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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 22:07
Aujourd’hui, ce que nous allons visiter est le plus classique, le plus connu, le plus visité en Grèce, l’Acropole d’Athènes. Nous verrons aussi le musée de l’Acropole, qui présente de remarquables collections artistiques de l’Antiquité, des statues de toutes époques et au dernier étage, sur des murs à la dimension réelle du Parthénon, les frises qui en ont été détachées pour les protéger, et remplacées sur le monument par des copies. La présentation en est d’autant plus excellente dans ce beau bâtiment ultra moderne qu’on a les frises à hauteur des yeux, et que le commentaire explicatif est placé en face de chacune des scènes. Mais hélas ici, à la différence de ce qui se passe dans le musée archéologique visité hier, la photo est interdite. Pourquoi cette différence ? Mystère. Je dois donc passer sous silence ce que nous avons vu ici. Sauf dans un hall où sont exposées les maquettes de l’Acropole à diverses époques. Et je vais utiliser tout à l’heure deux des photos que j’ai faites de ces maquettes.
 
683a1 Athènes, théâtre d'Hérode Atticus
 
683a2 Athènes, odéon d'Hérode Atticus
 
Mais auparavant, cet odéon d’Hérode Atticus qui s’appuie au flanc de cette colline de l’Acropole et que l’on découvre en premier lieu. Il s’agit d’un petit théâtre de dimensions réduites destiné aux concerts ou aux déclamations de poésie. Hérode Atticus est un rhéteur athénien qui, du fait de la conquête par Rome et de l’attribution de la qualité de citoyen à tous les hommes libres de l’Empire est un citoyen romain. Immensément riche, il a fait construire cet odéon en 161 de notre ère (il est né en 101 et mort en 176).
 
683a3 Athènes, théâtre d'Hérode Atticus
 
683a4 Athènes, odéon d'Hérode Atticus
 
Il était tout en marbre blanc. C’est donc avec le même marbre blanc que la cavea –l’hémicycle des spectateurs– a été refait afin d’utiliser son cadre pour des représentations chaque année. Un peu trop neuf à mon goût. Une rénovation qui devrait pourtant valoir le coup, que je devrais écrire valoir le coût, soit un million quatre cent trente sept mille Euros financés à hauteur de 75% par l’Union Européenne. La capacité de ce petit odéon était de cinq mille spectateurs.
 
683b Athènes, théâtre de Dionysos
 
Un peu plus loin, et lui aussi adossé à la colline, le théâtre de Dionysos est beaucoup plus ancien. On y assistait à l’origine, assis sur le sol de la pente, à des représentations, chants et danses rituels en l’honneur du dieu, jusqu’à ce qu’en 410 on y construise des gradins de bois, remplacés de 338 à 326 avant Jésus-Christ par une vraie construction en pierre, celle dont nous voyons ici les vestiges. Ici, ce n’est pas un odéon, c’est un vrai théâtre, qui pouvait accueillir jusqu’à dix sept mille spectateurs sur ses soixante dix-huit rangées de sièges.
 
683c Athènes, les Propylées (2e-3e s. de notre ère)
 
683d1 Athènes, Propylées
 
683d2 Athènes, Propylées
 
En grec, pylai ce sont les portes. Des propylées sont des avant-portes, l’entrée monumentale. L’Acropole d’Athènes, juchée à plus de 150 mètres d’altitude, n’est accessible que d’un seul côté, le grand et noble bâtiment des Propylées est donc son entrée unique. C’est Périclès qui en décida la construction. Les travaux commencèrent en 437 avant Jésus-Christ mais furent interrompus par la Guerre du Péloponnèse et n’ont jamais repris, nous laissant le bâtiment inachevé. Imposant quand même. La première de ces trois photos représente une maquette (j’ai annoncé que j’en montrerais deux) de cette face de l’Acropole aux deuxième et troisième siècles de notre ère, avec les remparts construits par les Romains.
 
683d3 Athènes, temple d'Athéna Nikè
 
Tout au bord de l’Acropole, sur le côté des Propylées, se dresse le petit temple d’Athéna Nikè, c’est-à-dire Victoire. On reconnaît en ce mot le nom de la colonie grecque qui est aujourd’hui la cinquième ville de France par le nombre d’habitants, Nice (Nikaia, la Victorieuse). En effet, au cinquième siècle avant Jésus-Christ, Athènes est en perpétuelle compétition avec Sparte pour l’hégémonie sur la Grèce. C’est aussi l’époque des Guerres Médiques, Darius, Xerxès. Le siècle va s’achever avec la Guerre du Péloponnèse. Il s’agissait donc d’honorer la déesse patronne et protectrice de la ville, déesse guerrière et déesse de l’intelligence, en ce qu’elle était la déesse de la victoire. Hélas on sait que, malgré la construction de ce temple et les offrandes et sacrifices faits à Athéna ce sera pour Athènes la déroute totale, avec la défaite d’Aigos Potamos en 404 et l’anéantissement de sa flotte. Mais les professeurs d’histoire ont tellement ressassé ces faits devant leurs élèves, au collège, qu’il est inutile, je pense, d’insister, ce doit être gravé dans toutes les mémoires au même titre que Marignan en 1515 et que Ravaillac et Henri IV en 1610. Dernière précision : On sait que la Victoire est ailée. On revoit la célèbre Victoire de Samothrace, au Louvre, avec ses grandes ailes déployées. Mais sur l’Acropole, cette Athéna était aptère (sans ailes) parce que les Athéniens voulaient être bien sûrs qu’elle ne chercherait pas à s’envoler pour aller favoriser les ennemis si par hasard certains citoyens l’indisposaient. Astucieux.
 
