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4 mai 2014 7 04 /05 /mai /2014 09:00

873a1 En gare de Kumkapi (Istanbul)

   

873a2 Le train de banlieue d'Istanbul

 

Un article sur la gare de Sirkeci ? Plusieurs raisons le justifient. D’abord, parce que j’ai toujours aimé les trains, mais aussi et surtout parce que c’est la gare d’arrivée du célèbre Orient-Express. Un grand train de luxe, pas seulement célèbre parce que, retranchée dans sa chambre n°411 du Pera Palace à Istanbul, Agatha Christie y a écrit son roman où elle fait du train le cadre du crime et de son élucidation par Hercule Poirot. J’ajoute que, du lieu où nous résidons dans notre camping-car, nous ne sommes qu’à dix ou quinze minutes à pied de maints lieux touristiques ainsi que du tramway qui nous emmène où nous voulons en ville, mais nous sommes également à cinq minutes à peine du train de banlieue qui nous dépose à la gare de Sirkeci (on prononce sir-ké-dji) située près du pont de Galata et du débouché de la Corne d’Or dans le Bosphore. Notre station de départ, c’est Kumkapi (kapi signifie “porte” et kum signifie “sable”).

 

873b1 En gare de Sirkeci à Istanbul

 

873b2 Istanbul, en gare de Sirkeci

 

873b3 Istanbul, en gare de Sirkeci

 

873b4 Gare de Sirkeci à Istanbul

 

Certes, la gare de Sirkeci paraît de dimensions bien modestes, le nombre de quais semble dérisoire quand on la compare à n’importe quelle gare parisienne, ou même de grandes villes de province. La raison en est que la situation d’Istanbul au bout d’une avancée européenne uniquement turque ne peut, en direction de l’Europe, développer un réseau en étoile. Les voies se diversifient plus loin vers l’ouest, selon que l’on se dirige vers la Bulgarie ou vers la Grèce. En l’absence de grand pont ferroviaire au-dessus du Bosphore et en attendant le tunnel prévu pour 2013, il a fallu créer une autre gare d’Istanbul sur la rive asiatique du détroit, c’est la gare de Haydarpaşa (que nous n’avons pas visitée), la plus importante pour le nombre de voyageurs de tout le Moyen-Orient, et qui développe des lignes dans toutes les directions. Ces lignes avaient commencé à se développer dès le milieu du dix-neuvième siècle et leur réseau s’est vite étendu dans le dernier quart du siècle. Le sultan Abdülhamid II (1876-1909) écrit dans ses mémoires “J'ai accéléré la construction des chemins de fer anatoliens de toutes mes forces. Le but de ces chemins de fer est de connecter la Mésopotamie et Bagdad à l’Anatolie et d’atteindre le Golfe Persique. Cela a été réalisé grâce à l'aide allemande. Les grains qui, auparavant, pourrissaient dans les champs peuvent désormais trouver un marché et nos mines sont introduites à la vente sur le marché mondial. Cela a ouvert un bel avenir à l’Anatolie. La concurrence entre les grands États pour la construction des chemins de fer sur le territoire de notre Empire est bien bizarre et bien suspecte. Même si ces grands États ne veulent pas l'avouer, ces chemins de fer sont importants non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour des raisons politiques.”

 

Puis est venue la République, et en 1924 s’est ouverte une liaison des TCDD (soit Türkiye Cumhuriyeti Devlet Demiryolları, ce qui veut dire Chemins de fer d'État de la République de Turquie) avec la Compagnie Internationale des Wagons-Lits et des Grands Express Européens (CIWL) vers Ankara, puis en 1926 vers Izmir (nouveau nom de Smyrne), vers Damas en 1927, vers Sivas (antique Sébastée, en Cappadoce) en 1930, vers Elazığ (centre-est de l’Anatolie) en 1932, etc. En 1930, les TCDD et cette même CIWL avaient créé une liaison prestigieuse, le Taurus Express, entre Ankara et Bagdad avec connexions vers Téhéran et Le Caire, liaison qui a fermé en 2009. Rappelons qu’Hercule Poirot rentrait de Syrie à Londres par le Taurus Express jusqu’à Istanbul, puis par l’Orient-Express ensuite, lors des aventures survenues dans le roman d’Agatha Christie. À vrai dire, je ne me rappelle plus comment est nommée la ville dans le roman et je ne l’ai pas sous la main, mais comme Constantinople est devenue Istanbul en 1930 et que le roman est de 1934, je suppose que le roman a adopté le nouveau nom. En 1962, c’est l’illustre Orient-Express qui a cessé de circuler. Quant à la CIWL, elle s’est complètement retirée de Turquie en 1972, remettant ses parts aux TCDD.

