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25 avril 2014 5 25 /04 /avril /2014 09:00

Une visite phare d’Istanbul, c’est bien sûr celle de Sainte-Sophie. Cette Sophie-là n’est pas une sainte vierge et martyr à l’époque des persécutions de Dioclétien. Il s’agit de la “sophia” grecque, c’est-à-dire la sagesse, la raison, que l’on retrouve dans le mot philosophie, et qui est qualifiée de sainte, non seulement pour sa qualité primordiale chez le fidèle qui conforme sa vie aux préceptes de l’Évangile, mais surtout parce qu’il s’agit du Christ, qui incarne la “Sagesse de Dieu”. D’ailleurs, puisque l’on fête l’avènement de Jésus le 25 décembre, c’est aussi le 25 décembre que l’on célèbre cette “Sophie”-là.  

 

Cette église a été construite par Constantin sur un ancien temple, ici je lis d’Artémis en 325, là je lis d’Apollon en 330. Pour Wikipédia, c’est après la conversion de l’empereur au christianisme, mais selon certains il n’aurait été baptisé qu’au moment de sa mort, en 337. De toute façon, la décision de construire une nouvelle capitale portant son nom là où se situait la ville de Byzance a été prise en 324, et l’inauguration de la nouvelle cité a eu lieu en 330. Sainte-Sophie est donc à situer dans cette fourchette. Elle sera agrandie par son fils Constance II en 365. Jean Chrysostome (“Bouche d’Or”, surnom qui lui a été donné pour son éloquence), prêtre renommé, avait été choisi par l’empereur comme archevêque de Constantinople –à cette époque, c’est le pouvoir temporel qui désigne les chefs spirituels– mais sa virulente critique de la vie de la cour et des grands mécontente l’aristocratie, et aussi l’impératrice Eudoxie qui pourtant l’avait soutenu au début, tant et si bien que le 20 juin 404 l’empereur Arcadius l’exile. Furieux, ceux qui le soutiennent mettent le feu à Sainte-Sophie, au cours d’une violente émeute. Même si Jean Chrysostome est rappelé dès la même année parce que l’on a vu dans la fausse couche d’Eudoxie et sa mort le 6 octobre un signe du Ciel, l’église est détruite. Elle va être rebâtie en 415 par Théodose II.

 

870a1 Justinien sortant de Ste-Sophie

 

Si aujourd’hui, parmi les fanatiques de football, partisans de l’O.M. et partisans du P.S.G. s’affrontent parfois, cela n’a rien à voir avec les Bleus et les Verts sur l’hippodrome de Constantinople. Il faut dire que ces équipes sportives sont aussi et surtout des factions fortement politisées. Nous dirions dans le langage actuel que les Bleus sont très à droite, et n’hésitent pas à opprimer leurs employés, tandis que les Verts sont très à gauche, et revendicateurs. Justinien (empereur de 527 à 565) et surtout l’impératrice Théodora, soutiennent ouvertement les Bleus. Le 11 janvier 532, lors des courses de chars dans l’hippodrome, les Verts insultent le couple impérial et le préfet, puis partent manifester partout en ville. Réaction de Justinien, il fait exécuter nombre de meneurs Verts, et un Bleu y passe aussi par erreur. Et voilà Bleus et Verts ensemble pillant et massacrant le palais et les soldats. Du 15 au 18 janvier, au cri de Nika! Nika! (Vaincs! Vaincs! d'où le nom de “révolte de nika”), les émeutiers mettent le feu au palais et à la ville. Sainte-Sophie fait partie des bâtiments détruits par le feu. Bélisaire, le célèbre général, encercle les émeutiers dans l’hippodrome, et fait massacrer par ses soldats germains plusieurs dizaines de milliers de manifestants. Justinien a eu chaud, mais le voilà consolidé sur son trône. Un mois plus tard, le 23 février 532, il fait débuter la reconstruction. Les architectes sont Isidore de Milet, un physicien, et Anthémius de Tralles, un mathématicien. Justinien avait voulu faire plus grand que le temple de Salomon et, le 27 décembre 537, inaugurant la basilique terminée, il s’est écrié “Gloire à Dieu, qui m’a jugé digne d’achever un si grand ouvrage. Ô Salomon, je t’ai vaincu”. Moins de six ans auront donc suffi à un millier de techniciens et à plus de dix mille ouvriers rondement menés pour édifier ce gigantesque monument. Ma photo montre la reproduction, sur un grand panneau, d’une gravure représentant Justinien au sortir de Sainte-Sophie, entouré de la procession impériale.

