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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 09:00

    868a boutiques à Istanbul 

 

Dans le cœur d’Istanbul, prédominent les marchands de souvenirs, de T-shirts, les bars, les restaurants à touristes, tout comme à Montmartre ou au Mont-Saint-Michel. Mais on trouve aussi d’autres formes de commerce typiques du lieu. Je commence avec ce curieux mélange architectural, cette espèce de sommet de minaret avec son balcon, plaqué sur une façade moderne très quelconque montrant des boutiques sur plusieurs étages.

 

    868b1 fruits et légumes à Üsküdar 

 

Ce que l’on voit partout, ce sont les marchands ambulants. Certes, ce n’est pas une spécialité stambouliote, surtout pour ceux, très nombreux, qui se pressent devant l’entrée de Topkapi ou de Sainte-Sophie, mais on sent qu’ici c’est plus traditionnel qu’ailleurs. Ici, c’est un marchand des quatre saisons.

 

    868b2a épis de maïs et marrons grillés, Istanbul 

 

    868b2b Istanbul, épis de maïs et marrons grillés 

 

    868b2c marchand de marrons grillés sur Istiklal 

 

Le marchand de mes deux premières photos propose des marrons grillés mais aussi des épis de maïs, au choix grillés ou bouillis. Celui de la troisième photo, avec sa voiture beaucoup plus sophistiquée, se limite aux marrons, le soir, sur Istiklal.

 

    868b3 Istanbul. Melons, pastèques, ananas 

 

Celui-ci propose des quartiers de grands fruits rafraîchissants, melons d’eau, pastèques, ananas. J’ai pris cette photo le 27 octobre. La saison est donc déjà avancée, mais quoiqu’il fasse encore bien chaud, il semble que la clientèle ne se presse pas devant son étal.

 

    868b4 marchand de fruits secs à Istanbul 

 

Les fruits secs et les graines intéressent parfois les touristes, mais les Turcs en sont gros consommateurs. Si l’on voit deux hommes assis sur un banc, il y a de grandes chances pour que le sol à leurs pieds soit jonché de coques de graines. Bon, d’accord, ce serait mieux de les mettre dans une poubelle, mais consolons-nous (un peu) en pensant que c’est plus rapidement biodégradé qu’un sac en plastique…

 

    868b5a vendeur de jus de grenade à Istanbul 

 

    868b5b marchand de jus de grenade à Istanbul 

 

Grand succès chez les nombreux vendeurs de jus de grenade. C’est du pur vrai jus extrait devant le client. Je n’en ai pas souvent vu en France (parfois au supermarché, dans de petites bouteilles de 25cl), mais sauf erreur je crois qu’en matière de sirop, en France, la grenadine est le seul autorisé à porter le nom d’un fruit alors que son arôme est cent pour cent chimique. Il est vrai que l’on dit “sirop de fraise”, “sirop de menthe”, et pas “sirop de grenade”.

 

    868b6 Istanbul, sandwiches viande et légumes 

 

Ici, c’est du sérieux. Sur la tête, un bonnet de chef. Ce jardinet n’est guère fréquenté par les touristes étrangers, et ce qui est proposé ce sont des sandwiches composés à la demande, avec de la viande et des légumes variés. Dans le dos du marchand, on se rend compte que les horribles tags ne sont pas une spécialité française.

 

    868b7a Vendeur de sahlep à Istanbul 

 

    868b7b Vendeur de sahlep à Istanbul

 

Ce breuvage, lui, est une spécialité turque. C’est du sahlep. On voit que le vendeur a posé des écriteaux, dont l’un comporte 4 mots. C’est du turc, et ça signifie “Véritable lait chaud sahlep”. À côté, un autre écriteau en caractères plus petits et plus pâles est à peine discernable sur ma photo. Il dit, dans un anglais approximatif “Sahlep : à l’époque ottomane, la boisson saine la plus célèbre dont l’héritage nous soit parvenu. Ingrédients : lait, miel, bourgeons d’orchis, vanille, crème, cannelle, épices spéciales. La boisson la plus saine en hiver”. Cela dit tout, je n’ai pas besoin d’ajouter des explications. Ce monsieur a peu de clients, peut-être parce que les étrangers n’osent pas s’aventurer avec ce qu’ils ne connaissent pas, peut-être parce que ce n’est l’hiver ni par la date, ni par la température, et que c’est une boisson pour temps froid.

