Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 11:41
774a Athènes, vue de la Galerie Nationale
 
Aujourd’hui nous sommes allés voir le stade olympique sans y entrer, puis nous avons marché assez loin jusqu’à une entrée du cimetière central, avons dû le traverser de part en part pour trouver la tombe de Schliemann, l’avons retraversé pour ressortir par la même grille, nous sommes arrêtés un moment à manger une crêpe dans un bar, et sommes enfin allés à la Pinacothèque Nationale. Stade et cimetière ont fait l’objet de mon précédent article, ici je vais parler de quelques unes des innombrables œuvres d’art que nous avons vues. Parmi les sculptures et les tableaux, il y en a quelques uns que je n’aime pas, mais il y en a beaucoup que j’adore. La sélection a été dure. Tout à la fin, j’ai même rajouté deux œuvres que j’avais éliminées mais je les regrettais trop…
 
774b1 Auguste Rodin, Le Fils prodigue (vers 1884)
 
Commençons par quelques sculptures, et d’abord des œuvres d’étrangers. Celui-ci est français, c’est Auguste Rodin (1840-1917). Ce bronze s’intitule Le Fils Prodigue et a été réalisé vers 1884.
 
774b2 Emile-Antoine Bourdelle, Pallas Athéna (après 1889)
 
Un autre Français, c’est Émile-Antoine Bourdelle (Montauban 1861- Le Vésinet 1929) qui a sculpté à une date non précisée mais postérieure à 1889 ce bronze représentant Pallas Athéna.
 
774c1 Leonidas Drosis, Pénélope (1873)
 
Ce n’est pas de ma faute si les sculpteurs étrangers représentés ici sont français… Mais passons aux sculpteurs grecs. Ce marbre de 1873 représentant Pénélope est de Léonidas Drosis (1834-1882). Il y a ailleurs une autre Pénélope, de 1949, par Bella Raftopoulou (1902-1992). C’est un buste jusqu’à la ceinture, nu, assez inexpressif. Je préfère de loin l’œuvre de Drosis qui montre une Pénélope triste et désemparée.
 
774c2 Nikolaos Gysis, Fille qui a froid (1898)
 
774c3 Nikolaos Gysis, Fille qui coud (1898)
 
Deux vitrines présentent des statuettes de plâtre doré et peint, que je trouve très expressives. J’ai choisi cette Fille qui a froid et cette Fille qui coud (toutes deux de 1898). Elles ont été réalisées par Nikolaos Gysis (1842-1901). Né dans l’île de Tinos, ce fils de domestique a obtenu d’un monastère de l’île une bourse pour aller étudier l’art à Munich. Il s’y est rendu avec un compatriote de Tinos, en compagnie de qui il avait déjà étudié à l’école des Beaux-Arts d’Athènes, tous deux étant disciples, dans le même atelier, du peintre Karl von Piloty. Cet ami a nom Nikephoros Lytras, et je vais en parler tout à l’heure. Tous deux ont été fortement impressionnés en découvrant la peinture de Courbet lorsque celui-ci vint exposer à Munich en 1869. À l’été 1873, Gysis, en compagnie de son ami Lytras, a effectué un voyage en Asie Mineure d’où tous deux ont tiré une veine orientalisante. En 1876, ils sont tous les deux à Paris, mais ensuite Gysis retourne travailler à Munich, où il mourra en 1901, tandis que Lytras restera à Athènes.
 
774c4 Yannoulis Chalepas, Médée III (1933)
 
Dans une grande vitrine on peut voir plusieurs sculptures de plâtre de Yannoulis Chalepas (1851-1939). Je les trouve d’intérêt inégal. Par exemple, je n’aime pas son Aphrodite. Je préfère montrer ici sa Médée III de 1933.
 
774c5 Christos Kapralos, Mère assise (1962)
 
Et pour finir avec la sculpture j’en viens à l’époque contemporaine, avec cette Mère assise de Christos Kapralos (1909-1993), bronze réalisé en 1962. Le musée l’a placé dans le grand hall d’entrée.
 
