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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 22:02

Cette merveilleuse côte Amalfitaine, qui est interdite aux camping-cars (discrimination illégale selon la législation européenne, si une camionnette de même longueur et de même poids est autorisée et si les occupants du camping-car ne se comportent pas en campeurs mais roulent sur la route comme n’importe quel automobiliste), nous devons pourtant la voir de près. Nous avons donc loué une petite voiture.

 

 518a Notre Toyota IQ samedi et dimanche

 

À présent, une page de pub. Une petite Toyota IQ, chez Hertz à Sorrento, c’est 72 Euros par jour, quel que soit le jour de la semaine. En consultant le site de

(ou en remplaçant le .com par .fr pour tomber directement sur la page en français), j’ai trouvé cette voiture ("Fiat Panda ou équivalent") pour… 56 Euros ce week-end (deux jours). 144–56=88 Euros d’économie. Et comme cette entreprise allemande n’a pas un seul véhicule à louer, elle sous-traite avec les grands loueurs, si bien que cette voiture était louée par Hertz de Sorrento. La même, avec le même contrat. Fin de la page de pub. Non rémunérée.

 

518b1 La Côte Amalfitaine

 

La péninsule ferme la baie de Naples au sud. Au bout de cette côte, regardant vers Naples et le nord, c’est Sorrento, où nous nous rendons par le train, Circumvesuviana. Amalfi, qui donne son nom à la côte, est au milieu de la côte sud de cette péninsule extrêmement montagneuse. Et pour suivre toute cette côte d’ouest en est nous commençons par franchir la montagne. Ce n’est pas encore la côte, mais c’est déjà magnifique.

 

 

518b2 La Côte Amalfitaine

 

Mais nous voici maintenant en vue de la mer. La route se déroule tout là-haut au bord de la falaise, permettant des échappées qui valent le coup d’œil. Il n’est malheureusement pas toujours possible de s’arrêter, même avec cette toute petite voiture, parce que la route est étroite, en lacets, sans bas-côté et sans parkings panoramiques pour touristes admiratifs. Mais quand même, de loin en loin, il y a une petite aire de stationnement où se trouve déjà la camionnette d’un vendeur de fruits. Double avantage : possibilité d’admirer le paysage en prenant des photos et rafraîchissement de fruits agréables.

 

518c Arrivée sur Praiano

 

Longtemps avant l’entrée dans Positano, les bords de la route sont occupés par des voitures en stationnement (interdit et dangereux). Pas une seule place. Nous sommes contraints de continuer notre route sans nous arrêter. C’est quand même trop bête. Nous voici maintenant à Praiano. Et là, dans une petite rue en forte montée, des places de stationnement dont beaucoup sont libres sont peintes sur le sol et elles sont parfaitement légales parce qu’il y a des parcmètres. Cela vaut la peine de mettre quelques Euros dedans et d’être tranquille.

 

518d1 Praiano, église San Gennaro

 

Sur une vaste place en contrebas de la route, l’église de Praiano est consacrée à San Gennaro, le saint patron de Naples dont le sang se liquéfie quand il sort en procession, et qui est vénéré un peu partout dans les environs.

 

518d2 Praiano, église San Gennaro

 

De face, on ne voit pas ce dôme de l’église, typique des églises de cette côte, décoré d’écailles en terre vernissée. Mais en y regardant bien, on l’aperçoit sur ma photo précédente, quand on voit la ville d’en haut.

 

518d3a Praiano, église San Gennaro

 

518d3b Praiano, église San Gennaro

 

Les lourdes portes de bronze sont décorées de scènes de la vie de San Gennaro. En voici deux. Sur la première, où le saint est livré dans l’amphithéâtre à des lions affamés, on voit les fauves se coucher docilement à ses pieds. J’ai du mal à imaginer que pour son supplice ses bourreaux l’aient laissé porter sa mitre d’évêque ! Et d’ailleurs, je n’ai pas la moindre idée de la date à laquelle cet ornement est devenu l’attribut épiscopal, mais je ne suis pas sûr du tout qu’il ait existé à l’époque de san Gennaro.

 

Sur la seconde photo, il est évidemment mort puisqu’un angelot porte les ampoules contenant le sang recueilli lors de sa décapitation. Lui avance, de dos, sa mitre sur la tête et sa crosse à la main.

 

518d3c Praiano, église San Gennaro

 

Sur chacun des deux battants de chacune des deux portes latérales est fixé un buste d’évangéliste. C’est surprenant mais c’est une idée intéressante et originale. Mais tous quatre se ressemblent fort, et ils sont privés de leurs symboles, l’aigle, le bœuf, le lion et l’homme. Il a fallu que l’artiste grave leur nom sous leur effigie. Peu importe, ça me plaît bien.

 

518d4 Praiano, église San Gennaro

 

La région a une spécialité de carrelages, c’est pourquoi le cloître de Santa Chiara en est tout revêtu, c’est pourquoi les dômes des églises de cette côte en sont ornés, et ici nous voyons que le sol de l’église en est également décoré.

 

518d5 Praiano, église San Gennaro

 

Ceci semble être une chaire, mais elle est en bois, elle est mobile, et le plus curieux est qu’elle n’est pourvue d’aucun escalier, d’aucune échelle. Comment le prêtre y accède-t-il pour prêcher, c’est un mystère. D’ailleurs, même si l’on y applique une échelle, ce ne doit pas être commode car, pas plus que d’escalier, cette chaire ne dispose d’une porte.

 

519a1 Positano

 

519a2 Positano

 

Parce qu’il est trop bête de venir ici pour la seconde fois et, pour la seconde fois, de repartir sans avoir vu Positano, laissant là notre petite Toyota nous prenons un bus qui nous y ramène, sept kilomètres en arrière. La ville est lovée dans un creux de la montagne, et s’étage presque verticalement vers la mer.

 

519a3 Positano

 

Il est surprenant de voir les immeubles s’entasser les uns au-dessus de autres, serrés, et vus d’ici on ne comprend pas bien comment on peut y avoir accès, tant l’espace horizontal entre eux est inexistant, ou presque. On remarque aussi le dôme de l’église, avec ses tuiles vernissées.

 

519b Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

Nous visiterons bientôt Pæstum, un peu plus au sud, anciennement Poseidonia. Or, au dixième siècle, les Sarrasins sont là, ils dévastent Poseidonia et en terrorisent les habitants. Pour sauver leur peau, certains s’enfuient et trouvent refuge dans ce pli de la montagne où ils s’installent, donnant naissance à Positano. Il y avait là une abbaye bénédictine dont l’église était dédiée à Santa Maria Assunta, Sainte Marie Montée aux Cieux, ou Sainte Marie de l’Assomption. L’amplifiant, les habitants de Positano en firent leur église. Et puis à l’époque baroque, comme en témoigne ce dôme, elle a été complètement reconstruite. Entre temps, la paroisse avait absorbé une autre église, aujourd’hui détruite, dédiée à San Vito, aussi l’église actuelle porte-t-elle les deux noms.

 

519c Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

La nef, les bas-côtés, l’abside, le chœur, et jusqu’au dallage, il ne subsiste rien de l’église médiévale.

 

519d Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

519e Positano, Santa Maria Assunta e San Vito

 

Le sud du pays a connu une grande vogue des Vierges à l’Enfant (Vergine con Bambino). Celle-ci, au-dessus du maître-autel, Madonna Regina con Bambino, n’est pas aussi antique que pourraient le laisser penser la position hiératique de face et la profusion de l’or. Par ailleurs, le tissu des vêtements retombe en plis plus souples et plus doux que ce n’était l’usage dans les icônes les plus anciennes.

 

 Quant à ce tableau, que n’accompagne aucune légende explicative, je le trouve amusant. En effet, il s’agit d’une sorte d’intronisation de la Madone de l’icône, que l’on reconnaît très bien. C’est une Madone Reine, aussi est-elle comme une reine, sous un dais, sur une estrade haute de cinq marches. L’officiant qui la couronne, quoiqu’en blanc, ne doit pas être le pape, car il est coiffé non de la tiare mais d’une mitre, et un prêtre (en soutane noire) tient à la main une crosse à laquelle il n’a pas droit, ce doit donc être celle de l’évêque officiant. À gauche, on voit quelques religieuses, des femmes et, tenant à la main des fleurs de lys qu’elles vont ensuite déposer aux pieds de la Madone, des petites filles et des jeunes filles. À droite, il y a aussi quelques femmes, un chœur de petits garçons qui ont la bouche ouverte et qui sont donc manifestement en train de chanter un cantique et, en dehors des prêtres, tout à droite, un seul homme, comme il y en a également un, et un seul, à gauche près du pilier. La dévotion masculine semble bien limitée dès qu’est passé l’âge d’être un enfant de chœur habillé de rouge.