 

    868b8a confection de confiserie à Istanbul 

 

    868b8b confection de confiserie à Istanbul 

 

C’est surtout du côté des jardins devant Topkapi que j’ai vu ces vendeurs d’une confiserie aux couleurs vives qu’ils enroulent sur des bâtonnets. Je crois bien que c’est ce que l’on appelle le macun, dont je n’ai pas goûté mais que les gens ont l’air d’apprécier. Il est vrai que les Turcs n’ont pas peur du goût sucré, il suffit pour s’en convaincre de goûter à leurs gâteaux (au demeurant excellents). Ce sont les mêmes que l’on trouve en France dans les pâtisseries maghrébines. Étant donné que les Turcs ont longtemps régné sur les pays arabes, il n’est pas étonnant que ces deux civilisations aient partiellement mêlé leurs cultures. D’ailleurs, en Grèce aussi les pâtisseries proposent toutes, à côté de gâteaux à la crème, des gâteaux orientaux. Je n’ai pas trouvé laquelle de ces civilisations a inventé ces gâteaux sucrés au miel et les a transmis à l’autre.

 

    868b9a portefaix et marchand de salep 

 

Cette tradition des commerces ambulants ne date pas d’hier. Dans mon précédent article Istanbul 04, La ville romaine, j’ai évoqué Choiseul-Gouffier, ce passionné de l’antiquité grecque, qui a rapporté d’un voyage effectué en 1776 nombre d’observations et de descriptions et qui a publié à son retour le Voyage pittoresque de la Grèce illustré de gravures fort intéressantes. Dans ce livre, on voit par exemple ce portefaix, ou hammal (à gauche). Il explique que les hommes qui exercent cette profession sont généralement des Arméniens, des Juifs ou des Turcs. “Les hammals, écrit-il, forment à peu près la dernière classe chez les Turcs ; ils sont sous l’inspection d’un chef qui s’appelle le Hammal-Bachi”.

 

À droite, c’est un marchand de sahlep, ou salepdji. Je viens de tout –ou presque tout– dire sur cette boisson, je n’y reviens pas. Selon Choiseul-Gouffier, “Il se promène par la ville, portant tout son établissement, qui consiste dans un panier d’osier, quelques tasses, un ibrik ou bouilloire, une bouteille contenant de l’eau de rose, ou tout autre parfum, et quelques couronnes de pain”. Ou bien la recette a changé, ou bien Choiseul-Gouffier n’a pas goûté au sahlep.  

 

    868b9b marchands de gâteaux et de foies 

 

L’homme à gauche avec son plateau sur la tête est un marchand de gâteaux, ou simitdji. “Les simitdjis vendent dans les rues de petits gâteaux, tels que couronnes et flûtes, qu’on appelle simith, et que les enfants aiment beaucoup. Il porte son éventaire sur la tête et le soutient avec une sorte de trépied ; cet éventaire contient, outre les simith, de la crème, du lait aigri, du scherbet [=sorbet] et quelques tasses”.

 

Les chiens sont très attirés par la marchandise de notre homme à droite, et ils se doutent qu’ils vont probablement bientôt y avoir droit. Lui, c’est le djeguerdji, ou marchand de foies. “On voit souvent, dans les rues de Constantinople, des Albanais portant des lambeaux de foie et de mou suspendus à un bâton, et cherchant à intéresser la charité musulmane en faveur des chats et des chiens qui se pressent autour d’eux; de bonnes âmes leur achètent leur marchandise et ils la distribuent à ces pauvres animaux, pour lesquels on sait que les Turcs ont beaucoup d’égards et de compassion”. Ce métier a disparu, aussi bien à Constantinople que dans l’Ariège puisque lorsque j’étais enfant on récitait ce très génial “Il était une fois, dans la ville de Foix, une marchande de foie qui vendait son foie dans la ville de Foix. Elle se dit, ma foi je ne vendrai plus de foie dans la ville de Foix…” Ce livre montre encore bien des métiers de rue.  

