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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 13:02
764a1 Contribution de Marianne Pécasse
 
 
764a2 Marianne chez elle à Lavrio
 
764a3 Marianne chez elle à Lavrio
 
À travers mon blog, j’ai fait la connaissance de bien des personnes qui, m’ayant trouvé par hasard sur la toile, sont entrés en contact avec moi, pour me faire des commentaires sympathiques, pour me demander à utiliser une ou plusieurs photos, pour solliciter un renseignement, etc. Et il s’est ainsi créé des amitiés, plusieurs restent (pour le moment) virtuelles, d’autres ont été l’occasion de rencontres. C’est le cas de Pierre et Donatine, que nous avons d’abord rencontrés à Rome, puis à Olympie. Or il se trouve qu’au sujet d’une représentation sculptée sur une frise dont je parlais dans mon blog, une brillante archéologue belge, Marianne, m’a écrit parce que je ne disais pas la même chose que la notice placée dans le musée (je maintiens que j’avais raison, et elle est bien d’accord avec moi). Et, comme elle vit à Lavrio, à cinquante ou soixante kilomètres au sud d’Athènes, sur la route du cap Sounion, elle nous a proposé de passer la voir lors de l’un de nos retours sur Athènes. Ce que nous avons fait. Et comme c’est une personne très sympathique, intéressante, intelligente, cultivée, nous voilà amis et nous nous sommes déjà vus trois fois.
 
Il arrive que dans des musées où (ouf !) la photo est autorisée, il soit précisé que certains objets exposés ne doivent cependant pas être photographiés. S’ils bénéficient de ce traitement spécial, c’est parce que la recherche archéologique connaît deux étapes, la première est la découverte de l’objet par un fouilleur, la seconde consiste en sa description scientifique, et il va de soi que le premier touriste venu ne doit pas montrer des photos et faire ses petits commentaires avant qu’un spécialiste s’en soit chargé. C’est pourquoi, au lieu de maudire le musée qui en interdit la photo, il convient de le bénir de nous permettre de voir, mais seulement avec les yeux, un objet sans lui faire attendre dans une réserve sa description par un archéologue. Un ami de Marianne, qui avait mis au jour des statues de kouroi en Turquie d’Asie lui avait demandé d’en décrire un, c’est ce qu’elle a fait dans le livre que je montre ici en photo.
 
764b1 Vue de Lavrio (Attique)
 
764b2 Vue de Lavrio (Attique)
 
Lavrio, c’est aujourd’hui un port, où arrivent les ferries en provenance de l’île de Kéa. C’est ainsi que, partis du port du Pirée le 14 août dernier voir quelques Cyclades, en finissant par Kéa, nous avons abordé le 20 août à Lavrio. Et comme nous étions sans camping-car nous avons dû prendre un autocar vers le centre d’Athènes, puis un métro et enfin un bus urbain jusqu’au camping. C’est moins commode que Le Pirée, desservi par un bus direct qui passe devant le camping…
 
Ce terminal de ferries est une reconversion. En effet, les environs de Lavrio étant riches en plomb et en argent, le port moderne de Lavrio a été équipé pour recevoir les gros cargos emportant le minerai au dix-neuvième siècle. Mais ces mines étaient actives dans l’Antiquité, aussi aurai-je à parler de la mine du temps des Guerres Médiques et de la réouverture de la mine lors de la Révolution Industrielle. Reste que le site est magnifique.
 
764b3 maisons de la mine à Lavrio (Attique)
 
764b4 maisons de la mine à Lavrio (Attique)
 
Outre la ville moderne, avec de grands immeubles, les Français qui ont rouvert les mines au dix-neuvième siècle ont construit tout un immense quartier pour héberger cadres et ouvriers. En ces temps où Zola décrivait dans Germinal des conditions de vie rudes pour les mineurs, ici les maisons qui leur étaient attribuées étaient correctes et disposaient d’un confort minimum, même si elles étaient moins vastes et ne jouissaient pas, comme celles des ingénieurs et techniciens, de jardinets. Celles qui n’ont pas subi de travaux d’entretien sont, évidemment, en assez piteux état, mais l’immense majorité d’entre elles ont été retapées et constituent aujourd’hui un quartier recherché et agréable.
 