 

Une succession de séismes, en 553, 557, 558 ont ébranlé la basilique, le dernier faisant s’écrouler la voûte du dôme qui, dans sa chute, a écrasé l’ambon, l’autel, le ciborium. Justinien a fait procéder sans plus tarder aux réparations, sous la conduite du fils d’Isidore de Milet, nommé lui aussi Isidore. D’autres tremblements de terre, en 869, en 989, en 1344, détruiront de nouveau cette pauvre coupole. Mais ce n’est pas tout, car voilà qu’en 726, Léon l’Isaurien lance l’iconoclasme. Plus de représentations humaines. On détruit toutes les icônes, toutes les fresques, toutes les statues, la plupart des mosaïques. Et puis en 1204 –j’ai eu maintes fois l’occasion d’en parler–, la Quatrième Croisade, dévoyée, voit Constantinople prise par les Francs, mise à sac, les Croisés pillent tout, icônes, croix incrustées de pierres précieuses, reliquaires, ils fondent candélabres et vases d’or et d’argent. Sainte-Sophie, orthodoxe, est convertie en église catholique mais lorsque les Byzantins en reprennent possession en 1261, la basilique est méconnaissable, les Latins l’ont intégralement vidée et vandalisée. Elle revient au culte orthodoxe, de grands travaux de restauration sont entrepris.

 

870a2 Ste-Sophie convertie en mosquée

 

Et le 29 mai 1453, Mehmet le Conquérant prend Constantinople avec ses troupes turques musulmanes. Il a tôt fait de convertir l’église chrétienne à l’Islam, car dès le premier juin de la même année y est célébrée la première prière du vendredi. Mais, excepté le fait que cette religion a fait dissimuler les représentations anthropomorphes sous une couche d’enduit et fait adapter l’architecture avec à l’extérieur quatre minarets et à l’intérieur un mihrab et un minbar, en revanche les Ottomans ont beaucoup plus respecté leur mosquée, ils l’ont entretenue, quand cela s’est révélé nécessaire le grand architecte Sinan a été chargé de prendre des mesures de consolidation. Et la basilique Sainte-Sophie, en grec Hagia Sophia, est devenue la mosquée Ayasofya. Ici aussi, ma photo représente une gravure reproduite sur un grand panneau dans Sainte-Sophie.

 

870a3 Ste-Sophie au 19e s., par Sebah & Joallier

 

Pour le dix-neuvième siècle, Théophile Gautier nous dit que “Saint-Sophie menaçait ruine. Les murailles faisaient ventre, des fissures lézardaient les dômes, le pavé ondulait […]. Rien n’était d’aplomb, tout l’édifice penchait visiblement à droite […]. Un architecte tessinois très habile, M. Fossati, accepta la tâche difficile de redresser et de raffermir l’antique monument […] et, grâce à cette heureuse et complète restauration, Sainte-Sophie put se promettre encore quelques centaines d’années d’existence”. La photo ci-dessus est signée Sebah et Joallier, elle date d’après les grands travaux dont parle Gautier, et je l’ai reproduite lors de notre visite de l’exposition “Voyage en Méditerranée orientale” à Thessalonique (mon blog daté 5 août 2012).

 

870a4 Aya Sofya, Constantinople (Ste-Sophie)

 

Arrive le vingtième siècle. Arrive Atatürk. Arrive la République turque qui remplace l’Empire Ottoman plus qu’elle ne lui succède, en instaurant un État laïque. Évidemment, instaurer un État laïque ne signifie pas fermer les mosquées dans un pays où l’immense majorité de la population est musulmane, mais cette vieille Sainte-Sophie de Justinien, que l’on ne peut quand même pas rendre au culte chrétien et qui est une merveille architecturale, le mieux est de la séculariser. C’est ce qu’a fait Atatürk, la livrant en 1935 à la visite touristique. Et aux archéologues, qui ont pu s’adonner à toutes sortes de recherches. Les fouilles, cependant, ont dû être limitées pour ne pas trop ébranler le sol sous la majestueuse vieille dame. Le bâtiment actuel a donc été église chrétienne de 537 à 1453, soit 916 ans, mais en y ajoutant ses devancières depuis Constantin cela fait 1128 ans de christianisme sur le site. Puis elle a été mosquée de 1453 à 1935, soit 482 ans. En totalisant tout cela elle atteint aujourd’hui, en cette fin de 2012, précisément le 27 décembre prochain, un âge vénérable de 1475 ans, dont 1398 comme lieu de culte. Et si l’on remonte aux bâtiments précédents, au temple païen…

 

870b1 Constantinople, plan de Ste-Sophie

 

La troisième Sainte-Sophie d’aujourd’hui est une basilique à dôme avec une nef et deux bas-côtés. Quelques chiffres. À l’intérieur, l’église mesure cent mètres sur soixante-dix, elle occupe au sol sept mille cinq cent quarante mètres carrés. C’était la plus grande église du monde, et même aujourd’hui, bien peu la surpassent. Saint-Pierre de Rome mesure 188 mètres sur 154,60. Le Duomo de Milan mesure 148 mètres sur 66. La nef de Saint-Paul de Londres mesure 150 mètres sur 36 mais le transept fait 76 mètres de façade à façade. La cathédrale de Séville mesure 115 mètres sur 76. À Sainte-Sophie, la coupole s’élève, selon mes sources, à 56,71 ou 56,60 mètres pour un diamètre de 30,31 ou 31,87 mètres. Je n’ai pas construit d’échafaudages pour aller mesurer moi-même et vérifier qui a raison.