 

873b5 ''Je suis Turc de tout mon cœur'', dit Atatürc

 

Mais nous voilà bien loin de la gare de Sirkeci. On le voit, ici comme ailleurs on n’oublie pas le grand réformateur Atatürk dont l’effigie trône en place d’honneur en compagnie de l’emblème des TCDD.

 

873c1 hall de la gare de Sirkeci à Istanbul

 

873c2 hall de la gare de Sirkeci à Istanbul

 

Cette gare ancienne est superbe. Il est difficile d’imaginer, lorsque l’on est dans cette pièce, que l’on se trouve dans le hall d’une gare.

 

873c3 salle d'attente, gare de Sirkeci

 

873c4 salle d'attente de la gare de Sirkeci

 

Un peu plus loin, c’est la salle d’attente. Sur la première de ces photos, on ne se rend pas bien compte des couleurs qui ornent les vitraux des œils-de-bœuf (et tant pis pour moi si mes lecteurs sont au courant de la réforme d’orthographe de 1990 qui veut que ce pluriel s’écrive désormais des œil-de-bœufs, ils me créditeront d’une faute mais je me refuse à cette ineptie, à moins que l’orthographe soit amenée à oublier l’étymologie, comme gas-oil devient gazole. Écrivons alors un euildebeuf, des euildebeufs). Seuls les sièges le long des murs sont modernes et quelconques, mais ils sont si discrets qu’ils ne choquent pas l’œil, ni ceux des humains, ni ceux des bœufs là-haut au-dessus des portes.

 

873c5 restaurant Orient-Express, Istanbul

 

873c6 Restaurant Orient-Express, gare de Sirkeci

 

Sur le quai ouvre un restaurant chic. Il n’était pas possible, si l’on voulait en faire briller le style, de lui donner un autre nom qu’Orient-Express. Mais on se rend compte que si, à l’extérieur, sous sa façade ancienne sa terrasse n’a rien de plus que celle d’un classique bar de gare, en revanche à l’intérieur les tables sont élégantes.

 

873c7 poêle salle d'attente Sirkeci (1890)

 

Fort intéressant –et gratuit, avec photo autorisée–, une porte discrète donne sur un musée des chemins de fer. Et on trouve de tout dans ce musée. Par exemple ce poêle en faïence qui chauffait la salle d’attente depuis 1890.

 

873d1 Télégraphe ancien, musée de la gare, Istanbul

 

Dans un domaine très différent, on trouve ce télégraphe, dont il est seulement dit qu’il est du vingtième siècle. Mais je pense qu’il a dû finir sa vie il y a pas mal de temps.

 

873d2

 

Si l’on s’intéresse à la technique, on a de quoi faire avec cette vitrine qui rassemble toutes sortes d’éléments électriques et d’instruments de mesure.

 

873d3 plan de gare turque (Sirkeci) en français

 

Il y a également des plans d’architecture, comme celui-ci au 1/200ème qui concerne cette gare. Le titre dit “Station de Stamboul” (en français) et, en plus petit, “Sirkeci gari” (gare de Sirkeci, en turc). Visiblement, c’est un Turc qui a établi ce plan, car le hall est orthographié “hol”, la salle d’attente “attante” et la terrasse “terrase”. Cocorico, on peut être fier que notre langue ait été utilisée comme langage international. À l’époque de cette gare, la ville s’appelle encore Constantinople, et Stamboul n’en est qu’un quartier. C’est pour rompre avec la signification trop lourde d’un passé byzantin puis impérial que le rôle de capitale de la République de Turquie a été transféré à Ankara et que le nom de Constantinople a, en 1930, été remplacé par celui, à peine modifié, de ce quartier.

 

873e bulletin, école des chemins de fer, Turquie

 

On apprend aussi que les TCDD entretenaient une école. C’est illustré par divers documents, tels que ce bulletin, et aussi une plaque portant le titre “TCDD Meslek Lisesi” (lycée professionnel des TCDD), des photos d’élèves avec leur professeur, etc. L’établissement a fonctionné de 1942 à 1998.

 

873f1a maquette de rame de banlieue d'Istanbul

 

873f1b plaque de la maquette de train, musée de la gare, I

 

873f1c circuit de train modèle réduit

 

Et puis, bien sûr, on en vient aux trains proprement dits. Comme avec cette maquette d’une rame de banlieue dont la plaque en français dit “Chemins de fer turcs – Banlieue d’Istanbul, rame automotrice triple à courant monophasé 25kV 50Hz, 1500 ch, 90 km/h. Constructeurs Alsthom, Jeumont, Schneider-Westinghouse, SFAC, De Dietrich”. Un peu plus loin, il y a tout un réseau de train électrique en modèle réduit, avec un paysage esquissé, des aiguillages, un passage à niveau, bref une maquette qui tourne sur son circuit.

 

873f2a rame de banlieue d'Istanbul

 

873f2b cabine de conduite, automoteur, Istanbul

 

Pour que l’on puisse bien examiner ce train, il y a aussi un avant réel, découpé, avec sa cabine de conduite. On se prendrait presque pour le conducteur… si la voie était plus dégagée devant le pare-brise…

 

873f3 plaque de constructeur de chemin de fer

 

873f4 plaques de constructeurs chemin de fer

 

La France est à l’honneur, en tant que principal pourvoyeur de matériel ferroviaire, mais elle n’est pas seule, loin de là, car sur ces plaques je lis Belgique, England, Scotland, Smichow (une ville aujourd’hui rattachée à Prague), Tchécoslovaquie, Simmering-Graz (donc en Autriche), Düsseldorf.

 

873g1 reconstitution restaurant Orient-Express

 

873g2 menu de l'Orient-Express

 

Et parce qu’un train ce n’est pas qu’une locomotive et de la technique, le musée a également reproduit une table du wagon restaurant telle qu’à bord de l’Istanbul-Express (d’Istanbul à Munich, via Edirne, Svilengrad, Sofia, Belgrade, Zagreb, Ljubljana, Salzbourg). Sur le bord de la table, on n’a pas oublié de placer la carte avec les prix. Mais comme je ne sais pas comment évaluer la monnaie, d’autant plus que la date n’est pas indiquée, je ne peux pas dire s’il est coûteux de payer deux cent mille TL pour une thé, ou cinq cent mille pour une omelette, pour des chips ou pour un Cola ; mais cette table ne donne pas l’impression de se trouver dans un train de luxe.

 

873g3 service en argent, Orient-Express

 

873g4 service en argent, Orient-Express

 

En revanche, ces services en argent massif étaient en usage dans l’Orient-Express au début vingtième siècle. Il est dommage que le musée ne montre pas comment étaient présentés la voiture restaurant ou les compartiments de ce train prestigieux.

 

873g5 service en porcelaine, Orient-Express

 

873g6 service en argent, Orient-Express

 

Dans les wagons-lits et les wagons-restaurants des divers trains express de Turquie, on utilisait ces accessoires aux dix-neuvième et vingtième siècles. En porcelaine et en argent, est-il dit. Je veux bien croire que ce n’est pas du métal argenté, et d’ailleurs la bosse sur l’un des pots semble indiquer un métal plus mou que le maillechort. Mais en fait de porcelaine j’ai plutôt l’impression, au coup d’œil, qu’il s’agit de faïence. Ce qui n’est d’ailleurs pas déshonorant, car des faïences comme celles de Gien valent bien, esthétiquement, de nombreuses porcelaines.

 

Il y a encore beaucoup d’autres choses intéressantes à voir dans ce petit musée, j’ai seulement essayé de survoler les différents domaines abordés, l’histoire, la technique, les matériels, l’accueil des passagers. Ce n’est certes pas Topkapi ou Sainte-Sophie, mais je pense que lors d’un séjour à Istanbul, même bref, il vaut la peine d’en pousser la porte puisque cette gare est en plein centre historique, au bord de la Corne d’Or, tout près du pont de Galata.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

miriam 04/05/2014 15:23

A l'institut du Monde Arabe en ce moment une expo ur le TransErope Express

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