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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 09:00

922a1 Duomo Santa Colomba (Tempio Malatestiano)

 

922a2 façade du Tempio Malatestiano, Rimini

 

Nous voici dans le Duomo Santa Colomba, la cathédrale de Rimini depuis 1809, qu’il est d’usage d’appeler le Tempio Malatestiano (Temple des Malatesta) depuis le dix-neuvième siècle, quand l’image sulfureuse de Sigismond Malatesta a commencé à être réhabilitée par les historiens. À la différence de certaines langues, le russe par exemple, l’italien ne marque pas le pluriel dans les noms propres (comme le français).  Mais dans le cas présent, pour désigner les membres de la famille Malatesta, on parle des Malatesti (alors qu’en italien, le pluriel des mots en –a se fait en –e, on dit una pizza, due pizze) avec un masculin pluriel, ce qui n’est pas évident même pour un Italien de souche. Je le dis parce que j’ai trouvé cette explication, en langue italienne, à l’attention de lecteurs italiens.

 

Il y avait là, dans un secteur pratiquement inhabité, une chapelle franciscaine du milieu du treizième siècle dédiée à San Francesco d’Assisi. Or voilà qu’au quatorzième siècle les Malatesti choisissent cette chapelle pour en faire la sépulture familiale, et Giotto réalise une série de fresques, aujourd’hui disparues, pour en décorer l’abside. Puis au quinzième siècle, en 1447, Sigismond Pandolfo Malatesta, celui-là qui a construit le château que nous avons vu dans mon premier article sur Rimini, décide d’agrandir cette église en lui adjoignant deux chapelles sur le côté droit. En 1448, Sigismond bat en Toscane Alphonse d’Aragon, échappe à la mort, et décide alors de changer ses plans et de modifier complètement l’église dont il confie les travaux à Leon Battista Alberti. La construction progresse lentement, et en 1460 il est excommunié par le pape Pie II qui l’accuse de trahison, d’hérésie, d’inceste, de sodomie sur la personne de son fils Roberto, etc. Sale coup pour lui (même si tout cela est vrai) et sale coup aussi pour l’église, car alors que les travaux sont encore loin d’être achevés, Sigismond doit se battre contre les armées du pape et des alliés du pape, il perd toutes ses possessions et Rimini passe dans le giron des États de l’Église, ce qui induit pour lui de très graves problèmes de finances et il doit tout arrêter. L’église reste inachevée, et l’on constate que la nouvelle façade ne recouvre pas entièrement l’ancienne. Les marbres qui la recouvrent proviennent de la basilique Sant’Apollinare in Classe, de Ravenne, que nous comptons visiter dans quelques jours. Certes, Sigismond se reconstitue une jolie fortune en allant guerroyer en 1464-1466 contre les Ottomans en Grèce, dans le Péloponnèse, mais il meurt en 1468.

 

922b nef de la cathédrale de Rimini

 

Une vue générale de la grande nef permet de comprendre comment l’église primitive a été étendue en largeur au quinzième siècle par Sigismond. À la différence d’édifices conçus dès le départ pour être constitués de trois nefs où de simples colonnes soutiennent les bas-côtés, ici de véritables murs ont été percés pour donner accès à des chapelles latérales ajoutées. Au fond du chœur, ce grand Christ a été peint par Giotto en 1312.

 

922c1 dans le Tempio Malatestiano

 

922c2 dans le duomo de Rimini

 

922c3 dans la cathédrale Sainte Colombe de Rimini

 

L’église comporte au total huit chapelles, trois à droite et cinq à gauche. Je ne vais pas décrire chacune de ces chapelles en détail, je préfère montrer en priorité ce qui a retenu mon attention. Comme ces amusants angelots jouant dans l’eau mais  dont, à vrai dire, je serais bien embarrassé de devoir donner une explication, sinon que cela justifie l’appellation de Chapelle des Jeux d’enfants. On doit ces sculptures à Agostino di Duccio.