 

870b2 Fontaine, annexe de Ste-Sophie (Istanbul)

 

870b3 Muvakkithane, Sainte-Sophie, Istanbul (1853)

 

870b4 Ste-Sophie, mausolées des sultans

 

Autour de Sainte-Sophie, plusieurs bâtiments dépendent de la mosquée musulmane. Parmi eux, ci-dessus je montre (première photo) celui qui abrite la fontaine pour les ablutions rituelles, puis (seconde photo) le muvakkithane construit en 1853 par Fossati, c’est-à-dire la résidence de la personne chargée de déterminer l’heure de la prière, et enfin (troisième photo) le mausolée des sultans.

 

870c1 Aya Sofya, Constantinople (Ste-Sophie)

 

870c2 Sainte-Sophie, Constantinople, extérieur

 

J'ai entre les mains le Constantinople de Théophile Gautier, continuons à le citer. “Sainte-Sophie présente un amas incohérent de constructions difformes. Le plan primitif a disparu sous une agrégation de bâtisses après coup qui oblitèrent les lignes générales et les empêchent d’être aisément discernées”. Il est difficile de ne pas être d’accord avec lui. L’extérieur, du moins vu de près, n’est pas splendide.

 

870c3 Les 12 apôtres, devant Ste-Sophie (Istanbul)

 

Les fouilles entreprises depuis la sécularisation de Sainte-Sophie ont permis de mettre au jour des éléments ayant appartenu à des états antérieurs à la basilique de Justinien. C’est de l’église construite en 415 par Théodose que provient ce fragment de bas-relief représentant quelques-uns des douze moutons figurant les douze apôtres. Lorsqu’il a été découvert en 1935, il gisait donc dans le sol depuis 532.

 

870c4 L'entrée de Sainte-Sophie à Istanbul

 

870c5 L'entrée de Sainte-Sophie à Istanbul

 

Mais le moment est venu d’aller voir à quoi ressemble cette basilique mosquée musée à l’intérieur. Nous allons donc franchir cette entrée. Même en cette date tardive, et hors toute période de vacances, les visiteurs sont très nombreux.

 

870d1 Ste-Sophie, à Istanbul

 

870d2 Ste-Sophie, à Istanbul

 

870d3 sarcophage de l'impératrice Irène, Ste-Sophie

 

Je ne saurais dire à quoi correspond cet immense hall qui court latéralement le long de l’édifice. Sur le côté, ce n’est pas un narthex, mais complètement fermé sur le cœur de l’édifice par de lourdes portes je ne suis pas sûr de pouvoir l’interpréter comme une nef latérale. Mais, quel qu’il soit, il est imposant et splendide. On y voit cette grande vasque qui a sans doute servi de baptistère, quoiqu’il existe (je vais y venir tout à l’heure) un baptistère par immersion.

 

Quant au sarcophage, c’est celui de l’impératrice Irène. Née à Athènes, elle épouse le fils de l’empereur de l’Empire Byzantin qui devient empereur à son tour sept ans plus tard, en 775. C’est Léon IV, qui ne tarde pas à mourir, en 780. Leur fils Constantin VI n’a alors que dix ans. Irène parvient à en obtenir la régence. Heurtée par l’iconoclasme qui sévit depuis 730, plus proche dans son cœur de la foi romaine que de l’orthodoxie, elle va tenter de rapprocher Byzance de Rome. D’abord, elle essaie –sans succès– de marier Constantin avec Rotrude (775-810) fille de Charlemagne, roi des Francs (il ne sera sacré empereur à Rome que le 25 décembre 800). Puis, en 787, elle convoque à Nicée (aujourd’hui Iznik, en Anatolie turque) un concile œcuménique, auquel elle propose au pape de se faire représenter, et obtient que ce concile abroge l’iconoclasme. Irène est ambitieuse, ce succès la pousse à se proclamer seul maître à bord. Ce qui ne réjouit ni Constantin, évidemment, ni ses partisans parmi lesquels on compte les iconoclastes. Passons sur ces querelles, puisque Constantin meurt en 797. Elle va mener alors une politique destinée à renforcer la puissance économique de l’Empire tout en protégeant les plus pauvres. Mais voilà que du côté franc, on estime qu’une femme ne peut être dépositaire du titre prestigieux d’impératrice dans ce qui est vécu comme la continuation de l’Empire Romain d’Orient, et le pape consacre Charlemagne empereur, lui donnant la tentation de réunir sous son autorité toute la chrétienté. En effet, si l’on fait partir traditionnellement la séparation entre Catholiques et Orthodoxes de l’année 1054 où le légat du pape et le patriarche de Constantinople se sont mutuellement excommuniés, les divergences politiques, linguistiques, de dogme, s’accumulaient déjà depuis plusieurs siècles. De son côté, Irène, poursuivant son idée de réunification de la chrétienté, pense qu’un mariage avec ce Charlemagne résoudrait tous les problèmes[]. Pour ses ennemis, c’en est trop, ils la considèrent comme traîtresse à l’Empire Byzantin et en 802 un coup d’État la renverse, l’emprisonne à Prinkipo, l’une des Îles des Princes, en mer de Marmara, à l’entrée du Bosphore, et la remplace sur le trône par Nicéphore Premier, précédemment logothète général, une sorte de ministre du budget. Puis Irène est transférée à Mytilène (île de Lesbos) où elle meurt le 9 août 803. À Constantinople, il ne reste de sa tombe pillée par la Quatrième Croisade de 1204 puis détruite par Mehmet le Conquérant, que ce sarcophage conservé à Sainte-Sophie. Canonisée, elle est devenue sainte Irène.

 

870d4a décisions du synode de 1166 à Ste-Sophie

 

870d4b décisions du synode de 1166 à Ste-Sophie

 

Sur un mur, ces cinq grandes plaques gravées dont je reproduis aussi un détail en gros plan, ne sont hélas que des copies (on ne nous dit pas où est l’original), mais elles portent un texte très important puisque c’est celui qui énumère les décisions prises lors du synode de 1166. Je ne vais pas entrer ici dans le détail des divergences entre le culte catholique et le culte orthodoxe, mais les deux plus importantes sont le Filioque (la question est de savoir si le Saint-Esprit procède uniquement du Père, selon la doctrine orthodoxe, ou aussi du Fils, comme le pense l’Église catholique) et le rôle de l’évêque de Rome. Au début du christianisme, les apôtres se réunissaient pour débattre des questions de dogme, et saint Pierre, sur qui Jésus a fondé son Église (“tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église”) reconnaît parfois se tromper quand saint Paul le corrige. Les évêques, “descendants” des apôtres, se réunissaient donc, aux premiers temps de l’Église, pour débattre du dogme comme le faisaient les apôtres, sous la présidence de l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, toutes les décisions étant prises en commun. Les choses se sont gâtées lorsque ledit évêque de Rome s’est dit pape, s’érigeant non plus en président mais en chef de la chrétienté, capable de prendre les décisions seul, quoiqu’après avoir consulté ses conseillers. De là la cassure, le schisme, entre Orthodoxes (étymologiquement ceux qui détiennent “le dogme authentique”), et Catholiques. Les choses n’ont fait que s’aggraver lorsqu’au dix-neuvième siècle le pape s’est déclaré infaillible. Non pas, bien sûr, en prévisions météorologiques ou en dosage des épices dans une recette de cuisine, mais pour les questions de dogme. Chez les Orthodoxes, les métropolites continuent de se réunir périodiquement en synodes, comme lors de celui de 1166 qui s’était tenu à Sainte-Sophie.

 

870e1 Güzel Kapi à Ste-Sophie (temple païen, 2e s. avt J

 

870e2 istanbul, Sainte-Sophie

 

Cette porte de bronze est appelée Güzel Kapi, la Porte Splendide. Elle n’a pas été coulée pour cette basilique, mais apportée par l’empereur Théophile (829-842) qui l’a prélevée sur un temple antique de Tarse, au sud de l’Anatolie (actuelle Turquie d’Asie), datant du deuxième siècle avant Jésus-Christ.

 

870e3 istanbul, Sainte-Sophie

 

Éphèse, Palmyre, Pergame, Tarse, entre autres, ont fourni de leurs temples païens colonnes, chapiteaux, entablements, portes, etc. Sans indications particulières, il est donc difficile de dire si cette belle porte de pierre provient d’un bâtiment antique ou si elle a été exécutée pour cette basilique.

 

870f1 istanbul, Sainte-Sophie

 

870f2 istanbul, Sainte-Sophie

 

870f3 istanbul, Sainte-Sophie

 

Et puis il y a cet immense espace central, la nef principale, où de belles colonnes antiques soutiennent les côtés, dégageant la vue largement, comme aucune des églises chrétiennes du monde occidental, romanes ou gothiques, pourtant très largement postérieures, ne saura le faire.

 

870f4 istanbul, Sainte-Sophie

 

L’un des ajouts de l’ère ottomane dans cette nef, et cela se remarque tout de suite du fait d’un style totalement différent, c’est cette loge du sultan construite en 1849, à la demande du sultan Abdülmecid (1839-1861) par le même Fossati de la rénovation dont j’ai parlé tout à l’heure.

 

870f5 istanbul, Sainte-Sophie

 

On a pu remarquer, sur le plan de la basilique, que les angles de la nef étaient rompus en forme d’arcs de cercle. Au-dessus, ce sont d’élégants dômes soutenus par des rangées de colonnes.

 

870f6 jarre hellénistique de Pergame. Ste-Sophie

 

Autre pillage de l’Antiquité, mais pas par Justinien cette fois-ci, cette remarquable jarre taillée et creusée dans un seul bloc de marbre était à Pergame depuis l’époque hellénistique. C’est au temps du sultan Mourad III (1574-1595) qu’elle a été transportée ici. En fait, elle a même sa sœur jumelle un peu plus loin.

 

870f7 céramique d'Iznik à Ste-Sophie d'Istanbul

 

Le mur d’un passage est recouvert de ces carreaux de céramique d’Iznik datant du seizième et du dix-septième siècles. J’ai, tout à l’heure, évoqué cette ville d’Iznik qui succède à celle de Nicée. Elle est réputée depuis plusieurs siècles pour ses céramiques. J’en ai déjà parlé dans deux articles (le musée islamique d’Edirne, daté du 11 octobre 2012, et la mosquée Selimiye d’Edirne, daté des 11 et 15 octobre 2012).

