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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 09:00

914a1 Portail de la basilique de Loreto

 

Il nous a fallu deux longues visites de la basilique de Loreto (Lorette) pour en admirer chaque détail en prenant notre temps pour savourer. Immédiatement, on est frappé par le superbe portail central en bronze. Ce sont les quatre frères Lombardo (Girolamo, Pietro, Paulo et Giacomo) qui l’ont réalisé, de 1590 à 1610. Car il ne leur a pas fallu moins de vingt ans pour une telle œuvre.

 

914a2 Portail de la basilique de Loreto

 

914a3 Portail de la basilique de Loreto

 

914a4 Portail de la basilique de Loreto

 

Voilà, à titre d’exemple, trois des six panneaux de la porte. Devant l’arbre autour du tronc duquel s’enroule un serpent à tête humaine, Ève tend la pomme à Adam, qui la prend. Dans sa main gauche, Ève tient une autre pomme, sans doute pour elle-même, ce que la Genèse ne dit nullement. La conséquence de ce premier péché, tous deux sont chassés du paradis terrestre par l’ange armé d’une épée de feu. Et alors que précédemment Adam et Ève assumaient naturellement leur nudité, “ils se sont aperçus qu’ils étaient nus”. Quant à la troisième de mes photos, elle montre le meurtre d’Abel commis par Caïn.

 

914a5 Portail de la basilique de Loreto

 

914a6 Portail de la basilique de Loreto

 

Puisque je ne peux pas tout montrer, je vais négliger le portail de gauche, et me limiter à seulement deux des dix panneaux de la porte de droite. Cette œuvre a été réalisée de 1590 à 1600. C’est Antonio Calgari qui a initié le projet et a commencé la réalisation mais à sa mort en 1593 ce sont Tarquinio Jacometti (son neveu) et Sebastiano Sebastiani qui ont poursuivi et achevé la porte. Le premier panneau de mon choix représente le transfert de l’Arche d’Alliance et la danse de David. Plutôt que de donner des explications, je préfère citer le texte de la Bible: “ David se mit en route, et il fit monter l'arche de Dieu depuis la maison d'Obed-Edom jusqu'à la cité de David, au milieu des réjouissances. Quand ceux qui portaient l'arche de l'Éternel eurent fait six pas, on sacrifia un bœuf et un veau gras. David dansait de toute sa force devant l'Éternel, et il était ceint d'un éphod de lin [courte tunique ouverte sur le ventre]. David et toute la maison d'Israël firent monter l'arche de l'Éternel avec des cris de joie et au son des trompettes. Comme l'arche de l'Éternel entrait dans la cité de David, Mical, fille de Saül [concurrent de David. Mical est aussi la femme de David], regardait par la fenêtre et, voyant le roi David sauter et danser devant l'Éternel, elle le méprisa dans son cœur. […] David s'en retourna pour bénir sa maison, et Mical, fille de Saül, sortit à sa rencontre. Elle dit: Quel honneur aujourd'hui pour le roi d'Israël de s'être découvert aux yeux des servantes de ses serviteurs, comme se découvrirait un homme de rien!”

 

Le panneau de mon autre photo représente Abigail et David. Ici encore, je cite la Bible: “David se leva et descendit au désert de Paran. Il y avait à Maon un homme fort riche, possédant des biens à Carmel, il avait trois mille brebis et mille chèvres, et il se trouvait à Carmel pour la tonte de ses brebis. Le nom de cet homme était Nabal, et sa femme s'appelait Abigaïl. C'était une femme de bon sens et belle de figure, mais l'homme était dur et méchant dans ses actions. [David lui envoie dix jeunes gens pour solliciter un don, Nabal les renvoie durement de façon insultante] Alors David dit à ses gens: Que chacun de vous ceigne son épée! Et ils ceignirent chacun leur épée. David aussi ceignit son épée, et environ quatre cents hommes montèrent à sa suite. [Un serviteur avertit Abigaïl de ce qui vient de se passer] Abigaïl prit aussitôt deux cents pains, deux outres de vin, cinq pièces de bétail apprêtées, cinq mesures de grain rôti, cent masses de raisins secs, et deux cents de figues sèches. Elle les mit sur des ânes, et elle dit à ses serviteurs: Passez devant moi, je vais vous suivre. Elle ne dit rien à Nabal, son mari. […] Lorsque Abigaïl aperçut David, elle descendit rapidement de l'âne, tomba sur sa face en présence de David, et se prosterna contre terre. Puis, se jetant à ses pieds, elle dit: À moi la faute, mon seigneur! Permets à ta servante de parler à tes oreilles, et écoute les paroles de ta servante. Que mon seigneur ne prenne pas garde à ce méchant homme, à Nabal. […] Accepte ce présent que ta servante apporte à mon seigneur, et qu'il soit distribué aux gens qui marchent à la suite de mon seigneur […]. Environ dix jours après, l'Éternel frappa Nabal, et il mourut. David […] envoya proposer à Abigaïl de devenir sa femme. […] Et aussitôt Abigaïl partit, montée sur un âne, et accompagnée de cinq jeunes filles. Elle suivit les messagers de David, et elle devint sa femme. David avait aussi pris Achinoam de Jizreel, et toutes les deux furent ses femmes. Et Saül avait donné sa fille Mical, femme de David, à Palthi de Gallim, fils de Laïsch”.

 

914b1 Loreto, le mariage de la Vierge

 

914b2 Loreto, Annonciation de l'ange à la Vierge

 

914b3 Lorette, Présentation de Jésus au temple

 

914b4 Jésus dans la maison de Nazareth

 

On entre dans la basilique, non pas par l’un des grands portails de bronze, mais par un long couloir sur le flanc gauche qui nous fait accéder au bras gauche du transept. Tout le long de ce couloir on peut voir des scènes de la vie de Marie. En voilà quatre ci-dessus. J’ai choisi le mariage de la Vierge avec saint Joseph, l’Annonciation, la Présentation de Jésus au temple et une scène où Jésus adolescent travaille avec son père adoptif, Joseph, qui est charpentier. Cela sous l’œil de sa mère. Il est important de noter que la deuxième et la dernière scènes sont censées se situer dans la maison de Marie.

 

914b5 Loreto, Transfert de la Santa Casa

 

Important, parce que précisément c’est cette maison de la Vierge qui est au centre de l’histoire de cette basilique. Les premiers chrétiens vénéraient à Nazareth une maison qu’ils disaient être celle où Marie avait vécu, reçu la visite de l’archange Gabriel qui lui annonçait qu’elle enfanterait Jésus, puis où elle serait revenue avec Jésus et Joseph après la fuite en Égypte. C’est donc là que Jésus aurait été élevé. J’emploie le conditionnel, parce qu’il s’était passé des années (mais pas des siècles) entre le moment où Marie avait quitté sa maison et celui où des fidèles l’ont identifiée. Il n’y a donc pas de certitude, mais une forte probabilité. Et que Jésus soit Dieu pour les chrétiens, le dernier prophète avant Mahomet pour les musulmans, un mythomane ou un imposteur pour les athées, personne ne peut nier que cet homme a révolutionné le monde romain et a marqué de son empreinte les cinq continents depuis deux millénaires. Il est émouvant, dans ces conditions, de penser que la maison de sa mère, où lui-même a vécu, a peut-être été identifiée. Cette maison –des fouilles archéologiques soigneuses l’ont démontré– était constituée d’une grotte qui servait de débarras, devant laquelle étaient construits trois murs de maçonnerie qui déterminaient la pièce à vivre. Au troisième siècle, où il n’existait pas d’églises comme nous les connaissons, les chrétiens ont construit autour de cette maison un bâtiment en forme de synagogue, qui a été par la suite considéré comme une église. Les Byzantins, au cinquième siècle, ont jeté à bas cette espèce de synagogue et lui ont substitué une église selon leurs critères architecturaux. Au onzième siècle, ce sont les Croisés –des Français– qui abattent l’église byzantine et construisent à la place une grande église incluant cette maison de Marie dans sa crypte. C’est dans cette église, devant la maison de la Vierge, que notre roi Saint Louis est venu prier en 1250.

 

Si l’on admet l’authenticité de cette maison au départ, tout le reste est historique et dûment attesté. Mais en 1294, on retrouve les trois murs maçonnés de cette maison en Italie, à Loreto, et voilà qu’une légende tenace raconte que ce sont des anges qui l’y ont transportée. C’est ce que représente ma photo. Mais les moins sceptiques, les âmes les plus ouvertes au merveilleux, auront du mal à y croire de nos jours.

 

914c1 Maison de la Vierge à Lorette

 

Car cette légende est une imposture consciente. Celui qui l’a inventée, un certain Teramano, a utilisé le nom d’une famille italienne, les Angeli, comme un nom commun, car en italien le mot angelo (singulier) ou angeli (pluriel) désigne les anges. Et la famille Angeli voyant en cette fin de treizième siècle les Ottomans musulmans approcher de la Palestine, en même temps que les Arabes musulmans eux aussi toujours menacer de reprendre les conquêtes des Croisés, ont décidé, en 1291, d’embarquer sur un navire, sous leur responsabilité et à leurs frais, les pierres de ces trois murs et de les transférer en un lieu plus sûr, au pied de la forteresse de Fiume en Illyrie, aujourd’hui Trsat, à Rijeka tout au nord-ouest de l’actuelle Croatie. Ces Angeli sont des Byzantins descendants d’empereurs de Constantinople, et c’est le despote d’Épire Nicéphore Angeli qui en est devenu propriétaire. Ce Nicéphore a une fille, Marguerite Ithamar, qu’il va marier en 1294 à Philippe d’Anjou, roi de Naples. En dot, il donne à sa fille la Maison de la Vierge, que l’on embarque de nouveau sur un navire. Or en juillet de cette année venait d’être élu pape Célestin V, sous la pression de Charles II d’Anjou, père de notre Philippe d’Anjou. L’élection a eu lieu à l’Aquila, de là le nouveau pape s’est rendu à Naples sans passer par Rome, et il a démissionné le 13 décembre de la même année sans avoir mis le pied à Rome. En l’absence du pape à Rome, le pouvoir concernant les reliques revenait au “vicaire du pape” qui se trouvait être à ce moment-là l’évêque de Recanati, du nom de Salvo. Puisque ces reliques insignes devaient être implantées sur les États Pontificaux, notre brave Salvo a décidé que le navire traverserait la mer Adriatique puis remonterait le fleuve Potenza pour reconstruire la “Santa Casa” sur les terres de son diocèse.

 

C’est impressionnant parce que, comme je le disais tout à l’heure, si l’histoire de cette maison est authentique pour le premier siècle, alors tout le reste est authentique. Lorsqu’elle est arrivée sur le territoire de l’évêché de Recanati le 10 décembre 1294, on lui a trouvé un emplacement isolé pour la recevoir, car on prévoyait que les pèlerins viendraient nombreux et la ville de Recanati ou les villages environnants ne pouvaient voir affluer ces foules. Un terrain appartenant en copropriété à deux frères a été choisi. De façon fort originale, on l’appelait “le Coteau des Deux Frères”. Et les pèlerins sont arrivés, et ils ont apporté des offrandes. Considérant qu’en tant que propriétaires les frères avaient droit à une part des offrandes, ils se sont servis. Et ils se sont chamaillés pour la répartition entre eux. Parfait, puisque vous voulez tous les deux vous enrichir sur le dos des fidèles, on vous reprend la Santa Casa et on l’installe sur un terrain public, donc appartenant au domaine pontifical, dans ce petit bois de lauriers, le Loretano. Loreto, où elle se trouve encore aujourd’hui, sans les lauriers qui ont été remplacés par des rues, des places, des bâtiments.

 

Alors on a remis des pierres les unes sur les autres pour reconstituer les trois murs. Pas de doute, jusqu’à mi-hauteur (entre deux et trois mètres) les pierres proviennent de carrières de Palestine, de ces carrières exploitées par les Nabatéens qui étaient les principaux constructeurs en Palestine à l’époque de Jésus. Au-dessus, les murs sont faits de briques cuites dans une terre qui est typique des Marches. On a donc complété localement ce qui manquait. Et puis, parce que depuis la première église en forme de synagogue cette maison avait toujours été recouverte et protégée des intempéries, aux alentours de 1300 les habitants de Recanati se cotisent pour l’entourer de murs, et plus tard on construit autour de ces murs une petite église. En 1464, le futur pape Paul II, malade, vient et attribue à un miracle sa guérison et, peu après, la même année, il est élu pape. En 1468, l’évêque de Recanati entreprend la construction d’une grande église mais meurt dès l’année suivante. On comprend alors que le pape Paul II (1464-1471) se charge avec empressement de poursuivre cette construction. Telle est la genèse de la basilique où nous sommes.

 

À l’intérieur de la basilique, autour de la Santa Casa, il y a toujours les murs élevés par les fidèles de Recanati, lorsque le pape Jules II charge Bramante de les remplacer par un revêtement de marbre, ce qui a été réalisé de 1511 à 1538. C’est ce revêtement blanc que l’on voit sur ma photo.

 

914c2 David (Lorette, Maison de la Vierge)

 

Bramante était chargé du projet mais, architecte, il n’a pas travaillé le marbre de ses mains. Il a proposé au pape une maquette en bois, que le pape a adoptée et remise à des exécutants. D’abord, on voit à chacun des angles deux femmes au-dessus de deux hommes, plus au centre de chaque grand côté une femme et un homme. Les femmes sont dix sibylles, considérées comme des préfigurations païennes de la Vierge (on les retrouve dans le sol en mosaïque de la cathédrale de Sienne). Et les hommes sont dix prophètes ou annonciateurs de la Vierge. Ces hommes sont l’œuvre des frères Lombardo, qui les ont sculptés de 1540 à 1570. Celui que je montre sur ma photo est le roi David, avec la tête de Goliath posée à ses pieds.

 

914c3 Loreto, Nativité de Marie

 

914c4 Loreto, Annonciation (André Sansovino)

 

914c5 Loreto, Épiphanie (Raphaël de Montelupo)

 

914c6 Lorette, Dormition de la Vierge (D. d'Aima)

 

J’ai choisi ici quatre scènes représentées sur les faces du revêtement. La première, c’est la naissance de Marie sculptée par Baccio Bandinelli et Rafael de Montelupo, la seconde représente l’Annonciation par Andrea Sansovino, la troisième l’adoration des mages par Montelupo, et la quatrième la Dormition par D. d’Aima. Cette dernière représentation m’étonne. En effet, depuis que nous résidons en Grèce et parcourons en tous sens ce pays orthodoxe, nombreuses sont les églises consacrées à la Κοίμηση της Θεοτόκου (Kimisi tis Théotokou), la Dormition de la Mère de Dieu, et innombrables sont les fresques la représentant, mais dans les églises catholiques, la Vierge est enlevée au Ciel par des anges. Ainsi, le 15 août, alors que les orthodoxes célèbrent la Dormition, les catholiques célèbrent l’Assomption. Le christianisme ne pouvant imaginer la mort de Marie, ou bien elle s’endort ou bien elle monte aux Cieux, et ici c’est l’hypothèse des orthodoxes qu’a retenue l’artiste.

 

914c7 Lorette, pèlerins attaqués par des brigands

 

Très bêtement, je n’ai pas photographié en gros plan la scène ci-dessus, je n’ai que le panneau entier, que j’ai dû agrandir exagérément pour n’en retenir que cette partie, d’où une qualité d’image très passable, mais je tiens cependant à montrer cette scène. En même temps que la Santa Casa est représentée transportée par des anges, on voit des pèlerins attaqués par des brigands. En effet, depuis son installation en Italie, la Maison de la Vierge n’a pas connu que des temps calmes car dès le début les pèlerins ont afflué, certains venant de loin (des fouilles récentes ont retrouvé des pièces allemandes du treizième siècle), apportant leurs offrandes, souvent de riches offrandes. Dès 1313, soit moins de vingt ans après son arrivée, des habitants de Recanati l’avaient attaquée pour piller tout ce qu’ils pouvaient emporter. Dans son Journal de voyage en Italie, Montaigne dit avoir passé trois jours ici en 1581, et il a eu beaucoup de mal à trouver sur les murs une place “pour y loger un tableau dans lequel il y a quatre figures d’argent attachées: celle de Notre-Dame, la mienne, celle de ma femme, celle de ma fille. Au pied de la mienne, il a sculpté sur l’argent : Michael Montanus, Gallus Vasco, Eques Regii Ordinis 1581, à celle de ma femme, Francisca Cassaniana uxor ; à celle de ma fille, Leonora Montana filia unica, et sont toutes de rang à genoux dans ce tableau, et la Notre-Dame au haut au-devant”. Et les pèlerins sont fort nombreux comme il l’écrit en approchant: “Nous sentions bien que nous étions au chemin de Lorette, tant les chemins étaient pleins d’allants et venants; et plusieurs, non hommes particuliers seulement, mais compagnies de personnes riches faisant le voyage à pied, vêtus en pèlerins”.

 

On connaît l’histoire de l’opposition entre guelfes soutenant l’autorité suprême du pape et gibelins partisans de la famille des Hohenstaufen (je rappelle cet antagonisme dans mon article récent “Ancône, Museo della Città” daté du 13 avril 2013). Quand des pèlerins allemands osaient venir prier sur ces terres pontificales, des gibelins qui s’étaient emparés de Recanati et s’y étaient installés, les attaquaient et les détroussaient. Et cela a duré jusqu’en 1355, quand la population locale parvient à les chasser. C’est le pourquoi de cette sculpture due à Antonio di Sangallo et Niccolò Tribolo.

 

914d1 coupole au-dessus de la maison de la Vierge

 

914d2 Loreto, calotte de la coupole

 

Je ne montrerai pas l’intérieur de la Santa Casa elle-même, la photo y étant interdite. Et il faut reconnaître que les fidèles qui y prient sont nombreux, or il y a toujours des gens qui oublient de déconnecter le flash de leurs appareils automatiques, et les appareils réflex comme le mien font un clic-clac assez sonore au moment du déclenchement, quand le miroir se relève puis reprend sa place. Mais personne n’empêche, à l’extérieur de la Maison, de prendre toutes les photos que l’on veut. Cette coupole centrale avait été toute couverte de fresques, œuvres de nombreux artistes dont le grand Pomarancio, mais peu avant 1900, en vue du sixième centenaire de la translation (1294-1894), il a fallu restaurer toute la basilique, dont cette coupole. L’Italien Giuseppe Sacconi a été commis à cette tâche, et désormais les fresques de la calotte (1888-1890) et celles du tambour (1895-1910) sont de Cesare Maccari, qui représente la Vierge portant Jésus, entourée du chœur des anges.

 

914d3 coupole de la basilique de Loreto

 

914d4 Loreto, coupole, La Reine des martyrs

 

Plus bas, Marie est représentée comme la reine de tous les humains, en particulier de tous ceux qui ont agi pour l’Église, et à ce titre elle est représentée reine des patriarches, des confesseurs, etc. Ci-dessus, nous la voyons reine des vierges avec sainte Catherine de Sienne, sainte Scolastique et sainte Claire, et reine des martyrs avec saint Étienne, saint Laurent, saint Sébastien et saint Vincent.

 

914e Loreto, nef de la basilique

 

En face du portail central se trouvent la nef et l’autel principal, derrière lequel la perspective est bouchée en direction du chœur par le revêtement de marbre de la Santa Casa. Mais en même temps, pour qui est croyant, cette maison de la Vierge juste derrière l’autel est évidemment quelque chose de très fort.

 

914f1 Loreto, la chapelle allemande

 

Le chœur et chacun des bras du transept portent trois chapelles, soit neuf au total. En outre, dans chacun des quatre angles que forme le transept avec la nef et le chœur, il y a une sacristie. Je ne vais pas décrire chacun de ces treize espaces couverts de fresques, de statues, de décorations en tous genres. Je me contenterai de quelques exemples. La chapelle qui constitue le chœur avait besoin d’une grande réfection pour le sixième centenaire et il a été fait appel aux catholiques allemands qui ont répondu avec générosité. On l’appelle donc la Chapelle Allemande. C’est Ludovic Seitz qui en a réalisé la décoration (1892-1902). Toutes les scènes représentées concernent Marie, sur ma photo il s’agit d’une Crucifixion entourée d’une Déposition et d’une Mise au tombeau, mais ce ne sont que des moments de la mort du Christ où Marie est présente et où elle est citée par les évangiles.

 

914f2 Loreto, chapelle du Saint Sacrement

 

914f3 Loreto, chapelle française (ou du Saint Sacrement)

 

La chapelle centrale du bras gauche du transept, décorée au seizième siècle par l’Italien Gasparini avait besoin elle aussi d’un coup de neuf pour ce même sixième centenaire, mais au lieu de rénover les peintures Sacconi a tout gratté, tout effacé pour créer de nouvelles fresques, et l’archevêque de Paris a appelé aux dons des catholiques français mais sous deux conditions, d’une part l’artiste sera un Français, d’autre part les thèmes concerneront l’histoire religieuse de la France, avec saint Louis, les Croisades, etc., ce qui lui vaut d’être appelée la chapelle française. Et comme c’est là que brille la petite lumière rouge, c’est aussi la chapelle du Saint Sacrement. À ce titre, un cerbère m’a dit que si j’entrais je ne saurais prendre la moindre photo, mais que je devrais m’agenouiller et prier. J’ai donc dû me limiter à prendre de l’extérieur la seule partie bien visible, la voûte. C’est l’œuvre de Charles Lameire, qui y a peint des anges portant les instruments de la Passion.

 

914g1 Loreto, chapelle polonaise

 

914g2 Lorette, chapelle polonaise

 

Ce sont les catholiques polonais qui ont été sollicités pour la réfection de la chapelle à droite du chœur, qui était précédemment la chapelle du Saint Sacrement. Sacconi a fait détruire les stucs qui la décoraient, œuvres de Francesco Menzocchi (1545) comme l’étaient aussi les fresques dont certaines ont été sauvées et transférées au musée. Arturo Gatti a travaillé à la nouvelle décoration de 1912 à 1939. Je ne sais pas comment était cette chapelle entre le seizième et le vingtième siècles, mais j’ai du mal à imaginer qu’elle y a gagné en esthétique avec Gatti. Son œuvre est sans doute admirable aux yeux de certains, pas aux miens. Peut-être parce que je ne suis pas capable d’apprécier ce qui me dépasse. Sur un mur (ma première photo), les soldats polonais affrontent les bolchéviques russes sur la Vistule en 1920. On voit à l’arrière-plan Józef Piłsudski à cheval en compagnie des généraux Haller et Rozwadowski tandis que les valeureux soldats polonais bousculent ces faibles soldats bolchéviques et leur drapeau rouge. Ma seconde photo représente la fresque du mur d’en face. Là, nous devons nous reporter à Vienne en 1683. Le petit gros à cheval avec ses airs et son geste de m’as-tu-vu c’est Jean III Sobieski, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, qui entre dans Vienne après avoir défait les Ottomans. Grâce à la Vierge, bien sûr, puisque l’ennemi est musulman. Un soldat polonais brandit l’étendard qu’il vient d’arracher à un Turc. Ces peintures ne sont pas du tout de mon goût, mais c’est mon problème personnel, là n’est pas l’essentiel. Je trouve plus dérangeant que dans une basilique chrétienne, où devrait régner l’esprit de l’évangile selon lequel Jésus prêche l’amour du prochain, tous les hommes étant frères, on exalte la haine du Turc parce qu’il est musulman, du Bolchévique parce qu’il est athée. Car s’il est naturel que l’esprit missionnaire d’une religion tente de convaincre sur le plan de la foi, il ne me paraît nullement nécessaire de représenter la victoire des convictions religieuses sous des formes humaines nationales et militaires.

 

914g3 Lorette, chapelle des ducs d'Urbino

 

914g4 Lorette, chapelle des ducs d'Urbino, Visitation

 

Ici, Sacconi –l’Attila de la basilique– n’a rien détruit. Cette chapelle, à gauche du bras droit du transept, est celle des ducs d’Urbino Guidobald II et François-Marie II della Rovere. Ce sont les artisans du duché qui ont travaillé ici, et Zuccari qui a réalisé les fresques de 1571 à 1584. Dans cette Visitation, la rencontre de Marie et d’Élizabeth, les deux cousines enceintes, le petit chien au premier plan, c’est une scène familière et familiale pleine de naturel.

 

914h1 Lorette, le tabernacle de la chapelle espagnole

 

914h2 Loreto, la chapelle espagnole

 

Juste à côté, au centre du bras droit du transept, c’est la chapelle espagnole, les catholiques de ce pays ayant été sollicités eux aussi pour le sixième centenaire. Ici, Sacconi n’a rien eu à détruire car aux murs ce n’étaient pas des fresques, mais des toiles de Lotto, qui en 1853 avaient été décrochées et transférées au musée. Les fresques, réalisées de 1886 à 1890, sont l’œuvre de Modesto Faustini. Quoique toute la décoration soit due à des artistes italiens, je la trouve très typiquement espagnole, avec ce grand tabernacle noir et doré, ces ors au-dessus des fresques…

 

914h3 Loreto, chapelle espagnole

 

914h4 Loreto, la chapelle espagnole

 

914h5 Loreto, chapelle espagnole

 

Mais pour les fresques elles-mêmes, mieux vaut les voir de plus près. Sur ce panneau que je montrais précédemment, à gauche on voyait Jésus enfant parlant avec sa mère, tandis que devant son établi Joseph rabote une planche. Le panneau de droite représente le songe de saint Joseph. L’évangile raconte que les mages, à l’aller, ont été appelés par Hérode qui leur a demandé de repasser ensuite pour lui dire exactement où était né ce “chef qui paîtra Israël”. Mais un songe les a avertis de ne pas le révéler, et au retour dans leur pays ils sont passés par un autre chemin. C’est alors qu’intervient le sujet de ma seconde photo ci-dessus. Un ange apparaît en songe à Joseph, qui lui dit de fuir en Égypte avec Marie et Jésus, et d’y rester jusqu’à nouvel ordre. Cette fuite en Égypte est le sujet de ma troisième photo. On sait que, furieux d’avoir été trompé par les mages, Hérode a fait tuer tous les petits enfants mâles (Massacre des saints Innocents) et que la Sainte Famille n’est rentrée qu’après la mort d’Hérode. J’aime la fraîcheur de ces fresques, leur naturel, leur vie, mais si l’on considère que Jésus est né le 25 décembre (je sais bien que l’Église a choisi cette date pour des raisons symboliques et qu’elle n’a rien d’historique) et que les mages sont venus à l’Épiphanie, le 6 janvier, alors ou bien Joseph a beaucoup tardé à se mettre en route, ou Jésus était grand pour son âge, parce qu’au moment de la fuite en Égypte il est très avancé pour un nourrisson de quinze jours.

 

914h6 Lorette, chapelle suisse

 

Symétrique de la chapelle des ducs d’Urbino de l’autre côté de la chapelle espagnole, se trouve celle que les catholiques suisses ont financée. Ici non plus, Sacconi n’a pas eu à exercer ses talents de destructeur, parce que les fresques que Francesco Menzocchi avait peintes en 1549-1555 avaient été ôtées dès 1780. Carlo Donati a été chargé des nouvelles fresques, qu’il a peintes de 1935 à 1938. Celle que je montre ici est la Présentation de Marie au temple.

 

914i1 Lorette, sacristie de St-Jean

 

914i2 Lorette, Sacristie de saint Jean

 

914i3 Loreto, sacrestia di San Giovanni

 

Des quatre sacristies, j’en sélectionne seulement deux. La sacristie de Saint-Jean (entre la chapelle polonaise et la chapelle des ducs d’Urbino) a conservé les merveilleuses peintures de Signorelli datant de 1481-1485. La voûte, en huit panneaux, fait alterner les quatre évangélistes et quatre docteurs de l’Église, saint Jérôme, saint Grégoire le Grand, saint Augustin et saint Ambroise et au-dessus d’eux, tout au sommet, ce sont huit anges musiciens. Sur le panneau de ma seconde photo on voit, en haut, deux scènes juxtaposées, à gauche la Présentation de Marie au temple, à droite la Visitation. En bas, c’est l’Annonciation. Enfin, la troisième photo montre le plafond de la sacristie.

 

914i4 Loreto, sacristie de saint Marc

 

914i5 Lorette, sacristie de saint Marc

 

914i6 Lorette, sacristie de saint Marc

 

914i7 Loreto sacrestia di san Marco

 

L’autre sacristie que j’ai choisie se situe entre la chapelle suisse et la nef de la basilique, c’est la sacristie de Saint-Marc. Elle aussi a sauvegardé ses peintures de 1477-1479 par Melozzo di Forli. Ici encore, la voûte est partagée en huit quartiers, et dans chacun d’entre eux Melozzo a peint un prophète. Leur identification ne pose pas de problème, parce que chacun d’entre eux tient en main un panneau avec le passage de sa prophétie (en latin) concernant la passion du Christ. Sur ma photo en qualité originale, que je peux agrandir énormément, je peux lire les noms qu’à l’œil nu j’ai été incapable de déchiffrer. C’est, sur ma photo, de gauche à droite, Jérémie, David, Amos, Zacharie et Abdias. Au-dessus de chacun d’eux un ange porte l’un des instruments de la Passion. Ainsi cet ange qui tient des tenailles est au-dessus du prophète Amos. Et encore au-dessus, difficilement discernables sur ma photo de la voûte, deux petits séraphins (puisqu’ils ont six ailes) pour chaque ange. Chacun a un visage différent, et je les trouve si amusants que je ne résiste pas à l’envie d’en montrer deux couples.

 

914j1 Loreto, corridor de la sacristie page 121

 

Nous regagnons le bras gauche du transept et le long couloir d’entrée, mais au lieu de le suivre pour sortir, tournons immédiatement à droite pour accéder à une petite pièce qui est le corridor de la sacristie. Il s’y trouve quelques tableaux, mais surtout des stucs qui décorent le plafond et le haut des murs et qui sont dus à Francesco Selva qui les a réalisés en 1611. Sur ma photo c’est, bien évidemment, la translation de la Maison de Marie par des anges, et au-dessus, au plafond, entre deux angelots, la colombe du Saint-Esprit symbolise l’Annonciation, qui a eu lieu dans ladite maison.

 

914j2 Loreto, Maison de la Vierge, trésor

 

Si, dans ce corridor, au lieu d’aller vers la sacristie on tourne à gauche, on pénètre dans la salle du Trésor. Tout autour il y a des vitrines, dont je ne montrerai que cette Vierge Noire. Les pèlerins, les visiteurs, ont offert des dons très nombreux et souvent de grande valeur, aussi le pape Clément VIII a-t-il décidé de la création d’une salle destinée à les recevoir. Mais en 1797, quand Bonaparte investit la région, il fait main basse sur ce trésor qu’il expédie en France. Certes, par la suite, il en a rendu une partie, seulement une partie. Et puis en 1974 a eu lieu un grand cambriolage au cours duquel tout ce qui pouvait être détaché, enlevé, transporté, a disparu. Depuis, toutes les nécessaires mesures de sécurité ont été prises mais à mes yeux, vu le peu qui reste, le vrai trésor, c’est la salle.

 

914j3 Loreto, salle du Trésor page 120

 

Comme on le voit, le plafond, les peintures, et jusqu’au travail du bois des vitrines qui sont l’œuvre d’André Coste (1608-1615), tout est superbe. Pour choisir le peintre des plafonds, un concours avait été organisé en 1604, auquel a participé Caravaggio. Et quand Pomarancio a été choisi, Caravaggio furieux lui a lancé en public “Si tu as été sélectionné, c’est avec quelle part de mérite et quelle part de protection?” car la rumeur courait que Pomarancio bénéficiait d’appuis haut placés, mais jusqu’à présent personne n’a pu déterminer s’il avait vraiment bénéficié d’un passe-droit. Quoi qu’il en soit, ce plafond auquel il a travaillé de 1605 à 1610 est une réussite.

 

914j4 Loreto, salle du Trésor Présentation de Marie au te

 

914j5 Loreto, salle du Trésor, Annonciation

 

Voilà deux exemples des merveilleuses peintures de Pomarancio qui a représenté, en suivant l’ordre chronologique des événements, des épisodes de la vie de la Vierge. Je montre ici la Présentation de Marie au temple et un gros plan recadré de l’Annonciation située juste au centre, au-dessus de l’autel.

 

Je compte les photos insérées dans cet article. Il y en a quarante-huit. C’est trop, beaucoup trop. Et pourtant je suis frustré, parce que j’ai censuré et re-censuré mon premier choix pour essayer d’être raisonnable. Mais cette basilique recèle tant d’œuvres splendides…

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Published by Thierry Jamard
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