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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 22:33

Le Vatican, c’est un état indépendant. Du moins comme Monaco pour la France. On payait en lires et on est passé à l’Euro en même temps qu’en Italie. Il n’y a aucune frontière à franchir. Mais quand, au bureau de poste, Natacha a présenté ses enveloppes déjà affranchies en Italie pour compléter le montant si le poids était supérieur à 20 grammes, l’employé lui a dit que l’on ne pouvait mêler un timbrage italien avec un timbre du Vatican, de même qu’on ne peut jeter dans une boîte aux lettres de l’un des pays une enveloppe portant des timbres de l’autre pays. C’est le pouvoir fasciste de Mussolini qui, par les accords du Latran en 1924, a reconnu l’État du Vatican. Depuis Garibaldi et les 1000 Chemises Rouges qui avaient libéré le sud de la domination des Bourbons en 1861, et qui avaient pris Rome à la papauté en 1870, il n’y avait pas de reconnaissance mutuelle.

 

Cela pour dire que, n’ayant franchi le Tibre que pour nous rendre au Vatican, nous ne connaissons rien de la Rome située de l’autre côté, autrement dit le Trastevere (l’italien tras- c’est le latin trans-, "de l’autre côté", et le Tevere, c’est le nom italien du Tibre, de même qu’un quai du Tibre est un lungotevere, comme une rive de l’Arno, à Florence, est un lungarno). Nous voulons, aujourd’hui, combler cette lacune.

 

309a Rome vue du Janicule

 

309b Rome vue du Janicule

 

309c Rome vue du Janicule

 

Cette colline hors de la Rome antique est le Janicule (Gianicolo). De là, la vue sur Rome est splendide (nous avons été appâtés par le guide Michelin, qui parle d’un "panorama à vous couper le souffle"). Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés là, à contempler la Ville Éternelle depuis ce promontoire. Il y a là une buvette où Natacha est allée nous chercher deux cafés que nous avons sirotés sur la balustrade devant le panorama. D’ailleurs, la promenade se prolonge, le point de vue tourne, c’est toujours aussi beau, avec la lumière qui change.

 

310a Rome, Sant'Onofrio

 

Mais entre le premier point de vue et les suivants, nous sommes allés voir Sant’Onofrio. C’est une église et un monastère fondés en 1434 par un religieux de l’ordre des ermites de saint Jérôme.

 

310b Rome, Sant'Onofrio

 

Sous le portique, des fresques racontent la vie de saint Jérôme. Ici, il est dit en latin à gauche et en italien à droite "Saint Jérôme, né à Strigna en Dalmatie de père et de mère catholiques et venu à Rome tout jeune pour étudier, a été baptisé". À la grille d’entrée un panonceau indique les heures des messes, et ajoute que dans cette église, on ne célèbre pas de mariages. En dessous, en gros caractères, "Zone extraterritoriale".

 

Ici, le Tasse, ce poète italien de la Renaissance (1544-1595), est venu chercher la réponse à ses doutes religieux. Sur le Janicule, derrière le monastère, un arbre mort maintenu en place avec force ferrailles était le lieu où le Tasse venait s’appuyer pour lire, dit une plaque. Et il est mort là, enterré dans ce monastère. Chateaubriand, notre brave René, qui a voulu être enterré face à la mer, au Grand Bey à Saint-Malo, avait aussi, dans les mêmes Mémoires d’Outre-Tombe, demandé à être enterré à Sant’Onofrio. Une plaque sur le mur arrière de l’église donne cette citation : "Si j’ai le bonheur de finir mes jours ici, je me suis arrangé pour avoir à Saint-Onuphre un réduit joignant la chambre où le Tasse expira… Dans l’un des plus beaux sites de la terre, parmi les orangers et les chênes verts, Rome entière sous mes yeux, chaque matin en me mettant à l’ouvrage, entre le lit de mort et la tombe du poète, j’invoquerai le génie de la gloire et du malheur".

 

311a Rome, Anita Garibaldi

 

Nous reprenons donc notre promenade. Ce monument célèbre Anita Garibaldi, la femme de Giuseppe dont je parlais plus haut. Elle accompagnait son mari, mais est morte bien avant l’unification de l’Italie. Elle est représentée ici montant en amazone, son enfant dans les bras. Entre la place où a été dressée cette statue et une autre place où est la statue de Giuseppe Garibaldi, se dressent le long des allées du parc de nombreux bustes représentant les garibaldiens. Parmi eux, plusieurs Garibaldi jeunes ou vieux, un Bulgare, un Hongrois.

 

311b Rome, nuée d'étourneaux

 

Tous les soirs –mais vu d’un tel panorama ce n’en est que plus surprenant– des vols d’étourneaux comptant des milliers d’individus envahissent le ciel de Rome, évoluant de manière à former d’énormes boules compactes, ou s’étirant en longues écharpes flottantes, et puis se regroupant en tournant en spirales, modulant leur ballet aérien de cent façons… C’est un spectacle curieux.

 

311c Rome, Fontana Paola

 

Encore plus loin, alors que l’on a déjà un peu commencé à descendre sur le flanc du Janicule, on tombe soudain sur la monumentale Fontana Paola (Fontaine Pauline). Nous n’étions pas partis tôt, le trajet en métro est long, nous sommes passés par la place Saint-Pierre pour revoir ces colonnades du Bernin, et puis nous avons gagné à pied le Janicule, nous sommes restés longtemps à Sant’Onofrio et le long de la promenade du panorama. Décembre est bien entamé et du coup, il fait déjà assez sombre quand nous arrivons à cette fontaine. Son eau verte sous la pierre blanche brillamment éclairée dominant la ville plongée dans le noir, cela constitue un spectacle féerique.

 

Puis nous descendons vers ce quartier du Trastevere qu’occupaient les Étrusques depuis le sixième siècle avant Jésus-Christ, quand les Romains ont fichu à la porte le roi Tarquin le Superbe et ont instauré la République. Le Tibre servait de frontière. Je me rappelle un passage où Tite-Live raconte comment l’étrusque Porsenna avait pris de jeunes Romaines en otages, parmi lesquelles une noble nommée Clélia qui, avec un courage peu commun, avait incité ses compagnes à la suivre, puis s’était jetée dans le Tibre et avait regagné la rive gauche, romaine, à la nage, privant le chef étrusque de ses otages et s’assurant la liberté. Au troisième siècle Rome se rend maîtresse du Trastevere, et en 90 elle accorde aux habitants de l’Étrurie la qualité de citoyens romains. C’est ce sol que nous foulons maintenant.

 

312a Rome, Santa Maria in Trastevere

 

À travers de petites ruelles très anciennes, nous arrivons sur une place ornée d’une fontaine, et sur le bord de laquelle se trouve cette curieuse basilique Santa Maria in Trastevere accolée à des maisons, avec son portique surmonté d’un balcon bordé de statues des dix-septième et dix-huitième siècles, puis des mosaïques dorées datant des origines au douzième siècle, un haut clocher carré du douzième siècle lui aussi, avec une représentation de la Vierge tout là-haut dans une niche.

 

312b Rome, Santa Maria in Trastevere

 

On s’approche, et l’on découvre sous le porche deux fresques du quinzième siècle représentant l’Annonciation, et une troisième bien plus récente représentant la Nativité.

 

312c Rome, Santa Maria in Trastevere

 

312d Rome, Santa Maria in Trastevere

 

Quand on entre, on est ébloui. Au bout de la très belle nef aux nobles colonnades et au riche sol, aussi bien l’arc triomphal que l’abside sont couverts de mosaïques resplendissantes d’or et qui datent de l’origine (vers 1140). Le style est très byzantin, comme l’est le costume d’impératrice de la Vierge. En l’absence d’éléments caractéristiques, je ne suis pas assez versé dans l’histoire de l’art religieux pour identifier les personnages, mais qu’importe, si je peux admirer.

 

Nous nous en sommes tellement pris plein les yeux que nous ne pouvons rejoindre immédiatement le triste spectacle d’un bus puis d’un métro. Nous préférons déambuler dans le Trastevere, prendre un café à la terrasse d’un petit bar dans une rue ancienne, marcher le long des rives du Tibre, le franchir au pont du Prince Amédée de Savoie, gagner par le Parione la Piazza Navona qui, hélas, est envahie de boutiques kitsch d’un marché de Noël aux néons terriblement brillants. Cela nous dégrise. Nous continuons cependant vers la Piazza di Spagna où nous prenons notre métro.

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Published by Thierry Jamard
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