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19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 09:00

Longuement, j’ai parlé du musée archéologique (Istanbul 02 et 03). Longuement aussi j’ai parlé du musée de Pera (Istanbul 13 et 14). J’ai aussi présenté le musée des chemins de fer (Istanbul 11). Je vais en finir aujourd’hui avec les autres musées que nous avons vus –ou pas vus– à Istanbul.

 

878a1 Musée de l'Innocence d'Orhan Pamuk

 

878a2 musée de l'Innocence, Istanbul

 

Orhan Pamuk, Nobel de littérature 2006, est un écrivain turc incontournable. De lui, j’ai lu Istanbul, Mon nom est rouge, La Maison du silence. Mais pas Le Musée de l’innocence, ce roman où un homme amoureux d’une femme qu’il n’a pas épousée substitue à sa présence réelle tous les objets qu’il peut collecter et qui évoquent cette femme. Et en avril dernier, Pamuk a inauguré un musée qui porte le nom de son roman et où il a accumulé des tas d’objets caractéristiques de la vie à Istanbul. Ci-dessus, la façade du musée. L’intérieur, je ne le montrerai pas, parce que lorsque nous sommes passés devant au hasard d’une promenade, on nous a dit qu’il était trop tard pour entrer. Et comme, outre un prix exorbitant, plus cher que le Louvre ou les musées du Vatican, la photo y est interdite, nous avons passé notre chemin.

 

878b1 Ihap Hulusi Görey

 

Il n’en va pas de même pour ce “Musée et galerie d’art de l’Université de Marmara” situé tout au bout de l’Hippodrome. Outre des aquarelles de jeunes talents, il y a une exposition consacrée à Ihap Hulusi Görey (1889-1986). Né en Égypte, au Caire, il y a suivi des études primaires et secondaires dans des écoles britanniques.

 

878b2 Un Bavarois, Munich 1923 par Ihap Hulusi Görey

 

878b3 dessin de Ihap Hulusi Görey

 

En 1920, il est parti poursuivre sa formation artistique à Munich. Ci-dessus, Un soldat bavarois, Munich, 1923. L’autre dessin ne porte ni titre, ni date. Parlant couramment l’arabe, l’anglais, l’allemand et le français, outre le turc qui était sa langue maternelle, il a été pressenti pour intégrer le ministère des Affaires Étrangères, mais ne voulant pas travailler pour le Gouvernement il a refusé. En revanche quand, plus tard, Atatürk lui a demandé d’illustrer la couverture du premier livre présentant l’alphabet latin adapté au turc pour remplacer l’alphabet arabe, il l’a représenté enseignant cet alphabet à sa fille adoptive Ülkü.

 

878b4 publicité par Ihap Hulusi Görey

 

Ihap Hulusi s’est spécialisé dans le dessin publicitaire, créant de multiples affiches. Quarante-cinq ans durant il a travaillé pour la loterie nationale, pendant trente-cinq ans pour l’administration des monopoles nationaux. Et aussi pour Kodak, pour plusieurs banques, pour des marques de café. Il dessinait d’abord sur des feuilles de papier en petit format, agrandissait les dessins en utilisant un projecteur, repassait alors les formes projetées sur papier grand format et mettait le tout au propre avant de présenter le travail au client. Sa grande époque s’est étendue à Istanbul de 1925 à 1975. Plus tard, il écrira “Pas grand monde me recherche sur mes vieux jours. Il existe maintenant des agences de publicité. […] Les agences ont mis de côté l’imagination et la créativité et semblent préférer le plagiat. Toutes ces banques et ces nombreuses autres institutions, pas une seule d’entre elles ne demande où je suis, ou ce que je fais [… ]”. Propos dictés par une amertume bien compréhensible. Alors, privé de travail, Ihap Hulusi Görey va se consacrer à l’aquarelle pour son plaisir, et à la calligraphie.

 

878c1 Immeuble de Mickiewicz 63 rue de Seine à Paris

 

Au pied du monument élevé par Bourdelle en l’honneur d’Adam Mickiewicz (1798-1855), non loin du pont de l’Alma à Paris (mon article Paris, décembre 2011 et janvier 2012), j’ai un peu parlé de ce poète polonais. Polonais de sang et de langue, mais russe du fait de l’occupation du territoire où il est né et où il a grandi par l’empire des tsars, et biélorusse si l’on considère le nom de la nation qui représente ce territoire aujourd’hui, et la langue portée par la culture de ce pays. Il a vécu à Paris, a enseigné la langue et la littérature slaves au Collège de France rue des Écoles, et en mai 2009 j’avais pris cette photo de la façade d’un immeuble au 63 rue de Seine à Paris, où une plaque (hélas illisible sur ma photo) dit “ADAM MICKIEWICZ poète national de la Pologne habitait ici quand fut publié à Paris son chef d’œuvre PAN TADEUSZ en l’année 1834”. Or ce Mickiewicz était un ardent patriote, luttant pour l’indépendance de son pays qui avait été démembré et finalement, partagé en 1793 entre la Russie, la Prusse et l’Autriche, n’existait plus sur la carte. “Parler de Mickiewicz, c'est parler du beau, du juste et du vrai, c'est parler du droit dont il fut le soldat, du devoir dont il fut le héros, de la liberté dont il fut l'apôtre”, écrira de lui Victor Hugo en 1867. Dans sa jeunesse, ses idées antirusses lui avaient valu un exil à Odessa, son pays est toujours occupé par les Russes, et voilà que cette Russie honnie entre en guerre contre la Turquie lors de la Guerre de Crimée. Rêvant d’une Pologne ressuscitée, il part alors pour Constantinople en septembre 1855 avec l’intention d’y créer une légion polonaise entraînée par l’armée ottomane, qui reconquerrait la Pologne, mais une épidémie de choléra lui a été fatale deux mois plus tard, le 26 novembre 1855.

 

878c2 maison de Mickiewicz à Constantinople (photo ancienn

 

878c3 Mickiewicz mort à Constantinople 10 rue Tatlı Badem 

 

Son action et sa mort à Constantinople justifient la création de ce musée Mickiewicz à Istanbul, ouvert à l’occasion du centenaire de sa mort en novembre 1955, en collaboration avec le Musée de la Littérature à Varsovie, qui porte son nom. Détruit par un incendie en 1870, le bâtiment de bois a été reconstruit en brique, mais parfaitement similaire à l’original, par Jan Górczyński, un soldat Polonais émigré dans l’Empire Ottoman suite à l’insurrection de novembre 1831. Il se trouve au 10 rue Tatlı Badem, à Beyoğlu, et une plaque en polonais et en français rappelle que le poète est mort dans une maison située là. La photo qui représente cette maison, montrée au musée, est ancienne parce qu’aujourd’hui la façade est encadrée de façades mitoyennes. En 1909, a eu lieu dans cette maison une cérémonie en souvenir des Polonais morts pendant la Guerre de Crimée, et à cette occasion a été placée sur la façade une plaque aujourd’hui disparue qui disait “Un poète et un grand patriote polonais Adam Mickiewicz, un ami des Turcs. Comité turc pour l’Unité et le Progrès, 10 juillet 1909”. Privé à l’origine, le bâtiment a été acheté par l’État turc en 1979 sous le patronage des Musées d’art turc et musulman d’Istanbul. De nécessaires travaux sur le bâtiment ont été financés par le ministère turc de la culture, la muséographie a été menée par le musée de littérature de Varsovie et financée par le ministère polonais de la culture, le tout sous l’égide de l’ambassade de Pologne à Ankara et le consulat de Pologne à Istanbul. Et c’est en 2005, pour le cent cinquantième anniversaire de la mort du poète que le musée a rouvert ses portes au public.

 

878c4 Adam Mickiewicz

 

878c5 Adam Mickiewicz

 

On peut voir des tas de choses, dans ce musée. À commencer par des portraits de Mickiewicz. En fait, il s’agit de permettre à qui ne le connaît pas de se le représenter, parce que ces portraits ne sont que des reproductions d’originaux conservés à Varsovie.

