Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 novembre 2009 1 23 /11 /novembre /2009 21:12

 

 

 

Aujourd’hui, puisqu’hier lundi la villa d’Este n’était pas ouverte à la visite, nous sommes revenus à Tivoli pour voir cet endroit réputé. Au seizième siècle, le cardinal d’Este avait été comblé d’honneurs par François Premier à la cour de France, mais parce que le successeur Henri II ne l’avait pas à la bonne il a décidé de se consoler en s’aménageant une bicoque à Tivoli, avec un jardinet au pied. De la route, nous avons essayé de voir l’aspect du parc, mais rien n’est visible. En revanche, on peut entr’apercevoir la construction depuis une terrasse, place Garibaldi, en ville (première photo ci-dessus).

 

Bien sûr c’est un grand palais, mais en fait il ne paie pas tellement de mine vu de l’extérieur. Il est sobre et austère. L’entrée se situe sur une petite place, près de l’église Santa Croce. Sur la deuxième photo ci-dessus, on peut voir l’église et, sur la droite, la porte d’entrée de la villa. J’ai choisi cette photo pour montrer que je n’exagère pas quand je dis que l’aspect extérieur semble assez modeste pour ce genre de palais. Mais dès que l’on entre, on se rend compte que le blason (ci-contre et ci-dessous) est justifié. C’est l’habitation d’un grand seigneur.

 



 

Ce blason, on le retrouve partout. Sur les plafonds dorés des pièces d’apparat, et dans les jardins sur les fontaines il apparaît en mosaïque, ou sculpté dans la pierre, ou peint. Ses quatre quartiers comportent deux aigles et deux trios de fleurs de lys disposés en diagonale.

 

 

Les appartements sont répartis sur deux étages. On entre par l’étage supérieur, celui des appartements privés su cardinal d’Este. La photo ci-dessus est prise dans la chapelle. En l’absence de toute explication affichée, voyant une parturiente dans un lit et un petit bébé dont s’occupent des femmes, je peux supposer qu’il s’agit de sainte Anne donnant le jour à Marie. Dans une chapelle, une naissance : on ne peut imaginer que la naissance de Jésus, mais il n’y a pas de lit, c’est une crèche avec de la paille, ou bien c’est la naissance de Marie.

 

 

En descendant d’un étage, on trouve les pièces de réception, bien plus somptueusement décotées. Ici, on voit Moïse dans le désert, faisant jaillir de l’eau pour abreuver son peuple en frappant le rocher de sa baguette. On se rappelle l’épisode. Dieu lui avait dit de frapper le rocher, mais Moïse, pour plus de sûreté, a frappé trois fois. Pour ce manque de confiance en son Dieu, il a pu traverser le désert et arriver jusqu’à voir la Terre Promise, mais il est mort avant de pouvoir y pénétrer.

 

 

C’est beau, c’est riche, c’est intéressant, mais le plus spectaculaire, ce sont les jardins, non pour des parterres fleuris ou des ifs taillés, mais pour des fontaines. La rivière qui baigne Tivoli, l’Aniène, a été utilisée pour alimenter une foule de fontaines magnifiques et toutes différentes. C’est pourquoi le cardinal d’Este a choisi de faire peindre un Moïse, et pourquoi moi j’ai souhaité montrer cette photo : comme Moïse, il a fait jaillir l’eau dans cet endroit…

 

Nous commençons la visite en descendant encore un escalier qui mène à une première terrasse, puis on descend une allée et on débouche sur le première fontaine, celle du Bûcheron (Fontana del Bicchierone), ci-dessus. Tout près se situe la Rometta dont je parlerai plus tard, quand nous remonterons.

 

 

 

 

Nous parcourons ensuite l’allée des Cent Fontaines (Viale delle Cento Fontane), qui s’étage sur trois niveaux. La première image permet de voir qu’au niveau supérieur l’eau jaillit alternativement de jets verticaux ou de fins éventails, comme sur le détail de la seconde image. Au deuxième niveau, elle tombe en petites cascades plus conventionnelles, et en bas ce sont des têtes d’animaux divers ou des têtes humaines qui crachent l’eau. L’effet est surprenant. Il vaut la peine de s’arrêter à chacune de ces sculptures qui présentent des physionomies expressives amusantes.

 

 

À l’autre bout de cette allée des Cent Fontaines, se situe la Fontana dell’Ovato, qui reçoit directement les eaux de l’Aniène et à partir de laquelle sont construites toutes les conduites et toutes les machines qui alimentent la villa.

 

 

Encore plus loin, quelque chose de très extraordinaire a été créé par Claude Venard. C’est la Fontaine de l’Orgue (Fontana dell’Organo), conçue pour que l’eau, non seulement actionne le mécanisme qui envoie l’air dans les tuyaux, mais encore agisse sur les notes pour jouer automatiquement les mélodies. Hélas, dès le dix-septième siècle, le mécanisme ne fonctionnait plus et, au lieu de le réparer, il a été définitivement mis hors d’état de marcher un jour, par la création d’une nouvelle fontaine en cascade. De la terrasse de cette fontaine on a une vue splendide sur les trois bassins de viviers où étaient entretenus les poissons dont se nourrissaient le cardinal et ses hôtes.

 

 

Sur le côté des jardins, dans une allée derrière des haies, on trouve la Fontaine Mère Nature (Fontana Madre Natura) qui nous alimente généreusement à travers le symbole de ses nombreux seins déversant chacun un jet d’eau censé être le lait nourricier. Parlant de cette fontaine, j’ajoute une remarque toute personnelle. Certes ici c’est un symbole. Mais ailleurs des sphinx à la poitrine avantageuse déversent aussi de l’eau. Ici ou là, des déesses dévoilent leurs avantages. Déjà, à l’intérieur de la villa, les femmes, sur les tableaux, montraient sans retenue des formes qui ne permettaient pas de les prendre pour des hommes. D’où mon impression que cette partie de l’anatomie féminine préoccupait tout particulièrement le cardinal. Qu’a-t-il fait de cette préoccupation ? Ce mondain a-t-il assouvi ses fantasmes ? J’avoue tout ignorer de sa biographie et être parfaitement indifférent à ses pulsions. Ce n’était qu’une remarque en passant.

 

 

J’ai évoqué les viviers vus de la terrasse. À présent je suis en bas, et j’ai un vivier en premier plan, dans lequel se reflète, au fond, la Fontaine de l’Orgue, ainsi que la cascade qui l’a détruit et qui tombe depuis le niveau de cette terrasse. On aperçoit aussi, de chaque côté, des jeux d’eau, comme il y en aura à Versailles. Je sais, je sais, ma photo n’est pas belle parce que la lumière "grille" la fontaine en arrière plan. Mais au naturel le spectacle est beau, alors j’espère que l’on pourra en imagination se le représenter à partir de cette mauvaise photo. En voyant ces bassins, ces fontaines, ces jeux d’eau, je me suis dit qu’en France je n’en ai pas vu d’aussi grands, aussi riches, aussi multiples avant Versailles. Rien de comparable à Fontainebleau ou dans les parcs des châteaux de la Loire. D’où l’idée que peut-être l’inspiration de Versailles a-t-elle été prise à Tivoli.

 

 

 

Il y a tant et tant de fontaines que je ne peux toutes les citer, les montrer, les décrire. Alors, nous voilà de retour à la Rometta qui montre au sommet une figure allégorique de Rome ; en-dessous cette traditionnelle louve romaine, et plus bas encore, comme flottant sur un bassin, une barque de pierre symbolisant le Tibre crache aussi de l’eau.

 

Ayant vu l’essentiel de Tivoli, nous repartons sur Rome, et ce grand parking tranquille (et gratuit) du Ministère des Affaires Étrangères qui nous a déjà accueillis. Il est à huit ou dix minutes à pied du bus n°2 et du tramway qui arrivent au métro Flaminio et à la Piazza del Popolo. Nous y passons la nuit.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche