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13 juillet 2014 7 13 /07 /juillet /2014 09:00

            899a Pinacothèque Averof à Metsovo

 

Dans mes articles précédents, j’ai parlé d’Evangelos Averof, ce politicien et écrivain né à Larissa mais dont les origines sont profondément enracinées à Metsovo, et qui a fait beaucoup pour son village. Aujourd’hui, dans le beau bâtiment en pierre de pays que montre ma photo, nous allons visiter sa pinacothèque. Peintures, dessins, gravures, sculptures, ce sont 250 œuvres d’art qui sont exposées, donnant une idée de la production des grands artistes grecs des dix-neuvième et vingtième siècles.

    899b Georges Averof, 1874 

 

Commençons par la peinture. Ma sélection ne répond pas à d’autres critères que mon goût personnel. Et par ailleurs, ne sachant pas comment ordonner cette sélection d’œuvres, je les ai classées de façon très arbitraire et assez stupide par ordre de naissance de leurs auteurs. Et le hasard des dates me fait commencer par ce portrait de Georges Averof en 1874 (il a vécu de 1815 à 1899), donc âgé de cinquante-neuf ans. J’ai évoqué cet oncle d’Evangelos, et j’ai dit que j’aurais très probablement de nouveau l’occasion de parler de lui. L’auteur du tableau est Spyridon Prosalentis, né en 1830 et mort en 1893.

 

    899c1 Pantazis, Gamin mangeant une pastèque 

 

C’est Périclès Pantazis (1849-1884) qui a peint en 1880 ce Gamin mangeant une pastèque. J’aime particulièrement l’attitude et l’expression de ce gamin aux pieds aussi sales que son pantalon.

 

    899c2 Lembesis, La Petite fille aux pigeons 

 

Né la même année 1849 mais mort bien moins jeune en 1913, Polychronis Lembesis a représenté La Petite fille aux pigeons, une scène de genre comme la précédente, et de la même façon saisie sur le vif dans la rue. Cette enfant nu-pieds, au regard et au sourire malicieux, entourée de pigeons qui volettent autour d’elle, constitue un tableau plein de vie.

 

    899c3 Theodoros Rallis, Bain oriental 

 

Ce Bain oriental est de Theodoros Rallis (1852-1909). Le tableau n’est pas daté, mais il correspond bien au goût orientaliste si fréquent au dix-neuvième siècle. De plus, la Grèce est certes émancipée de l’Empire Ottoman, mais il s’y promène dans l’imaginaire, de même qu’en Europe occidentale, le fantasme du harem et de ses délices. Et ces baigneuses à la peau blanche se donnant lascivement aux soins esthétiques d’une esclave noire tout en discutant tranquillement sont le parfait reflet de ce fantasme.

 

    899c4 Iakovidis, La Reine Sofia 

 

Il n’y a évidemment aucun point commun avec ce tableau de Georges Iakovidis (1853-1932) qui représente la reine Sofia (1870-1932) en 1915, âgée de quarante-cinq ans. D’abord, il y a le grand cadre doré qui est couronné. Et puis il y a cette reine très droite, très consciente de ce qu’elle représente. Elle est la fille du Kaiser Frédéric III, une famille qui ne plaisante pas. Elle a épousé Constantin, le fils de Georges I, du temps où régnait encore son père (1889), puis elle est devenue reine des Hellènes en 1913 lorsque Constantin monte sur le trône après l’assassinat de son père à Thessalonique. Elle fera tout pour être reconnue comme reine dans ce pays. De confession luthérienne, elle se convertit à l’orthodoxie, causant une brouille très grave avec son frère devenu Kaiser. Elle apprend la langue grecque et, même si elle ne l’utilise pas en privé, elle peut s’adresser à la population dans la langue du pays. Elle s’investit très fortement dans une politique sociale, et pendant la guerre elle se fait infirmière et soigne personnellement nombre de blessés, et de façon plus officielle elle crée hôpitaux et dispensaires. Quoique bénéficiant d’un préjugé favorable au moment de son mariage (on m’a raconté une tradition qui voulait que si un monarque nommé Constantin, comme celui qui avait fondé Constantinople, épousait une Sophie, comme la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, les Grecs rentreraient en possession de la ville, tombée entre les mains des Ottomans en 1453), et malgré tous ses efforts, le fait qu’elle soit une Hohenzollern, et que l’Allemagne soit l’alliée de l’Empire Ottoman, le pire ennemi de la Grèce, la fait regarder de travers par la population.