 

878d1 Mickiewicz édité à Vilnius (Wilno) 1822

 

878d2 Mickiewicz édité à Paris, 1828

 

878d3 Mickiewicz édité à St-Pétersbourg, 1829

 

Pour prouver, s’il en était besoin, sa célébrité, on nous montre diverses éditions originales de ses recueils de poésie dans divers pays. Parmi eux, je choisis Vilnius (1822), Paris (1828) et Saint-Pétersbourg (1829).

 

878d4 Mickiewicz, Michelet, Quinet d'après Maurice Borel 1

 

Le représentant, il y a aussi ce médaillon de bronze, copie en 1884 d’un projet de Maurice Borel réalisé en 1854, avec les profils (de droite à gauche) d’Adam Mickiewicz, Jules Michelet, Edgar Quinet. Les cours de Mickiewicz au Collège de France ont connu un grand succès, mais la chaire de littérature slave lui a été retirée en 1844, en raison du mysticisme exprimé sous l’influence de Towianski. Lorsque Louis-Napoléon Bonaparte a été élu président de la Seconde République –le prince-président–, le cœur de Mickiewicz s’est rempli d’espoir, ce que Napoléon Premier n’a pas réussi à faire lors de la campagne de Russie, celui-là va le réussir, vaincre le tsar et le contraindre à recréer la Pologne. Mais tout au contraire, après le coup d’État du 2 décembre 1851, le nouvel empereur autoproclamé va, dès le 9 mars 1852, révoquer Mickiewicz, Michelet et Quinet, les trois hommes représentés sur ce médaillon.

 

878e1 la légion polonaise, en Toscane et Turquie

 

Mickiewicz a écrit, dans Pan Tadeusz :

“Lituanie, ô ma patrie ! Il en est de toi comme de la santé,

On ne t’apprécie à ta juste valeur qu’après t’avoir perdue.

Si je vois et décris aujourd’hui ta beauté dans tout son éclat,

C’est que je te pleure, ô mon pays !”

Aussi saisit-il avec enthousiasme l’idée du prince Czartoryski qui veut créer une légion polonaise. Il s’agit pour lui de fédérer les États d’Europe sous la forme de nations, à commencer par l’Italie. En mars 1848 est signé l’acte de création de la légion polonaise destinée en premier lieu à lutter contre les Autrichiens qui règnent sur le nord de l’Italie. Ses quinze articles sont une sorte de projet de constitution républicaine qui pourrait s’appliquer à la Pologne libérée. La photolithographie ci-dessus, signée R.M. Zadrazil, a été réalisée d’après un dessin de Karol Wawrosz. On distingue, dans le bas, deux petites lignes, à droite et à gauche. Elles disent à gauche “Légion polonaise en Toscane, 1849” et à droite “Légion polonaise en Turquie, 1855”.

 

Pendant ces années parisiennes, Mickiewicz crée et dirige une revue politique, La Tribune des peuples, qui paraît de mars à novembre 1849. Il a aussi beaucoup travaillé au développement de l’école polonaise (15 rue Lamandé, 75017) et à celui de la bibliothèque polonaise de Paris (6 quai d’Orléans, 75004). Sa femme, épousée en 1834, meurt en mars 1855 âgée de quarante-deux ans, après lui avoir donné six enfants. Enfants encore très jeunes, qu’il va laisser à Paris en septembre pour gagner Constantinople.

 

878e2 Michał Czajkowski, alias Mehmed Sadyk 

 

La légion polonaise va être confiée à un officier de l’armée turque, Mehmed Sadyk. Michał Czajkowski (1804-1886) avait pris part à l’insurrection polonaise de novembre 1831 et dut émigrer vers Rome, puis dans les Balkans, enfin à Constantinople. Dans son exil, il écrit des romans, puisant son inspiration dans l’histoire de l’Ukraine. En 1850, il décide de se convertir à l’Islam, il prend alors le nom de Mehmed Sadyk et intègre l’armée ottomane. En 1853, il lève un régiment de cosaques vivant dans l’Empire Ottoman, qui se révèle d’un courage et d’une fougue exceptionnels pendant les combats de 1854. Polonais d’origine, soldat de qualité, il était tout désigné pour prendre en charge cette légion polonaise, qui finalement ne pourra rien faire. En 1870, il part pour l’Ukraine, et se suicide.