774d1 attribué à Lambert Van Noort, L'Auto-sacrifice de M
 
Concernant la peinture, je procéderai comme pour la sculpture, à savoir que je commence par les peintres étrangers pour après voir un peu ce que font les Grecs, que les profanes comme moi ne connaissent pas suffisamment. Que ce soit au Louvre, au Rijksmuseum, au Prado etc., ils sont un peu snobés. Par conséquent, après cinq œuvres d’étrangers classées par date, je vais (modestement) essayer de réparer cette injustice. Nous commençons par une grande toile attribuée à Lambert Van Noort (vers 1520-1570). On voit L’Auto-sacrifice de Marcus Curtius. Puisqu’il ne s’agit, à défaut de signature, que d’une "attribution" à ce peintre, la date manque aussi. Ce que cette toile représente, je vais demander à Tite-Live de le raconter (comme je n’ai pas trouvé le texte latin, je prends la traduction de Corpet-Verger et Pessonneaux des éditions Garnier). On est à Rome, sur le forum, en l’an 362 avant Jésus-Christ. "On dit qu'un tremblement de terre ou toute autre cause ouvrit un vaste gouffre vers le milieu du Forum dont le sol s'écoula à une immense profondeur, et les monceaux de terre que chacun, selon ses forces, y apporta, ne purent combler cet abîme. Sur un avis des dieux, on s'occupa de chercher ce qui faisait la principale force du peuple romain, car c'était là ce qu'il fallait sacrifier en ce lieu, au dire des devins, si on avait à cœur l'éternelle durée de la république romaine. Alors Marcus Curtius, jeune guerrier renommé, s'indigna, dit-on, qu'on pût hésiter un instant que le plus grand bien pour Rome fût la vaillance et les armes. Il impose silence et, tourné vers les temples des dieux immortels qui dominent le Forum, les yeux sur le Capitole, les mains tendues au ciel ou sur les profondeurs de la terre béante, il se dévoue aux dieux Mânes. Puis, monté sur un coursier qu'il a, autant qu'il a pu, richement paré, il s'élance tout armé dans le gouffre, où une foule d'hommes et de femmes répandent sur lui les fruits et les offrandes qu'ils avaient recueillis".
 
774d2 El Greco, Le Concert des anges (1608-1614)
 
Après dix mois en Grèce, après avoir visité en Crète le village de Fodele, comment ne pas vibrer en reconnaissant le style inimitable de Domenicos Theotokopoulos, alias El Greco (1541-1614), dans ce Concert des anges, datant de la dernière période (1608-1614), quand il travaillait à Tolède. Quoiqu’il soit grec, je l’insère ici parmi les étrangers, d’abord parce qu’il est bien connu chez nous, et d’autre part parce que la grande majorité de ses œuvres, dont celle-ci, ont été peintes hors de Grèce (Italie d’abord, puis Espagne le plus longtemps). Mais son style n’est ni italien, ni espagnol, il est bien à lui, et donc grec…
 
774d3 Ecole flamande, Scène de bain (détail), 17e siècle
 
Ceci est un détail d’une grande toile de l’École flamande datant du dix-septième siècle et intitulée Scène de bain. Par la composition, le travail sur la lumière, l’atmosphère, ainsi qu’une multitude de détails dans l’attitude des personnages, elle est très intéressante et j’aurais aimé la montrer en entier, mais chaque détail aurait été si petit alors, que l’on n’aurait pas pu apprécier.
 
774d4 Eugène Delacroix, Guerrier grec à cheval (1856)
 
Ici encore, honneur aux Français avec Eugène Delacroix (1798-1863). Son Guerrier grec à cheval date de 1856. Mouvement, couleur, exotisme, comme toujours chez Delacroix.
 