 

    868c1 Istanbul, bazar en plein air 

 

    868c2 Bazar en plein ait à Istanbul 

 

Et puis il y a les fameux bazars turcs. Beaucoup sont en plein air, comme ceux de mes photos ci-dessus, mais même si l’on ne distingue pas bien le type des articles qui sont proposés, on se rend compte que le style n’est pas le même sur la première et sur la seconde photo. D’ailleurs, les clients non plus ne sont pas les mêmes. Le second marché est clairement à destination des touristes et le premier est pour la population locale.

 

    868d1 Le Grand Bazar à Istanbul 

 

Tout le monde parle du Grand Bazar d’Istanbul. On ne peut donc manquer de le visiter. Un jour, nous nous y sommes rendus alors qu’il était fermé afin de pouvoir en photographier l’extérieur sans la grosse foule qui cache l’entrée.

 

    868d2 Le Grand Bazar à Istanbul 

 

    868d3 Le Grand Bazar d'Istanbul 

 

Et parce que le touriste ne peut manquer de le visiter, il est envahi de touristes, ce qui induit que les échoppes se sont adaptées à la demande, et beaucoup proposent les souvenirs et objets traditionnels que l’on rapporte en petits cadeaux. Beaucoup de boutiques sont très classiques, avec devanture, porte à clochette, et vendeur derrière un comptoir, tandis que d’autres ont un aspect plus traditionnel, plus couleur locale. Et certaines boutiques jouent le jeu, et ne s’adressent pas spécifiquement aux touristes. Cependant, ce Grand Bazar est assez décevant sur le plan commercial.

 

    868d4 Istanbul, le Grand Bazar 

 

    868d5 Istanbul, le Grand Bazar 

 

    868d6 Istanbul, le Grand Bazar 

 

En fait, ce qui est le plus intéressant, c’est le décor. Ici ou là, des colonnades soutiennent un plafond voûté, des carrelages décorent un panneau, ou encore, ailleurs on peut voir ce grand kiosque doré de ma troisième photo.

 

    868e1 Istanbul, le Bazar Égyptien 

 

    868e2 le bazar égyptien, ou bazar aux épices, à Istanbul 

 

Malgré ses décorations intéressantes, le Grand Bazar m’a moins marqué que le bazar égyptien, ou bazar aux épices. Le règne du sultan Mourad III (1574-1595) a vu une certaine émancipation des femmes, leur plus grande influence dans la vie politique et c’est ainsi que sa femme, Safiye Sultan puis sultane valide (=mère de sultan) quand Mehmet III a succédé à Mourad, a décidé en 1597 de créer ici un bazar qui ne sera achevé que 67 ans plus tard, en 1664 (tiens, c’est l’année du Tartuffe de Molière) par la sultane valide Turhan Hatice Sultan, concubine favorite du sultan Ibrahim (détrôné et étranglé en 1648) et mère de Mehmet IV (né justement en 1648). L’architecte Mustafa Aga a été chargé de terminer la construction en l’intégrant dans le complexe de la Nouvelle Mosquée (Yeni Camii) que je montrerai dans mon article Istanbul 20.

 

L’évocation de Turhan Hatice m’amène à sortir complètement de mon sujet pendant quelques instants pour dire deux mots de sa trajectoire peu commune. Née en Ruthénie (dans l’Ukraine actuelle) vers 1628 et prénommée Nadia, elle n’était encore qu’une enfant quand elle fut enlevée par des Tatars nomades, coutumiers de ce genre de raids, qui la vendirent comme esclave au palais de Topkapi. Elle avait environ 12 ans quand la sultane valide de l’époque, Kösem Sultan, en fit cadeau, comme concubine, à son fils Ibrahim. Idée dont elle eut à se repentir par la suite. En effet, âgée d’une vingtaine d’années, Turhan Hatice mit au monde un fils qui fut sultan l’année même de sa naissance. Jugeant que cette toute jeune esclave sans aucune expérience politique ne serait pas apte à gouverner, on confia la régence à la précédente sultane valide, Kösem Sultan, grand-mère du bébé. Mais Turhan Hatice ne l’entendait pas de cette oreille et, mettant de son côté le chef des eunuques noirs du harem (personnage très puissant) ainsi que le Grand Vizir, elle s’est ouvertement opposée à Kösem, soutenue, elle, par les janissaires. En 1651, Kösem fut assassinée, sans que les historiens puissent affirmer que le crime a été commandité par sa rivale. Après avoir gouverné seule et avoir affronté des crises, pour compenser son inexpérience la nouvelle valide remit en 1656 l’essentiel des pouvoirs entre les mains d’un grand vizir de confiance et s’adonna à une œuvre de construction, deux forteresses pour s’assurer contre les Vénitiens, la Nouvelle Mosquée, le bazar égyptien.  

 

    868f1 épices au bazar égyptien d'Istanbul 

 

    868f2 ''Meat spice'' (et bahari), bazar égyptien 

 

La visite de ce bazar est très typique et originale. Sur les étals, des dizaines d’épices multicolores sont proposées et réjouissent le nez autant que les yeux. C’est vendu au poids sur des balances de précision. Attention, les prix sont tantôt affichés aux 100 grammes, et tantôt aux 50 grammes… Sur ma seconde photo, il est indiqué “Meat spice (et bahari)”, mélange d’épices non spécifiées pour assaisonner des viandes, donc.

 

    868f3 Henné, au bazar égyptien d'Istanbul 

 

Mais ce “bazar aux épices”, comme on qualifie généralement ce bazar dit “égyptien”, ne vend pas que des épices comestibles. Ceci est du henné, produit à partir des feuilles de l’arbuste du même nom, qui pousse entre le 15ème et le 25ème parallèle de latitude nord et sud. Et donc bien loin de la Turquie, puisque ce bazar est à 41 degrés de latitude nord. On sait que dans tous les pays musulmans ainsi qu’en Inde le henné est très utilisé comme colorant des mains et des cheveux. C’est la première fois que j’en vois ainsi, en poudre, et quand je pense à la coloration orangée que j’ai si souvent observée sur les mains de femmes qui l’utilisent, j’ai du mal à imaginer que cette poudre grise puisse produire cette couleur. C'est pourtant ainsi 

 

    868f4 ''rose flower tea'' (gül çayi) au bazar égyptien 

 

    868f5 bazar égyptien, ''relax tea'' (rahat-lama çayi)

 

Les épices, ce sont aussi d’innombrables types de fleurs séchées dont on fait des tisanes. La rose, qui souvent parfume les pâtisseries en Turquie, est aussi utilisée en décoction. Une étiquette indique, pour ce que l’on voit sur ma première photo, “rose flower tea (gül çayi)”, soit “tisane de fleurs de rose”. Quant au mélange floral de ma seconde photo, il est qualifié de “relax tea (rahat-lama çayi)”, ou “tisane relaxante”. Je note que la prononciation du Ç est TCH et que le mot qui désigne à la fois le thé et les tisanes se prononce TCHAYI. Le français THÉ ou l’anglais TEA déforment beaucoup plus que le turc le mot chinois mandarin qui se prononce quelque chose comme TCHA et qui en est l’origine étymologique. Mais le russe dit чай (TCHAY), presque comme le turc. Le grec, qui ne peut pas prononcer notre CH et le remplace par S, dit τσάι (TSAÏ). Toutes ces langues, anglais, russe, grec, turc, utilisent ce même mot pour le thé proprement dit, les feuilles du théier, et pour toutes sortes de tisanes.

 

    868f6 bazar égyptien à Istanbul, confiseries 

 

    868f7 bazar égyptien à Istanbul, confiseries 

 

Et enfin, dans ce même bazar, et arborant également des formes variées et des couleurs chatoyantes, on trouve de multiples sortes de pâtisseries et de confiseries à base de fruits secs et de fruits confits. Grandes tentations, tant touristiques que gourmandes…

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Published by Thierry Jamard
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