764b5 Colocotroni honoré à Lavrio
 
La ville de Lavrio honore le général Théodore Kolokotroni, parfois transcrit Colocotroni (1770-1843) qui s’est illustré dans la guerre d’Indépendance. Je parle de lui dans mon article sur Navarino (21 et 28 mai 2011). Séjournant à Nauplie, Lamartine l’évoque dans son Voyage en Orient, dans des actions à la fois courageuses et destructrices : "L'anarchie la plus complète règne en ce moment dans la Morée. Chaque jour une faction triomphe de l'autre, et nous entendons les coups de fusil des klephtes, des Colocotroni, qui se battent de l'autre côté du golfe contre les troupes du gouvernement. On apprend, à chaque courrier qui descend des montagnes, l'incendie d'une ville, le pillage d'une plaine, le massacre d'une population, par un des partis qui ravagent leur propre patrie. On ne peut sortir des portes de Nauplie sans être exposé aux coups de fusil".
 
764b6 Sur un mur de Lavrio, au sud de l'Attique
 
764b7 Sur un mur de Lavrio, au sud de l'Attique
 
Avant de quitter la ville moderne, je montre encore cette grande peinture murale qui couvre tout un pan de la façade d’un bâtiment, ainsi que deux détails, les drapeaux du monde qui ornent la jupe de la fille au porte-voix (sur le bord droit, un peu en-dessous du milieu, il y a le drapeau français), et les inscriptions en arrière-plan, liberté, développement durable, égalité, les droits des femmes sont des droits de l’homme, paix, éducation, rarement en grec (aucune sur mon gros plan ci-dessus), presque toutes en anglais, ce qui veut dire qu’elles s’adressent aux étrangers. En haut à gauche, le texte d’un poème célèbre d’Odysseas Elytis, prix Nobel de littérature 1979 :
 
Έτσι συχνά όταν μιλώ για τον ήλιο
μπερδεύεται στη γλώσσα μου ένα
μεγάλο τριαντάφυλλο κατακόκκινο
αλλά δεν μου είναι βολετό να σωπάσω
 
"Très souvent, quand je parle au soleil, vient se confondre sur ma langue une grande rose rouge mais il ne m’est pas facile de me taire"
 
764c1 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
764c2 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
Si les Grecs de l’Antiquité se sont établis ici pour exploiter la mine, ils n’ont pas manqué de construire une ville avec tout ce que cela comporte, notamment un théâtre. Comme toujours lorsque c’est possible, le théâtre est appuyé à une colline afin de limiter les travaux de soutènement, sauf ici sur les flancs. Comme on le voit sur la seconde photo, les gradins sont en mauvais état sur une partie, les pierres ont dû en être utilisées pour construire les maisons, mais il y a sur place des engins et des matériaux, je pense qu’il va être rénové. D’ailleurs sans doute si l’autre moitié est en meilleur état est-ce parce que des pierres ont été remises en place.
 
764c3 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
764c4 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
Les théâtres sont toujours construits en arc cercle, sur 180 degrés, parfois un peu plus, rarement un peu moins. Mais la particularité de celui-ci, unique à ma connaissance, est qu’il intègre une ligne droite entre deux quarts de cercle. C’est, part ailleurs, l’un des plus anciens théâtres du monde. Sa situation procure une vue splendide sur le paysage.
 
