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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 09:00

884a1 Topkapi aperçu des remparts

 

884a2 Topkapi côté Mer de Marmara

 

Aujourd’hui nous abordons, après la Corne d’Or, Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, l’un des attraits touristiques majeurs d’Istanbul, et peut-être le plus célèbre: le palais de Topkapi, la luxueuse résidence des sultans de l’Empire Ottoman. En 1453, Mehmet II conquiert Constantinople, et s’installe provisoirement dans le palais des empereurs byzantins, ses prédécesseurs. Dès 1459 commence la construction d’un nouveau palais, et c’est en 1465 que le sultan emménage dans ses locaux à lui. Mehmet II et ses successeurs conserveront Topkapi comme résidence principale jusqu’à ce que, trouvant ces bâtiments mal adaptés au confort moderne, Abdülmecid I décide de déménager vers le nouveau palais de Dolmabahçe en 1853, précisément l’année du quatrième centenaire de la prise de Constantinople.

 

884a3 Topkapi, le pavillon des parades

 

L’ensemble, composé du palais lui-même et de jardins, était entouré de hauts murs. Il serait sans doute exagéré de comparer le sultan aux empereurs de Chine qui ne sortaient quasiment jamais de la Cité Interdite de Pékin, mais le respect qui lui était dû, ainsi que l’image de personnage si élevé que l’on ne peut l’approcher qu’exceptionnellement, le maintenaient dans l’enceinte de Topkapi la majeure partie du temps. Lors des défilés ou des processions, on ne dressait pas de tribune pour qu’il puisse y assister, il se tenait hors de la vue directe du public dans ce “Pavillon des Parades” aménagé dans le mur d’enceinte.

 

884b1 Istanbul, la place devant Topkapi

 

884b2 Devant Topkapi, fontaine d'Ahmed III

 

884b3 La fontaine d'Ahmet III à Istanbul

 

884b4 La fontaine d'Ahmet III à Istanbul (détail)

 

Rendons-nous sur la place où se situe l’entrée principale. Nous avons beau être le 28 novembre, complètement hors saison et hors période de vacances scolaires, nous ne sommes pas seuls… Là se trouve cette belle fontaine d’Ahmed III, construite en 1728 par le sultan dont elle porte le nom et destinée à abreuver les passants. On voit, dans les angles, des fenêtres, par lesquelles des employés proposaient aux gens des bols pour boire. Ce service était gratuit. La dernière photo montre un détail de la façade, sous une fenêtre.

 

884c1 Sainte-Irène, à l'entrée dans l'enceinte de Topkap

 

Franchissons la première porte, ou Porte Impériale, et nous nous trouvons dans ce que l’on appelle la première cour, ou cour des Parades, en fait un parc assez vaste, et en prenant l’allée qui mène au palais on voit d’abord sur la gauche cette très vieille église Sainte-Irène dont j’ai parlé dans mon premier article sur Istanbul “Premier contact”. Lorsque Constantin installe la capitale de l’Empire Romain réunifié à Byzance et développe la ville qui prend alors son nom, Constantino-Polis, ou “Ville de Constantin”, il fait construire cette toute première basilique là où préexistait une petite église paléochrétienne. Détruite en 532 lorsque les insurgés de la Révolte de Nika y mettent le feu (comme à Sainte-Sophie et à une grande partie de la ville, voir mon article Istanbul n°8 consacré à Sainte-Sophie) et détruite une seconde fois par un tremblement de terre en 740, elle est alors remplacée par l’église que nous voyons aujourd’hui. Très voisine de Sainte-Sophie devenue mosquée, elle n’a pas eu besoin de devenir elle aussi une mosquée lors de l’arrivée des Ottomans, ils en ont fait un arsenal mais vers le milieu du dix-neuvième siècle Ahmed Fethi pacha, général de division de la Garde, grand maître de l'artillerie de l'empire ottoman et directeur du matériel de la guerre, réorganisant les services, a créé ailleurs l’arsenal et a dévolu à l’église le rôle de musée archéologique. Dans mes articles Istanbul n°2 et n°14, j’ai parlé d’Osman Hamdi Bey, devenu directeur de ce musée en 1881. Ayant fait construire ou équiper de nouveaux bâtiments –ceux que nous connaissons aujourd’hui–, il y transfère le musée archéologique en 1894, Sainte-Irène devenant alors musée militaire. Aujourd’hui elle est inoccupée, seulement ouverte pour des concerts durant le festival de musique, en juin.

 

884c2 Vers les bâtiments de Topkapi

 

884c3 Vers les bâtiments de Topkapi

 

884c4a Vers les bâtiments de Topkapi

 

884c4b Entrée de Topkapi, gravure Voyage de Choiseul Gouff

 

Poursuivons, dans la première cour, en direction du palais proprement dit, et de la porte dite des Salutations, laissant sur notre droite le café et la boutique du musée. On suit la foule à travers cette cour pour passer aux choses sérieuses. Notons que, ressortant à dix-sept heures, on trouve le lieu infiniment plus calme, comme en témoigne la troisième photo ci-dessus, mais la différence est encore plus grande si l’on compare avec cette gravure extraite du Voyage pittoresque de la Grèce de Choiseul-Gouffier, ambassadeur de France à Constantinople de 1784 à 1791. C’est à cette porte que se tenait le corps de garde.

 

884c5 L'entrée du palais de Topkapi à Istanbul

 

Là, près de la porte des Salutations, à droite se trouve une fontaine. C’est la Fontaine du Bourreau, ainsi appelée parce que le bourreau y lavait son sabre après avoir coupé une tête. Charmant. Au-delà de cette porte, tout cavalier était tenu de mettre pied à terre, seul le sultan pouvant pénétrer à cheval dans l’enceinte du palais.

 

884c6a Maquette du palais de Topkapi à Istanbul

 

884c6b Google Earth de Topkapi

 

Intelligemment, à l’entrée dans la seconde cour, on trouve une maquette qui permet de situer les différentes parties du palais. Pas vraiment pour s’y retrouver, parce que lorsque l’on est à l’intérieur on tourne d’une aile à une autre, d’une pièce à l’autre, difficile de mémoriser le plan et de se situer, mais cette maquette donne une idée de l’ampleur de l’ensemble. J’y ajoute une vue satellite prise sur Google Earth. Pour s'orienter, précisons que sur la maquette on arrive par la droite de l'image, tandis que sur la vue satellite on arrive par la gauche.

 

884c7 Les cuisines de Topkapi à Istanbul

 

Tout de suite en entrant, on voit sur la droite un très long bâtiment, ce sont les cuisines du palais. Manger étant une nécessité vitale, elles ont fait partie des premières constructions dès l’époque de Mehmet le Conquérant, mais au fur et à mesure que le palais s’amplifiait et que l’Empire grandissait, faisant grossir la cour, elles devenaient de plus en plus insuffisantes, et c’est Soliman le Magnifique qui s’est chargé de les faire agrandir et, après le grand incendie de 1574, elles ont été restaurées, restructurées et encore agrandies par le fameux Mimar Sinan qui les a couvertes de dix dômes. Là œuvraient 800 cuisiniers préparant environ 4000 repas par jour, et leur nombre montait à un millier les jours de fêtes où l’on devait servir jusqu’à 5000 personnes.

 

Mehmet aimait surtout les fruits de mer, crevettes ou huîtres, ainsi que le caviar et autres œufs de poisson, mais pour les sultans qui lui ont succédé, et pour les convives des repas de fêtes, les chroniques et les registres des cuisines nous informent sur les menus, qui comportaient de l’agneau, du poulet, du pigeon, du pilaf, et des desserts.

 

Il y avait donc aussi une cuisine spéciale pour préparer les pâtisseries et les desserts, desservie par six chefs et une vingtaine de cuisiniers. Parmi les desserts, il y a bien sûr le traditionnel halva, dont raffolait Mehmet le Conquérant (la première mention du mot apparaît vingt ans après la conquête de Constantinople), fait de farine de graines de sésame, de miel, de pistaches, d’amandes. Il y a aussi le macun réalisé à base de mélasse et de divers parfums, dont j’ai montré une image dans mon article Istanbul n°6, commerces et bazars. Ou encore le lokmasi, une sorte de profiterole à la farine de sésame et levure parfumée à la cannelle, frite et enrobée de sirop. Sans oublier le baklava, qui alterne les nombreuses couches de pâte feuilletée très fine et de fruits secs concassés dans un sirop de sucre et dans du beurre. Et puis il y avait les inévitables sorbets, préparés avec de la neige importée d’Asie Mineure et conservée dans des réservoirs enterrés, sucrée et parfumée à l’eau de rose, de fleur d’oranger, de violette , de jasmin ou diverses autres essences.

 

Comme on s’en doute, pour d’évidentes raisons de sécurité, tous les plats devaient être au préalable goûtés par les cuisiniers, puis par le dégustateur officiel. Vu la considération accordée à la personne du sultan, on mettait à sa disposition cinquante à soixante plats différents, afin qu’il puisse choisir. Comme on s’en doute, la plupart repartaient intacts, ou juste à peine goûtés, aussi une distribution publique de repas était-elle organisée quotidiennement à l’extérieur. Tel était cet Empire Ottoman, qui n’hésitait pas à couper des têtes, qui trucidait systématiquement les frères et cousins du sultan qui auraient pu lui envier le trône, qui procédait à des razzias d’hommes pour en faire des esclaves et de femmes pour en garnir les harems, mais qui faisait très généreusement la charité, comme le veut l’Islam (la zakât, troisième pilier de l’Islam, impose au croyant musulman, pour se purifier, de donner une partie des biens qu’il a amassés aux pauvres et aux nécessiteux).

 

Au début de son règne, Mehmet le Conquérant prenait ses repas avec le clergé, mais un beau jour il a codifié le rituel, le sultan devant être seul à table, rituel qui a perduré jusqu’à ce qu’Abdülaziz, en 1861, convie à dîner avec lui le jeune Prince de Galles âgé alors de vingt ans, futur roi Édouard VII.

 

884d1 Topkapi, cour des eunuques du harem

 

884d2 Cour des eunuques, palais de Topkapi

 

884d3 Cour des eunuques, palais de Topkapi

 

Assez parlé des cuisines, de recettes et de repas, même si, en tant que Français, je me devais de confirmer la réputation que nous avons d’être obsédés par la gastronomie. Nous voici dans la cour des Eunuques Noirs, décorée de ces riches carrelages qui viennent de Kütahya et datent du dix-septième siècle. Ces eunuques noirs, à la différence des eunuques blancs, sont intégralement châtrés. Ici, ils sont préposés à la garde de l’entrée du harem, pour n’y laisser pénétrer personne. Amenés tout petits d’Afrique centrale et surtout d’Abyssinie, rigoureusement sélectionnés, ils subissent la castration et reçoivent une éducation très stricte avant d’être préposés à la garde des épouses et des concubines du sultan et de ses fils.

 

884d5 Cour des eunuques, Topkapi, entrée du harem

 

884d4 Cour des eunuques, palais de Topkapi

 

884d6 L'entrée du harem, palais de Topkapi, Istanbul

 

Au bout de cette cour des Eunuques Noirs au sol joliment pavé, se trouve l’entrée du harem, dont on peut voir ci-dessus la porte. Dans mon prochain article (Istanbul 23) je montrerai ce qui se trouve derrière cette porte.

 

884e1 Palais de Topkapi, la cour des concubines et des épo

 

884e2 Cour des concubines et des épouses, palais de Topkap

 

Cette autre cour est la Cour des Épouses et des Concubines. La préoccupation première d’une dynastie est de se perpétuer. Pour cela, le sultan a plusieurs épouses et aussi des concubines. Ces dernières sont presque toujours des esclaves intégrées au harem.

 

Soit prises dans d’autres harems, soit –le plus souvent– prises partout dans l’Empire, des filles âgées de 5 à 16 ans, la plupart du temps des Circassiennes, mais aussi des Arabes, des Noires, des Européennes, étaient amenées au harem de Topkapi et soumises à une éducation très rigide, identique à celle des eunuques, avant d’être affectées à des fonctions de domestiques (lingerie, cuisines, etc.). Mais lorsque chez une fille d’une grande beauté, on décelait des dispositions particulières, on la sélectionnait pour lui apprendre à lire, à écrire, à broder, à jouer de la musique, à chanter, à danser, selon ses dons personnels, et elle intégrait le groupe des Courtisanes. Les unes devenaient Favorites, d’autres quittaient le palais pour être données en mariage à des dignitaires de l’Empire. Parfois aussi il arrive que le sultan décide d’épouser une concubine devenue Favorite, comme cela a été le cas pour Aimée Dubuc de Rivery (voir mon article Istanbul 10, le Bosphore) devenue favorite d’Abdülhamid, puis sa femme, tout comme avant elle Roxelane au seizième siècle (voir mon article Istanbul 14, œuvres d’art au musée de Pera), épousée par Soliman le Magnifique. Il y a une gradation dans les honneurs, esclave du harem, concubine, favorite, épouse. Mais, quel que soit son rang à l’origine, celle qui a donné naissance à un fils du sultan devient sultane valide (on ne met pas d’accent sur le E, mais on prononce validé) si ce fils monte sur le trône. On comprend dès lors les luttes terribles parmi toutes ces femmes pour partager la couche du Grand Seigneur dans l’espoir d’en concevoir le fils qui permettra d’accéder au rang suprême. Non, le harem n’est pas le lieu des voluptés, des délices et du calme que les touristes aiment à se représenter en rêve!

 

884e3 Cour de la valide (reine-mère), Topkapi

 

884e4 Cour de la reine mère (Valide), palais de Topkapi

 

884e5 Cour de la valide (reine-mère), Topkapi

 

884e6 Cour de la valide (reine-mère), Topkapi

 

Nous voici dans la cour de la sultane Valide. Alors que la cour des Courtisanes était la plus petite de toutes les cours du palais, celle de la Valide est la plus grande et joliment décorée, comme on peut s’en rendre compte ici. Au sol, le pavage dessine un chemin qui représente le trajet du sultan qui traverse cette cour en diagonale, se rendant de ses appartements à la Porte Impériale. Les divers appartements privés du sultan et des princes du sang, seuls hommes vivant dans le harem à l’exception des eunuques, ne communiquent pas entre eux, de sorte que cette cour est le point de rencontre obligé. La dernière des quatre photos ci-dessus montre que les fenêtres sont grillagées de moucharabiehs. Cela peut paraître curieux dans l’enceinte du harem, où seuls peuvent pénétrer les hommes autorisés à voir les femmes qui y résident à visage découvert. C’est que le moucharabieh n’a pas pour seul rôle de dissimuler les femmes au regard des hommes, mais parce qu’il réduit le passage du vent en le tamisant à travers son réseau de petits trous, la pression n’en est que plus forte et, des cruches et des coupes remplies d’eau étant placées auprès des fenêtres, l’évaporation crée de la fraîcheur dans la pièce.

 

884f1 accès à la cour des favorites, Topkapi

 

884f2 La cour des favorites, palais de Topkapi

 

884f3 La cour des favorites, palais de Topkapi

 

884f4 La cour des favorites, palais de Topkapi

 

Le niveau hiérarchique entre les courtisanes et les épouses du sultan, on l’a vu, c’est celui des favorites. Lorsqu’elles mettaient au monde un enfant, elles prenaient le titre et le rang de Kadinefendi, rang équivalent à celui d’épouse. Voilà pourquoi il y a dans le palais de Topkapi des appartements et une Cour des Favorites (photos ci-dessus). Leur emplacement est particulièrement agréable, puisque la cour a vue sur les jardins (quatrième photo), alors que les autres cours sont enchâssées entre des bâtiments sur tout leur pourtour.

 

884f5 La cour des favorites, palais de Topkapi

 

884f6 rigole dans la cour des favorites, palais de Topkapi

 

En fait, il s’agissait de la Cour du Chambellan, jusqu’à ce qu’au dix-huitième siècle on y construise les appartements des favorites. Encore deux images de cette Cour des Favorites, permettant d’apprécier les beaux carrelages qui en garnissent les murs sur le “Pavillon double”, qui abrite les appartements des princes du sang, et cette très élégante rigole d’écoulement de l’eau dessinée dans son sol.

 

884g1 la bibliothèque d'Ahmed III, palais de Topkapi

 

884g2 fontaine, porche de la bibliothèque d'Ahmed III, Top

 

C’est en 1718-1719 que le sultan Ahmed III a fait construire cette bibliothèque qui porte son nom, pour y déposer des livres en turc, en arabe, en persan, concernant la loi islamique et la théologie et les mettre à la disposition des dignitaires du palais, regroupant ainsi en un seul lieu des manuscrits qui, auparavant, étaient disséminés entre le Trésor Intérieur, le Trésor de la Chambre Privée et le harem et, pour éviter les pertes, il était strictement interdit de sortir ces ouvrages du palais. Tous ces livres ont aujourd’hui été transférés dans Ağalar Camii, ce qui signifie Mosquée des Eunuques, aussi appelée la Mosquée des Pages Blancs, dont les collections atteignent le nombre de 13500 manuscrits. Je dis bien manuscrits, non seulement parce qu’adapter la typographie à caractères mobiles à l’écriture arabe, utilisée pour la langue turque jusqu’aux réformes d’Atatürk, a très longtemps posé des problèmes techniques, mais aussi parce que cette écriture, langue d’Allah depuis que Mahomet l’a transcrite dans le Coran, était considérée comme sacrée et non transposable dans des machines. En outre, les oulémas, savants spécialisés dans la théologie du Coran et de la Sunna (tradition du Prophète), officiellement gardiens de la tradition, étaient ultra-conservateurs et voyaient d’un très mauvais œil toutes les nouveautés quelles qu’elles soient, et pire encore celle qui leur enlevait une part de leur pouvoir de contrôle sur ce qui était publié. Se rangeait à leurs côtés, pour des raisons de protectionnisme professionnel, la corporation des copistes. C’est ainsi que l’imprimerie ne s’est développée dans l’Empire Ottoman qu’au dix-neuvième siècle, près d’un siècle et demi après la création de cette Bibliothèque d’Ahmed III.

 

884g3 Devant la chambre des Turbans, Topkapi, Istanbul

 

884g4 bassin et pavillon de Revan, palais de Topkapi

 

Les turbans que portait le sultan étaient conservés ici, d’où le nom de Chambre des Turbans. On appelle aussi ce bâtiment, construit en 1635-1636, le Kiosque de Revan (c’est-à-dire Erevan, capitale de l’Arménie) en l’honneur de la campagne militaire menée en 1638 par Mourad IV qui, prenant sa revanche sur les Safavides, shahs de Perse, envahit l’Azerbaïdjan, occupe Erevan, Tabriz (nord de l’Iran actuel), Hamadan (plus au sud), et récupère Bagdad (capitale de l’Irak) qui avait été ravie à son Empire. Au pied de ce pavillon, un beau bassin apporte la fraîcheur.

 

884g5 pavillon de rupture du jeûne et kiosque de Bagdad

 

884g6 kiosque de bagdad, palais de Topkapi

 

Plus loin dans cette même quatrième cour, sur la Terrasse Impériale, nous voyons d’abord (à gauche sur ma première photo) un tout petit pavillon en surplomb des jardins. C’est la Pergola de Rupture du Jeûne où, comme son nom l’indique, le sultan avait l’habitude de finir la journée de jeûne pendant le mois de Ramadan, du moins lorsque ce mois tombait en été. Elle repose sur quatre fines colonnettes de cuivre doré à la feuille.

 

Et au fond, le Kiosque de Bagdad, qui date de la même époque que le kiosque de Revan et tient son nom pour la même raison de la victoire du sultan sur le shah de Perse, mais commencé en 1638, il n’a été achevé qu’après la mort de Mourad IV, survenue en février 1640. Sa façade est revêtue de céramiques d’Iznik du quinzième siècle.

 

884g7 Palais de Topkapi, pavillon à terrasse

 

Et puis tout au bout, dominant les jardins du nord-est, ce curieux bâtiment sur pilotis dont on sait qu’il a été construit du temps du grand vizir Kara Mustapha Pacha, soit entre 1676 et 1683. On l’appelle soit par le nom du pacha, soit Pavillon à terrasse. Parce que son niveau haut ouvre sur la Terrasse Impériale, et que de l’autre côté il donne une vue exceptionnelle sur le débouché de la Corne d’Or dans le Bosphore, les sultans n’ont pas dédaigné de l’utiliser comme chambre impériale.

 

884g8 Lions sur une terrasse du palais de Topkapi

 

Entre les deux parties de ce Pavillon à Terrasse, un escalier permet de gagner le jardin inférieur. Là, quatre lions de bronze surveillent le visiteur.

 

884h1 mosquée de Sofa, palais de Topkapi

 

La mosquée de la Terrasse (Sofa Camii) n’est pas musée, comme le reste du palais, elle reste lieu de prière. On n’a pas beaucoup d’informations au sujet de ce petit bâtiment néoclassique, il semblerait qu’il ait été construit par le sultan Mahmoud II, soit entre 1808 et 1839, mais une chose est sûre, c’est qu’Abdülmecid l’a restauré en 1858, parce que cela est dit par une inscription sur la porte.

 

884h2 Palais de Topkapi, pavillon du Conquérant

 

Revenons maintenant en direction de l’entrée, mais sur l’autre versant du palais, dans la troisième cour. Là se trouve le Pavillon du Conquérant, c’est-à-dire Mehmet II, le conquérant de Constantinople en 1453. Ce bâtiment, construit dès 1460-1463, renfermait le trésor impérial, qu’il convient de distinguer du trésor de l’État. Depuis sa création jusqu’à la transformation du palais en musée, et de ce bâtiment en salle d’exposition du trésor (ou d’une partie du trésor), le trésor impérial a toujours été fermé avec le sceau du sultan, lui seul étant habilité à y puiser, alors que le trésor de l’État était géré par le Grand Vizir et ses ministres. Parfois, par exemple lorsque l’effort de guerre nécessitait un financement exceptionnel, le sultan était amené à avancer de l’argent à l’État sans en attendre le remboursement, mais c’était sur sa seule décision. Il alimentait son trésor avec les prises de guerre, les cadeaux de souverains étrangers, des princes des nations vassales, ou de ses représentants dans les provinces de l’Empire, ainsi qu’avec des œuvres d’art en orfèvrerie créées par les artisans du palais. Étant donné le rôle symbolique de ce trésor, chaque nouveau sultan, lors de son accession au trône, se rendait dans ce bâtiment pour une cérémonie protocolaire. Au dix-neuvième siècle, les plus belles pièces ont été placées dans des vitrines pour être montrées aux visiteurs étrangers de haut rang, constituant ainsi le tout premier musée du pays.

 

884h3 Pavillon du Divan (conseil des ministres), Topkapi

 

Nous voici de retour dans la seconde cour, la Cour du Divan, du nom de ce grand bâtiment qui se dresse de l’autre côté par rapport aux cuisines. Le mot Divan, qui désigne à l’origine le conseil du sultan, a pris par extension le sens de salle du conseil comme, chez nous, le Sénat (avec une majuscule) est à la fois l’ensemble des sénateurs et (sans majuscule) le bâtiment où ils se réunissent, à savoir le palais du Luxembourg. C’est dans cette cour que les nouveaux sultans étaient intronisés et couronnés, c’est aussi là qu’étaient accueillis les ambassadeurs avant d’être menés dans la salle des Audiences, dans la troisième cour, où ils rencontraient le sultan.  Cette cour était aussi le théâtre d’une grande cérémonie trimestrielle, lorsque les janissaires et les cavaliers (sipahis) s’alignaient le long des colonnades (on ne les voit pas ici, mais elles entourent toute la cour… sauf devant ce pavillon du Divan) pour recevoir leur solde, avant que soit servi un fabuleux banquet en présence des ambassadeurs étrangers pour montrer la richesse et la puissance de l’Empire.

 

Lors de la construction du palais, au quinzième siècle, la salle du Divan était en bois. Soliman le Magnifique, au seizième siècle, l’a fait remplacer par un pavillon en dur qui a brûlé lors du grand incendie du harem en 1665. C’est Mehmet IV (1648-1687) qui l’a fait reconstruire tel que nous le voyons aujourd’hui. Les modalités de réunion du Divan, je préfère les reporter à mon prochain article, lorsque nous pénétrerons dans la salle.

 

Au-dessus du bâtiment, se dresse une haute tour, c’est la Tour de Justice. Elle devait être visible de partout, concurrençant les minarets, pour symboliser la puissance du Grand Seigneur. Mehmet le Conquérant en avait fait construire une, en bois comme la salle au-dessus de laquelle elle s’élève, mais celle que nous voyons l’a remplacée au dix-septième siècle, après l’incendie dont je viens de parler. En 1825, le sultan Mahmoud II a fait restructurer la lanterne. Sans aborder le déroulement des séances du Divan, disons que, comme dans notre Cinquième République, c’était le chef de l’État, autrement dit le sultan, qui présidait les séances du conseil des ministres (vizirs), mais à partir du moment où Mehmet le Conquérant s’est installé à Topkapi, c’est le grand vizir, c’est-à-dire le premier ministre qui, comme dans notre Quatrième République, était président du conseil. Le grand vizir et les vizirs, toutefois, travaillaient bien sagement parce qu’ils se savaient surveillés par le sultan qui, pouvant se rendre directement du harem dans la tour, suivait toute la séance sans être vu, à travers la grille d’une fenêtre. Les travaux devaient se poursuivre jusqu’à ce que, frappant sur la grille ou tirant le rideau rouge, le sultan indique que la séance était levée.

 

Du dernier étage de la tour, on a une vue circulaire, sans être vu grâce aux grilles. Le sultan s’y rendait donc pour prendre la température de la ville, notamment lorsqu’il se produisait des révoltes. Chacun, en ville, se savait ainsi sous la surveillance personnelle du Grand Seigneur, mais aussi sous sa protection, d’où son nom de Tour de Justice.

 

Il y a dans le palais de Topkapi bien d’autres bâtiments, tous intéressants, mais c’est un monde, c’est immense, et j’ai dû faire un choix. Choix qui ne sera peut-être pas celui de mes lecteurs.  

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

miriam 11/06/2014 17:01

Vous me donnez envie de revoir Topkapi, il me semble qu'après 15 ans de visites dans la région je verrais les détails autrement

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