 

922d1 fresque de Piero della Francesca, duomo de Rimini

 

922d2 Sigismond Malatesta, par Piero della Francesca

 

922d3 Saint Sigismond, par Piero della Francesca

 

922d4 fresque de Piero della Francesca, Rimini

 

Sigismond aimait l’art, il l’a prouvé, déjà, en invitant de grands architectes pour construire son château et cette église, et ici nous voyons une fresque réalisée par Piero della Francesca. Elle est signée et datée de 1451, et elle représente Sigismond Pandolfo Malatesta en prière devant saint Sigismond, lequel était un roi de Bourgogne.

 

922e1 Isotta degli Atti e Sigismondo Pandolfo Malatesta

 

922e2 Isotta degli Atti e Sigismondo Pandolfo Malatesta

 

Si l’église était depuis longtemps déjà la sépulture des Malatesti, Sigismond souhaitait l’agrandir pour plusieurs raisons. D’une part, pour manifester sa puissance. Par ailleurs, pour qu’elle puisse être la dernière demeure, au-delà de sa famille, de nobles de sa cour. Quoi que l’on ait dit de lui et de ses péchés contre la religion, peut-être était-il sincère et repentant quand il disait vouloir créer un temple magnifique pour la gloire de Dieu. Mais outre tout cela, ce qui est certain, c’est qu’il voulait l’offrir en présent, et comme sépulture future, à Isotta degli Atti, maîtresse de longue date qui lui a donné quatre enfants, et qu’il a épousée en troisièmes noces après la mort un peu mystérieuse en 1449 de sa seconde femme Polissena, ou en français Polyxène (selon Francesco Sforza, il l’aurait fait noyer par un serviteur, et selon un certain Clementini –mais je ne sais pas qui est ce Clementini– il l’aurait lui-même étranglée en lui serrant une serviette autour du cou. Crime non prouvé, mais il semble qu’il ait envoyé une lettre au pape où il se considérait comme veuf avant même la mort de Polyxène. Toutefois, le duc de Milan, père de Polyxène, n’a jamais exprimé de reproches à l’égard de Sigismond…). Les médailles ci-dessus, que j’ai photographiées au Museo della Città, représentent Isotta et Sigismond.

 

922f1 tombeau d'Isotta degli Atti

 

922f2 tombeau d'Isotta degli Atti

 

Et en effet, Isotta (Yseut) a été ensevelie ici, dans la chapelle du milieu à droite. C’est sa chapelle même si, officiellement, la chapelle a été consacrée à saint Michel Archange. On voit son tombeau sur le mur, avec dans les écussons les deux lettres entrecroisées S et I, que l’on peut prendre pour les deux premières lettres du nom Sigismondo, mais qui sont évidemment les initiales des deux prénoms Sigismondo et Isotta. Ces deux lettres se retrouvent un peu partout dans la décoration de cette église, confirmant que le motif de construction de cette église est bien, partiellement du moins, le désir de fixer dans la pierre cet amour entre les amants devenus époux. Les éléphants qui soutiennent le tombeau symbolisent la force du prince, qui avait pour devise “L’éléphant d’Inde ne craint pas les moustiques”. Et, lorsque j’ai vu ces éléphants, cela m’a soudain rappelé un poème de José-Maria de Hérédia auquel je n’avais pas pensé quoique voyant partout à Rimini le nom de Sigismond Malatesta. Ce sonnet s’intitule Médaille:

 

Seigneur de Rimini, Vicaire et Podestà.

 Son profil d'épervier vit, s'accuse ou recule

 À la lueur d'airain d'un fauve crépuscule,

 Dans l'orbe où Matteo de' Pastis l'incrusta.

 

Or, de tous les tyrans qu'un peuple détesta,

 Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule,

 Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Galéas, Hercule,

 Ne fut maître si fier que le Malatesta.

 

Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe,

 Mit à sang la Romagne et la Marche et le Golfe,

 Bâtit un temple, fit l'amour et le chanta;

 

Et leurs femmes aussi sont rudes et sévères,

 Car sur le même bronze où sourit Isotta,

 L'Éléphant triomphal foule des primevères.