 

870f8a colonne des voeux, à Ste-Sophie d'Istanbul

 

870f8b colonne des voeux, à Ste-Sophie d'Istanbul

 

Ce pilier, surnommé la colonne qui transpire, ou colonne des vœux, a la particularité de suinter à l’intérieur de ce trou. Difficile d’en prendre une photo, les touristes superstitieux ou amusés (ou les deux à la fois) s’y succèdent sans interruption et se font prendre en photo avec le doigt plongé dans ce qui doit combler leurs désirs.

 

870g1 baptistère de Ste-Sophie à Constantinople (Istanbul

 

870g2 baptistère de Ste-Sophie à Constantinople (Istanbul

 

Dans une cour sur le flanc de la basilique se trouve le baptistère. La partie couverte, sous l’auvent, abrite la cuve où l’on descendait par quelques marches pour recevoir le baptême par immersion, comme Jésus baptisé par saint Jean Baptiste dans le Jourdain, et non pas comme on le fait maintenant en versant juste un peu d’eau sur le front du catéchumène, ce qui se contente de symboliser le geste d’origine. D’ailleurs, le mot grec du baptême dérive du verbe baptô, qui signifie je plonge.

 

870g3 Ste-Sophie d'Istanbul, accès au niveau haut

 

870g4 Ste-Sophie, Constantinople (Istanbul)

 

En empruntant ce couloir dont les pierres du sol ont été polies par les innombrables pas qui les ont foulées depuis tant de siècles, pieds de Chrétiens, pieds de Musulmans, pieds de touristes parmi lesquels ceux qui proviennent de pays de tradition bouddhiste ne sont pas les moins nombreux, on peut accéder à la galerie haute du bâtiment.

 

870g5 Ste-Sophie d'Istanbul, accès au niveau haut

 

    870g6 Ste-Sophie d'Istanbul, accès au niveau haut 

 

    870g7 Ste-Sophie d'Istanbul, accès au niveau haut 

 

Le chemin suivi pour monter, tout comme celui que l’on emprunte pour redescendre, et qui n’est pas le même parce qu’il faut bien enrégimenter ces flots de visiteurs afin d’éviter les bousculades, révèle une architecture intéressante, avec des plans inclinés dont je me demande s’ils n’ont pas été construits de préférence à des escaliers pour permettre l’accès des chevaux, comme dans la Giralda de Séville. On remarque un système de rigoles pour permettre l’écoulement des eaux.

 

870h1 Ste-Sophie, Constantinople (Istanbul)

 

870h2 Ste-Sophie, Constantinople (Istanbul)

 

Comme l’ont fait Sebah et Joallier pour la photo que j’ai montrée au début, j’ai photographié la nef depuis la tribune, en haut. L’ampleur est saisissante. De là, on situe bien la loge du sultan, le mihrab au fond du chœur, les coupoles partielles qui brisent les angles de la nef, la dikka (c’est-à-dire la tribune) qui se trouve sous celle de droite, la galerie qui court tout autour de l’édifice à une hauteur respectable. Au total il y a, paraît-il, 67 colonnes dans la galerie supérieure, mais j’avoue ne pas avoir vérifié le nombre.

 

870h3 Ste-Sophie, Constantinople (Istanbul)

 

870h4 Ste-Sophie, Constantinople (Istanbul)

 

870h5 Ste-Sophie, Constantinople (Istanbul)

 

Encore quelques détails architecturaux qui montrent le degré de raffinement voulu par les architectes, tant lors de la construction que pour la décoration dans les siècles successifs.

 

870h6 loge de l'impératrice, Sainte-Sophie, Istanbul

 

Au milieu de la tribune, juste en face du chœur –en fait, là d’où j’ai pris ma photo à la suite de Sebah et Joallier– se situait la loge de l’impératrice. L’impératrice byzantine, bien sûr, puisque les sultanes ne pouvaient être visibles par des hommes.

 

870h7 graffito viking à Sainte-Sophie d'Istanbul

 

 

Sur la rambarde de marbre de la loge de l’impératrice, on peut voir sous ce dessin gravé de curieux signes (j’ai, hélas, dû les couper au bas de ma photo, parce que ma mauvaise mise au point les rend invisibles. Je signale leur place pour les visiteurs plus chanceux que moi…). Et encore plus curieux lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un graffito viking du neuvième siècle qui n’a été découvert et identifié qu’en 1964. Il a été transcrit comme HALVDAN, un nom propre, mais le reste est illisible. L’écriture des Vikings est composée de “runes”, elle est dite “runique”. On sait que des Varègues (Vikings originaires de Suède), passés par l’actuelle Ukraine, ont atteint Constantinople en 838. Philippe Meyer, dans Baltiques: Histoire d'une mer d'ambre (aux éditions Perrin), écrit: “Le cabotage entre ports de la mer Baltique, commencé dès le VIIe siècle, n'a pas satisfait l'appétit d'aventures des Vikings. Un siècle plus tard, des bandes de Vikings, souvent concurrentes, ont pris la mer droit devant elles à partir de leurs ports. Les Vikings de Suède que l'on a appelés Varègues […] sont restés dans les eaux de la mer Baltique, filant vers l'est, vers la Baltique orientale et la Russie. […] Les Varègues suédois, après avoir caboté, et sans doute pillé et piraté dans la mer Baltique en même temps qu'ils y commerçaient, se sont introduits en Russie et en Ukraine en ayant recours, grâce au faible tirant d'eau de leurs embarcations, au réseau des lacs et des fleuves issus du lac Ladoga. Ils s'étaient donné pour but d'atteindre Constantinople, cité magique du monde méditerranéen dont la réputation était arrivée jusqu'à eux. Des Varègues y sont parvenus en descendant le Dniepr puis en traversant la mer Noire. En 838, ils ont atteint la capitale de l'Empire byzantin et ont réussi à s'entendre avec son empereur qui a enrôlé quelques Vikings dans sa garde personnelle. D'autres «Suédois», par une route plus longue –descente de la Volga et traversée de la mer Caspienne– ont rejoint Constantinople après être passés par Bagdad”. Pas étonnant que l'empereur ait apprécié ces guerriers réputés et intrépides.