774d5 Rosa Bonheur, Deux chevaux (vers 1889)
 
Une première raison d’avoir choisi ce tableau de Rosa Bonheur (1822-1899) c’est que cette femme née à Bordeaux est morte à Melun, qui est la ville de ma dernière résidence en France avant que nous partions pour notre long voyage de découverte de l’Europe. La deuxième raison est qu’il s’agit d’une femme très intéressante, fille de saint-simoniens appliqués à diffuser des idées sociales et élevant leurs enfants au moyen d’une éducation qui refuse de différencier les sexes, ce qui a permis à Rosa Bonheur d’être l’une des toutes premières féministes. Et puis la troisième raison tient à sa peinture, bien sûr. Fille d’artistes (un père peintre, une mère professeur de piano, elle a très tôt été initiée à la peinture par son père. Et elle s’est choisi pour sujets les animaux qu’elle voyait autour d’elle. Et puis elle est allée étudier leur anatomie dans des écoles vétérinaires. Ce tableau peint aux alentours de 1889 témoigne de sa connaissance de l’anatomie de l’animal, et met les chevaux en valeur, malgré la mauvaise qualité de ma photo où l’éclairage brille sur la peinture, notamment sur la robe plus sombre du cheval bai.
 
774e1 Fotis Kontoglou, fresque au domicile de l'artiste (19
 
774e2 Fotis Kontoglou, fresque le représentant (1932)
 
774e3 Fotis Kontoglou, fresque du Déluge (1932)
 
À présent, venons-en aux peintres grecs. Fotis Kontoglou (1896-1965) a eu l’idée originale (ou folle…) de peindre sur un mur de son domicile, en 1932, une grande fresque jouant à être ancienne, avec des parties faussement dégradées, comme en travers du personnage sur la gauche (un fakir indien), ou dans le cadre complètement à droite où le personnage central n’a que la tête, tout le corps manquant. Au-dessus de la porte de gauche, le peintre s’est représenté avec sa famille (deuxième photo). Près de sa tête il a indiqué son nom, à droite cette Maria doit être sa femme, et entre eux deux, plus petite, Despoula doit être leur fille. La troisième photo représente une scène biblique. Elle porte le mot O KATAKLYSMOS qui a donné le français cataclysme mais qui, en grec, signifie le déluge. Il s’agit donc ici des humains qui n’ont pas été pris par Noé sur son arche et qui vont être engloutis dans les eaux du déluge.
 
774f Theodoros Vryzakis, L'Arrivée de Lord Byron à Missol
 
L’histoire grecque a été marquée par les tragédies. Razzias et occupation, guerres étrangères et guerres civiles. Au milieu du dix-neuvième siècle, ce n’est pas terminé, elle n’a pas récupéré tous ses territoires, elle connaîtra encore les Guerres des Balkans, la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Civile, la dictature des colonels. Et la crise due à son déficit budgétaire, avec les pressions européennes qui s’ensuivent. Néanmoins, avec la libération de la plus grande partie de son territoire de l’occupation ottomane dans le premier tiers du siècle, la Grèce a cru pouvoir souffler. Nombreux sont les peintres qui ont représenté des épisodes de la guerre d’indépendance. L’évêque de Patras bénissant le drapeau grec, l’Exode de Missolonghi, des portraits des chefs de l’insurrection, etc., etc., etc. Au cours d’une visite de musée, ou passant devant un monument, ou encore parcourant un site, j’ai montré des tableaux évoquant ces événements dans nombre de mes articles. Je me limiterai donc ici à ce seul tableau que Theodoros Vryzakis (1819-1878) a peint en 1861 et qui s’intitule L’Arrivée de Lord Byron à Missolonghi. Notons que le peintre, qui a étudié à Munich, est fils d’une victime de la Guerre d’Indépendance et que ses toiles monumentales avaient clairement un but d’édification et de propagande pour la complète libération du territoire.
 
774g1 Francesco Pige, Portrait d'une femme d'Hydra (vers 18
 
Quelques portraits. Je trouve que les peintres grecs y ont excellé, si j’en crois les œuvres exposées ici. Ce Portrait d’une femme d’Hydra (Hydra est une île tout en longueur face à l’extrémité de la péninsule la plus orientale du Péloponnèse.) a été peint vers 1855 par Francesco Pige (1822-1862). La pinacothèque le considère "un artiste grec emblématique". En fait c’est très compliqué. Il est né à Grins, au Tyrol, et les Autrichiens le disent autrichien, tandis que du fait de son origine italienne (comme l’indique son nom) il est décrit comme italien en Italie. Le choix de sa vie, les sujets qu’il a choisis, étant sur cette terre grecque, laissons-le parmi les artistes grecs…
 
774g2 Ioannis Oikonomou, Le Critique d'art (1885)
 
Ce tableau de 1885 est intitulé Le Critique d’art. C’est l’œuvre de Ioannis Oikonomou (1860-1931).
 
774g3 Georgios Iakovidis, La Préférée de la grand-mère
 
774g4 Georgios Iakovidis, Concert d'enfants (1900)
 
J’ai été séduit par plusieurs tableaux de Georgios Iakovidis (1853-1932), je ne résiste pas à l’envie d’en montrer au moins deux. La Préférée de la grand-mère est de 1893 et Concert d’enfants est de 1900. Il y a dans ces peintures tellement de tendresse, tellement d’humanité et d’observation affectueuse !
 
774g5 Symeon Savidis, Caprice, vers 1915
 
J’aime également beaucoup l’idée (et la réalisation) de ce tableau seulement intitulé Caprice. Il a été peint vers 1915 par Symeon Savidis (1859-1927).
 
774g6 Umvertos Argyros, Près de la fenêtre (1926)
 
Et celui-ci, n’est-il pas plein de charme ? Il a nom Près de la fenêtre et date de 1926. Il est l’œuvre d’Umvertos Argyros (1882/1884-1963). Cette double date pour sa naissance est ce qui apparaît sur la petite étiquette placée près du tableau par le musée. Je me suis demandé si son état civil aurait par hasard été perdu, ce qui serait très étonnant pour quelqu’un qui était encore en vie il y a cinquante ans. Intrigué, je viens de le trouver sur Internet, dans Wikipédia. Il est donné pour être né en 1877. Une troisième date. Les autres articles trouvés dans Google donnent, sans les discuter ni les justifier, l’une ou l’autre date. Je resterai donc dans le doute, mais cela ne retire rien à ce tableau admirable.
 
774g7 Agenor Astenadis, Portrait d'une femme (1932)
 
Un dernier portrait, avec ce Portrait d’une femme, le plus récent de ma sélection puisqu’il est de 1932. Le tableau est signé par Agenor Asteriadis (1898-1977).
 
774h1 Charalambos Pachis, Premier mai à Corfou (vers 1875-
 
Et maintenant, divers sujets que je ne sais pas trop comment classer. Je ne respecte même pas l’ordre chronologique de leur création.. C’est entre 1875 et 1880 que Charalambos Pachis (1844-1891) a peint ce Premier mai à Corfou.
 
774h2 Pavlos Mathiopoulos, Av. de la Reine Sophie après la
 
Quand, venant de la place Syntagma, on se rend ici dans cette pinacothèque, on prend l’avenue de la Reine Sophie (leoforos Vasilissis Sofias). De même, nous l’avons empruntée à chaque fois que nous sommes allés au musée cycladique ou au musée Benaki. Le musée byzantin et le musée de l’armée se trouvent dans cette avenue, ainsi que l’ambassade de France. Nous la connaissons donc fort bien. Or ce tableau de Pavlos Mathiopoulos (1876-1956) peint vers 1900 est intitulé L’Avenue de la Reine Sophie après la pluie. Cette voiture, qui au premier coup d'œil pourrait être prise pour une conduite intérieure et semblerait plutôt dater des années 1920, est en fait tirée par des chevaux, mais cela n’a aucun rapport avec l’art. Il semble que cette dame marche sur le trottoir qui longe les jardins du Parlement, palais royal à l'époque, mais à part cela l’avenue a bien changé en un peu plus d’un siècle. Les trottoirs ont rétréci et sont encombrés de kiosques, la circulation est intense. Mais j’aime le reflet sur l’asphalte mouillé, la lumière du soleil couchant qui point entre les nuages, l’atmosphère brouillée dans laquelle les formes sont légèrement floues.
 
774h3 Périclès Vyzantios, La Chambre de l'artiste à Pari
 
Périclès Vyzantios (1893-1972) a vécu et travaillé à Paris. C’est en 1913 qu’il a peint ce tableau, La Chambre de l’artiste à Paris.
 