 

Le 15 août 2011, nous étions dans l’île de Tinos, et j’écrivais à ce sujet que “pendant la Première Guerre Mondiale, en 1915, le roi Constantin Premier était à l’article de la mort, le prêtre lui avait déjà administré l’extrême onction quand on mit dans sa chambre l’icône miraculeuse [de la Vierge] apportée de Tinos de toute urgence par un bateau envoyé par le Gouvernement. Dès que le roi eut embrassé l’icône […], son état s’est considérablement amélioré et, guéri, il vivra jusqu’en 1923”. La conversion de Sofia à la religion orthodoxe devait, outre son aspect politique, avoir été sincère (ou l’être devenue au cours des années), car suite à cette guérison elle offre un de ses saphirs à l’icône.

 

    899c5 Savvidis, Musulmans agenouillés

 

Facture très différente pour ce tableau de Syméon Savvidis (1859-1927), Musulmans agenouillés, qui se rattache à ces recherches dans la technique picturale que l’on retrouve chez nombre d’artistes du dix-neuvième siècle.

 

    899d1 ROÏLOS, Bataille de Pharsale (guerre de 1897) 

 

    899d2 ROÏLOS, Bataille de Pharsale (détail) 

 

    899d3 ROÏLOS, Bataille de Pharsale (détail) 

 

Ce grand tableau représente tant de choses qu’il nécessite d’être regardé de près, scène par scène. C’est l’œuvre de Georges Roïlos (1867-1928). Il représente, dans un style très classique, la bataille de Pharsale, en Thessalie. Non pas, évidemment, celle qui a opposé César à Pompée en 48 avant Jésus-Christ (tout, dans les uniformes, les moyens techniques, etc., évite la confusion), mais un épisode de la guerre gréco-turque en 1897. Le tableau, lui, est de 1901. La Crète est encore occupée par les Ottomans, et s’est révoltée. Georges I envoie son fils Constantin pour soutenir les insurgés, mais les Grecs sont repoussés. Alors il conviendrait de se venger en allant attaquer les Turcs en Thessalie. Et là l’armée grecque est attendue par une armée ottomane plus nombreuse et mieux entraînée. C’est une défaite cuisante. On voit ici notamment un blessé que l’on emmène sur un chariot, les nuages de fumée provoqués par les explosions, de grands mouvements de troupes que l’on tente de rassembler.

 

    899e1 Nikolaos Alectoridis, L'Athée 

 

Je trouve très intéressant ce tableau de Nikolaos Alectoridis (1874-1909) intitulé L’Athée. Près du lit tout un tas de livres donnent à supposer que l’homme couché a lu les philosophes et s’est constitué une idée matérialiste du monde. Il semble malade, peut-être mourant, et un prêtre orthodoxe à la longue barbe vient pour lui administrer les derniers sacrements ou au moins pour discuter avec lui, et l’on voit que le dialogue entre les deux hommes est intense, même si le peintre a voulu poser son sujet sur le plan de l’échange d’idées dont les fondements sont diamétralement opposés plutôt que comme un rejet de l’athée à l’égard d’un pope qui insisterait pour tenter une conversion face à la peur de la mort.

 

    899e2 Paysanne de Corfou (Marcos Zabitzianos) 

 

Ici, nous trouvons des tons forts pour cette huile sur bois représentant une Paysanne de Corfou. Elle n’est pas occupée à des travaux ménagers ou agricoles, elle est là tout simplement comme s’il s’agissait de la description de son costume, et pourtant c’est tout un caractère qui émane de ce tableau de Marcos Zabitzianos (1884-1923).

 

    899f1 Ikonomou, La Maison qui rêve 

 

J’aime également beaucoup, dans sa simplicité et dans sa force, cette Maison qui rêve, une huile sur carton de Michael Ikonomou (1888-1933).

 

    899f2 Gounaropoulos, Eleftherios Venizelos 

 

Tout à l’heure, j’ai parlé de la reine Sofia, de Georges I et de Constantin I, et avec ce portrait d’Élefthérios Venizélos, une huile sur carton de Georges Gounaropoulos (1890-1977), nous revenons à la politique de cette période. Venizélos est un Crétois, né en 1864 et député de Chania en 1889 au sein de cette assemblée crétoise qui avait acquis une certaine autonomie tout en restant sous domination ottomane. En 1897 il participe activement à l’insurrection dont j’ai parlé au sujet du tableau représentant Pharsale. Son activisme pour le rattachement de la Crète à la Grèce lui vaut d’être appelé à assumer en Grèce les fonctions de premier ministre à partir de 1910 et lors des Guerres Balkaniques et de la Première Guerre Mondiale. Mais avec Constantin, prince chef des armées puis roi, l’entente n’est pas au rendez-vous. En effet, Venizélos penche nettement du côté de l’Angleterre et de l’Entente alors que Constantin est marié avec la sœur du Kaiser l’allié des Ottomans et il est clair que son cœur est du côté allemand, même si Sofia est aussi la petite-fille de la reine d’Angleterre. Finalement, Constantin démet Venizélos. Ce dernier crée un gouvernement parallèle concurrent à Thessalonique, protégé par les troupes de l’Entente. Le gouvernement français parvient à forcer le roi à abdiquer et Venizélos revient à Athènes. Il était temps, au moment de l'armistice la Grèce se trouve du côté des vainqueurs de la guerre. Après cela, il connaîtra des fortunes contrastées, tantôt parti en exil tantôt revenu comme premier ministre. Il meurt en exil à Paris en 1936.

 

    899f3 Tetsis, La Maison de Kriezis à Hydra 

 

C’est Panagiotis Tetsis (né en 1925) qui a peint en 1984 La Maison de Kriezis à Hydra. Ce Kriezis (1796-1865) est un héros de la Guerre d’Indépendance grecque, qui par la suite sera ministre de la Guerre, puis premier ministre. Indépendamment de ces détails biographiques sur l’ancien occupant de la maison, ce tableau à grandes touches de couleurs vives rend bien l’atmosphère de l’île.

 

    899f4 Kondogiannis, Jeunes filles aux bicyclettes 

 

Quant à ces Jeunes filles aux bicyclettes, un acrylique de 1994 dû au pinceau de Costas Kondogiannis (1926-2000), peint comme un diptyque dans deux cadres, cette fois-ci nous avons un graphisme résolument contemporain, sans parler du sujet lui-même, jeans, baskets, style de coiffure.

 

899f5 Manousakis, ''Avec Dodone pour motif''

 

Avec Dodone pour motif est une huile sur bois de 2001 dont l’auteur est Michalis Manousakis. La pinacothèque n'indique pas sa date de naissance. Le titre est censé donner une clé pour interpréter le tableau. Parce que Dodone est un sanctuaire d’Épire où Zeus rendait des oracles sous un chêne (cf. l’article de mon blog Île de Ioannina et Dodone, en date du 28 décembre 2010), et quoique l’arbre représenté ne ressemble pas beaucoup à un chêne, je suppose que l’on doit voir ici la communication entre le cerveau de l’homme et le feuillage de l’arbre, les oracles allant de l’arbre du dieu à la conscience du consultant. Si ce n’est pas cela… je donne ma langue au chat.

 

899f6 Le Voyage en Épire (Kharos, 2002)

 

La pinacothèque ne donne pas non plus de date pour Manolis Kharos, l’auteur de ce Voyage en Épire, toile qu’il a peinte en 2002. Le trait est si simplifié, les couleurs tellement fondues que le tableau est à peine figuratif, et pourtant il parvient à merveille à rendre l’atmosphère de cette région du nord-ouest de la Grèce.

 

899f7 Le Jardin du Luxembourg (Prekas, 1963)

 

Autre technique, l’aquarelle dont ma sélection ne présente qu’un seul exemple, ce Jardin du Luxembourg, peint en 1963 par Paris Prekas (1926-1999). Je trouve intéressant de voir le regard d’un étranger sur ce jardin que je connais si bien, pour l’avoir traversé chaque jour à la même époque, c’est-à-dire au temps de mes études, pour me rendre de la gare Montparnasse à la Sorbonne et retour. Peut-être le hasard a-t-il fait que je le voie en train de réaliser cette œuvre que je contemple aujourd’hui à Metsovo?