764c5 Théâtre de Thorikos à Lavrio, sud de l'Attique
 
J’ignore si ces pieds, dessinés par un amateur parce que ce sont deux pieds gauches, sont antiques ou ont été gravés par un vandale moderne. En parcourant le théâtre je les ai remarqués, alors pour le cas où ils auraient deux mille cinq cents ans…
 
764d1a Musée de Lavrio, vases classiques
 
764d1b Musée de Lavrio, vases d'époque classique
 
764d1c Musée de Lavrio, vase attique à fond blanc
 
Des hommes ont vécu ici depuis très longtemps. Il semble que les mines aient été exploitées depuis au moins 1000 ans avant Jésus-Christ (j’ai même lu quelque part que c’était depuis 3500 avant Jésus-Christ, mais ce texte est peu fiable parce qu’il parle d’une acropole mycénienne de 4800 avant Jésus-Christ, soit plus de trois millénaires avant l’apparition des Mycéniens…). Par conséquent, il est normal que le sol de Lavrio recèle bien des traces de la vie dans l’Antiquité, ne serait-ce que dans les sépultures où le mort était enterré avec les accessoires de sa vie. Il y a donc en ville un musée archéologique. La personne qui nous a vendu les billets d’entrée, seule dans le musée, est à la fois caissière et gardienne. Mais en fait elle connaît les collections et je ne serais pas étonné qu’elle soit en même temps conservatrice, ou qu’elle ait reçu une formation d’archéologue. Si peu de personnes visitent cet intéressant musée… Nous étions totalement seuls ce matin pendant toute notre longue visite.
 
Les trois vases de la première photo proviennent d’un cimetière et sont d’époque classique. Sur la deuxième photo, le lécythe à droite est un petit vase destiné à contenir des huiles aromatiques. L’usage était d’enduire le corps des morts de ces huiles parfumées, et ce vase qui date du cinquième siècle avant Jésus-Christ a pu être utilisé pour le mort auprès duquel il a été placé, car ces lécythes ne connaissaient pas d’autre usage que funéraire et n’étaient donc pas des accessoires de toilette. La cruche, à gauche, avec un petit garçon qui court après un canard, date de la fin du même siècle. Chaque année au printemps, on célébrait les Anthesteria, des fêtes en l’honneur de Dionysos au cours desquelles on testait le vin de l’année, et des concours avaient lieu entre les goûteurs. Les archéologues supposent que cette cruche avec laquelle ce garçon a été enterré lui a servi à la compétition des Anthesteria. La troisième photo montre un vase à fond blanc. Ces vases sont beaucoup plus rares que les vases à figures noires, ou que les vases à figures rouges qui leur ont succédé, car ils sont une particularité des potiers d’Athènes, alors que les autres ont été fabriqués partout dans le monde grec, y compris à Athènes. Celui-ci est également un lécythe, il fait donc voir dans son sujet une allusion à la mort ou à ce qui a marqué la vie du défunt. Cette femme ailée, ici, semble être une Nikè, une Victoire.
 
764d2 Musée de Lavrio, coupe néolithique (5300-4300 avant
 
Après ces céramiques d’époque classique, nous remontons très loin dans le temps, jusqu’au Néolithique, entre 5300 et 4300 avant Jésus-Christ. Cette coupe a pu servir à la préparation d’aliments, à leur cuisson, comme à leur consommation.
 
764d3 Musée de Lavrio, bijou trouvé dans une tombe
 
764d4 Musée de Lavrio, pendentifs trouvés dans des tombes
 
Malheureusement, rien n’indique de quand date la petite croix de ma première photo, ni sa provenance. Pausanias, au deuxième siècle de notre ère, parle au passé de l’exploitation des mines, Lavrio a profondément décliné à l’époque hellénistique et la vie n’y a repris que bien plus tard. Mais comme rien dans cette partie du musée ne date de l’époque paléochrétienne, nul doute que c’est un bijou qui doit remonter quelques siècles avant Jésus-Christ. Les trois petits pendentifs de la seconde photo n’ont sans doute pas eu le même usage. Celui de gauche, en forme de sexe masculin taillé dans une pierre, était une amulette destinée à assurer la virilité ou la fécondité de celui qui le portait. Au milieu, cet ours fait dans une coquille de crustacé (un spondylus gaederopus, dit la notice, ce qui ne m’éclaire guère, ignorant que je suis) était probablement un talisman pour se protéger de l’animal. La petite hache de jaspe vert, pour le pendentif de droite, n’avait sans doute pas d’autre destination que l’ornement.
 