774h4 Yannis Tsarouchis, Le Café Néon la nuit (1965-1966)
 
Le Café Néon à la nuit est une toile de Yannis Tsarouchis (1910-1989), peinte en 1965-1966. Je trouve que l’ambiance de nuit est bien rendue à travers les nuances de gris pour ce qui n’est pas éclairé et la chaude couleur des lampes à incandescence pour le café et, au-dessus, la fenêtre d’appartement. Je parle de lampes à incandescence, et cela me fait soudain penser que, pour qui n’est pas helléniste, le nom du café n’est pas évident. Aucun rapport avec le néon, gaz rare de l’air, qui s’illumine sous l’effet d’un courant électrique et qui est utilisé pour des enseignes lumineuses. En grec c’est, au neutre, l’adjectif neos (newos autrefois, en relation avec le latin novus) qui veut dire neuf, nouveau, comme dans le français néologisme, néophyte, etc.
 
774i1 Theodoros Rallis, Le Butin (1906)
 
Autre tableau que j’aime énormément, cette jeune femme attachée, enfermée dans une église ravagée. Son corsage arraché, déchiré, pend en lambeaux à sa ceinture, et son buste est nu. Le tableau s’intitule Le Butin. Visiblement, il fait allusion aux agissements des Ottomans, musulmans, qui ont tout saccagé dans l’église de leurs ennemis orthodoxes et qui ont pris les personnes valides de la population, les hommes pour les vendre comme esclaves, les femmes pour leur faire intégrer des harems. Celle-ci est le butin de l’un des Turcs. Dans son regard, terrible, on lit toute la gamme de ses sentiments. Bouleversant. C’est à Théodoros Rallis (Constantinople 1852-Lausanne 1909) que l’on doit ce tableau de 1906. Rallis avait été envoyé par le roi Othon pour étudier à Paris et, à l’École des Beaux-Arts, avait été l’élève du peintre orientaliste français Jean-Léon Gérôme (1824-1904). C’est au Salon de Paris qu’en 1875 il a exposé pour la première fois. Membre de la Société des Artistes Français, en 1900 il a été membre du jury de l’Exposition universelle, en 1901 il a reçu la médaille de chevalier de la Légion d’Honneur. Assez célèbre, donc, il a été oublié après sa mort. Ce n’est que récemment qu’il a été redécouvert et que le prix de ses œuvres, un temps très bon marché, est remonté jusqu’à ce que l’une de ses toiles atteigne à Sotheby en 2008 la somme de 670 000 Euros.
 
774i2 Theophilos (Chatzimichael), Adam et Eve
 
Rien de commun entre le Butin de Rallis, et Adam et Ève peints par Theophilos Chatzimichael (1873-1934). Ce peintre de l’île de Lesbos était un original qui portait le costume national. Il vivait dans une grande pauvreté et peignait des fresques là où il pouvait, dans des églises, dans des bars, chez des particuliers, et en échange on lui offrait un repas, ou souvent rien qu’un verre d’ouzo, et parfois rien. Son style naïf était moqué par les paysans qui l’entouraient. Et puis en 1928 Tériade (celui-là même qui, en 1951, va soutenir Odysseas Elytis, comme je le dis dans l’article d’hier), de Lesbos lui aussi, le remarque, l’apprécie, l’incite à peindre sur toile, et fera même prendre une de ses toiles par le Musée du Louvre. Aujourd’hui, dans l’île de Lesbos, dans le faubourg de Varia à six kilomètres de Mytilène, là où a vécu le peintre, un musée qui lui est consacré héberge 86 de ses œuvres. Il ne signait que de son prénom, aussi dans le monde de l’art est-il connu comme Theophilos. Il est vrai que sa vision est admirable
 
774i3 Yannis Moralis, Composition funéraire III et IV
 
Composition funéraire III et IV. Avec ce même titre, mais avec des numéros de III à VII, la pinacothèque expose quatre toiles de Yannis Moralis (1916-2009), les numéros I, II et VI manquant. On part d’une représentation épurée et stylisée mais néanmoins réaliste pour aller vers un dessin de plus en plus abstrait. J’ai rapproché ici deux toiles qui se font suite, même si la notice donne 1958-1963 pour date de la première, et seulement 1963 pour l’autre. En fait, je ne saurais dire laquelle je préfère et, de toute façon, la composition est intéressante.
 