870h8 la Porte de Marbre à Ste-Sophie d'Istanbul

 

Nous sommes ici dans l’espace où se rencontraient les participants aux synodes. Nous allons alors franchir cette entrée, la Porte de Marbre, pour pénétrer dans la partie de la galerie où se réunissait le synode.

 

    870h9 tombe de Henri Dandolo, 41e doge de Venise (1192-1205 

 

Mais avant de franchir cette porte, on remarque à droite cette pierre tombale portant le nom de Henricus Dandolo. En fait, on n’est absolument pas sûr qu’il ait été enterré ici, ce doge de Venise dont le nom est gravé en latin mais qui, en italien, s’appelait Enrico, c’est-à-dire Henri, car la plaque que nous voyons ne date que du dix-neuvième siècle. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il est bien mort ici, après avoir commandé l’armée latine de la Quatrième Croisade qui a pris Constantinople aux Byzantins en 1204 et avoir organisé le pillage qui a accompagné la conquête. Quand il a été élu doge en 1192, il avait déjà 84 ans. Geoffroy de Villehardouin, maréchal de Champagne et de Romanie, qui a pris part à l’expédition et qui a rédigé une Chronique de la prise de Constantinople par les Francs, avait en grande considération “Li dux de Venise qui ot [avait] nom Henris Dandole, et ere [était] mult sages et mult prouz [courageux], si les honora mult, et il, et les autres gens”. Lors de mes études à la Sorbonne, je traduisais assez couramment l’ancien français, mais les années ont passé et si, de temps à autre, j’ai lu du latin ou du grec ancien, en revanche jamais, je crois, de l’ancien français et je me rends compte à quel point j’ai oublié. Je vais quand même essayer de m’y risquer pour le passage où Dandolo décide de partir.

 

“Lors ils se rassemblèrent un dimanche en l’église Saint-Marc. Il y eut une grande fête et s’y rendirent les gens du lieu ainsi que des barons et des pèlerins avant que la grand-messe commençât. Et le doge de Venise, qui avait nom Henri Dandolo, monta en chaire, et parla au peuple et dit alors «Seigneur, vous êtes en compagnie de la meilleure gent du monde et pour la plus haute affaire que jamais gens entreprissent, et je suis un homme vieux et faible, et devrais me consacrer au repos, et ménager mon corps  Mais je vois que nul ne saurait vous gouverner et vous commander comme moi-même, qui suis votre seigneur. Si vous vouliez décider que je prisse le signe de la Croix pour vous garder et pour vos enseigner, et que mes fils restassent à ma place et gardassent la terre, j’irais vivre ou mourir avec vous et avec les pèlerins.» Et quand ils entendirent cela, ils s'écrièrent tous d’une seule voix «Nous vous prions par Dieu que vous le décidiez et que vous le fassiez, et que vous veniez avec nous.» Alors vint Henri Dandolo qui était doge de Venise, mais qui était un vieil homme, et qui n’y voyait goutte”.

 

Malgré son grand âge et sa cécité, Dandolo prend donc la tête des Vénitiens qui vont s’emparer de Constantinople et la saccager. L’année suivante, le jour de la Pentecôte, soit le 29 mai 1205, “Dans ce lieu il advint un très grand dommage à l’armée, en ce que Henri Dandolo tomba malade, finit ainsi et mourut, et fut enterré avec de grands honneurs au monastère Sainte-Sophie”. Il avait donc été doge de Venise pendant treize années et était mort à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans.

 

    870i1 St Jean Chrysostome, à Ste-Sophie d'Istanbul

 

Seize mille mètres carrés de la basilique étaient recouverts de mosaïques. Les iconoclastes, les Croisés, le temps en ont détruit une part énorme. Les Musulmans de l’Empire Ottoman ont seulement recouvert ce qui choquait leurs convictions. Tout cela, je l’ai déjà dit. Je reprends maintenant Théophile Gautier. “Pendant les travaux, M. Fossati a eu la curiosité de débarbouiller les mosaïques primitives de la couche de chaux qui les empâte, et avant de les recouvrir il les a copiées avec un soin pieux : il devrait bien faire graver et publier ces dessins d’un si haut intérêt pour l’art et qu’une occasion unique lui a permis de contempler”. Mais Atatürk est passé par là, et désormais nous pouvons nous passer des dessins de ce monsieur Fossati, dont il faut quand même reconnaître qu’il a eu une idée géniale. Tout à l’heure, l’une de mes photos montrait un côté de la nef pris depuis la galerie d’en face, et on y aperçoit, tout en haut juste sous les fenêtres, des médaillons représentant chacun un personnage que l’on distingue vaguement. Ce sont des patriarches qui sont représentés là. Celui-ci est saint Jean Chrysostome.

