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7 juin 2014 6 07 /06 /juin /2014 09:00

883a1 Türbe du sultan Mehmet V Reşad

 

883a2 à gauche, türbe de Mehmed V Reşad

 

Aujourd’hui, nous nous sommes rendus à Eyüp, ce quartier un peu excentré d’Istanbul. Dans mon article précédent (Istanbul 20, Autres mosquées), j’ai eu l’occasion d’expliquer pourquoi ce nom avait été pris de celui d’Eyyub, un compagnon de Mahomet mort et enterré ici. Et depuis l’époque où les Ottomans ont pris Constantinople au quinzième siècle, la colline d’Eyüp s’est transformée en un immense cimetière. Ici, sur la première photo, on voit le türbe (la chapelle funéraire) du sultan Mehmet V Reşad (1844-1918, sultan de 1909 à 1918, l’avant dernier sultan de l’Empire Ottoman). C’est du moins ce que dit la petite pancarte qui apparaît dans le coin inférieur droit de ma photo. Et si ce même nom apparaît sur la petite pancarte rouge sur le mur au-dessus du capot de la voiture sur ma seconde photo, ce n’est pas qu’on lui attribue une seconde sépulture, car le nom du sultan est suivi du mot “çikmazı”, c’est-à-dire “impasse”. Il s’agit donc du nom de la rue qui longe le petit jardin du türbe.

 

883a3 Cimetière d'Eyüp à Istanbul

 

Je ne sais qui est enterré là, mais cette photo comme la précédente permet de se rendre compte que cette nécropole s’organise comme une ville, avec ses rues bordées de constructions. Ces grands édifices destinés à recueillir la dépouille de hauts personnages n’occupent que le pied de la colline. Au-dessus s’accumulent les tombes ordinaires des citoyens.

 

883b1 banc poétique à Eyüp, Istanbul

 

Sans gravir les pentes de la colline en traversant tout ce “champ des morts” comme on l’appelait, on peut accéder au sommet en empruntant un téléférique. Devant la gare des bancs accueillent le public, des poèmes sont peints sur eux. Prenons une strophe au milieu :

 Istanbul’u dinliyorum güzlerim kapalı;

 Serin serin Kapalı Çarşı;

 Cıvıl cıvıl Mahmutpaşa;

 Güvercin dolu avlular.

 Çekiç sesleri geliyor doklardan,

 Güzelim bahar rüzgarında ter kokuları;

 Istanbul’u dinliyorum güzlerim kapalı.

 

Le traducteur de Google me donne un cafouillis très bizarre, que je crois pouvoir interpréter plus ou moins comme cela:

 “J’écoute ma chute au large d’Istanbul. Le Grand Bazar est calme et frais. Mahmutpacha gazouille. Les pigeons remplissent les cours. Un bruit de marteau vient des docks. De bons vents de printemps transpirent des parfums. Istanbul m’écoute tomber”.

 

Le texte en turc n’est pas connu des moteurs de recherche, pas plus que sa traduction française (très approximative, il est vrai), de sorte que je n’en connais pas l’auteur…

 

883b2 Istanbul, le tléférique d'Eyüp

 

883b3 Istanbul vue du téléférique d'Eyüp

 

883b4 Istanbul vue du téléférique d'Eyüp

 

Sur la première de ces photos, tout ce que l’on voit sur le flanc de la colline, ce sont des tombes. Mais le téléférique offre aussi de très belles vues sur la Corne d’Or et l’île au milieu, et d’autres vues sur la ville.

 

883c1 Carrelage, gare du téléférique d'Eyüp

 

883c2 Carrelage, gare du téléférique d'Eyüp

 

883c3 Carrelage, gare du téléférique d'Eyüp

 

883c4 Carrelage, gare du téléférique d'Eyüp

 

883c5 Carrelage, gare du téléférique d'Eyüp

 

Revenons un instant à la station de départ du téléférique, en bas. Elle est décorée de panneaux de carrelages peints représentant des scènes traditionnelles de la vie d’Istanbul, ou plutôt de Constantinople puisque visiblement elles se situent dans le passé. Je ne suis pas avare de photos parce que je trouve ces scènes instructives sur le quotidien dans les siècles passés –du moins dans le regard d'un artiste d'aujourd'hui–, amusantes, avec une pointe d’humour parfois, et puis joliment dessinées. La première de ces photos donne une idée de la façon dont les dessins sont organisés dans chacun des cadres, mais je préfère cadrer ensuite en gros plan sur des détails.

 

883c6 Carrelage, gare du téléférique d'Eyüp

 

Je trouve tout cela excellent, et c’est pourquoi je me dois de publier aussi la signature de l’artiste.

 

883d1 le café Pierre Loti à Eyüp, Istanbul

 

883d2 le café Pierre Loti à Eyüp, Istanbul

 

L’un des éléments essentiels qui participent à la célébrité de la colline d’Eyüp, c’est notre Pierre Loti national. Quand je parle de cet écrivain (1850-1923), Julien Viaud de son vrai nom, il arrive assez souvent que mon interlocuteur paraisse étonné, entendant apparemment ce nom pour la première fois. Pourtant, ses romans méritent d’être lus, par exemple Pêcheur d’Islande ou Ramuntcho. J’avais lu autrefois, je ne sais plus où, une anecdote sur cet officier de marine, excellent gymnaste qui a “fait” l’école de Joinville. Un jour –il était à l’époque enseigne de vaisseau–, l’amiral devait ouvrir une démonstration, une compétition, ou je ne sais quoi de gymnastique mais, empêché, il avait chargé le jeune officier de le représenter et de faire le discours à sa place. Viaud, après seulement quelques mots, se lève, va à la barre fixe et fait quelques soleils et autres exercices. J’ignore s’il a eu à regretter les suites de cette fantaisie.

 

883d3 J. Viaud, La Reine Pomaré jouant aux cartes avec son

 

Il a vingt-deux ans tout juste quand la frégate sur laquelle il sert aborde à Tahiti. Là, il fréquente la cour de la reine Pomaré IV. La gravure reproduite ci-dessus intitulée La Reine Pomaré jouant aux cartes avec son mari, est son œuvre. Dans le roman Le Mariage de Loti, Viaud attribue à ses personnages Grant et Plumkett ce qui lui est arrivé: “Les trois Tahitiennes étaient couronnées de fleurs naturelles, et vêtues de tuniques de mousseline rose, à traînes. Après avoir inutilement essayé de prononcer les noms barbares d’Harry Grant et de Plumket, dont les sons durs révoltaient leurs gosiers maoris, elles décidèrent de les désigner par les mots Rémuna et Loti, qui sont deux noms de fleurs”. Cet officier de marine ne pouvant, du fait de son devoir de réserve, être autorisé à publier des romans sous son nom, les publia sous son nom tahitien de Loti. Et puis voilà que, son service l’ayant mené dans l’Empire ottoman, il y rencontre une jeune Circassienne du nom de Hatice (prononcer Hatidjé) qui appartient au harem d’un Turc. Au prix de stratagèmes raffinés, elle devient sa maîtresse, et il va vivre en pointillés une intense histoire d’amour. Dans un roman intitulé Aziyadé, dont des passages entiers sont purement et simplement recopiés de son journal intime, ne changeant que le nom de Hatice en Aziyadé, il raconte les péripéties de cette histoire qui commence à Salonique (Thessalonique) et s’achève à Constantinople (Istanbul). “Je me croyais si parfaitement seul, que j’éprouvai une étrange impression en apercevant près de moi, derrière d’épais barreaux de fer, le haut d’une tête humaine, deux grands yeux verts fixés sur les miens. Les sourcils étaient bruns, légèrement froncés, rapprochés jusqu’à se rejoindre […]. La jeune femme qui avait ces yeux se leva, et montra jusqu’à la ceinture sa taille enveloppée d’un camail à la turque (féredjé) aux plis longs et rigides. Le camail était de soie verte, orné de broderies d’argent. Un voile blanc enveloppait soigneusement la tête, n’en laissant paraître que le front et les grands yeux. […]. Cette jeune femme était Aziyadé”.

 

883d4 maison de Pierre Loti à Rochefort

 

Loti, de ce moment, a conçu à travers Hatice / Aziyadé, un amour fou pour la Turquie. Quand il n’était pas de quart sur son navire, il s’habillait en Turc et vivait à terre, où il louait une maison. Il est revenu à Constantinople, mais cette Hatice à qui il vouait un amour absolu était morte. De retour en France, il a créé un décor purement turc dans sa maison de Rochefort-sur-Mer. L’affiche ci-dessus signale que cette maison est devenue un musée Loti qu’il est possible de visiter.

 

883d5 le café Pierre Loti à Eyüp, Istanbul 

 

Tout à l’heure, j’ai montré l’extérieur du café Loti. Nous voici à l’intérieur. Lorsqu’il venait dans ce “champ des morts”, Pierre Loti aimait à passer de longs moments dans ce café, fumant le narguilé, habillé en turc, parlant turc. Et le café a gardé vivant son souvenir. Les murs de la seconde pièce sont couverts de gravures, dessins, coupures de presse le concernant. C’est dans ce café que j’ai photographié l’affiche de sa maison musée de Rochefort.

 

883d6 popularité de Pierre Loti à Istanbul, 1913 

 

Un homme tellement attaché à l’Empire Ottoman était, on le comprend, fort apprécié des Turcs. La photographie encadrée ci-dessus est légendée en bas à droite. Cette légende, bilingue, dit “Lors de sa visite à Istanbul, l’accueil enthousiaste réservé à Pierre Loti par le peuple (août 1913)”. Et en effet, sans cette légende, on pourrait se demander si le passager de cette voiture n’est pas un chef d’État.

 

883d7 portrait de Pierre Loti 

 

883d8 Portrait de Pierre Loti 

 

883d9 Portrait de Pierre Loti 

 

Pour en finir avec ce Pierre Loti, deux choses. D’abord une série de portraits. On le voit habillé en turc, mais à cette époque le costume était réformé, ce n’était plus la tenue des Ottomans du dix-huitième siècle, puis fumant le narguilhé avec un ami, et enfin au Pays Basque (la légende de cette fameuse revue L’Illustration dit “au pays de Ramuntcho”, en référence à son roman), où il a fini sa vie, puisqu’il est mort à Hendaye. L’autre chose est un fait biographico-littéraire le concernant. Un jour, une journaliste avec deux amies, voilées toutes trois, se sont fait passer pour des Musulmanes enfermées dans un harem, et ne pouvant le rencontrer que grâce à la complicité de personnes hébergeant leurs rencontres. Il a ainsi écrit Les Désenchantées, roman relatant de façon très proche de la réalité ces entrevues et les sentiments supposés de ces femmes, malgré une préface où il affirme que ce récit est purement imaginaire. Et c’est un plaidoyer très énergique pour la libération des femmes musulmanes des harems. Il mourra sans avoir été détrompé.

 

883e une vue d'Eyüp (Istanbul)

 

Eyüp, ce n’est pas que ce cimetière avec un café Loti au sommet de la colline. C’est tout un quartier d’Istanbul. En haut, cependant, l’agglomération a des allures de village.  

 

883f1 entrée du complexe de la mosquée d'Eyüp 

 

883f2 le complexe de la mosquée d'Eyüp (Istanbul) 

 

883f3 La mosquée d'Eyüp (Istanbul)

 

883f4 La mosquée d'Eyüp (Istanbul) 

 

En bas, c’est un quartier très animé, commerçant, qui s’est développé près de la mosquée dont nous voyons ci-dessus l’entrée et divers aspects de la cour, du minaret, de la fontaine aux ablutions.

 

On le voit, cette promenade à Eyüp est fort intéressante. Elle attire certes de nombreux visiteurs, mais on est très loin de s’y presser comme à Sainte-Sophie, à Topkapi ou à la citerne. C’est dommage pour l’endroit, c’est heureux pour la tranquillité de la visite…

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Published by Thierry Jamard
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miriam 07/06/2014 09:30

souvenir d'une promenade en caïque, un jour de circoncision pour plein de petits garçons endimanchés avec leur famille dans le cimetière

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