 

899g1 Khalepas, Œdipe et Antigone

 

Quelques dessins, à présent. Ayant beaucoup travaillé sur le mythe d’Œdipe, je ne pouvais manquer de tomber en arrêt devant de dessin au crayon de Giannoulis Khalepas (1851-1938) daté dans la fourchette 1920-1925 et intitulé Œdipe et Antigone. Lorsqu’il a enfin compris que l’homme qu’il a tué sur la route de Delphes était Laïos, son père, et que Jocaste, la reine de Thèbes veuve récemment qu'il avait épousée, était sa mère, lorsqu’en outre il trouve Jocaste pendue parce qu’elle aussi vient de comprendre, Œdipe saisit sur le corps de sa femme la fibule qui fixe son vêtement sur son épaule et s’en enfonce la pointe dans les yeux, pour s’aveugler et ne plus voir ce monde où il a commis un parricide et un inceste. Il quitte alors Thèbes, qu’il a souillée de son double crime, guidé par Antigone, la plus jeune des quatre enfants qu’il a eus avec Jocaste et qui sont en même temps ses demi-frères et sœurs. Il va errer en compagnie d’Antigone en direction d’Athènes et, alors qu’il traverse le bois sacré de Colone, au nord de la ville, il est enlevé par les dieux et disparaît à la vue. Antigone rentrera seule à Thèbes.

 

899g2 Galanis, Paysage à Cassis (1928)

 

Autre œuvre réalisée en France, mais à l’autre bout du pays, Paysage à Cassis, daté 1928, est un camaïeu –technique de gravure sur bois– de Dimitrios Galanis (1879-1966). Le graphisme nerveux, la composition, le mouvement, tout cela me plaît bien et justifie mon choix, mais à vrai dire, quoique je ne sois pas de cette région de France, je ne la ressens pas du tout de la même façon que Galanis.

 

899g3 Giannoukakis, Petit pêcheur

 

Cette eau-forte de 1940 intitulée Le Petit pêcheur est de Dimitris Giannoukakis (1903-1984). Comme, au début, en peinture, je montrais un Gamin mangeant une pastèque et La Petite fille aux pigeons, de même nous avons ici un dessin d’un jeune garçon dans son cadre de vie.

 

899g4 Christ (Polyclitos Rengos, 1948)

 

Revenons à un dessin au crayon pour ce Christ de 1948 par Polyclitos Rengos (1903-1984). Sur un type de représentation très classique, visage allongé, cheveux longs, barbe, Rengos a donné un vrai caractère à ce Christ dont la bouche est arquée en une moue tandis que le regard exprime l’angoisse.

 

899g5 Korogiannakis, Équipe de nuit (1938)

 

C’est une gravure sur bois, cette œuvre de 1938 d’Alexandros Korogiannakis (1906-1966) qu’il a appelée Équipe de nuit. Cette technique qui consiste à représenter l’ensemble en noir, seuls les contours ressortant en clair, rend merveilleusement l’ambiance de la nuit, et accentue la dureté du travail de nuit. On distingue les équipes s’activant sur une voie de chemin de fer, et au premier plan cet ouvrier avec son marteau-piqueur résume la pénibilité de cette situation.

 

899g6a Moschos, L'Église Paraportiani à Mykonos


899g6b église Paraportiani à Mykonos

 

Autre gravure sur bois, qui date de 1937: L'Église Paraportiani à Mykonos, datée de 1937 par Georges Moschos (1906-1990). Cette très curieuse église constituée de la fusion de cinq petites églises (mon article Mykonos daté 15 et 16 mars 2011) est l’une des curiosités de l’île. Et puisque je suis très en retard dans mes publications, je peux ajouter ici une de mes photos prise le 18 avril 2014 sous un angle proche: l’artiste a en effet légèrement réinterprété la réalité. N’est-ce pas le propre de l’art, de faire passer la réalité au travers du regard de l’artiste?

 

899g7 Chevaux (mosaïque de Dimitris Vafiadis, 1992)

 

Tout autre est la technique de la mosaïque. C’est celle qu’a choisie Dimitris Vafiadis (né en 1950) pour cette œuvre de 1992 intitulée (on pourrait le deviner!) Chevaux.

 

899h1 Georges Vroutos, Amalia Landerer Averof

 

Et nous passons à la sculpture, repartant en arrière dans le temps avec ce buste en bronze d’Amalia Landerer-Averof réalisé par Georges Vroutos (1843-1908). Il s’agit de l’épouse du grand-père –Mikhaïl Averof– de cet Averof qui a créé la pinacothèque où nous sommes. Elle est la fille d’un Bavarois, Xavier Landerer marié à une Grecque, qui exerçait à l’université d’Athènes comme professeur de chimie. Rien ne dit la date de ce buste, traité à la manière antique avec un chiton grec élégamment drapé, dans un style que Vroutos a acquis auprès de ses maîtres –bavarois– de l’école d’art, mais Amalia est née en 1847 et morte en 1923. Par ailleurs, elle porte à peu près le même âge que sur un tableau exposé dans la même pinacothèque (peut-être un petit peu plus) et daté de 1879.

 

899h2 Zevgolis, Buste d'un vieil homme

 

Ce Buste d’un vieil homme est dû à Grigorios Zevgolis (1886-1950). La finesse de la réalisation et du travail du bronze, par exemple dans les moustaches ou dans les plis du cou, accentue le réalisme, mais surtout j’aime l’expressivité du visage, ce regard qui parle.

 

899h3a Titsa Chrysochoïdi, Femme au bain, 1956

 

899h3b Titsa Chrysochoïdi, Nausicaa, 1967

 

La pinacothèque présente plusieurs œuvres de Titsa Chrysochoïdi (1906-1990) qui toutes me plaisent, mais parmi lesquelles j’ai dû me limiter à n’en choisir que deux. Cette grande artiste, l’une des premières femmes grecques à se consacrer uniquement à la sculpture, fait pourtant l’objet de bien peu de publications, à part un ouvrage traduit dans plusieurs langues et édité par le Musée Benaki d’Athènes. On dit essentiellement qu’elle a eu pour maître Maillol, à quoi on ajoute tout un fatras de mots qui, pour les spécialistes, sont certainement pleins de sens et de force, mais qui pour moi, pauvre ignorant, ne sont que verbiage. Je laisse donc la plasmation organique et sensuelle, l’immédiateté de la représentation, la suprématie du volume sur l’espace. La première sculpture de mon choix, intitulée Femme au bain, est de 1956. Titsa Chrysochoïdi s’est spécialisée dans la représentation de la femme (elle et sa sœur, des danseuses, etc.), et si elle a appris de Maillol elle s’en écarte en donnant au corps moins de dynamisme, et à ma connaissance jamais les positions originales et peu réalistes des femmes de Maillol. Le mouvement de cette femme est gracieux, je trouve remarquable cette alliance de modernisme et de classicisme. Je pourrais en dire autant de la statue de ma deuxième photo, qui date de 1967 et représente Nausicaa, cette princesse phéacienne de l’Odyssée d’Homère, que l’on situe sur l’île de Corfou et qui a accueilli Ulysse après son naufrage (voir mon article Tour de Corfou, daté du 11 au 13 décembre 2010).

 

899h4 Khatzikyriakos, Fille avec une corde à sauter

 

À la fois plus stylisé et moins élégant, ce bronze de 1948 intitulé Fille avec une corde à sauter est de Nikos Khatzikyriakos-Ghikas (1906-1994). Cette sculpture retrouve le dynamisme, exprime le mouvement sans s’attacher à l’esthétique du corps féminin.

 

899h5 bronze de Sarandis Karavouzis, Couple

 

Sarandis Karavouzis (1938-2011) a intitulé cette sculpture en bronze Couple. Or ce couple, qui devrait ne faire qu’un, est fracturé, non qu’il juxtapose l’homme et la femme à quelque distance l’un de l’autre, mais en coupant net, verticalement depuis l’épaule, le bras et le flanc gauches de l’un, le bras et le flanc droits de l’autre. Je pense qu’il faut y voir le fossé qui sépare les deux moitiés du couple, fossé constituant une amputation.

