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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 12:50

La Villa Gregoriana, à Tivoli, est un parc célèbre, et cette célébrité n’est pas d’hier, car depuis la Renaissance nombreux sont les voyageurs de tous pays à l’avoir visitée et admirée. Par exemple Montaigne dont je rapporterai tout à l’heure les mots, ou Goethe : "J’ai été à Tivoli où j’ai admiré l’une des plus grandes visions offertes par la nature. Ces cascades, en même temps que les ruines et tout l’ensemble du paysage sont parmi les choses dont la connaissance vous rend profondément plus riche intérieurement". Revenus hier soir de Tarquinia, nous nous rendons aujourd’hui à Tivoli.

 

481a Tivoli Gregoriana, villa de Manlius Vopiscus

 

Ce parc s’étend sur les deux rives d’une profonde vallée. Suivant des sentiers qui serpentent dans la forêt, avec parfois des vues qui se dégagent entre les arbres, nous parvenons à une clairière sur les bords de laquelle se dressent les ruines d’une villa antique. Cette villa de Manlius Vopiscus date de la fin du second siècle avant notre ère ou du début du premier. La résidence elle-même n’existe plus, et nous ne voyons plus aujourd’hui que les restes de la cave. L’une de ces pièces était la réserve des vivres et communiquait avec l’étage supérieur, tandis qu’une autre, suppose-t-on, était un vivier où l’on élevait des poissons, alimenté avec l’eau d’un canal artificiel via un aqueduc.

 

481b Tivoli Gregoriana, tunnel de Miollis

 

De l’autre côté de la vallée, on franchit ce tunnel. C’est l’un des premiers aménagements du parc. Parce que pour relier certains points les visiteurs devaient s’agripper à des cordes sur le flanc de la vallée abrupte, en 1809-1813 –au temps du gouvernement français–, le général Miollis, gouverneur, fit percer ce tunnel ouvert sur le côté à la fois pour prodiguer de la lumière et pour permettre la vue sur le paysage.

 

481c1 Tivoli, grande cascade par Piranèse

 

Et puis il y a la grande cascade. Déjà en 105 après Jésus-Christ, Pline le Jeune décrit un fleuve magnifique mais furieux : "L’Aniene, la plus délicieuse des rivières, comme retenu et léché par les villas qui bordent ses rives, […] a ridé les monts, a abattu les constructions et a coulé sur leurs ruines englouties, […] le malheur s’est déchaîné, les murs des villas se sont écroulés et les monuments se sont effondrés". Montaigne ne voit, lui, que la beauté de la rivière qui "prend un merveilleux saut, descendant des montagnes et se cachant dans un trou de rocher, cinq ou six cents pas, et puis se rendant à la plaine où elle se joue fort diversement". Ci-dessus, la vue qu’en donne le Piranèse.

 

481c2 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

481c3 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

481c4 Tivoli Gregoriana, grande cascade

 

Les dégâts causés par la rivière sont très importants tout au cours des siècles. Diverses tentatives pour les limiter ont été menées jusqu’à la fin du seizième siècle, et puis il y a eu une terrible crue en 1826 qui a décidé le gouvernement pontifical (nous sommes dans les États de l’Église) à envisager une solution définitive. Un concours international a été lancé mais aucun des 23 projets présentés n’était satisfaisant parce que les solutions n’étaient que trop partielles. Finalement, l’ingénieur Clemente Foschi proposa un double percement du mont Catillo, sur environ 300 mètres, pour faire passer l’eau de l’autre côté de la ville. Le 9 juin 1832, le pape Grégoire XVI décida de cette réalisation, en même temps que d’un vaste parc public sur tout cet espace, créant ainsi ce qu’aujourd’hui on appelle du nom de ce pape la Villa Gregoriana. Cette opération donna naissance à la grande cascade (ci-dessus) qui se jette de 120 mètres de haut, et qui n’a rien à voir avec celle du Piranèse, ni apparence, ni emplacement.

 

481d1 Tivoli Villa Gregoriana

 

La vallée présente toutes sortes de paysages. Ci-dessus, on voit l’eau s’écouler toute calme, comme celle d’une rivière tranquille.

 

481d2 Tivoli Villa Gregoriana

 

481d3 Tivoli Villa Gregoriana

 

481d4 Tivoli Villa Gregoriana

 

Ailleurs, ce sont d’autres cascades, mais aucune n’a l’ampleur de la chute d’eau principale. Cela ne les empêche pas, à défaut d’être impressionnantes, d’offrir un spectacle magnifique. Il faut aussi imaginer, parce que mes photos ne peuvent en rendre compte, à la fois le bruit de l’eau et l’atmosphère d’humidité noyée dans la végétation. C’est vraiment une promenade très agréable.

 

481e Tivoli Villa Gregoriana

 

Pour en finir avec la rivière Aniène et ses divers aspects, je montre ici comment elle se précipite dans un trou, une grotte profonde et sombre.

 

481f1 Tivoli Gregoriana, temple de la Sibylle, Piranèse

 

Venons-en aux temples illustrés par cette gravure du Piranèse. Ils sont contemporains de la villa de Manlius Vopiscus dont je viens de parler, soit l’époque de la République, second ou premier siècle avant Jésus-Christ. Montaigne : " Il y a quelques antiquités en la ville de Tivoli, comme deux Thermes qui portent une forme très antique, et le reste d’un temple où il y a encore plusieurs piliers entiers : lequel temple ils disent avoir été le temple de leur ancienne Sibylle. Toutefois sur la corniche de cette église, on voit encore cinq ou six grosses lettres qui n’étaient pas continuées ; car la suite du mur est encore entière. Je ne sais pas si au devant il y en avait, car cela est rompu, mais en ce qui se voit, il n’y a que Ce… Ellius L. F. Je ne sais ce que ce peut être". Pour ma part je n’ai pas vu cette inscription, ce qui m’évite de lui chercher une explication, mais sur l’architrave c’est le nom de l’architecte qui figure, un certain Lucius Gellius. Le temple rond est généralement attribué à Vesta ou à la Sibylle, tandis que le temple rectangulaire est attribué à la Sibylle ou à Tiburnus, le dieu de Tibur, actuelle Tivoli (la route nationale 5 qui relie Rome et Tivoli s’appelle Via Tiburtina). Le plus vraisemblable place la Sibylle dans le temple circulaire et Tiburnus dans l’autre.

 

481f2 Tivoli Gregoriana, tempio della Sibilla

 

Ma photo montre des différences sensibles dans l’apparence du temple de Tiburnus. Il a perdu son toit, les colonnes et le fronton de sa façade, ainsi qu’un clocher qui, de toute évidence, n’était pas antique. C’est que ces deux temples païens avaient été transformés en églises chrétiennes, Santa Maria Rotonda chez la Sibylle et Saint Georges chez Tiburnus.

 

481f3 Tivoli Gregoriana, tempio della Sibilla, Piranesi

 

481f4 Tivoli Gregoriana, temple de la Sibylle

 

Construits, comme on le voit, sur l’extrême bord d’une falaise abrupte, ces deux temples se seraient probablement effondrés en partie, puis les voisins leur auraient emprunté des pierres pour construire leurs maisons, le pape ou un cardinal auraient réutilisé leurs colonnes pour orner un palais, et ils auraient ainsi disparu si leur utilisation en lieux de culte ne les avait protégés en assurant leur maintenance et leur mise en sécurité.

 

481g1 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g2 Tivoli Gregoriana, tempio di Vesta

 

Pour en finir avec les vues générales de près, voici comment les temples apparaissent, vus de l’autre versant de la vallée.

 

481g3 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g4 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

Et maintenant quelques détails de ces temples. Commençons par le temple de la Sibylle. Il a conservé les vieux pavés de la rue d’autrefois et l’on peut voir les décorations de bucranes reliés par des guirlandes. Il reste dix des dix-huit colonnes d’origine.

 

481g5 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

481g6 Tivoli Gregoriana, temple de Vesta

 

Quant le soleil descend et dore la pierre, elle prend des couleurs vraiment très belles. Juste avant la sortie de la Villa Gregoriana, au pied de ces temples, de petites tables et des chaises font une buvette bien sympathique et, parce que nous n’avions pas envie de mettre déjà un terme à notre promenade, nous nous sommes assis à siroter un café, jusqu’à l’heure de fermeture du parc. Ce moment nous a permis de voir le soleil décliner et illuminer la pierre blanche de ce temple et de ses belles colonnes cannelées aux chapiteaux corinthiens.

 

481h1 Tivoli Gregoriana, temple de Tiburnus

 

Très différent est le temple de Tiburnus, massif, monobloc, sans rien d’élégant. De plus, la pierre tendre utilisée pour sa construction fait que cette colonne, à l’image du reste, est en piteux état.

 

481h2 Tivoli Gregoriana, temple de Tiburnus

 

L’intérieur lui-même, entre ses murs écrêtés et à ciel ouvert, n’est plus qu’un espace vide, à l’exception de l’autel antique.

 

481h3 Tivoli Gregoriana, tempio di Tiburno

 

Observons bien cette colonne cannelée qui se maintient sur le parvis, en meilleur état que sa sœur jumelle.

 

481h4 Tivoli Gregoriana, tempio di Tiburno

 

Observons-la bien parce que les autres colonnes, celles des murs, ne sont nullement des colonnes engagées entre des pans de murs. Les murs sont continus, d’un seul pan, et seulement des excroissances verticales simulent des colonnes. L'usure du temps révèle ces petits secrets d'architecte qui donnaient un aspect plus riche à des constructions assez banales.

 

Parce que la découverte de cette astuce ingénieuse m’a fait plaisir et que les grilles vont fermer, c’est sur cette remarque que je vais clore l’article d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Sophie 28/04/2012 21:04

Merci pour cet article intéressant. Avez-vous été à la villa d'Este ?

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