683e Athènes, l'Acropole au temps de Périclès
 
Cette maquette représente l’Acropole en ce cinquième siècle dont je parle. La gigantesque statue d’Athéna qui se profile derrière les Propylées mesurait neuf mètres de haut. Le regard tombe d’abord sur les Propylées et, à droite un peu en avant, ce tout petit temple un peu de travers est le temple d’Athéna Nikè. Quand on voit à quel point il est minuscule, on comprend pourquoi la déesse s’est désintéressée des Athéniens en 404… Derrière, à droite, c’est l’énorme Parthénon, et à gauche l’Erechtheion. Eh bien allons maintenant voir ces deux monuments.
 
683f1 Athènes, le Parthénon
 
683f2 Athènes, le Parthénon
 
683f3 Athènes, le Parthénon
 
Le gigantesque Parthénon n’est évidemment pas à son avantage sous ses échafaudages. Difficile dans ces conditions d’apprécier les merveilles des calculs architecturaux qui ont fait construire un sol légèrement convexe pour contrecarrer l’effet optique qui fait voir concave une grande surface blanche et plane, ou des colonnes légèrement convergentes et un peu plus larges au milieu qu’à la base, toujours pour combattre les effets de la perspective. Autre invention merveilleuse, la lumière qui éblouit de part et d’autre des colonnes des extrémités mange un peu de leur épaisseur apparente, de sorte que leur diamètre serait perçu inférieur au diamètre des colonnes qui ont le mur du temple pour arrière-plan, si les architectes ne les avaient pas voulues un petit peu plus épaisses que les autres. Mais d’ailleurs, échafaudages ou pas, il est impossible de s’en rendre compte, puisque précisément l’intention est de créer une impression de parfaite planéité, de parfait parallélisme. Ce n’est, au contraire, qu’en grimpant sur les échafaudages, et le mètre à la main, qu’on pourrait le constater. C’est admirable. Admirable aussi était l’état de conservation de ce temple jusqu’en 1687 mais les Ottomans attaqués par les Vénitiens y ont installé un dépôt d’armes et une poudrière. Les Vénitiens, pourtant conscients dans leur propre cité de la valeur et de l’intérêt des monuments historiques, n’hésitent pas à viser cet objectif militaire évidemment névralgique. Un boulet atteint son but, la poudrière explose, un mur s’effondre, le toit est intégralement soufflé. Merci Venise. À noter que déjà les murs de la cella intérieure avaient été abattus pour faire du temple une église chrétienne. Les Turcs, eux, avaient transformé l’église en mosquée, mais sans en rien détruire, en y adjoignant seulement un minaret.
 
683g1 Athènes, Acropole, l'Erechtheion
 
683g2 Athènes, Acropole, l'Erechtheion
 
683g3 Athènes, l'Erechtheion, une cariatide
 
Et voici l’Erechtheion. C’est un ensemble de bâtiments juxtaposés pour constituer un temple unique dédié à plusieurs divinités. En 480 avant Jésus-Christ, les Perses de Xerxès, quoique retardés par le sacrifice des Spartiates de Léonidas aux Thermopyles, parviennent à Athènes et la saccagent. Ici un temple dédié à Athéna a été rasé par eux. Sur cet emplacement resté vacant, après le Parthénon et alors que la Guerre du Péloponnèse est déjà commencée, dernière construction réalisée sur l’Acropole, l’Erechtheion est décidé par Périclès peu avant sa mort en 429. Les travaux commencent en 421 et dureront jusque vers 406. On y célébrera Athéna, bien sûr, mais aussi Poséidon et Zeus auxquels il faut ajouter Erechthée, roi légendaire d’Athènes à qui le bâtiment doit son nom. La partie la plus célèbre en est le portique sud, orné de six caryatides. Celles que l’on voit ici sont des copies, cinq des originaux sont actuellement au musée de l’Acropole, le sixième est au British Museum.
 
683g4 Athènes, Acropole, l'Erechtheion
 
683g5a Athènes, l'Erechtheion, détail d'une colonne
 
683g5b Athènes, l'Erechtheion, détail d'une colonne
 
Alors que les autres monuments de l’Acropole sont en style dorique, plus rigide, l’Erechtheion est en style ionique, plus maniéré, plus raffiné. Ce sont traditionnellement les chapiteaux de colonnes que l’on utilise pour caractériser ce style, mais on voit sur ces photos que la décoration très raffinée ne se limite pas aux chapiteaux. Bien que le bâtiment soit en mauvais état de conservation, il ne manque pas d’allure.
 
683h Athènes, temple de Zeus Olympien
 
Avant de quitter l’Acropole, jetons d’en haut un coup d’œil sur la ville. Un autre jour, nous devrons visiter ce temple de Zeus Olympien que l’on aperçoit, ainsi que l’Arc d’Hadrien qui apparaît tout en bas à gauche, mais pour l’instant nous nous dirigeons vers ce musée de l’Acropole dont je parlais au début du présent article.

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Published by Thierry Jamard
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