anneau des épousailles que Jésus tient dans sa main et qu’il s’apprête à passer au doigt de Catherine. Tant dans la physionomie des personnages que dans le style de représentation, je trouve qu’il n’y a pas grand-chose de byzantin dans ce tableau. Il provient toutefois d’un monastère de Ioannina.

 

668g5a Ioannina, musée byzantin, saint Nicolas, (17e-18e s 

668g5b Ioannina, musée byzantin, saint Nicolas, (17e-18e s 

Très oriental au contraire, typiquement byzantin est ce saint Nicolas, contemporain de la peinture précédente ou très légèrement postérieur (fin dix-septième ou début dix-huitième siècle) qui vient de l’église Saint Nicolas Fourcas, près de Ioannina. L’expression de ce visage, le jeu des lumières pour marquer les formes et intensifier l’expression, sont remarquables. Évidemment, on retrouve ici ce hiératisme habituel dans les représentations de l’Église grecque.

 

668g6 Ioannina, musée byzantin, Vierge Rhodon Amaranton, 1 

Nous arrivons maintenant au dix-neuvième siècle avec cette œuvre de 1802 venant de Kapesovo, une localité dans la montagne à une quarantaine de kilomètres au nord de Ioannina. Il y a quelque chose que je ne comprends pas dans la légende. Le texte grec, Έργο Αναγνώστου του Οικονόμου , que je retranscris en caractères latins Ergo Anagnôstou tou Oikonomou, je le traduirais par Œuvre d’Économe le Lecteur, mais le texte anglais de la légende dit Anagnostis of Economos. Mais je ne parle pas grec moderne et mon anglais est loin d’être académique, et par ailleurs en général les textes traduits près des œuvres de ce musée sont corrects et clairs, de sorte que je n’ose pas proposer ma propre traduction. Passons. La représentation est celle de la Vierge Rhodon Amaranton, Rose qui ne fane pas. La profusion de l’or, le nombre de couleurs très limité où prédomine le rouge, les vêtements et jusqu’aux traits des visages sont tout à fait dans la tradition byzantine. Et pourtant, je trouve que le style de cette peinture est fort différent de celui de ce saint Nicolas, par exemple. Je pense que le Petit Jésus que je montre dans le mariage mystique doit être une peinture occidentale destinée à un monastère grec, tandis que cette Vierge doit être une peinture grecque, pas vraiment influencée par l’Occident, mais qui s’affranchit un peu des canons traditionnels du style des siècles passés, tout en restant dans la même ligne. En fait, l’Empire de Byzance a disparu ici depuis 1430, à Constantinople depuis 1453, mais pendant des siècles les artistes se sont référés à un modèle qui n’existait plus, n’osant pas vraiment innover en le faisant évoluer. Or, ici, je crois voir une évolution dans le mouvement, dans la composition, et même dans le sujet.

 

668h Ioannina, musée byzantin, poterie post-byzantine (15-

 

Je terminerai en montrant cette poterie qui provient d’un château de Preveza, une ville du sud de l’Épire. Elle est datée de façon vague, entre le quinzième et le dix-septième siècle. D’autres objets de céramique, comme la coupe au premier plan ou les cruches que l’on entrevoit an arrière-plan, sont monochromes. Ils ne sont pas laissés en couleur naturelle, seulement vernis, ils sont peints, mais sans aucun dessin. Ce pot est un témoignage de ce que l’on pouvait trouver en Épire comme style de dessins et de couleur pour les poteries décorées.

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Published by Thierry Jamard
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