774i4 Thodoros Manolidis, Nature morte (1972)
 
Thodoros Manolidis, né en 1940, a peint cette toile en 1972. Il l’a intitulée –on aurait pu s’en douter– Nature morte. Les peintres considèrent que rien n’est plus difficile à rendre qu’une nature morte, et avec le rendu de cette nappe blanche l’artiste n’a pas cédé à la facilité, même si par ailleurs il n’a pas choisi d’éléments particulièrement difficiles à rendre, comme une miche de pain ou la transparence d’un voile de rideaux.
 
774i5 (Sarantis Karavouzis, Adieu (avant 1980)
 
Très originale, cette peinture monochrome nommée L’Adieu (1980) est signée Sarantis Karavouzis (1938-2011). Je dis bien "peinture", car il s’agit d’une huile sur toile. Ni fusain, ni crayon, ni lavis, mais huile. Outre la forte expressivité des deux personnages, je trouve intéressant de présenter le tableau comme la reproduction de statues de marbre, intégrées cependant dans un décor peuplé de portes symbolisant le départ. La composition et les vêtements rappellent les bas-reliefs de stèles funéraires antiques, cet adieu est donc celui d’un départ dans la mort.
 
774i6 Achilleas Droungas, Athéna - Athènes (2003)
 
L’auteur de ce tableau, Achilleas Droungas, né en 1940, l’a appelé Athéna – Athènes. C’est-à-dire la déesse et la ville. Et, en lisant le titre en grec, je me suis rendu compte de quelque chose que (ô honte) je n’avais jamais remarqué, à savoir que si, en grec, la déesse et la ville portent exactement le même nom, on les distingue par la place de l’accent tonique, sur la dernière syllabe pour la déesse et la deuxième pour la ville. Le titre est donc Αθινά – Αθίνα (Athiná – Athína). L’œuvre est datée de 2003.
 
774j1 Nikephoros Lytras, L'Attente
 
774j2 Nikephoros Lytras, Le Baiser (vers 1878)
 
J’avais ici terminé ma sélection. Et puis, comme je le disais au début, j’ai été pris d’un remords. Je ne pouvais pas sacrifier deux tableaux (présentés dans le musée à quelque distance l’un de l’autre) qui ont retenu si longtemps mon attention, qui ont provoqué en moi tant d’émotion. L’artiste, Nikephoros Lytras (1832-1904) a intitulé le premier L’Attente (aucune date n’est indiquée), et le second Le Baiser (vers 1878). Ce peintre, j’ai parlé de lui au sujet de son amitié avec Gysis, avec qui il a étudié à Munich. Je disais qu’après avoir vu les œuvres de Gustave Courbet en 1869, tous deux avaient été influencés par l’orientalisme. Le voyage en Asie Mineure, en 1873, n’a pu que renforcer cette influence. Elle est très sensible dans les deux tableaux ci-dessus. Ce que j’admire ? La position et la cambrure de la fille, surtout dans L’Attente, ainsi que la finesse de sa main sur le rebord de la fenêtre, et son pied dans Le Baiser. Et je préfère le premier. En effet, le cadrage est plus centré sur elle, même si dans le second tableau le désordre sur la droite, les aulx et les fleurs au plafond, ajoutent de la vie. La robe toute blanche la met mieux en relief que le vêtement du Baiser. Et puis un baiser est un acte que l’on voit tandis que l’attente est un sentiment qu’il convient de parvenir à exprimer, et Lytras y est parvenu magistralement. "Un baiser, mais à tout prendre, qu’est-ce ? […] Un point rose qu’on met sur l’I du verbe aimer", dit Rostand. Ça vient un peu comme un cheveu sur la soupe, mais cela me servira de conclusion, en attendant de nous rendre dès demain dans une autre galerie de tableaux.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche