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23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 20:36

 

Aujourd’hui nous nous sommes rendus à Tivoli, à quelque trente kilomètres de Rome. Tivoli, c’est l’ancienne Tibur de l’Antiquité, dont la fondation remonte plus loin que celle de Rome, et où officiait une célèbre sibylle. La Strada Statale n°5 qui y conduit suit l’ancienne voie romaine, naturellement appelée Via Tiburtina, dont le nom est resté jusqu’à nos jours.

 

La légende veut que l’empereur Auguste, au faîte de sa puissance, ait fait venir cette sibylle au Capitole pour lui demander si un autre homme, un jour, serait plus puissant que lui. Et elle aurait fait apparaître aux yeux d’Auguste la Vierge et l’Enfant Jésus. Puis, elle prédit que le jour où cet homme naîtrait, une source d’huile sourdrait et, le jour de la naissance de Jésus, au Trastevere, de l’huile (du pétrole ?) aurait jailli.

 

Au deuxième siècle de notre ère, de 118 à 136, l’empereur Hadrien fit construire une luxueuse villa, qui constitue une vraie ville avec ses jardins et ses pièces d’eau. Le mot "villa" n’est évidemment pas à prendre dans son sens français, mais au sens latin d’ensemble d’habitation pour un propriétaire, ses esclaves, ses fermes, ses terres. On écrit aujourd’hui "Adriana" sans H, selon l’orthographe de l’italien. Ci-dessus et ci-dessous, des bâtiments des thermes. Il y avait ses thermes privés, puis les grands thermes destinés au personnel et enfin des thermes exposés au soleil pour être chauffés de façon écologique…

 

 


 

On peut voir le raffinement de la construction, sa légèreté esthétique. Pourtant, Hadrien se piquait d’architecture, et se mêlait d’imposer ses avis, en cela raillé par l’architecte de son prédécesseur Trajan, Apollodore de Damas, qui trouvait ridicules les choix de l’empereur. Une moquerie, deux moqueries, puis lorsque l’empereur a jugé que la coupe était pleine, il l’a fait exécuter.

 

 

Voici un petit bout de sol en mosaïque qui a été conservé. D’autres portions de sol dallées de marbre peuvent aussi être vus ici ou là.

 

 

Un espace magnifique, cerné de palais et dont subsistent des colonnes du portique est la Piazza d’Oro. On peut voir ici un chapiteau corinthien de bel effet. Mais de même que l’usage de la brique au lieu du marbre attendu est commun à tous ces bâtiments, de même les colonnes que l’on croit en marbre sont en fait, comme on peut le voir sur le pied de colonne brisé ci-dessous, en brique avec un enduit de ciment. Mais après tout, puisque l’impression est la même…

 

 

Un endroit impressionnant où je suis allé deux fois, la première au début, et puis l’autre juste avant de partir parce que je souhaitais le graver dans ma mémoire, c’est le théâtre maritime (Teatro Marittimo) qui en réalité n’a probablement jamais été un théâtre, mais cette pièce circulaire entourée d’eau comme une île a dû être une petite bibliothèque où Hadrien se retirait pour s’éloigner du monde et entretenir sa misanthropie.

 

 

 

Peu avant le coucher du soleil, lorsque la lumière favorise les effets de miroir, cet endroit ne manque pas de charme. Et puis le public n’étant pas admis à y pénétrer, les personnages en costume du vingt-et-unième siècle ne font pas tache dans le paysage. D’ailleurs, en cette saison, sans doute parce que les touristes de Rome ne sont là que pour quelques jours, débarqués d’avion, et que Tivoli n’est pas tout près, il n’y a pas grand monde aujourd’hui dans cette Villa Adriana.

 

 

 

L’un des endroits phares de cette villa, et cela malgré les barrières et grillages de travaux qui l’entourent, est le Canope. Ici, je cite mon guide Michelin : "Cette création d’Hadrien évoque le canal bordé de temples et de jardins qui reliait Alexandrie à la ville de Canope connue pour ses fêtes et son temple de Sérapis. La forme architecturale qu’alloua Hadrien au canal rappelle la physionomie de l’Égypte : un long couloir (la vallée du Nil) qui s’ouvre sur une exèdre (le delta du fleuve)". Merci Bibendum. Et puis j’ajoute quelques mots des explications offertes par le panneau placé là (qui ont le bon goût d’être données en quatre langues, dont le français) : "En guise de toile de fond au Canope […] se trouve le Serapeum (grec Serapeion) […]. Il s’agit d’une audacieuse réalisation architectonique de l’exèdre : la voûte, un aggloméré de ciment, a été édifiée au moyen de reliefs concaves et convexes". Puis le texte fait état "d’une certaine ressemblance de structure de plan avec les temples consacrés au culte de Sérapis et d’Isis". Voilà donc pour les explications. Je rédige moi-même quand je rappelle mes souvenirs ou que je donne mes propres interprétations, mais lorsque je ne sais pas et que je découvre, je dois "rendre à César ce qui est à César" et, s’agissant de l’Antiquité, l’expression est particulièrement bien adaptée. César n’est pas que Jules, tous ses successeurs ont pris ce titre, que l’on retrouve dans l’empire germanique (le Kaiser) et dans l’empire russe (le Csar, ou Tsar). Va pour Hadrien César.

 

 

Sur les bords du Canope, on peut voir de belles statues, mais aussi des sculptures amusantes comme ce crocodile. S’il convient d’illustrer l’Égypte et son Nil, mieux vaut un crocodile qu’un pingouin ou un élan… Mais tout comme les colonnes que j’ai évoquées plus haut à propos de la Piazza d’Oro, les sculptures du Canope ne sont pas en marbre ou en une autre pierre. C’est du ciment armé, comme on peut le voir dans la blessure de cette jambe. C’est une chance pour les Romains qu’ils aient hérité la connaissance du ciment de leurs prédécesseurs les Étrusques, ils peuvent ainsi faire de remarquables voûtes et mouler des statues. Les Grecs, eux, malgré leur génie inventif, ne connaissaient que les plafonds plats. Pour les statues, en revanche, ce n’est pas une tare qu’elles soient en marbre ou en bronze.

 

Hadrien voulait retrouver dans cette villa des évocations des différents pays constituant son empire, et qu’il avait voulu visiter, estimant qu’il ne pouvait gouverner des peuples qui lui étaient inconnus. De là cette allusion à l’Égypte, de là les statues grecques. Et ces bibliothèques étaient nécessaires à cet empereur cultivé, dont nous avons aussi vu la "salle des philosophes" ainsi nommée parce qu’elle fut décorée de statues de philosophes. Hélas, on ne peut plus voir aujourd’hui que leurs niches, la villa ayant été pillée par les grands musées du monde (mon guide cite Rome, Londres, Berlin, Dresde, Stockholm et Saint-Pétersbourg qui se sont approprié plus de 300 œuvres), jusqu’à ce que le gouvernement italien entreprenne des fouilles et la réhabilitation du site à partir de 1870.

 

L’entrée et la sortie du site font longer le Pécile (évocation d’un portique d’Athènes), dont le portique a disparu, qui était orienté de telle façon que quelle que soit l’heure de la journée l’un de ses côtés soit protégé du soleil ; mais il reste cette belle pièce d’eau (ci-dessous), encore plus belle à mon goût au coucher du soleil, c’est-à-dire quand les gardes nous ont aimablement mais fermement invités à quitter les lieux.

 

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Published by Thierry Jamard
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