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25 mai 2014 7 25 /05 /mai /2014 09:00

 

880a1 Mosquée Bleue, Istanbul

 

880a2 Mosquée Bleue, Istanbul

 

Parmi les grands classiques d’Istanbul, il y a aussi la mosquée de Sultanahmet, dite Mosquée Bleue. Celle-ci n’est pas une ancienne église chrétienne transformée, elle a été construite de 1609 à 1616, un siècle et demi après la prise de Constantinople par les Ottomans. C’est le sultan Ahmet Premier (1609-1617) qui a choisi comme architecte Sedefhar Mehmet Ağa, un disciple du grand Mimar Sinan, et l’a chargé de faire une grande mosquée montrant que les Ottomans étaient capables de faire aussi bien (ou mieux) que les Byzantins. Sedefhar a donc construit, sur les fondations du palais impérial byzantin, une mosquée sous vaste coupole comme la byzantine Sainte-Sophie (mon article Istanbul 08) et comme la Süleymaniye (mosquée de Soliman qui sera l’objet de mon article Istanbul 19) à Constantinople et la Selimiye (mosquée de Selim, mon article 11 et 15 octobre 2012) à Andrinople (Edirne) de son maître Sinan. Difficile sur mes photos de les compter, mais c’est, avec celle d’Adana (sud de la Turquie d’Asie, dans les terres mais face à la pointe nord de Chypre) l’une des deux seules mosquée au monde à compter six minarets. Le même nombre que la mosquée de la Kaaba de La Mecque. Cela, c’était inadmissible, aussi a-t-il préféré financer un septième minaret pour la Kaaba plutôt que de détruire l’un de ceux de Sultanahmet.

 

880a3 Constantinople mosquée Bleue, plateau ottoman 19e s

 

S’il est lamentable que je publie mon blog sur notre voyage en Turquie avec un tel retard, cela a cependant l’avantage que je puisse l’enrichir de la photo de ce plateau métallique de la fin du dix-neuvième siècle qui était destiné au marché ottoman. C’est en effet le 3 octobre 2013, au musée Benaki d’Athènes, qu’à l’exposition temporaire Philoxenia j’ai pu le photographier. Il représente la Mosquée Bleue avec, au premier plan, l’obélisque de Théodose. J’aurai, le moment venu, l’occasion de consacrer un article entier à cette exposition.

 

880a4 minaret de la Mosquée Bleue, Istanbul

 

J’ai parlé tout à l’heure des six minarets dont Ahmet et son architecte Sedefhar avaient doté cette mosquée. Il convient d’en montrer au moins un en gros plan.

 

880a5 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue) à Istanbul

 

De “chez nous”, nous avons l’habitude d’arriver par un tunnel byzantin qui débouche sur un parking, puis une petite porte donne sur le flanc du complexe. Aux heures de forte affluence de touristes, seuls les fidèles qui viennent pour prier entrent par la grande entrée, et les touristes accèdent par le côté, ici, vers le fond de la mosquée, qui leur est réservé.

 

880b1 Mosquée Bleue (de Sultanahmed) à Istanbul

 

880b2 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue) à Istanbul

 

880b3 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue) à Istanbul

 

Pénétrons dans la cour de la mosquée. La fontaine destinée aux ablutions rituelles semble petite, perdue au centre de cette grande cour presque aussi vaste que la mosquée elle-même. Nous sommes habitués maintenant à ces cours bordées de péristyles avec leur imposante architecture. J’ai pris mes photos à différentes heures de la journée puisque nous sommes souvent passés par là, mais en les regardant, celles que j’ai prises le soir sont teintées de bleu, aussi je trouve particulièrement intéressant de les sélectionner pour celle que l’on surnomme la “Mosquée Bleue”, quoique ce nom lui soit plutôt donné en raison de son intérieur.

 

880c1 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue)

 

880c2 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue)

 

880c3 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue)

 

880c4 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue)

 

Et voici l’intérieur de cette célèbre mosquée. On le voit, l’espace intérieur est vaste et dégagé, malgré les lourds piliers qui supportent chacun des quatre arcs sur lesquels repose la grande coupole. Grande, certes, mais avec ses 23,50 mètres de diamètre elle n’approche cependant pas les 30 mètres de Sainte-Sophie et encore moins le record, les 31,25 mètres de la mosquée Selimiye de Sinan à Edirne. Jacob Spon (1647-1685), médecin et archéologue lyonnais qui a visité Constantinople, écrit dans son Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant que “cette mosquée est une des plus magnifiques de Constantinople. Le dôme en est grand, et accompagné de quatre demi-dômes qui la rendent presque carrée en dedans. Quatre piliers qui n’ont pas moins de 60 pieds de tour, et qui en ont un peu plus de haut, soutiennent la voûte. Cette proportion ne plaira pas sans doute à nos architectes; mais les Turcs sont en possession de faire chez eux les choses comme il leur plaît. Et peut-être, pour fonder en raison cette prodigieuse grosseur de colonnes, me serait-il permis de dire que cela fait d’autant plus admirer la masse de ce dôme, qu’il a fallu avoir des jambes si grosses pour le supporter”.