 

    870i2 Séraphin, à Ste-Sophie d'Istanbul 

 

    870i3 ange, à Ste-Sophie d'Istanbul 

 

J’aime beaucoup ces représentations de séraphins, anges reconnaissables au fait qu’ils sont dotés de six ailes au lieu de quatre comme les chérubins ou seulement deux comme la piétaille des anges. Mais en fait j’aime encore mieux mon simple ange de la seconde photo.

 

870j1a Léon VI aux pieds du Christ Pantocrator, à Ste-Sop

 

870j1b Léon VI aux pieds du Christ Pantocrator, à Ste-Sop

 

Cette mosaïque représente l’empereur Léon VI (886-912) prosterné aux pieds du Christ Pantocrator. Un siècle après les ambitions de Charlemagne de devenir le chef temporel de la chrétienté réunie et les tentatives d’Irène de réunir l’Empire d’Orient et l’Empire d’Occident, c’est-à-dire l’Empire Byzantin et l’Empire Franc vu comme le successeur de Rome, on nous dit que Léon VI en 899 convoque un grand synode pour tenter de rapprocher les deux Églises qui, parallèlement aux empires, s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre. Mais de ce synode je ne trouve trace nulle part. Au contraire, ce Filioque que j’évoquais plus haut et qui constitue une divergence essentielle entre les deux Églises avait été ajouté au Credo par le pape Nicolas Premier (858-867), mais le concile de Constantinople de 879 auquel participaient les deux obédiences avait conclu à l’élimination de ce Filioque, élimination admise alors par le pape Jean VIII. Mais tout cela ne change rien à la dévotion de Léon VI au Christ Pantocrator, et de plus cette mosaïque étant de la fin du neuvième siècle, elle est antérieure à ce synode. Dans les médaillons près du Christ, on voit à gauche la Sainte Vierge et à droite l’archange Gabriel.

 

870j2a Christ Pantocrator, Constantin et Zoé à Ste-Sophie

 

870j2b Constantin, à Ste-Sophie d'Istanbul

 

870j2c l'impératrice Zoé, à Ste-Sophie d'Istanbul

 

Cette mosaïque est plus récente, puisque du onzième siècle. Elle représente elle aussi le Christ Pantocrator, mais ici il est entre l’empereur Constantin IX Monomaque (1042-1055) et l’impératrice Zoé. Deux fois marié, deux fois veuf, Constantin n’a pas d’héritier pour le trône, mais l’Église à cette époque estime que l’on ne peut se marier plus de deux fois, car au-delà on devient collectionneur. Qu’à cela ne tienne, il va vivre en concubinage avec une certaine Maria Sklèraina qui a un lien de parenté avec sa précédente femme. L’année de son accession au trône, 1042, il épouse quand même Zoé, mais garde près de lui au palais Maria Sklèraina sans que l’impératrice s’y oppose. Elle va même faire donner à la maîtresse de son mari le titre de Sébasté, quelque chose comme “Auguste” pour qui n’est pas l’empereur lui-même. Mais la mosaïque ne va quand même pas jusqu’à représenter Maria à côté de Constantin.

 

870j3 Jean II Comnène et Irène, et Vierge à l'Enfant

 

Encore un peu plus tard, au douzième siècle, nous trouvons cette Vierge à l’Enfant entourée de l’empereur Jean II Comnène (1118-1143) et de sa femme l’impératrice Irène. C’est ce Jean II qui a d’abord calmé les ardeurs conquérantes des Turcs du côté d’Antalya au sud de l’Anatolie, qui a ensuite mis au pas les Petchenègues, peuple d’origine turque qui nomadise dans l’actuelle Bulgarie et menace ses frontières du côté du Danube. Puisqu’en Italie du sud et en Sicile j’ai à de très nombreuses reprises parlé du Normand Robert Guiscard et de sa conquête du pays, il me faut évoquer les conséquences indirectes de son offensive contre l’Empire Byzantin. En 1082, le prédécesseur de Jean II, son père Alexis Premier, avait eu besoin de l’appui de la flotte des Vénitiens contre Robert d’Hauteville dit le Guiscard devant Durazzo (aujourd’hui Durrës en Albanie) et l’avait négociée contre l’exemption de taxes et d’impôts sur toutes les terres de l’Empire, manne pour les commerçants de la Sérénissime et lourde soustraction dans le budget de l’Empire. Aussi Jean décide-t-il de ne pas renouveler ces privilèges lorsque, à la mort de son père en 1118, il prend les rênes du pouvoir. Furieux, les Vénitiens ravagent et pillent nombre de terres byzantines, Rhodes, Chios, Lesbos, Samos, Andros, Céphalonie, entre autres. Jean II préfère demander la paix, et doit se résoudre en 1126 à revenir à la situation de privilèges commerciaux pour Venise. Par la suite, Jean II fera campagne en Syrie, gagnera, et cinq ans plus tard reperdra ce qu’il avait gagné. Il mourra de la gangrène en 1143, après avoir été atteint accidentellement par une flèche empoisonnée au cours d’une partie de chasse.

 

L’impératrice, maintenant. Rien à voir, évidemment, avec l'impératrice Irène du huitième siècle dont nous avons vu le sarcophage tout à l'heure. C’est une petite Piroska que met au monde en 1088 à Esztergom la reine de Hongrie. Ayant perdu sa mère à l’âge de deux ans et son père à sept ans, elle devient la pupille de son cousin germain côté paternel qui accède en même temps au trône de Hongrie. Aux portes du pays, il est un empire qui a perdu de sa superbe au cours des siècles et voudrait bien redorer son blason. C’est l’Empire Byzantin, dont la religion orthodoxe est en lutte avec le catholicisme romain auquel adhère la Hongrie. Aussi le roi fait-il le nécessaire pour que Piroska épouse Jean II Comnène, coempereur de Byzance auprès de son père Alexis I, et destiné à devenir empereur en titre à la mort de ce dernier. Le mariage a lieu en 1104. À cette époque, il est presque aussi scandaleux pour des Catholiques de s’allier avec des Orthodoxes (ou l’inverse) que pour n’importe quelle obédience chrétienne de s’allier avec des Musulmans. Mais qu’importe, la raison d’État prime sur ces considérations confessionnelles. Quatre siècles plus tard, on verra François Premier coopérer avec Soliman le Magnifique, et encore un siècle après Henri IV abjurer son protestantisme pour accéder au trône de France. Piroska va donc se convertir à la religion orthodoxe et recevoir à cette occasion un nom grec, déjà porté par des impératrices byzantines, et qui signifie “la Paix”, Irène. Parce que, toute sa vie, elle a vécu dans une simplicité fort éloignée des fastes impériaux, parce qu’elle était d’une grande piété, parce qu’elle a fondé de nombreux monastères et institutions de bienfaisance, Irène, morte en 1134, a été canonisée, sainteté reconnue par Catholiques et Orthodoxes. Je trouve peu honorables ses intrigues pour empêcher son fils Jean d'accéder au trône après la mort d'Alexis, cela au bénéfice de son gendre Nicéphore Bryenne, l'époux de sa fille Anne Comnène, mais je ne suis pas habilité à prononcer les canonisations.

 

870j4a la Vierge, Justinien et Constantin (Istanbul)

 

870j4b Justinien présente son église à la Vierge

 

870j4c Constantin présente sa ville à la Vierge

 

Cette mosaïque-ci est du dixième siècle. La Vierge, portant l’Enfant Jésus sur ses genoux, est encadrée de deux empereurs. À gauche, c’est Justinien qui leur présente sa basilique Sainte-Sophie dont on reconnaît l’immense dôme. À droite, c’est Constantin qui leur présente sa ville, Constantinople. Il y a de hauts murs, mais Sainte-Sophie n’existe pas.

 

870k1 Jugement dernier (Jésus, Marie, Jean-Baptiste)

 

870k2 mosaïque, Christ à Ste-Sophie d'Istanbul

 

Il est bien dommage que cette mosaïque du douzième siècle soit si endommagée, parce que les visages sont extrêmement expressifs et finement dessinés. Autour du Christ, la Vierge et saint Jean Baptiste. La scène représentée était le jugement dernier.

 

870k3 Vierge à l'Enfant 9e s. (Sainte-Sophie à Istanbul)

 

870k4 Vierge à l'Enfant 9e s. (Sainte-Sophie à Istanbul)

 

Je terminerai ce long article sur Sainte-Sophie avec cette mosaïque qui est la plus ancienne de celles que j’ai vues, elle est du neuvième siècle, un petit peu antérieure à celle de Léon VI prosterné aux pieds du Pantocrator. La Vierge, l’Enfant Jésus, sont très hiératiques, et pourtant déjà la main de la maman sur l’épaule de son fils, les regards, sont très vivants. Et puis le dessin est remarquablement fin. Je suis longtemps resté en contemplation, et je suis revenu plusieurs fois admirer cette mosaïque…  

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Published by Thierry Jamard
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Derbékian Hélène 11/05/2014 11:39

Encore sur votre blog...
je suis époustouflée par vos articles. Je ne suis malheureusement pas encore allée à Istanbul mais cela fait un moment que j'en ai envie. Je relirai avec intérêt tous vos articles sur la
Turguie.
Merci encore.
Une "fan" de vos articles

miriam 28/04/2014 11:41

pourvu qu'elle reste un musée. Si elle est rendue au culte je doute qu'on puisse encore admirer tout cela. Les dernières élections ne sont pas très encourageantes

Jean-Marie Létienne 26/04/2014 06:12

C'est absolument splendide. Merci pour ce voyage merveilleux.

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