 

    878f1 manuscrit en turc de Mickiewicz 

 

Bien que n’ayant vécu que deux mois à Constantinople, Mickiewicz a voulu s’initier à l’écriture arabe, qui –on le sait– était utilisée pour noter la langue turque, jusqu’à ce qu’Atatürk décide d’imposer l’alphabet latin auquel pouvait très aisément s’adapter cette langue altaïque. Cette photo montre une page écrite de la main du poète en cet automne 1855.

 

    878f2 annonce de la mort de Mickiewicz

 

Ce brouillon de lettre en français tout raturé est signé Służalski et Armand Levy (l’un des compagnons et le secrétaire de Mickiewicz), et daté “Constantinople 27 novembre”. Et je lis “Le 26 novembre Adam Mickiewicz a succombé à une courte maladie. Nous pensons le ramener prochainement à Paris. Prévenir avec ménagement ses enfants”. En haut de la page, des noms que je ne peux déchiffrer et qui sont sans doute les destinataires du message. Quant à la notice du musée, elle a été rédigée par quelqu’un qui n’a pas compris le texte, car il est dit “Invitation to Adam Mickiewicz’s funeral in Stambul” alors qu’il n’est nullement question ni d’invitation, ni d’enterrement à Constantinople (et encore moins à Istanbul, qui existe déjà à cette époque, mais qui est l’un des quartiers de la ville, non cité ici).

 

    878f3 Mickiewicz sur son lit de mort 

 

Mort le 26 novembre, Mickiewicz a été pris en photo sur son lit de mort le 27. À partir de ce cliché, Antoni Oleszczyński (1794-1879) a réalisé en 1861 une gravure en taille-douce sur acier, que je reproduis ci-dessus.

 

    878f4 tombe provisoire de Mickiewicz en Turquie

 

En attendant le transfert vers la France, dès le 31 décembre 1855, de la dépouille mortelle d’Adam Mickiewicz, il a reposé sous cette pierre tombale. Ensuite, il a été enterré auprès de sa femme au cimetière des Champeaux à Montmorency où se trouve encore le caveau de famille. Mais en 1890, a été opéré un nouveau transfert, vers la crypte de la cathédrale du Wawel à Cracovie, qui est une sorte de panthéon polonais où sont enterrées les grandes figures de la Pologne.

 

    878g1 frise historique, musée de la photo, Istanbul 

 

…Et puis il y a le musée de la photographie. Il témoigne de l’intérêt porté par la Turquie moderne à l’art photographique, ce qui n’a rien d’évident dans bien d’autres pays. Tout un mur du couloir est occupé par une frise qui développe l’histoire de la photographie, de sa naissance jusqu’à aujourd’hui.

 

    878g2 Première photo persistante, Niepce, 1826 

 

    878g3 première photo avec des êtres humains, Niepce, 1839 

 

    878g4 Consommation de café dans la rue, 1865 

 

Les images ci-dessus montrent de simples reproductions illustrant la fresque historique. Il est évident que ces tout premiers clichés n’ont pas été cédés par les pays qui en sont les propriétaires. La première image représente la toute première photographie persistante, qui a été prise par Nicéphore Niepce en 1826. Ensuite, par le même Niepce en 1839, c’est la première photo représentant des êtres humains. En effet, cette technique naissante nécessitait des poses extrêmement longues, et il était difficile d’obtenir une aussi longue immobilité d’un être humain (ou d’un animal). Ce qui explique le long délai entre la première photo et celle-ci. Enfin, la troisième photo est beaucoup plus tardive, la technique s’était développée, et la photographie était devenue bien plus courante. En effet nous sommes en 1865, et la légende dit “Consommation de café dans la rue”.

 

    878g5 Les femmes de la famille Kargopulo, 1850 

 

Ici, dit la légende, nous voyons les “femmes de la famille Kargopulo” (merci le traducteur Google) en 1850. J’ai des photos de famille prises par un même photographe, en France, à quelques années d’intervalle, et un paysage strictement identique entre elles apparaît en arrière-plan, ce qui veut dire que l’usage était de prendre la photo en studio devant un poster de paysage, car à l’époque il fallait encore des poses assez longues, et pour les raccourcir afin d’éviter le flou de bougé on utilisait de puissants éclairages de studio, ou peut-être un éclair de magnésium.

 

    878h1 photo par Guneş Karabuda (né en 1933) 

 

Par ailleurs, le musée montre dans plusieurs salles des œuvres de photographes contemporains. Celle-ci est de Guneş Karabuda, né en 1933. Ce photographe originaire d’Izmit (l’ancienne Nicomédie) a étudié au lycée de Galatasaray (mon article Istanbul 05, Promenades en ville), puis le droit à Paris, où il a travaillé comme photojournaliste. Ensuite, il est passé à la télévision, et il a mené une carrière internationale. De 1970 à 1972 il a été correspondant de la télévision suédoise au Chili à l’époque d’Allende puis il s’est fixé en Suède où il s’est marié et où il vit depuis plus de quarante ans. Ce qui ne l’a pas empêché de courir le monde pour couvrir par exemple la guerre du Vietnam, les événements liés à l’indépendance du Zimbabwe, comme au Mozambique, en Guinée-Bissau, au Botswana, sans délaisser le Moyen-Orient ni l’Extrême-Orient. Comme le montre cette photo, son talent ne se limite pas au photojournalisme.

 

    878h2 photo par Ahmet Kayacık 

 

Tant dans la domaine de la maîtrise technique que dans celui de la créativité artistique, Ahmet Kayacık est le photographe turc qui le premier, ou le plus fortement, ou avec le plus de conviction a clamé l’opposition entre amateur et professionnel. D’ailleurs c’est de lui qu’est venue l’idée de créer dans le pays une Association des Photographes Professionnels.

 

    878h3 photo par Kemal Baysal (1920-2005) 

 

Né en 1920 à Prizren au Kosovo, Kemal Baysal a étudié au lycée d’Istiklal avant de travailler dans le photojournalisme pour le quotidien Tasvir-i Efkar (“Illustration des idées”, créé en 1862) puis, en Allemagne, il crée un institut photographique, Kunst und Werk. De retour en Turquie, il complète sa formation à l’Académie des Beaux-Arts. Il fait aussi un séjour d’étude à l’usine Kodak aux États-Unis. Ayant travaillé comme cameraman avant et après ce séjour, il ouvre un studio photographique et, enfin, crée le Baysal Colour Film Laboratory, l’un des établissements de pointe en Turquie. Il est mort en 2005.

 

    878h4 photo par Haluk Konyalı (1928-1995) 

 

Haluk Konyalı (1928-1995) est stambouliote. Il entre à l’académie des beaux-arts en 1947 et pour son diplôme de sortie, il est le tout premier de cette académie à choisir une affiche photographique comme support de son travail. En 1957, il publie le premier calendrier couleur de Turquie, donnant le départ à ce marché. Après avoir travaillé à la publicité de tous les produits d’une conserverie, il ouvre en 1960 Teknicolor, un magasin offrant toutes sortes de services aux photographes, mais son principal centre d’intérêt reste les projets artistiques et culturels, pour lesquels, au début, il met à contribution famille et relations. Au cours de sa carrière, il a fait des photos pour plus d’une centaine de publications étrangères, il a créé des programmes audiovisuels, et pendant quatre ans il a fait des conférences à l’institut de photographie de l’université Mimar Sinan d’Istanbul.

 

    878i1 Istanbul années 1950, Leon Keribar 

 

    878i2 Istanbul années 1950, Leon Keribar

 

    878i3 Istanbul années 1950, Leon Keribar 

 

De Léon Keribar, je publie trois photos parce que je le trouve à la fois inventif et esthète. Je ne peux hélas pas dire grand-chose de lui, car s’il a droit à un grand panneau portant un long texte sur deux colonnes, en revanche le musée n’a pas jugé bon de le traduire du turc, et je ne me vois pas recopiant tout cela dans le traducteur Google, avec des i portant un point et d’autres sans point, des s avec cédille, des g avec un accent circonflexe à l’envers, etc., et ensuite essayant de démêler le charabia de la traduction. Tout ce que je peux dire, c’est qu’il était le frère d’Izzet Keribar, à qui je vais venir maintenant, et que le thème de ses photos ici est Istanbul 1950…

 

    878j1 Cuba par Izzet Keribar 

 

    878j2 Cuba par Izzet Keribar 

 

Izzet Keribar, donc, maintenant. Je commence par dire qu’en marge des collections permanentes du musée, une exposition temporaire lui est réservée, sur le thème de Cuba, et j’ajoute qu’il va exposer dans un mois –décembre 2012– à Paris à la galerie Daniel Greiner et dans un an au musée des beaux-arts de Carcassonne. Et ce photographe freelance de talent, qui touche à toutes sortes de sujets –photos de voyages, documentaires, portraits, musées, architecture ancienne et moderne, bâtiments historiques et mosquées–, à la renommée internationale, était là lors de notre visite, et comme il parle remarquablement le français nous avons eu l’honneur d’un long et chaleureux entretien avec lui.

 

    878j3 Cuba par Izzet Keribar 

 

    878j4 Cuba par Izzet Keribar 

 

Izzet Keribar est né à Istanbul en 1936. Son intérêt et son talent pour la photo s’étant révélés dès avant son adolescence, lorsqu’il effectue son service militaire dans l’armée turque comme officier (1956-1957) et qu’il est envoyé en Corée on n’est pas étonné de le retrouver photographe officiel de son unité. Pendant longtemps cependant la photo ne devient pas sa profession, jusqu’à ce qu’en 1980 il décide de s’y attacher. Il va sillonner la Turquie et accumuler le plus énorme stock d’images d’archives, en particulier sur l’archéologie du pays. La F.I.A.P. (Fédération Internationale de l’Art Photographique, reconnue par l’UNESCO) lui a décerné le A-FIAP (Artiste FIAP) en 1985 et le E-FIAP (Excellence FIAP) en 1988. Pour sa collaboration éminente avec le consulat général de France en Turquie, il est fait Chevalier des Palmes Académiques en 1991. Il a en outre reçu le second prix du National Geographic également en 1991, le premier prix du Jerusalem Post, le Grand prix Ballantine en 1993, le premier prix de Fuji-Euro-photographies de presse en 1997, on retrouve le National Geographic en 2000, et en 2001 à Copenhague le prix Millenium pour un cliché réalisé dans le quartier de la Défense à Paris.

 

    878j5 Cuba par Izzet Keribar 

 

    878j6 Cuba par Izzet Keribar 

 

Ses Nikon D2X et D200 en numérique, qui ont succédé à ses Nikon 24x36, et son Pentax 6x7 (argentique, bien sûr), ont parcouru le monde, du nord de l’Europe jusqu’au Népal, de l’Ouest Américain jusqu’au Moyen-Orient et à l’Extrême-Orient, chaussés de toutes sortes d’objectifs. Il a été publié, souvent en couverture, par de prestigieux magazines comme Atlas, Skylife, le National Geographic, Géo et bien d’autres, il a exposé un peu partout en Turquie mais aussi à Washington, à New-York, à Paris, aux Nations Unies à Genève, à Athènes, à Strasbourg, à Rennes, en Finlande. Il fournit également nombre de photographies de son pays aux agences gouvernementales pour promouvoir le tourisme. Tout cela explique aussi pourquoi je suis si flatté d’avoir pu parler un long moment avec lui en toute simplicité.

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Published by Thierry Jamard
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