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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:43

528a Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

 

Notre volcan Solfatara est sur la commune de Pouzzoles. À un ou deux kilomètres de "chez nous", dans la partie haute de la ville antique, au bout du parcours urbain de ce qui s’appelait la via Domitiana (la voie de Domitien, celle qui passait sous l’Arco Felice dont j’ai parlé et que j’ai montré le 26 mai), se trouvent les ruines d’un amphithéâtre romain. Nous ne pouvons manquer d’aller le visiter aujourd’hui. Construit dans les trente dernières années du premier siècle après Jésus-Christ, c’est-à-dire du temps des trois frères empereurs, Vespasien, Titus et Domitien, la famille des Flaviens, il porte la dédicace de "La colonie flavienne de Pouzzoles", précisément fondée dans ces années-là. Ce que nous en voyons ici sur ma photo, ce sont les galeries qui courent tout autour, au rez-de-chaussée, pour desservir des accès directs pour les gradins du bas et les escaliers pour les autres niveaux.

 

Le premier mai, à l’occasion de la procession du sang de saint Gennaro, j’ai parlé du martyre qu’il avait subi. Et c’est là, dans cet amphithéâtre de Pouzzoles dont nous foulons le sol, qu’il a été supplicié.

 

528b1 Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

528b2 Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Avec ses 74,78 mètres de long sur 42 mètres de large, l’arène de l’amphithéâtre de Pouzzoles était la troisième, par la taille, de tout le monde romain, après le Colisée à Rome et l’amphithéâtre de Capoue. En incluant les gradins, les galeries, les salles extérieures qui servaient entre autres de salles de réunion à diverses corporations, l’ensemble mesure 153,80 mètres sur 121,25. L’arène était entièrement recouverte d’une épaisse couche de sable, ce qui avait le double avantage d’amortir (un peu) les chutes et de faciliter le nettoyage. L’entretien en était confié à des esclaves noirs, chargés entre autres d’humidifier le sol pour éviter que la poussière n’incommode les spectateurs et ne perturbe les gladiateurs, mais de façon techniquement modérée, à l’aide d’outres de peau, pour ne pas transformer le sol en bourbier.

 

 

La grande fosse de 42 mètres de long qui court le long de l’axe central de l’arène et que l’on voit ici recouverte d’une grille afin d’éviter que le touriste distrait n’y fasse le grand saut, était destinée à recevoir des machineries et des espèces d’ascenseurs. Par là, on montait des décors, mais aussi on pouvait faire arriver les cages contenant les animaux féroces. Également, les spectacles reconstituaient parfois des scènes de guerre, et les renforts de soldats apparaissaient au cœur de la bataille, introduits dans l’arène à partir du sous-sol par de grands monte-charge. Cette fosse et ses machines permettaient tous les effets : dans sa septième Bucolique, Calpurnius Siculus décrit un gigantesque tourbillon au centre duquel apparaissent soudain des bêtes sauvages, mais aussi la forêt de leur environnement.

 

Il est clair, vu la configuration de cet amphithéâtre, avec sa fosse au centre, qu’il ne s’y est pas déroulé, à l’inverse de ce qui était usuel ailleurs, de naumachies, ces combats navals où de vraies galères se livraient bataille dans un amphithéâtre amplement inondé pour offrir un tirant d’eau suffisant pour ces navires de guerre. En revanche, y ont eu lieu tous les autres types de combats, scènes de guerre, chasses au fauve, luttes bête contre bête, gladiateur contre bête, gladiateur contre gladiateur. Sans nier quoi que ce soit de la violence et de la cruauté de ces combats, je dois à la vérité de dire qu’ils s’achevaient rarement par une mort d’homme, contrairement à ce que l’on raconte habituellement. En effet, les gladiateurs devenaient célèbres, ils avaient leurs supporters, et il aurait été inconcevable, lors de l’affrontement de deux vedettes, que l’on mette à mort l’un des deux combattants, car alors les émeutes du type de celle que j’ai décrite pour Pompéi (lors de la visite de la ville antique les 24 et 25 avril, puis au sujet de la mosaïque qui représente les rixes, au musée de Naples, le 28 avril) auraient été quotidiennes. Il arrivait assez souvent que l’un des combattants soit tué par son adversaire car les armes n’étaient pas mouchetées, mais le pouce renversé demandant la mise à mort, "à froid" après la fin du combat, du gladiateur vaincu était un geste rare, réservé à quelques combattants insuffisamment vaillants, par exemple ayant fui en courant autour de l’arène les coups de leur adversaire. C’était le cas, parfois, de prisonniers de guerre civils, réduits en esclavage, sans expérience du combat et jetés là par leur maître pour s’amuser.

 

528c Pozzuoli, il amfiteatro

 

Tout autour de l’amphithéâtre, sous les gradins, s’ouvraient des salles utilisées par des corporations professionnelles pour les réunions de leurs membres. Des inscriptions ont permis de déterminer, entre autres, la salle réservée aux réunions des joueurs de flûte.

 

528d Pozzuoli, il amfiteatro

 

S’ouvrant sous des arcs en plein cintre dans le mur extérieur, de la même façon que les salles des corporations afin de ne pas rompre la régularité de la façade, des couloirs donnent accès soit aux sièges du rez-de-chaussée, soit à des escaliers vers les rangs de sièges supérieurs.

 

528e Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Pour le visiteur, tous les accès sont interdits. Certes on peut se rendre dans l’arène et tourner autour du bâtiment par l’extérieur, mais il est interdit de monter dans les gradins, le couloir circulaire est fermé, une chaîne empêche d’entrer dans les salles ou de franchir les entrées.

 

 

En extérieur, donc, en désordre et sans aucune explication, on peut voir ces grosses jarres ventrues. Où ont-elles été retrouvées, dans l’amphithéâtre ou ailleurs en ville, aucune notice, aucun panneau ne le dit. Ni ne dit quel fut leur usage. Elles ont la forme des conteneurs de thermopolium, l’urne fixe noyée dans le comptoir, dans laquelle on glissait celle où avait été cuisiné le plat. Si tel a été leur usage, il est miraculeux qu’elles soient encore entières alors que le comptoir autour d’elles n’existe plus.

 

528f Pouzzoles, l'amphithéâtre

 

Ailleurs, des fragments de colonnes, des chapiteaux brisés, de simples pierres de taille, des morceaux de statues jonchent le sol au hasard. C’est ainsi que l’on peut voir ces deux pieds sur leur socle… Sur ma photo, on peut se rendre compte que sont jetés pêle-mêle ces pieds, une pierre non taillée, deux bouts de colonnes aux cannelures différentes, cela à même le sol, avec un peu de mauvaise herbe pour agrémenter le tout. Dommage.

 

529a Vulcano Solfatara

 

529b Vulcano Solfatara

 

Nous repartons donc vers notre volcan. Nous passons d’abord au camping-car faire une provision de papier et d’allumettes, pour réaliser dans le petit édicule antique du volcan notre expérience évoquée avant-hier. Sur la première photo, nous sommes dans l’allée qui, au sein du cratère, va de la partie camping à la partie en activité volcanique. Sur la seconde, nous sommes dans un décor de cratère lunaire (bien que je ne sois encore jamais allé sur la lune, pour comparer. Si nous voulions aller camper là-haut, dans une fusée interplanétaire notre engin de 3,5 tonnes et 7 mètres de long serait un peu encombrant).

 

529c1 Volcan Solfatara, expérience phase 1

 

529c2 Volcan Solfatara, expérience phase 2

 

529c3 Volcan Solfatara, expérience phase 3

 

Et voilà la séquence : Le long de la voûte de l’édifice, l’émanation de vapeur soufrée est discrète, il n’y a pas grand-chose. Puis on met le feu à un bout de papier tire-bouchonné que l’on meut près du sol. Sans doute l’air est-il un peu pauvre en oxygène, parce que notre papier a beau être bien sec, nous ne sommes pas parvenus à y faire apparaître une flamme. Il se consume en rougeoyant. Et l’on peut constater sur la troisième photo que cette consomption a produit son effet. Le dégagement de vapeur est bien plus intense. Que les écologistes se rassurent : après avoir bien éteint notre papier, nous l’avons glissé dans une poche en plastique avec nos allumettes brûlées, et avons remporté le tout vers une boîte à ordures.

 

529c4 Volcan Solfatara, expérience phase 4

 

Il ne reste plus qu’à profiter de l’inhalation naturelle, excellente pour les voies respiratoires et pour la santé de la peau. Ça sent fort, ça brûle un peu, mais ce n’est pas désagréable. Et puis c’est sain, alors on n’a pas à discuter.

 

529d Volcan Solfatara

 

529e Volcan Solfatara

 

J’ai envie de retourner cinq minutes voir les manifestations volcaniques, puisque c’est inclus dans notre séjour au camping. Pas besoin de retourner à l’entrée, de prendre des billets, ce que de toute façon nous ne ferions pas pour juste jeter un petit coup d’œil. En dehors des grandes bouches de solfatares qui continuent de rejeter beaucoup de fumée en sifflant fort, on découvre ici ou là, en marchant, d’autres fumerolles. Et je contemple encore les boues bouillonnantes, qui sont pour moi très spectaculaires. Et nous retournons dans la partie très classique où est établi le camping, accompagnés de la persistante odeur du soufre.

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Published by Thierry Jamard
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