Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 17:10
778a1 Calendriers des ciments Héraklès
 
778a2 Ciments grecs Héraklès, groupe Lafarge
 
Sans doute il n’est pas très malin, quand on sort d’un concert dont on se sent tout rempli, d’avoir à la suite une autre activité plutôt que de rester imprégné de ce que l’on a entendu. Or, comme je le racontais dans mon avant-dernier article, en ce 10 novembre nous avons assisté au concert d’Angelika Ionatos et Katerina Fotinakis mais, tout excités par ce que nous avons entendu, nous ne désirions pas rentrer immédiatement au camping et parce que ce soir le musée Benaki ferme très tard nous nous y sommes rendus. Notre intention, en vérité, n’était pas de voir une fois de plus les collections déjà visitées le 31 mars et le 2 avril derniers, mais nous avions entendu dire qu’il s’y trouvait une exposition temporaire. La Société Anonyme Nationale de Ciments Héraklès, l’une des filiales du groupe français Lafarge, édite chaque année depuis 1956 un calendrier illustré par des artistes contemporains, et se targue non sans raison d’avoir ainsi fait pénétrer l’art contemporain dans de nombreux foyers qui ne l’auraient jamais connu, leur mettant quotidiennement ces œuvres d’art sous les yeux. Au total, une soixantaine d’artistes y ont collaboré, et c’est une sélection de ces œuvres originales qui est présentée ici (pour être imprimées, elles étaient réduites aux dimensions du calendrier).
 
778b1 Yannis Moralis, Héraklès tuant Hippolyte (1956)
 778b2 Yannis Moralis, Héraklès tombe amoureux d'Augè (19
 
C’est avec un grand peintre que nous connaissons déjà, Yannis Moralis rencontré à la Pinacothèque nationale, que nous commençons la visite. Ces peintures à la détrempe sur papier ont été insérées dans le calendrier de 1956, le premier calendrier de la cimenterie. Arès, le dieu guerrier, a engendré la reine des Amazones, peuple de guerrières elles-mêmes, n’admettant la présence d’hommes que pour se reproduire et n’élevant que leurs filles. Et Arès a offert une ceinture à sa fille, la reine Hippolyte. Là-bas, en Argolide (le pays d’Argos, de Mycènes, de Tirynthe, dans le Péloponnèse), Héraklès est au service d’Eurysthée en expiation du meurtre qu’il a perpétré sur sa femme et ses enfants. Pour satisfaire sa fille qui la convoite, Eurysthée envoie Héraklès chercher la ceinture d’Hippolyte. C’est l’un de ses douze travaux. Armé de son habituelle massue, il s’y rend en compagnie de son ami Thésée, le roi d’Athènes. Hippolyte lui aurait bien remis sa ceinture sans discuter, mais ses sujettes les Amazones ne le voient pas de cet œil. Remettre un présent d’Arès, leur dieu tutélaire, sans même combattre, pas question. Dans la lutte, Héraklès tue Hippolyte et récupère la ceinture. C’est clairement ce que représente le premier dessin. Mais les Grecs eux-mêmes semblent ignorer cette légende pourtant célèbre. Je ne sais qui, du peintre, des auteurs du calendrier ou des commissaires de l’exposition, a rédigé la notice placardée sur le mur auprès de ce dessin, mais elle dit (en anglais comme en grec) "Pour récupérer la ceinture qu’il a offerte à Hippolyte, reine des Amazones, Arès la tue près du port de Thémiskyra". Outre que rien n’indique, dans le dessin, le lieu de la scène, c’est une absurdité de dire qu’il s’agit d’Arès, d’abord parce que ce n’est pas conforme à la légende, mais aussi parce qu’Arès ne se départit jamais de son casque, de son bouclier et d’une arme, épée ou lance, tandis qu’Héraklès est toujours représenté avec la massue qu’il a taillée dans le tronc d’un olivier. Il est vrai qu’il lui manque, ici, la peau du lion de Némée, monstre vaincu au titre du premier de ses douze travaux dont ilporte la dépouille lors des onze suivants. Enfin, le calendrier est pour la marque Héraklès, ce qui laisse penser que l’erreur n’a pas été commise par l’artiste, qui a choisi son sujet en fonction du commanditaire.
 