 

922f3 chapelle du tombeau d'Isotta degli Atti

 

922f4 chapelle du tombeau d'Isotta degli Atti

 

922f5 chapelle du tombeau d'Isotta degli Atti

 

922f6 chapelle du tombeau d'Isotta degli Atti

 

922f7 chapelle du tombeau d'Isotta degli Atti

 

Une inscription qui ne figure pas sur les photos que je publie ici, située au-dessus du sarcophage d’Isotta, du blason avec les SI entrecroisés et du casque de pierre, cite la Bible, et plus précisément l’Ecclésiaste: TEMPUS LOQUENDI, TEMPUS TACENDI, soit “Un temps pour parler et un temps pour se taire”. La balustrade qui clôt cette chapelle est hérissée de putti bien potelés que je trouve si amusants que je ne résiste pas à l’envie d’en montrer plusieurs photos.

 

922g1 chapelle des Martyrs, temple Malatesta

 

922g2 chapelle des Martyrs, temple Malatesta

 

922g3 chapelle des Martyrs, Tempio Malatestiano

 

Une autre chapelle, au fond à gauche celle-là, est bordée d’angelots qui ne sont pas aussi amusants. Son mur est orné d’une superbe peinture représentant une tenture bleue étoilée due à une restauration de 1862, sous un grand sarcophage de marbre. Ce sarcophage –qui représente, sur la gauche, Le Triomphe de Minerve (qui symbolise la gloire de la sagesse) et, sur la droite, Le Triomphe de Scipion (qui symbolise les victoires militaires)– n’était certainement pas, à l’origine, destiné à être encastré dans un mur, parce que l’autre grande face est paraît-il également sculptée. C’est sans doute lors de la restauration qu’il a trouvé cet emplacement. L’inscription le dédie MAIORIBUS POSTERISQUE, c’est-à-dire aux ancêtres et aux descendants. Cette chapelle a été créée comme Chapelle des Martyrs, et plus spécifiquement Chapelle du martyre du Christ. Les piliers qui encadrent cette chapelle sont eux aussi supportés par des éléphants, et ils portent à leur base une effigie en bas-relief de Sigismond. Au-dessus, ce sont des prophètes et, comme sur ma troisième photo ci-dessus, des sibylles, qui ont prédit la venue sur terre du Fils de Dieu et sa mort. Tout à l’heure, j’ai cité Agostino di Duccio. Ces sculptures, comme quasiment toutes les autres dans cette église, sont de lui.

 

922g4 Pietà en albâtre 15e s., temple Malatesta

 

Dans cette même chapelle on peut voir cette belle Pietà du quinzième siècle en albâtre, due à un artiste allemand que l’on désigne comme le “Maître de Rimini”. Et parce que cette statue était, et est encore, invoquée pour demander la pluie lors des périodes de sécheresse, on a coutume d’appeler cette chapelle la Chapelle de Notre-Dame de l’Eau (Madonna dell’Acqua).

 

922h1 Duomo de Rimini, dans la chapelle de St-Joseph

 

Nous sommes ici dans la Chapelle de saint Joseph, ou Chapelle des arts libéraux et des sciences, c’est-à-dire le Trivium et le Quadrivium (les trois voies et les quatre voies), selon la définition qu’en a donnée Marcien Capella, un avocat carthaginois du cinquième siècle après Jésus-Christ. En clair, les trois voies représentent les trois arts libéraux, grammaire (le latin), rhétorique et dialectique (la philosophie) et les quatre voies représentent les quatre sciences, arithmétique, géographie, astronomie et musique.

 

922h2 cathédrale de Rimini, sainte Colombe

 

922h3 cathédrale de Rimini, sainte Colombe

 

922h4 cathédrale de Rimini, ours de ste Colombe

 

Et puis, puisque cette cathédrale est dédiée à sainte Colombe, je me devais de montrer sa statue. SANCTA COLUMBA SENONEN, dit l’inscription. Lorsque nous étions à Bari, dans les Pouilles, nous avons vu la momie de cette sainte (ou une sculpture en forme de momie? Car je ne sais pourquoi cette Espagnole décapitée à Sens en Gaule par Aurélien en 273 se retrouverait là-bas), et j’ai longuement raconté son histoire (voir mon article La cathédrale San Sabino de Bari. Octobre 2010). En bref, ayant refusé d’épouser le fils de l’empereur, elle est jetée comme prostituée en pâture aux hommes sous un amphithéâtre, mais lorsque l’un d’eux veut la prendre une ourse destinée aux jeux s’échappe de sa cage et vient la protéger. L’ours(e) est donc, avec la colombe, son emblème.

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Published by Thierry Jamard
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