 

899h6a de la série ''Mes fantômes'' (Papagiannis)

 

899h6b Papagiannis, ''Mes fantômes'' (détail)

 

Il ne faut pas avoir des goûts trop classiques pour être fanatique de cette œuvre de Theodoros Papagiannis (né en 1942) de la série qu’il intitule “Mes fantômes”. Cette œuvre est évidemment porteuse d’une très forte charge symbolique, quand on rapproche le titre des matériaux qui ont servi à sa réalisation. Il est dit, en effet, qu’il a utilisé des restes carbonisés du Polytechneio et autres matériaux recyclables. Le Polytechneio, c’est l’Institut Polytechnique de l’université d’Athènes, dont les grilles et les portes ont été défoncés par les chars de la Dictature des Colonels, écrasant au passage les deux jambes d’une étudiante. J’aurai très bientôt l’occasion de reparler de ce sculpteur grec célèbre bien au-delà des frontières de son pays, lorsque je consacrerai un article à une exposition de ses œuvres à Ioannina.

 

899h7 Homme de Metsovo assis sur un banc (Rokos)

 

C’est Kyriakos Rokos (né en 1945) qui a représenté dans le bronze cet Homme de Metsovo assis sur un banc. L’artiste a beau être tout à fait contemporain, nous sommes revenus au réalisme, et à la représentation quasiment ethnologique d’un type régional. C’est peut-être un petit peu trop “cliché touristique” à mon goût, même si, il y a un instant, je me disais très classique.

 

899h8a Torse (Giorgos Khouliaras, 2010)

 

Cette sculpture a une histoire particulière. Nous venons tout juste de voir une œuvre de Theodoros Papagiannis, l’un de ses “fantômes”, et une autre de Kyriakos Rokos, cet Homme de Metsovo assis sur un banc. Or ces deux artistes, ainsi qu’un troisième, Giorgos Khouliaras, étaient invités par le musée Averof pour trois semaines à Metsovo, du 21 août au 10 septembre 2010, afin d’y réaliser une œuvre originale utilisant comme matière première le bois, qui est le matériau de l’artisanat traditionnel dans la région, et ce Torse présenté sur ma photo est de ce dernier artiste qui l’a réalisé pendant cet “Atelier ouvert de sculpture/ Rencontres créatives 2010”. Le nom d’Atelier ouvert tient au fait que les artistes devaient travailler chaque jour dans la cour du musée, de sorte que les passants et les amateurs pouvaient non seulement observer de près le processus de création artistique, mais aussi entamer un dialogue avec ces trois artistes.

 

899h8b Giorgos Khouliaras travaillant sur ''Torse'' (2010)

 

Et puisque ces explications, que j’ai pu lire auprès du Torse de Giorgos Khouliaras, étaient accompagnées de cette photo, je pense qu’il est intéressant d’ajouter ici cette image de l’artiste au travail.

 

899i1 Atelier pour enfants, Metsovo

 

899i2 Atelier pour enfants, Metsovo

 

899i3 Atelier pour enfants, Metsovo

 

Pour terminer, il me faut parler d’une autre initiative très intéressante. Une pièce de la pinacothèque est réservée au travail des enfants. Ainsi, nous avons vu dans mon précédent article qu’il existait à Metsovo une très active et très fréquentée bibliothèque pour enfants, et à présent c’est un atelier de création artistique. Metsovo est un petit village perdu dans la montagne, mais les enfants y ont la possibilité de se développer intellectuellement et artistiquement bien mieux que dans beaucoup de grandes villes. Et cela, c’est merveilleux.

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Published by Thierry Jamard
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A. 05/11/2015 07:44

J’ ai été surprise de découvrir un article si développé sur un objet si spécifique, par quelqu’un pas natif de Metsovo ou, au moins de Grèce. j'ai bien aimé votre mentions a P. Tetsis, M. Ikonomou et G. Khalepas, mais je vous remercie surtout pour votre notes brillantes sur les gravures des D. Galanis, D.Giannoukakis, A. Korogiannakis, et G. Moschos, artistes malheureusement assez oubliés ici.

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