764d5 Musée de Lavrio, relief votif, Héraklès, vers 400
 
Ce relief votif date des environs de 400 avant Jésus-Christ. Il représente Héraklès. On voit que le héros a déjà saisi le lion de Némée par la crinière, et qu’il brandit de sa main droite un gourdin. Mais on sait que le lion ne pouvait être blessé et qu’Héraklès a dû l’étouffer en l’écrasant contre sa poitrine. Sur la droite, on voit un palmier crétois, ainsi que, à moitié cassé, un taureau symbole de la Crète.
 
764d6 Musée de Lavrio, montant d'un temple funéraire (fin
 
Cette pierre sculptée formait l’angle d’un monument funéraire de la fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ. On y voit une jeune esclave portant dans ses mains la pyxide où sa défunte maîtresse gardait ses bijoux. L’usage courant n’était pas de porter les cheveux courts, comme représenté ici, mais l’esclave se les est coupés en signe de deuil.
 
764d7 Musée de Lavrio, mosaïque du 5e siècle de notre è
 
Dans cette partie du musée, on trouve cette rare trace de l’époque paléochrétienne, un fragment de mosaïque de sol provenant du presbytère qui dépendait de la basilique du cinquième siècle de notre ère.
 
764e Musée de Lavrio, recherche de veine argentifère, 350
 
Avec cette pierre de 350-300 avant Jésus-Christ, nous allons faire la transition entre le musée et la mine antique. L’inscription très mutilée dit que Thymokharès a pris possession d’Artémisiakon (nom d’une mine ainsi nommée, comme d’autres, en l’honneur d’Artémis), et des bribes (le mot désignant un filon ou une veine) laissent penser que dans cette mine abandonnée on ne sait pas si une veine rentable peut être trouvée. Ce citoyen l’a prise pour y rechercher une nouvelle veine avec l’intention de la rouvrir à son profit. Le moment est donc venu pour moi de parler de cette exploitation antique. Les mines appartenaient à l’État, qui les louait à bail. Et lorsque l’on évoque les cités-États, Athènes, Thèbes, Corinthe, Sparte, etc., il convient de préciser que ces cités régnaient sur un territoire qui dépassait largement les limites de la ville, et qu’Athènes possédait toute l’Attique. Ainsi, ce Thymokharès a repris un bail abandonné par quelqu’un qui ne tirait plus de profit de cette mine. Je disais précédemment que l’exploitation de l’argent et du plomb était ici extrêmement ancienne, et au moment de la Seconde Guerre Médique, quand Thémistocle a interprété l’oracle qui disait de se protéger avec des remparts de bois comme un conseil de construire une flotte de guerre plutôt que de monter de trop fragiles (et inflammables) murs de bois, il a suggéré de financer cette flotte avec le produit de la mine d’argent de Lavrio. Outre, donc, la frappe des célèbres pièces d’argent à la chouette, le métal a été vendu, des navires ont été construits, et les Grecs ont vaincu Xerxès à Salamine en 480. Dans les années qui ont suivi, à l’époque de Périclès, les mines de Lavrio ont connu leur apogée, mais ce sont les Spartiates qui, en 413, lors de la Guerre du Péloponnèse, vont faire une incursion qui entraîne leur fermeture. Néanmoins, on va les rouvrir quelques décennies plus tard, en 355. Il n’est donc pas étonnant de trouver, dans les années qui ont suivi cette décision réclamée par Xénophon, cette pierre annonçant que l’État signe un nouveau bail. On ne sait pas si Thymokharès a eu du succès dans son entreprise, mais les mines de Lavrio ont continué à être exploitées doucement jusqu’au début de l’ère chrétienne, sans jamais retrouver leur niveau d’activité passé.
 
Lorsque j’ai parlé de l’île de Délos, le 17 août dernier, j’ai cité un passage où Plutarque parle de Nicias, richissime général et homme politique athénien contemporain de Périclès, qui a offert un gigantesque palmier d’airain à l’île sainte. Je reviens à un autre passage de ce même texte parce qu’il se rapporte à notre sujet : "On lit, dans un des dialogues de Pasiphon, que Nicias faisait tous les jours des sacrifices, qu'il avait dans sa maison un devin qu'il paraissait n'interroger que sur les affaires publiques, mais qu'il consultait le plus souvent sur ses propres affaires, et principalement sur les vastes et riches mines d'argent qu'il possédait dans le bourg de Lavrio, et dont il tirait un gros revenu, mais qu'il ne pouvait faire exploiter sans un grand danger pour les travailleurs. Il y entretenait pour cette exploitation un grand nombre d'esclaves, et sa plus grande richesse consistait dans l'argent qu'il en retirait. Aussi était-il sans cesse entouré d'une foule de gens qui lui demandaient à emprunter, et à qui il prêtait volontiers. Il donnait également, et à ceux qui pouvaient lui nuire, et à ceux que leur vertu rendait dignes de ses largesses".
 
764f1 L'Europe et les mines de Lavrio, au sud d'Athènes
 
Les mines en question ne sont pas ouvertes librement à la visite, même pour les citoyens européens qui ont payé quatre-vingts pour cent du million trois cent mille Euros qu’a coûté leur réaménagement. Mais je disais tout à l’heure que la dame qui tient le musée archéologique était une personne de valeur. Quand nous lui avons expliqué, vendredi, ce que nous faisions et le but de notre voyage, elle nous a donné son numéro de téléphone et nous a dit de l’appeler samedi, et là elle nous a annoncé que nous pouvions nous présenter à la mine dimanche matin à 10 heures… Un immense merci, Madame. Avec joie nous nous sommes rendus à une dizaine de kilomètres de Lavrio, à l’entrée où un fonctionnaire municipal nous a ouvert la grille.
 
764f2 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
On exploitait la mine à ciel ouvert, ou encore on creusait des puits verticaux ou inclinés, parfois jusqu’à plus de cent mètres de profondeur. Souvent, les galeries étaient étayées par boisage, mais parfois on sacrifiait une partie du minerai pour laisser des piliers argentifères comme soutien naturel. L’appât du gain provoquait la tentation d’attaquer un peu ces piliers naturels, ce qui risquait de provoquer un éboulement de la galerie avec des hommes emmurés vivants, aussi était-ce un délit puni de mort. Pour d’évidentes raisons de sécurité, on ne visite pas les galeries.
 
764f3 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
764f4 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
764f5 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
Mais ce que l’on peut voir en de nombreux exemplaires, ce sont de grandes citernes disséminées sur un très vaste espace. Leurs parois sont revêtues de plâtre hydrofuge pour les rendre étanches.
 
764f6 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
764f7 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
C’est en lavant le minerai dans des bassins comme ceux que l’on voit ci-dessus et avec l’eau provenant des grandes citernes que nous avons vues que l’on sépare le métal de la terre qui le contient. Les techniques permettant d’isoler dans le même minerai le plomb de l’argent font que l’on a dû abandonner tôt les filons où la proportion d’argent était trop faible.
 
764f8 Mine d'argent antique de Lavrio, au sud d'Athènes
 
Après avoir repris notre véhicule, nous avons vu un peu plus loin dans un sous-bois une petite église et un panneau qui semblait s’adresser au touriste de passage. Nous nous arrêtons et constatons que l’église est fermée, mais le panneau indique que là se trouvait un bassin de lavage de minerai. En effet, en cherchant un peu parce que le lieu n’a pas été entretenu, nous trouvons d’autres espaces destinés au lavage du minerai. Les mines de Lavrio ont donc occupé un espace considérable sur plusieurs sites différents et éloignés les uns des autres, et l’on peut comprendre qu’à l’époque de leur rendement maximum elles aient pu faire la richesse d’Athènes. Au total, ont été extraits dans l’Antiquité 13 millions de tonnes de minerai argentifère à 400 grammes d’argent par tonne et 20 pour cent de plomb, dont le traitement hydromécanique et métallurgique a en réalité procuré un million quatre cent mille tonnes de plomb et trois mille cinq cents tonnes d’argent. Les crassiers de la mine, non exploitables de façon rentable à cette époque, contenaient sept pour cent de plomb et seulement 140 grammes d’argent par tonne. L’École Archéologique Belge qui a procédé aux fouilles a mis au jour une ville industrielle, murailles et tours, maisons d’habitation, cimetière, infrastructures portuaires, industrie minière, le tout d’une superficie totale de 15 hectares.
 
764g1 esclaves travaillant dans les mines, 6e s. avant JC (
 
764g2 lampe de mineur antique
 
Aux alentours des débuts de l’ère chrétienne, les mines de Lavrio ferment. Définitivement en apparence. Mais en 1863, une compagnie germano-italienne décide de les rouvrir et, au moyen de procédés plus modernes, retraite les crassiers pour en extraire ce que les méthodes de l’Antiquité n’ont pu séparer. Naît un conflit avec le jeune État grec, qui conteste l’appropriation arbitraire par cette compagnie des déchets miniers antiques, et qui, en 1871, déclare la mine propriété nationale puis, en 1875, en confie l’exploitation à une compagnie française qui fait de Lavrio l’un des centres miniers métallurgiques les plus importants d’Europe. En 1930, la Grèce a vendu la mine à la société française qui l’exploitait, et qui en a poursuivi l’exploitation, désormais pour son propre compte, jusqu’en 1982. Une compagnie grecque reprend alors les mines mais les ferme complètement en 1989. Sur le site du bourg d’Agios Konstantinos, la compagnie française a été active de 1880 à 1973 et la Municipalité a repris le bâtiment qui abrite la machinerie d’ascenseur pour en faire un petit mais très intéressant musée des minéraux et de la mine.
 
On trouve d’abord dans ce musée un petit espace réservé à la mine ancienne, avec par exemple cette reproduction du décor d’un vase du sixième siècle avant Jésus-Christ appartenant au musée de Berlin, où l’on voit des esclaves au travail dans la mine. Ou encore cette petite lampe de mineur bien évidemment impossible à tenir à la main pour un éclairage individuel comme le fait la lampe sur le casque d’un mineur d’aujourd’hui, mais qui éclairait le site de travail. On peut imaginer que, même pour une clarté assez faible, on devait utiliser côte à côte plusieurs de ces lampes.
 
764g3 reprise de la mine d'argent de Lavrio au 19e siècle
 
Et l’on passe au dix-neuvième siècle. Outre des photos de dirigeants et d’ingénieurs, j’ai trouvé intéressante cette image du passé, dont la légende (en grec) dit que c’est le départ des ouvriers du grand puits de mine Serpieri I (c’est celui où nous sommes), mais sans préciser l’époque. L’habillement des mineurs semble plus moderne que ce que montrent (en France) des gravures du dix-neuvième siècle, mais en tous cas largement antérieur à la Seconde Guerre Mondiale.
 
764g4 équipement des mineurs aux 19e et 20e siècles, à L
 
Un petit espace du musée est consacré au matériel utilisé dans les derniers temps sur le site où nous sommes, soit jusqu’en 1973. Par eux-mêmes, ces objets n’ont rien d’exceptionnel, on les connaît, mais il n’est jamais indifférent de voir des outils qui ont été entre les mains d’hommes qui ont lourdement peiné en les utilisant, car le métier de mineur me semble être l’un des plus pénibles qui soient. Ayant eu la chance de ne jamais avoir eu, dans ma vie, à exercer un dur métier manuel, je ne me fonde que sur les apparences, mais elles rassemblent tant de points négatifs que je n’ai que peu de risques de me tromper.
 
764g5 Machine de la mine d'argent de Lavrio au 20e siècle
 
764g6 Machine de la mine d'argent de Lavrio au 20e siècle
 
Le musée a eu l’excellente idée de conserver à sa place la machinerie dont le rôle était de mouvoir les câbles qui, à l’extérieur du bâtiment, faisaient monter et descendre le monte-charge. Sur la plate-forme de ce monte-charge, les ouvriers descendaient pour prendre le travail ou remontaient une fois leur tâche achevée, et alternativement on y poussait les wagonnets chargés de minerai pour les monter à la surface.
 
764g7 Machine de la mine d'argent de Lavrio au 20e siècle
 
De la mine, une voie ferrée menait directement au port où les cargos embarquaient le minerai pour le transporter vers de nombreux pays d’Europe. Cette ligne, la toute première de Grèce, a été construite en 1871 par la compagnie germano-italienne qui venait de rouvrir la mine. Elle ne faisait que dix kilomètres de long. Puis elle a été étendue peu à peu par la compagnie française aux autres sites miniers de Lavrio, jusqu’à atteindre un réseau de quarante kilomètres. Aujourd’hui devenue inutile, elle a été en grande partie arrachée pour ne pas couper les routes modernes, mais il reste un tunnel, un viaduc…
764h Minéraux extraits de la mine de Lavrio, sud d'Athène
 
Et pour finir, voici quelques échantillons de minéraux. C’est la partie la plus riche de ce petit musée. On en voit de toutes sortes et de toutes couleurs, et la totalité d’entre eux proviennent du site minier où nous nous trouvons. J’imagine que le professeur de chimie qui vient ici avec ses élèves doit jubiler, parce que ces roches ne se contentent pas d’être belles et surprenantes. Elles sont aussi assorties d’une petite étiquette très artisanale mais qui donne leur nom en grec et en anglais, ainsi que leur composition et leur formule chimique. Ainsi, j’ai découvert avec étonnement que les pierres de la rangée du haut, pourtant si différentes d’aspect, sont toutes les trois des aragonites CaCO3. Sur la deuxième rangée, entre une azurite Cu3(CO3)2(OH)2 à gauche et une baryte CuSO4 à droite, se trouve la seule pierre que j’avais reconnue, c’est l’améthyste SiO2 (mais sans en connaître la formule). Et en bas, de gauche à droite, ce sont une ankérite Ca(Fe+2,Mg,Mn)(CO3)2 à la formule bien compliquée, une hématite Fe2O3 et une smithsonite ZnCO3.
 
 764i
 
Je vais arrêter là notre visite de Lavrio, de sa ville, de ses mines et de son histoire, mais je voudrais ajouter quelques mots au sujet de ces deux messieurs, Kostas Tzanis à gauche et Spyros Athanasiadis à droite. Le premier a exercé les fonctions de mineur ici avant d’aller travailler aux antipodes. Il va de temps à autre errer avec nostalgie dans les galeries, et en rapporte des minéraux qui figurent dans l’exposition. Tous deux ont la passion de cette mine et de son musée, qu’ils tiennent bénévolement. Ils n’interviennent pas trop d’eux-mêmes pour ne pas risquer d’ennuyer le visiteur (et pourtant je garantis, pour les avoir entendus, qu’il n’y a aucun risque), mais si on les questionne, ou s’ils sentent que l’on s’interroge, c’est avec enthousiasme qu’ils donnent toutes les explications nécessaires, avec clarté, de façon vivante et intéressante. Je salue donc leur dévouement et leur gentillesse en leur disant un grand MERCI, MESSIEURS.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Marie-Alexine Prigent 01/11/2013 23:41

Quel heureux hasard de tomber sur votre blog et de voir ces lieux que nous connaissons si bien car notre ville Quimper est jumelée avec Lavrio, aussi en tant que comité de jumelage Quimper-Lavrio
nous sommes toujours heureux que l'on évoque comme vous le faites le riche passé de cette ville si attachante.

Merci.

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  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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