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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 19:22

823a entre Veria et Kastoria

 

Nous quittons la région de Véroia et Naousa pour nous rendre plus à l’ouest, à Kastoria. Ce n’est pas un bien grand voyage, et ce n’est que pour admirer le point de vue (et prendre une photo) que nous faisons une petite halte. En bas, j’ai cru voir deux lacs. Un coup d’œil à la carte m’a détrompé, c’est une portion élargie du fleuve Aliakmon qui, en 300 kilomètres environ depuis sa source près de la frontière de l’Albanie, va se jeter dans le golfe Thermaïque, celui au fond duquel se trouve Thessalonique.

 

823b1 Lac de Kastoria

 

823b2 Lac de Kastoria

 

823b3 Lac de Kastoria

 

L’un des charmes de Kastoria, construite sur l’emplacement de l’antique Kelethron par Justinien, empereur romain d’Orient (Byzance) qui a régné de 527 à 565 de notre ère, c’est son magnifique lac. Je pourrais lui en vouloir, à ce lac, car il nous a joué un sacré mauvais tour. En arrivant ici, nous avons voulu nous promener un peu, reconnaître les lieux, et nous avons longé un bon moment le lac, qui était sur notre droite. Puis nous avons pénétré dans la ville dont les ruelles escaladent la colline en tous sens, et quand une ruelle nous a remis au bord du lac nous l’avons suivi en le gardant sur notre gauche. C’était, à l’évidence, la meilleure solution pour revenir au parking où nous étions garés. Et nous avons marché, marché, marché. Et la nuit est tombée. Mais quand, enfin, nous avons demandé où pouvait bien se trouver le lieu que nous avons décrit, on nous a expliqué que c’était tout simplement loin, loin de l’autre côté. Hé oui, j’avais négligé de regarder une carte, qui m’aurait informé qu’une péninsule s’avance dans le lac et que Kastoria est bâtie à cheval sur la haute colline de l’isthme. Montés d’un côté, nous étions redescendus de l’autre, sans nous en rendre compte.

 

D’autre part, généralement en Grèce quand les parkings sont payants la perception a lieu dans une cabine devant l’entrée. Mais ailleurs, les panneaux de défense de s’arrêter, de même que les panneaux de défense de stationner, semblent ironiquement inciter les automobilistes à garer leur voiture, et jamais je n’ai vu un policier s’en formaliser. Mais ici, une surprise nous attendait. Nous n’avions pas repéré le petit parcmètre rouillé que rien n’indique, et sous l’essuie-glace un aimable papillon rédigé uniquement en grec (les étrangers n’ont qu’à apprendre la langue, bon sang) nous informait que nous étions rackettés de vingt Euros. Charmant accueil. Voilà plus d’un an et demi que nous sommes en Grèce, nord, sud, est, ouest, îles et continent, et jamais jusqu’à ce jour nous n’avons vu un Grec manquer à l’hospitalité, à l’accueil, à la traditionnelle et antique philoxénie hellénique. Eh bien la municipalité de Kastoria est l’exception qui confirme la règle. Je me moque bien de ces vingt Euros qui, sur le coût total de notre long voyage, ne sont qu’une goutte d’eau dans la mer, mais un petit papier d’avertissement, rédigé en grec et en anglais, aurait été plus élégant.

 

823b4 Kastoria aime les oiseaux

 

823c1 Pélicans du lac de Kastoria

 

823c2 Pélican du lac de Kastoria

 

Un autre des charmes de Kastoria est lié à son lac. Ce sont les oiseaux qu’il attire en grand nombre, au point que la ville a choisi de faire réaliser des poubelles publiques en forme d’échassier. Devant notre camping-car, une troupe d’oies (jusqu’à présent, je n’en avais vu que dans des fermes) est venue nous souhaiter le bienvenue, ou peut-être nous réclamer quelque chose à manger, car quand je leur ai proposé notre pain dur elles n’ont pas décliné l’offre et sont venues, en se chamaillant un peu, le prendre  directement dans ma main. Sur la promenade au bord du lac, il y a des distributeurs comme ceux où dans le RER on peut acheter une barre chocolatée ou une canette de soda, mais ici ce sont des distributeurs de sachets de graines qui, contre une pièce de monnaie, permettent aux promeneurs de nourrir les oiseaux. Comme on le voit sur mes photos, l’un des oiseaux du lac est le pélican. Sur la deuxième photo on voit que la municipalité a poussé la sollicitude jusqu’à prévoir des niches flottantes pour le confort des oiseaux, probablement financées grâce aux amendes infligées aux touristes.

 

823c3 oiseau sur le lac de Kastoria

 

823c4 oiseau sur le lac de Kastoria

 

823c5 oiseau sur le lac de Kastoria

 

Mais il y a aussi toutes sortes d’autres oiseaux. Je ne me risquerai pas à donner des noms, j’aurais trop peur de me tromper, mais ils constituent un spectacle élégant et distrayant. Nous avons, à plusieurs reprises, passé de longs moments à les contempler.

 

823d1 Kastoria, Mansion Tsiatsiapa

 

Dans certains quartiers, se dressent de superbes archontika, comme on appelle ces grandes et riches maisons de notables qui surplombent le lac. Elles sont de type forteresse, avec un rez-de-chaussée bâti en pierre, et un ou deux étages de torchis avec balcon et pièces en projection. Elles sont souvent construites autour d’un jardin intérieur et généralement derrière une cour dont une porte donne directement sur le lac. Celui-ci, c’est l’archontiko Tsiatsiapa. Ceux qui les ont construites au dix-huitième ou au dix-neuvième siècle sont de riches bourgeois de la ville.

 

823d2 Kastoria, peaux de vison

 

Car Kastoria a été une ville florissante grâce au commerce de la fourrure. Cet artisanat est ici très ancien, mais c’est surtout à partir du quinzième siècle que cette activité s’est énormément développée. Il existe trois grandes foires internationales de la fourrure, l’une se tient à Montréal, une autre à Francfort, et chaque année au mois de mars Kastoria en organise une aussi. D’ailleurs, selon une information que je n’ai pas pu vérifier et que par conséquent je donne sous toutes réserves, quatre-vingts pour cent de la production et de la distribution de peaux, en Grèce et à travers le monde, seraient entre les mains de Grecs. Ci-dessus, dans une rue, des peaux (je ne sais si ce sont des peaux de vison ou d’autre animal) sont en train de sécher au soleil. Cela, on peut le voir un peu partout en ville. On voit aussi, par des portes ouvertes ou par des fenêtres, des artisans travaillant des peaux. Et il y a bien sûr aussi de nombreuses boutiques de fourreurs. Comme quoi on peut être bon pour les oiseaux et prendre soin de leur vie et assassiner par centaines de petites bêtes à poil. Évidemment, il serait profondément choquant et immoral de mettre en balance les abominables crimes de la Shoah et le meurtre d’animaux, et là n’est pas mon intention, mais je ne peux effacer l’image de l’utilisation, identique, de gaz, ici pour ne pas endommager les peaux… Encore deux mots au sujet de cette activité. D’une part, plus que la crise économique qui doit toucher ce produit de luxe, je pense que le souci écologique de protection des animaux, très vivace dans beaucoup de pays occidentaux, doit fortement affecter le commerce de la fourrure et provoquer la fermeture d’ateliers. D’autre part (ce qui n’a rien à voir), nulle part je n’ai trouvé d’explication au sujet du nom de la ville. Ici ou là, des gens supposent ou affirment sans preuves que le nom vient du mot castor (kastoras, en grec). C’est bien possible, mais j’aimerais trouver un texte datant de l’apparition du nom et confirmant cette hypothèse.

 

823d3 Saints Anargyres, 2me moitié 13e s. (Kastoria, musé

 

La ville dispose d’un magnifique musée byzantin où, comble de bonheur, la photo est autorisée. Et comme on suppose avec raison que les visiteurs de l’établissement ne viennent pas pour saccager les œuvres exposées, on n’est pas suivi pas à pas par un garde-chiourme. Je me limiterai à montrer trois des icônes qui, intelligemment, sont classées par date avec panneaux explicatifs pour que l’on puisse suivre l’évolution de l’art religieux. Ci-dessus, les saints Anargyres, peints dans la deuxième moitié du treizième siècle. Le mot anargyres signifie sans argent, et désigne les saints Côme et Damien, médecins qui se consacraient à soigner gratuitement les pauvres.

 

823d4 St Nicolas, 2me moitié 13e s. (Kastoria, musée byza

 

De cette même seconde moitié du treizième siècle date aussi cette icône représentant saint Nicolas. Sur le pourtour, sont représentées diverses scènes de la vie du saint. Rappelons qu’à cette époque, l’Empire Byzantin existe encore. Après le sac de Constantinople par les Francs en 1204, les trois huitièmes de la ville (avec Sainte Sophie) ont été donnés aux Vénitiens, les autres cinq huitièmes ont été gardés par les Francs, mais l’Empire a continué d’exister, quoique très affaibli, en transportant son siège à Nicée, actuelle Iznik, en Asie Mineure. Puis en 1261 l’empereur Michel Paléologue parvient à reprendre Constantinople. Les Turcs n’arriveront en Macédoine qu’au quatorzième siècle et, encore un siècle plus tard, ils prendront Constantinople, comme on sait, en 1453.

 

823d5 Vierge de tendresse, vers 1400 (Kastoria, musée byza

 

Concernant les œuvres byzantines, je terminerai avec cette Vierge de Tendresse qui date des alentours de l’an 1400, c’est-à-dire la toute fin de l’époque où l’art religieux était libre et respectait des règles traditionnelles de l’orthodoxie.

 

823d6 Présentation de Marie, 16e s. (Kastoria, musée byza

 

Le musée présente aussi une belle collection d’œuvres post-byzantines. Quoique l’Islam prohibe en principe toute représentation humaine ou animale, l’imitation de l’œuvre d’Allah étant impie, les Turcs n’ont jamais interdit les icônes chez les Orthodoxes. D’ailleurs, quoique respectant en public les prières rituelles et les impératifs musulmans, les sultans ne dédaignaient pas de faire venir à leur cour de grands artistes occidentaux pour se faire représenter en peinture ou pour faire immortaliser sur la toile leurs hauts faits. Mais nombreuses sont les églises où j’ai vu que les yeux des saints personnages, sur les fresques, avaient été creusés dans le plâtre pour en tuer le regard. Parfois, on ne peut exclure complètement un pur et simple vandalisme moderne, mais la plupart du temps il s’agit d’actes accomplis dans les siècles passés par des croyants musulmans choqués par les représentations chrétiennes. La Présentation de Marie au temple, ci-dessus, date du seizième siècle. On peut constater la différence de style par rapport aux peintures précédentes. Par ailleurs, on note la disproportion du bébé, représenté comme un adulte en réduction, avec des vêtements d’adulte, mais avec des dimensions ridiculement petites par rapport à ses parents. En supposant qu’à sa naissance le nourrisson mesure 52 centimètres, comme on le place quatre fois et demie dans la hauteur d’Anne, cette dernière est une basketteuse de 2,34 mètres…

 

823e1 Medrese de Kastoria

 

823e2 Medrese de Kastoria

 

Nous voyons ici la medrese de Kastoria, c’est-à-dire l’école musulmane. On ne peut visiter, mais la rue étant en pente forte on peut en apercevoir la cour intérieure, son portique, les multiples petits dômes constituant son toit. Le grand panneau bleu nous dit que le devis pour l’intervention de consolidation s’élevait à 67 millions. À l’époque, c’étaient encore des drachmes, soit un petit peu moins de deux cent mille euros. Je ne sais de quand date le panneau, mais il n’y est pas question de financement européen. Espérons que les crédits ont été trouvés et que l’opération a été menée à bien pour que ce bâtiment ne s’écroule pas mais hélas j’ai bien peur, en voyant son état et constatant que le panneau n’a pas été enlevé, que les travaux soient encore en attente, et le restent jusqu’à ce que les murs et les toits s’étant effondrés toute intervention devienne inutile.

 

823f Kastoria, Agios Nikolaos de l'Archonte Thomanos

 

Il paraît qu’il y aurait à Kastoria 72 églises byzantines et post-byzantines. Je ne les ai pas comptées pour vérifier, mais à chaque pas on en voit. Presque toutes sont décorées de fresques, mais la plupart d’entre elles sont fermées et nous ne pouvons passer deux mois à Kastoria, courant ici ou là pour obtenir une clé. Selon l’église, c’est le musée byzantin qui détient la clé (il est fermé l’après-midi), tantôt c’est un voisin de l’église, tantôt c’est un paroissien qui n’habite pas forcément à côté. Nous visiterons donc quelques églises ouvertes, plus deux qui seront ouvertes pour nous. Et, puisque je dois me limiter à un petit nombre, je donnerai la préférence aux plus anciennes et plus typiques, c’est-à-dire les byzantines. Je n’évoquerai qu’une seule église post-byzantine, Agios Nikolaos de l’archonte Thomanos, à travers sa fresque ci-dessus qui montre sainte Paraskevi.

 

823g1a Kastoria, Panagia Koumbelidiki

 

823g1b Kastoria, Panagia Koumbelidiki

 

À tout seigneur tout honneur, je commencerai mon petit tour des églises byzantines par celle qui est peut-être la plus célèbre de la ville, l’église de la Panagia Koumbelidiki. On peut trouver compliqué ce nom, qui est son nom usuel, mais une inscription du dixième siècle désigne cette Panagia (la Vierge) Skoutariotissa, ce qui n’est guère plus simple. Ce très original bâtiment à trois conques et à dôme perché sur un cylindre démesurément haut date du milieu du neuvième siècle. Son exonarthex a été ajouté au quinzième siècle.

 

823g2 Kastoria, Panagia Phaneromeni

 

Nous n’avons pu pénétrer dans cette église de la Panagia Faneromeni pour voir sa nef unique sous charpente, mais il paraît que ses fresques sont illisibles, couvertes d’une épaisse couche de suie qui attendent depuis longtemps une restauration qui risque bien de tarder encore beaucoup d’années.

 

823g3 Kastoria, Agios Dimitrios Oikonomou

 

Autre petite église que nous ne visiterons pas, mais qui permet de voir que les Byzantins pouvaient construire presque côte à côte de jolies églises toutes décorées et, par ailleurs, de simples parallélépipèdes de pierre.

 

823g4a Kastoria, Agios Stefanos

 

823g4b Kastoria, Agios Stefanos

 

823g4c Kastoria, Agios Stefanos

 

Avec Agios Stefanos, nous abordons l’une des plus belles et des plus anciennes églises byzantines de Kastoria. Elle date de la seconde moitié du neuvième siècle. Elle comporte trois nefs et un double narthex. C’est une église de type oriental, dont les murs bénéficient d’un joli travail décoratif de disposition des briques formant des dessins. Il est vraiment dommage que malgré nos tentatives nous n’ayons pas réussi à en obtenir la clé, car elle recèle des fresques du neuvième siècle et d’autres du treizième siècle.

 

823g5a Kastoria, Agioi Tris

 

823g5b Kastoria, Agioi Tris

 

Celle-ci, c’est Agioi Tris, les Trois Saints. Ce qui ne désigne pas la Sainte Trinité (Agia Triada en grec), mais saint Gourias, saint Samonas et saint Avivos. N’ayant jamais rencontré quelqu’un portant l’un de ces prénoms, quoique mon métier m’ait amené à voir des milliers de noms, je n’ai pas eu jusqu’à présent l’occasion de me soucier de la biographie de ces messieurs. Renseignements pris, Gourias et Samonas, d’Edessa (où nous nous rendrons bientôt) ont été décapités en 288 ou, selon d’autres sources, en 303. De toutes façons, c’était sous Dioclétien, qui a régné de 284 à 305. Avivos, d’Emesa, a pour sa part été brûlé vif en 316 sous Licinius. Ce Licinius était coempereur avec Constantin, régnant sur la partie orientale de l’empire et Constantin sur la partie occidentale. En effet, après la tétrarchie (quatre empereurs) voulue par Dioclétien et les luttes sanglantes pour la succession, les vainqueurs Constantin et Licinius se sont rencontrés à Milan en 313 pour signer un édit scellant le partage du monde romain en deux zones géographiques sur lesquelles ils régneraient, et ce même édit inclut la liberté de culte dans tout l’Empire. Aussi est-on en droit de s’étonner qu’Avivos ait subi le martyre trois ans après. Quoi qu’il en soit, cette petite église consacrée aux trois saints martyrs est à nef unique sous charpente, les galeries extérieures nord et sud qui apparaissent sur mes photos étant plus tardives, d’époque ottomane. La décoration est composée de fresques de 1401.

 

823g5c Kastoria, Agioi Tris

 

Tout cela est très joli, très esthétique. Dans les églises orthodoxes, on trouve toujours un bac, circulaire ou rectangulaire, plus ou moins grand, rempli de sable, auprès duquel des cierges de cire vierge sont à la disposition des fidèles qui déposent une obole dans un tronc et allument un cierge. Le sable présente le double avantage de permettre de planter très aisément le cierge, tout en assurant contre les risques d’incendie. Si tel avait été l’usage à Saint-Thégonnec, dans le Finistère, le merveilleux retable qui a brûlé en 1998 dans l’église de l’enclos paroissial serait encore en place. Ici, c’est une lampe à huile qui est placée au centre d’un bac de métal ouvragé et doré. Pour protéger la flamme du courant d’air, on a trouvé le moyen ô combien esthétique de confectionner un pare-vent taillé dans un bidon de féta, ce fromage de brebis ou de chèvre dont les Grecs sont si friands.

 

823g6 Kastoria, Agios Nikolaos Kasnitzi

 

Cette petite église d’Agios Nikolaos Kasnitzi bénéficie elle aussi d’un joli travail ornemental de disposition de ses briques. Elle a été fondée par le couple de Nikiphoros et Anna Kasnitzi. Elle recèle des fresques du douzième siècle.

 

823g7a Kastoria, Taxiarque du Gymnase

 

823g7b Kastoria, Taxiarque du Gymnase

 

823g7c Kastoria, Taxiarque du Gymnase

 

Nous avons pu pénétrer dans cette église du Taxiarque du Gymnase. Un taxiarque, c’est un archange. Probablement saint Michel. De même qu’il y a dans Kastoria de nombreuses églises Agios Nikolaos ou de la Panagia, il y a aussi plusieurs églises du Taxiarque. Pour les distinguer l’une de l’autre, on ajoute le nom du fondateur (comme Kasnitzi) ou celui du quartier, ou encore celui d’un bâtiment proche, comme c’est le cas ici.

 

823g8a Kastoria, Taxiarque de la Métropole

 

823g8b Kastoria, Taxiarque de la Métropole

 

Autre église du Taxiarque, le Taxiarque de la Métropole. En grec, le terme metropolis désigne l’évêché. Nous sommes donc près de la cathédrale moderne dont je trouve l’architecture inintéressante. Celle-ci, fin neuvième, début dixième siècle, élève ses trois nefs voûtées en berceau en réutilisant des éléments d’une église paléochrétienne qui l’a précédée au même endroit. Le taxiarque d’ici, c’est confirmé, est l’archange saint Michel.

 

823g8c Kastoria, Taxiarque de la Métropole

 

823g8d Kastoria, Taxiarque de la Métropole

 

Ici encore, l’église est toute décorée de belles fresques. Dans le narthex, elles remontent au dixième siècle. À l'intérieur, elles sont de 1359. À l’extérieur, elles représentent les citoyens de Kastoria qui ont eu l’honneur d’être enterrés sous les dalles de l’église entre le treizième et le quinzième siècles. Ces peintures (ma seconde photo) ont été réalisées en 1436-1439.

 

823h1 Monastère de la panagia Mavriotissa, Kastoria

 

Je disais tout à l’heure que Kastoria est bâtie sur la colline de l’isthme qui relie une péninsule du lac au continent. Si l’on part de la rive sud de l’isthme en direction de la pointe de la péninsule par la route qui en fait le tour, on arrive après quelques kilomètres au monastère de la Panagia Mavriotissa (la Vierge Noire, en fait une Dormition). Nous sommes arrivés alors que des entreprises s’activaient à la préparation d’un mariage, fleurs et décorations dans l’église, table du buffet à l’extérieur. Puis les invités sont arrivés, et enfin les deux futurs époux. Quand les gens sont entrés dans l’église pour la célébration, je suis resté dehors pour ne pas troubler la cérémonie, mais la majeure partie des invités est restée à l’extérieur, commençant à boire l’apéritif servi.

 

823h2 Monastère de la panagia Mavriotissa, Kastoria

 

Tout cela ne nous a pourtant pas empêchés de visiter sans nous presser le moins du monde l’église, car nous étions arrivés suffisamment tôt. Le catholicon de la Mavriotissa date de l’époque d’Alexis I Comnène qui a régné sur l’Empire Byzantin de 1081 à 1118. Au quatorzième siècle, le narthex a été remplacé par une chapelle dédiée à Saint Jean le Théologien, plus tardivement décorée de fresques en 1552. Mais dans l’église ancienne les fresques sont de la fin du douzième siècle ou, au plus tard, du début du treizième. Ce sont ces fresques qui ont retenu mon attention (photos ci-dessous).

 

823h3 Monastère de la panagia Mavriotissa, Kastoria

 

823h4 Monastère de la panagia Mavriotissa, Kastoria

 

823h5 Monastère de la panagia Mavriotissa, Kastoria

 

Les murs de l’église en sont intégralement recouverts. C’est un régal pour les yeux. Je n’en montre ici que trois panneaux, mais on peut rester longtemps à admirer chacune des scènes. Ma première photo représente les noces de Cana. En haut à droite, une servante passe un plat. En bas, de taille plus petite que les maîtres, des serviteurs remplissent d’eau les amphores vides de vin. Sur la gauche, Jésus se penche pour écouter Marie qui lui signale qu’il n’y a plus de vin pour la fin du repas.

 

La deuxième photo montre la dernière Cène. Selon la tradition, saint Jean, “le disciple que Jésus aimait”, se penche à demi endormi, vers le Maître qu’il admire. Jésus pose la main gauche sur son pain, et au même moment l’un des disciples, à droite, met la main au plat. Toutes les auréoles sont dorées, sauf celle de ce disciple. C’est bien sûr Judas, celui qui va trahir Jésus. Il est intéressant de voir comment l’artiste a représenté la ville à l’arrière-plan, comment il a disposé sur la table plats et carafes.

 

Pour la troisième et dernière photo, j’ai choisi cette Crucifixion, quoique la fresque soit en cours de restauration (voir les bandes blanches collées dans la partie supérieure), parce que je trouve intéressant le traitement du corps supplicié de Jésus, le rappel du nom du Golgotha (“Lieu du Crâne”) par la représentation d’un crâne sur le monticule sous la croix du Christ, ainsi que l’expression des saintes femmes et autres personnages au pied de la croix. Il est bien sûr dommage que l’on ne puisse voir les visages des deux larrons, pour apprécier la façon dont l’artiste a différencié le bon larron du mauvais. Déjà la position de leurs jambes n’est pas la même, et celui de droite porte un pagne semblable à celui du Christ.

 

Et voilà. Pour qui, comme nous, s’intéresse aux fresques byzantines, je ne peux que conseiller de prévoir une visite de plusieurs jours et, après avoir dûment placé une pièce de monnaie dans le parcmètre, de prendre toutes les informations sur l’endroit où se procurer les clés de chacune des églises afin de ne pas devoir repartir deux jours plus tard, emportant la frustration de s’être cassé le nez sur des portes closes.

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Published by Thierry Jamard
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miriam 28/01/2013 13:14

A propos du bac à sable quelque chose m'a toujours étonnée;les grecs n'ont aucune considération pour les cierges que les précédents ont allumés et les mouchent avec détermination toute une poignée
avant de planter les leurs jusqu'aux prochains visiteurs qui feront de même!

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