 

520a Amalfi selon Renato Fucini

 

Nous reprenons le bus pour Praiano, en perdant beaucoup de temps parce que nous l’attendons cinquante minutes au milieu d’une foule qui se densifie de minute en minute, si bien que lorsqu’il arrive enfin il ne pourra entasser, serrés comme des sardines en boîte, que la moitié des candidats au voyage. Heureusement pour nous, nous avons pu y accéder. Reprenant la voiture, nous montons vers Amalfi. Parking plein, aucune place. Finalement, c’est sur le port, à quelque distance, que nous trouvons un parking offrant encore quelques places libres. Mais malheureux touristes de l’été lorsque les grandes foules se déplacent pour les vacances, je suppose qu’ils n’ont plus qu’à repartir sans avoir vu Amalfi.

 

Là, à l’entrée de la ville, cette plaque nous convainc qu’Amalfi, c’est comme le Paradis terrestre : "Le jour du Jugement, pour les Amalfitains qui entreront au Paradis, sera un jour comme tous les autres" (Renato Fucini).

 

520b1 Amalfi

 

520b2 Amalfi

 

Amalfi est, elle aussi, une petite ville lovée au creux de la montagne, descendant en étages vers la mer, avec son petit port. C’est joli, coquet, élégant. Et l’ambiance est riche, très riche.

 

520c Amalfi, ruelle

 

La ville elle-même est ancienne et typique, elle a conservé nombre de ses rues du Moyen-Âge, ruelles, escaliers, passages couverts comme des tunnels. Elle était autrefois traversée par la rivière Canneto, mais dès l’époque angevine, dans les années 70 du treizième siècle, elle a été couverte et au-dessus d’elle se sont constituées une rue et une vaste place.

 

520d1 Amalfi, duomo

 

520d2 Amalfi, duomo

 

520d3 Amalfi, duomo

 

Un bâtiment très intéressant d’Amalfi est son Duomo, la cathédrale Sant’Andrea qui date du neuvième siècle, même si elle a été remaniée et agrandie par la suite. Son escalier monumental la situe bien haut, dominant la place et la ville. Sa façade en vaste portique, tant par ses formes architecturales que par sa polychromie, est très orientale d’aspect. Non seulement le passage des Sarrasins n’a pas été sans laisser de traces, mais la côte de la région en général, et Amalfi en particulier, ont depuis toujours tissé des liens d’échanges commerciaux et culturels avec tout le bassin méditerranéen, et en ont subi de multiples influences artistiques et architecturales.

 

Le campanile, lui, est resté inchangé depuis les origines de la cathédrale.

 

520e Amalfi, duomo

 

On pénètre usuellement dans le Duomo par une porte latérale sous le portique, mais au centre, le grand portail de bronze qui reste fermé est magnifique. Sa porte date du onzième siècle, et elle vient de Constantinople. Entre les dévots qui caressent le Christ qui y est représenté avant de se signer et les touristes qui veulent toucher cet endroit poli par les contacts, innombrables sont les mains qui, jour après jour, effacent peu à peu son effigie qui disparaît "d’une marche invisible et sûre", comme dit Sully Prudhomme.

 

520f1 Amalfi, duomo

 

520f2 Amalfi, duomo

 

Lorsque l’on entre, ce n’est pas tant la nef en elle-même qui surprend, mais surtout l’or de son plafond. Il en ruisselle, au point qu’il en éteint presque les fresques qui y sont insérées.

 

520g1 Amalfi, duomo

 

On remarque encore dans cette cathédrale un très bel ambon de marbre qui supporte un grand aigle de saint Jean, les ailes largement déployées. Dans le chœur comme dans les bas-côtés il y a quelques peintures intéressantes, mais qui ne m’ont pas réellement impressionné. Donc, je passe.

 

520g2 Amalfi, duomo

 

En revanche, cette Pietà a retenu mon attention. Je ne peux pas dire que j’en adore le style, avec ce Christ tout sanguinolent, mais je trouve que dans le genre réaliste son auteur a mis toute la gomme. Jésus a été flagellé, frappé, giflé, il est tombé trois fois, aussi est-il logique, si l’on n’opte pas pour une représentation stylisée, de représenter son corps meurtri. Les plaies sanguinolentes, les bleus, les écorchures, apparaissent sur tout son corps, son visage est tuméfié. Comme, en outre, on ne se l’imagine pas trop en bon vivant, aimant la bonne chère et sirotant avec délices son verre de vin quoiqu’il ait jugé souhaitable, lors des noces de Cana, de changer l’eau en un excellent vin, comme, par ailleurs, une semaine auparavant il terminait quarante jours de retraite dans le désert, il devait, lors de sa Passion, être mince et svelte, aussi le sculpteur l’a-t-il représenté extrêmement maigre et efflanqué, les côtes saillant sous la peau, les jambes, les cuisses, les bras presque décharnés. Cela en fait une image impressionnante. Quant à Marie, tout en noir jusqu’à sa couronne de Reine des Cieux, mais en habit de cour que je situe, au jugé, fin seizième, début dix-septième siècle (ce pourrait être la tenue de la Reine Margot, je pense), elle ne porte pas son fils sur ses genoux, mais elle le veille, elle est éplorée, son mouchoir à la main, et elle s’adresse à Dieu, on voit comment elle lève les yeux vers le ciel, et ses bras sont ouverts en signe de prière et d’imploration. Son visage est ravagé par la douleur. Je trouve tout cela remarquablement exprimé.

 

520h Amalfi, acteur célèbre

 

En ressortant de la cathédrale, nous redescendons sur la place et nous nous attablons à la terrasse d’un bar pour nous rafraîchir. Sur l’escalier du Duomo et en bas sur la place, ont été installés des projecteurs, ainsi que de grosses boîtes qui, avec leur nom de "fog" et quelque chose, doivent être des machines à produire de la fumée. Enfin, au bas des marches, deux hommes sont en train de monter une grosse caméra sur son trépied. Et tandis que nous sirotons notre citron pressé, un couple s’approche, passe auprès de notre table pour aller s’installer à une table à l’intérieur, mais soudain une nuée de jouvencelles venues je ne sais d’où se jettent sur lui, délaissant complètement la femme qui l’accompagne. Lui, souriant, aimable, patient, accepte de se prêter à leur jeu et se laisse photographier, à coup de petit appareil numérique ou de téléphone portable, en compagnie de l’une ou de l’autre. Son visage me dit quelque chose, mais je suis incapable de mettre un nom dessus. Nous posons la question au garçon quand il vient se faire payer, il nous dit que c’est une vedette de la télévision, mais qu’il ne se rappelle pas son nom. Ce soir, sur Google, j’ai cherché des images d’acteurs italiens, et je ne l’ai reconnu nulle part. Nous resterons donc sur notre faim. Si j’ai le bonheur que quelqu’un me lise et l’identifie…

 

520i1 Amalfi, film à la cathédrale

 

Nous restons un peu à regarder, parce que maintenant notre acteur, qui s’est passé de boire au café, ou alors peut-être un espresso au zinc en un instant, part retrouver les techniciens. Et nous assistons à des répétitions. Un homme qui a passé un bon moment à bricoler quelque chose dans le clocher redescend en rappel, non sans effectuer quelques figures de danse aérienne. Il tournoie dans l’air, il court de gauche à droite à l’horizontale sur la façade, il fait des pirouettes.

 

520i2 Amalfi, film à la cathédrale

 

Sur les marches, un homme en échasses est tenu à la taille par deux fortes cordes et derrière lui, de part et d’autre, un homme et une femme tiennent l’autre extrémité des cordes et les agitent avec violence, comme pour déséquilibrer celui qui descend l’escalier sur ses échasses.

 

Nous restons un moment à regarder, mais vu la disposition du système d’éclairage, il est probable que ce n’est pas pour compléter ou pour équilibrer la lumière naturelle, mais bien plutôt pour commencer à tourner à la nuit. Aussi décidons-nous de rentrer sans attendre la réalisation des prises de vues. Demain, nous reviendrons. Pas ici exactement, mais tout près, à Ravello, pour finir notre visite de la Côte Amalfitaine.

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Published by Thierry Jamard
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