 

Toutes les mosquées que nous avons vues sont éclairées par d’innombrables ampoules lorsque la lumière naturelle n’est plus suffisante, et ces ampoules sont fixées sur des suspensions qui pendent au bout de forêts de fils.

 

880d1 coupole de la Mosquée Bleue

 

880d2 coupole de la Mosquée Bleue

 

L’architecte a effectué un remarquable travail sur la lumière. Outre Wikipédia, je dispose également de deux sources, et je ne trouve rien de plus précis que “plus de 200 vitraux”. Les fenêtres, nombreuses et judicieusement disposées, permettent d’illuminer l’espace tout le jour, même lorsque le ciel est couvert de nuages.

 

880d3 Mosquée de Sultanahmed (mosquée Bleue)

 

Et en effet, les nombreux vitraux laissent passer la lumière, et leurs couleurs sont choisies de façon à renforcer l’impression de bleu ambiant dû aux carrelages que nous allons voir et dont nous avons déjà ici un échantillon, impression réchauffée toutefois par des notes de rouge et d'orange.

 

880d4 céramiques d'Iznik, Mosquée Bleue, Istanbul

 

880d5 céramiques d'Iznik, Mosquée Bleue, Istanbul

 

Les voilà, ces fameux carreaux bleus qui recouvrent la plus grande partie de l’intérieur de l’édifice et qui valent à cette mosquée de Sultanahmet son surnom de Mosquée Bleue. Il y en a plus de vingt mille, en provenance de la ville d’Iznik, l’ancienne Nicée siège de deux conciles œcuméniques. L’artisanat de la céramique a commencé à Iznik au quinzième siècle et a eu un tel succès qu’elle s’est exportée hors de l’Empire Ottoman, en Italie en particulier. Mais en 1585, un décret du sultan Mourad III en a réservé la production aux commandes impériales, ce qui, en réduisant les volumes et la variété, a causé le déclin de l’activité de la ville. La dernière commande de grande envergure a été celle de la Mosquée Bleue. Lorsque débute le dix-septième siècle, on comptait encore trois cents ateliers de céramique à Iznik. Un demi-siècle plus tard à peine, en 1648, il n’en reste que neuf… Ce déclin va profiter à Kütaya qui va devenir désormais la première ville de l’Empire pour la céramique. Toutefois il reste quelques rares artisans qui continuent de créer, mais sans grande inventivité, et de plus la qualité n’est plus au rendez-vous. Et comme ces quelques artisans sont grecs ou arméniens, le drame de 1915 contre les Arméniens et les échanges de populations de 1923 concernant les Grecs ont fini de ruiner la céramique d’Iznik. Aujourd’hui, parce que les recherches des spécialistes ont démontré que les carrelages de Sainte-Sophie, de Sultanahmet et autres proviennent d’Iznik, la ville est redevenue à la mode et attire les touristes. On y vend donc de la “céramique d’Iznik”, mais elle vient de Kütaya, seulement peinte à Iznik.

 

880d6 Istanbul, céramiques d'Iznik, Mosquée Bleue

 

880d7 Istanbul, céramiques d'Iznik, Mosquée Bleue

 

880d8 Istanbul, céramiques d'Iznik, Mosquée Bleue

 

Les maîtres céramistes travaillaient surtout le bleu de cobalt, puis un bleu turquoise. Ce sont des couleurs que l’on peut nuancer de toutes les façons, et parce que certains de ces bleus sont extrêmement difficiles à obtenir, les artisans d’Iznik en gardaient le secret. Lorsque l’on voit de près ces décors, on est bien obligé de reconnaître qu’ils sont splendides. Et quoique, de même que dans les vitraux, des teintes rouges réchauffent l’ensemble, c’est le bleu qui domine largement, créant cette ambiance incomparable.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

miriam 26/05/2014 18:18

vraiment merveilleuse, cette mosquée lumineuse. En été nous avons vu un Son et Lumières au pied de ses minarets

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