Sur la seconde peinture, Héraklès (Arès pour la notice) s’est énamouré d’Augè. Cela pose problème, parce qu’Augè est prêtresse d’Athéna, ce qui l’oblige à préserver sa virginité. Quand elle met au monde Télèphe, le fils conçu avec Héraklès, son père Aléos, roi de Tégée, expose le fils (c’est-à-dire laisse le bébé nu et sans défense, qui mourra de faim ou dévoré par les bêtes sauvages, sans que l’on ait à commettre l’impiété d’un meurtre) et met la mère dans une barque abandonnée aux flots. Mais que les âmes sensibles se rassurent, Télèphe sera recueilli et élevé par un berger, tandis que les courants marins vont porter la barque d’Augè jusqu’en Mysie (au nord-ouest de l’Asie Mineure) où elle sera sauvée et épousée par le roi. Ce que représente cette peinture est le premier épisode de la légende, Héraklès veut s’emparer de la femme dont il est tombé amoureux. Dans nombre de versions de la légende, Augè a elle aussi succombé à l’amour et il n’est nul besoin de la poursuivre bien longtemps. Heureusement, car le viol est passible de la Cour d'Assises.
 
778c1 Spyros Vassileiou, Neige à Karpenisi (1968)
 
Passée la première année, le thème du héros Héraklès est oublié. Ou considéré comme épuisé. Nous faisons ici un grand bond jusqu’à l’année 1968 avec cette Neige à Karpenisi de Spyros Vassileiou. Karpenisi est une ville de Grèce centrale, à un peu moins de 1000 mètres d’altitude. Le dessin mêle une représentation réaliste, presque photographique, du paysage, avec des éléments naïfs, comme le camion ou le pope.
 
778c2 Dimitris Mytaras, Garage (1972)
 
En 1972, Dimitris Mytaras se rapproche du thème de l’entreprise commanditaire avec ce gros engin de travaux publics, intitulé Garage. Très sobre en se limitant à un camion jaune, une porte de garage et une silhouette en premier plan, ce dessin n’en a pas moins un impact très fort.
 
778c3 Kostas Grammatopoulos, Fille de l'île cousant (1980)
 
778c4 Kostas Grammatopoulos, Pêcheur ravaudant ses filets
 
On retrouve pendant deux années successives, 1980 et 1981, le peintre Kostas Grammatopoulos. C’est d’abord Fille de l’île cousant (ou plutôt Insulaire cousant, quoique rien dans ces deux mots n’exprime le féminin, qui est clair en grec), et ensuite Pêcheur ravaudant ses filets.
 
778c5 Maria Pop, Sur la place en face de la taverne Le Plat
 
Très sympathique est cette petite scène peinte par Maria Pop, intitulée Sur la place en face de la taverne Le Platane un après-midi d’été. Cette aquarelle était destinée au calendrier 1982.
 
778d Panagiotis Tetsis, Marché de rue (1982)
 
C’est aussi pour le calendrier de 1982 qu’a été peint Marché de rue, une huile sur bois de Panagiotis Tetsis. L’exposition présente aussi une autre scène de marché, du même artiste et de la même année.
 
778e1 A. Tassos, Le Combat de la moisson dans la plaine de
 
778e2 A. Tassos, otages (1985)
 
Ces deux tableaux, des peintures à la détrempe, sont de la même année, 1985, et du même peintre, Alevizos Tassos. Je ne sais pourquoi, partout son prénom n’est indiqué qu’avec l’initiale A., dans l’exposition comme dans les notices à son sujet que j’ai trouvées sur Internet. Le premier tableau est Combat pour la moisson dans la plaine de Thessalie. À vrai dire, le titre ne m’éclaire pas beaucoup sur le sens ni l’intention de ces militaires armés (il y a un fusil mitrailleur posé au sol) fauchant le blé à côté des paysannes. L’autre tableau est beaucoup plus clair, le titre étant très explicatif : Blocus de Drapetsona et otages des bataillons de sécurité emmenés dans les camps de concentration allemands. Drapetsona est une municipalité proche du Pirée, le port d’Athènes.
 
778f1 Musée Benaki, pièce de réception, Macédoine, 18e
 
778f2 Musée Benaki, pièce de réception, Macédoine, 18e
 
778f3 Musée Benaki, tenue de ville féminine, Ioannina, 19
 
Nous avons fait le tour de cette très intéressante exposition des calendriers Héraklès Lafarge en prenant notre temps, et quand nous avons fini le musée Bénaki est encore loin de sa fermeture. Alors pourquoi ne pas refaire une petite visite des collections permanentes que nous avons tant appréciées ? Que les économes ne nous accusent pas d’être des paniers percés car, même si nous aurions été prêts à payer quelques Euros, dépensiers que nous sommes, notre ticket pour l’exposition temporaire donne l’accès à toutes les salles. Mais j’ai déjà très amplement parlé de ce merveilleux musée dans mon article daté 31 mars et 2 avril 2011, je vais ici seulement montrer des images qui m’ont fortement impressionné. Les deux premières photos ci-dessus représentent des pièces de réception de riches demeures de Kozani, en Macédoine, datant du dix-huitième siècle. La première a été sauvée dans les années 1930, la seconde a été donnée par les propriétaires. Puisque ces intérieurs ont été préservés en place jusqu’au vingtième siècle, ils existaient donc et étaient en usage au dix-neuvième siècle, époque du costume de ville féminin porté par le mannequin de ma troisième photo. À ceci près que les salons sont macédoniens et que le costume est épirote puisqu’il provient de la ville de Ioannina.
 
778g1 Musée Benaki, mitre de l'archevêque d'Amida, 1739
 
778g2 Musée Benaki, couvercle de patène, 1751
 
Amida, aujourd’hui Diyarbakir, est une ville d’Asie, au sud-est de la Turquie. Ce splendide objet d’orfèvrerie (première photo) est la mitre de l’archevêque de cette ville, Agathangelos, et porte la date de 1739. Un siècle plus tôt, au début du dix-septième siècle, de nombreux Grecs de la région du Pont (le Pont Euxin est le nom de la Mer Noire) sont venus dans cette ville pour travailler dans les mines de cuivre d’Argana. Les communautés des mineurs établis dans la région ont très longtemps conservé, jusqu’au vingtième siècle, leur langue et leurs coutumes, et ils avaient leur métropolite pontique (un métropolite, dans les usages de la religion orthodoxe, est l’évêque –ou l’archevêque– d’une région, ici dans une région étrangère habitée par des populations du Pont). La seconde photo montre un couvercle de patène de 1751 provenant de Kermira, une petite ville d’Asie Mineure, en Cappadoce loin dans les terres, près de Kayseri. Un coup d’œil à la carte me ferait dire que ce doit être aux alentours du centre géographique de la Turquie d’Asie. Ici on voit une mise au tombeau.
 
778g3 Musée Benaki, saint Dimitri (Kallipolis, 1852)
 
Saint Dimitri (Démétrios en grec, nom issu du culte de la déesse Déméter) est le saint protecteur de Thessalonique. Né au troisième siècle dans une famille sénatoriale de cette ville (Salonique), il devient proconsul de Grèce sous les empereurs Dioclétien et Maximien, lequel siège à Salonique. Chrétien, il enseigne la nouvelle religion sans se cacher, notamment dans les bains publics. Or Maximien a ordonné d’arrêter les chrétiens, aussi Dimitri est-il pris et amené à l’empereur, qui a ordonné sa mise à mort. Souvent invoqué pour des guérisons ou pour la défense de sa ville, ce saint est considéré comme l’auteur d’innombrables miracles. Notamment, il aurait été vu à cheval, combattant victorieusement des barbares tentant de prendre sa ville. C’est pourquoi il est généralement représenté en chevalier terrassant un ennemi tombé au sol. C’est le sujet du plat que montre ma photo (Kallipoli, nord-ouest de Thessalonique, 1852).
 
778h Musée Benaki, masque funéraire en stuc (Egypte, 2e s
 
Une dernière photo avant le point final. Ce remarquable masque funéraire en plâtre peint, avec des yeux en pâte de verre, provient d’Égypte et date du deuxième siècle de notre ère. Je le trouve remarquable d’expressivité.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche