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25 avril 2012 3 25 /04 /avril /2012 06:26
Malgré tout le temps où nous avons été à Athènes lors de nos divers passages entre deux voyages en province ou dans les îles, le quartier du Céramique est l’un des sites importants que nous n’avons pas encore visités. Il y a beaucoup à voir, site et musée, aussi cela a-t-il justifié deux visites, le mardi 4 et le vendredi 28 octobre. Comme son nom peut le laisser penser, le Céramique est le quartier des potiers, ceux qui ont façonné et peint les fameux vases attiques.
 
Ce lieu a d’abord été choisi, dès l’Âge du Bronze, pour y placer quelques tombes, les premières. À partir du moment où s’est éteinte la civilisation mycénienne, dans les années 1100 à 1000 avant Jésus-Christ, c’est devenu clairement, officiellement, un cimetière en évolution constante, il y a eu de plus en plus de tombes à l’époque Géométrique (de 1000 à 700), à l’époque Archaïque (de 700 à 480), et pour les plus riches on a élevé des monuments.
 
762a1a Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
762a1b Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
762a1c Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
À la suite des Guerres Médiques, Thémistocle a fait construire en 478 le mur qui porte son nom et qui enclôt la cité. Il mesure environ 6,5 kilomètres de long, il était épais de 2,5 mètres et, sur une base de pierre, il était construit en brique crue et atteignait une hauteur totale de sept ou huit mètres. Un fossé était destiné à en rendre l’accès plus difficile. Ce mur a une histoire de plus de mille ans au cours de laquelle il a subi des réparations, sans que son tracé ni ses bases soient modifiés. En 420 après les destructions dues à la Guerre du Péloponnèse, en 394 sous Conon, stratège athénien, pour réparer les dégâts causés par les Spartiates, vers 307 au moment des guerres de Macédoine.
 
762a1d Céramique, Athènes, mur de Thémistocle
 
À cette époque, on a construit un second mur intérieur, et l’espace entre les deux a servi de chemin de ronde. En 86, Sylla entre dans Athènes par le Céramique et détruit le mur mais, comme s’instaure alors la Pax Romana, la Paix Romaine, on ne le répare pas. En revanche, en 267 de notre ère, les incursions barbares des Héruliens justifient une rénovation du vieux mur. Une dernière rénovation a lieu vers 550 sous Justinien (empereur de Byzance, 527-565). Par ce mur, le quartier du Céramique s’était trouvé coupé en deux, la partie interne étant vouée au développement urbain, la partie hors les murs n’étant plus qu’un cimetière de part et d’autre de chacune des deux routes qui la traversaient.
 
Les fouilles, commencées en 1863 et qui se poursuivent aujourd’hui, mettent au jour le niveau que nous visitons, après déblai de 8 à 9 mètres d’alluvions
 
762a2 Athènes, le Céramique (en reconstitution) IMG 8375
 
762a3 Céramique, Athènes, Dipylon
 
762a4 Céramique, Athènes, Dipylon
 
C’est au Céramique que se trouvent les deux principales portes d’Athènes. La première est la Porte Sacrée ouvrant sur la Voie Sacrée qui mène vers les Mystères d’Eleusis à une vingtaine de kilomètres (cf. mon article en date du 23 août). L’autre, le Dipylon, est la porte la plus grande et la plus majestueuse d’Athènes. C’est par là que passe la route qui mène à l’Académie où Platon avait ses disciples, c’est aussi le lieu de rassemblement de la procession des Panathénées avant de monter à l’Acropole. Ci-dessus, d’abord, une reconstitution de ce que fut le Céramique à l’époque classique. En plein centre du dessin, ce grand quadrilatère est le Pompeion, dont je vais parler dans un instant. Accolé sur sa droite, c’est le Dipylon derrière lequel part le Dromos, nom donné à la route de l’Académie. La troisième photo ci-dessus donne une idée de ce à quoi ressemblait le Dipylon, en haut vu depuis la route, en bas vu depuis la ville. La deuxième photo montre ce qui reste du Dipylon aujourd’hui. Pas grand-chose.
 
762b1 Athènes, quartier du Céramique, le Pompeion
 
762b2 Athènes, quartier du Céramique, côté du Pompeion
 
J’ai évoqué tout à l’heure le Pompeion. Le voilà. Avec ses 70 mètres sur 30, il a été construit aux alentours de 400 avant Jésus-Christ, détruit en 86 avant Jésus-Christ par les Romains lors d’une incursion dans Athènes, puis sur ses ruines ont été reconstruits des bâtiments au deuxième siècle de notre ère, puis une autre fois vers 400. Le peuple s’y réunissait pour les fêtes publiques, mais c’est aussi là que l‘on stockait le matériel nécessaire pour la célébration des Panathénées ainsi que les offrandes, et sa cour centrale bordée de portiques voyait les participants se rassembler, se préparer et se mettre en ordre pour la procession. Mais ces Panathénées n’ayant lieu que tous les quatre ans, le bâtiment avait aussi, entre temps, un autre usage. Il semble qu’il ait servi de gymnase, c’est-à-dire de lieu destiné à la fois au sport et à l’étude, puisque l’on sait que le sport fait partie intégrante de la formation. Ainsi les salles ouvrant sur le portique de la cour centrale servaient les unes de vestiaires, d’autres de salles de sport, de salles de bains, de salles de réunion, de salles de conférences, de bibliothèques, etc. C’est pour ces raisons culturelles que, nous disent les auteurs anciens qui l’ont décrit, s’y trouvait une statue en bronze de Socrate, œuvre de l’illustre Lysippe, ainsi que des peintures représentant Isocrate et des poètes comiques. Diogène, paraît-il, quittait son tonneau pour fréquenter le Pompeion.
 
762b3 Céramique, Athènes, la rivière Eridanos
 
La rivière qui traversait Athènes est l’Éridanos. Aujourd’hui, ce n’est guère qu’un étroit fossé à sec. Sur le dessin de reconstitution de l’ancien Céramique, que j’ai montré plus haut, c’est cette rivière qui est représentée en sombre sur le flanc gauche du Pompeion. Elle passait sous cette arche de la photo ci-dessus et sortait de la ville à côté de la Porte Sacrée, puis longeait la Voie Sacrée. Le dessin montre assez bien, malgré sa petite taille, le mur de Thémistocle, la rivière et la porte, ainsi que la Voie Sacrée beaucoup plus étroite que le Dromos.
 
762c1 Athènes, cimetière du Céramique, le Dromos
 
Ressortons de la ville. On voit ici le Dromos qui, en 1600 mètres, menait à l’Académie de Platon. C’était une voie qui revêtait un caractère très officiel parce que sur ses rives étaient enterrés les Athéniens qui s'étaient illustrés, sur le plan politique, militaire ou autre. Parmi eux, Périclès, Thrasybule, Clisthène, Lycurgue… Au début du Dromos, une place carrée de quarante mètres de côté permettait aux Athéniens de se rassembler pour célébrer leurs morts avec jeux funèbres et beaux discours. C’est là que Périclès, en 430 avant Jésus-Christ, prononça sa célèbre oraison funèbre sur le premier soldat mort de la Guerre du Péloponnèse. Jusqu’à présent, les fouilles n’ont mis au jour que la rive ouest de la route.
 
762c2 soldats lacédémoniens trouvés au Céramique
 
Le long de ce Dromos se trouvait, entre autres monuments, celui que les Athéniens avaient élevé aux Lacédémoniens tombés en 403 avant Jésus-Christ, époque à laquelle Thrasybule avait œuvré pour rétablir la démocratie contre les oligarques. Or en 1914-1915, des soldats creusant une tranchée dans ce secteur ont mis au jour, par hasard, les squelettes qui ont pu être identifiés avec certitude comme appartenant à des officiers Lacédémoniens tombés en combattant aux côtés de Thrasybule pour mettre un terme au pouvoir des Trente Tyrans. Une plaque de marbre indique le nom de deux d’entre eux, Chairon et Thibrachos, qui sont par ailleurs connus parce que cités par Xénophon. Un troisième a été identifié avec une quasi certitude comme étant celui du champion olympique Lakratès. Ma photo, bien sûr, n’est que la copie de la photo qui apparaît sur une plaque posée à cet endroit du Céramique.
 
762c3 Athènes, cimetière du Céramique, rue des Tombes
 
762c4 Athènes, cimetière du Céramique, rue des Tombes
 
762c5 Athènes, cimetière du Céramique
 
Mais c’est le long de la Voie Sacrée que se pressent les tombes les plus nombreuses, de personnages certes moins célèbres, mais elles sont pour un grand nombre d’entre elles en bon état et ornées de façon intéressante. Je me contente d’en montrer deux ici. Les belles sculptures qui ornaient ces tombes ont été transportées au musée situé sur le site même et remplacées in situ par des copies. C’est le cas pour le taureau de ma seconde photo ci-dessus, dont l’original, objet de ma troisième photo, est au musée.
 
762d1 Athènes, Céramique, tombe d'Ampharètè et son peti
 
Passons donc au musée. Partout, nous avons vu des stèles funéraires, je me limiterai donc à en montrer une seule ici datée de 430-420 avant Jésus-Christ, trouvée près de la Voie Sacrée, qui porte une inscription touchante. C’est une grand-mère et sa petite-fille ou son petit-fils, seule la représentation pourrait aider à déterminer le sexe de l’enfant (mais j’avoue, même en observant l’image avec attention, rester dans le doute) parce que pour les bébés il n’y a ni masculin ni féminin, la langue grecque utilise le genre neutre, ce qui fait que le texte gravé n’est d’aucun secours dans ce domaine. D’une part, sur la corniche on a le nom de la défunte, Ampharètè, et d’autre part sur l’épistyle est gravée une épigramme qui dit "Je porte ici l’enfant chéri de ma fille, que j’ai porté sur mes genoux quand nous étions vivantes et voyions la lumière du soleil, et maintenant, morte, je le porte mort".
 
762d2 Athènes, Céramique, près de la Porte Sacrée
 
Près de la Porte Sacrée se trouvait une tombe ornée de ce beau lion archaïque daté 590-580 avant Jésus-Christ.
 
762e1 Athènes, Céramique, guerriers et lion
 
762e2 Athènes, Céramique, guerrier retenant des chevaux
 
762e3 Jeune fille sur un char traîné par des cerfs
 
Ce musée nous montre encore une multitude de céramiques, mais la créativité des Grecs est telle que l’on est toujours surpris par des sujets nouveaux, traités de façon originale et esthétique. En voici trois. Sur la première photo, on voit ce que la légende du musée appelle un trépied de céramique (moi je compte quatre pieds, mais ils ont dû être comptés par des économistes grecs, dont on sait qu’ils ne sont pas très bons en calcul). Des guerriers y affrontent des lions (740-730 avant Jésus-Christ). La coupe de la seconde photo est un tout petit peu plus ancienne, 750-740, et représente un guerrier retenant deux chevaux. Ce qui est remarquable, c’est qu’il ne s’agit pas de dessins involontairement naïfs, mais de véritables stylisations du sujet. En revanche, en s’avançant jusqu’en 430-420 avant Jésus-Christ, soit en pleine époque grecque classique, plus de trois siècles plus tard, la cruche à figures rouges de la dernière photo adopte un trait réaliste sur un sujet de fantaisie, une jeune fille montée sur un char traîné par des cerfs.
 
762e4 Athènes, Céramique, scène... intime
 
Dans l’Antiquité, qu’elle soit grecque ou, plus tard, romaine, l’on n’avait pas au corps la relation qui a été introduite par le christianisme. La nudité était naturelle. Les athlètes grecs étaient nus lors de l’entraînement et des compétitions. Il en découle une autre approche de l’usage qui est fait du corps dans l’hygiène et dans la sexualité. Les vestiaires étaient situés à l’entrée des thermes et l’on allait nu du bain chaud au bain froid, du bain de vapeur à la salle de sport ou de massage. Les latrines publiques, à Rome, consistaient en une série de trous dans un banc de pierre et elles se transformaient en salon où l’on cause avec son voisin dans cette situation totalement naturelle. Et c’est ainsi que les scènes sexuelles sur les poteries, les fresques ou en sculpture pouvaient relever de l’érotisme mais jamais de la pornographie, car le concept même de pornographie n’existait pas. Je publie cette photo d’un vase des alentours de 440 avant Jésus-Christ parce que je trouve cela amusant, et surtout parce que cela me donne l’occasion de parler de ce sujet important pour comprendre la mentalité et la vie des hommes et des femmes de l’Antiquité, mais cela m’horripile de voir dans les boutiques de souvenirs des cartes postales ne représentant que ce genre de scènes, des statuettes ithyphalliques, des livres traduits dans toutes les langues sur la sexualité à Rome ou à Athènes, parce que cela donne au touriste de passage, qui en a une interprétation moderne, une image totalement fausse au sujet de ces cochons de Grecs qui ne pensaient qu’à "ça".
 
762e5 Athènes, Céramique, poterie attique blanche
 
Les vases à fond blanc sont beaucoup plus rares que les vases à figures noires ou à figures rouges (les seconds ayant succédé aux premiers). Ils sont le propre d’une petite production de l’Attique, en parallèle avec les vases à figures rouges, ou avec la transition des figures noires aux figures rouges. Parmi les deux que je présente ci-dessus, celui de droite est plus ancien (500-490 avant Jésus-Christ) que celui de gauche (450-400 avant Jésus-Christ).
 
762f1 Athènes, musée du Céramique, table de jeu avec qua
 
La photo ci-dessus montre une table de jeu miniature, extrêmement restaurée puisque les parties plus claires, largement majoritaires, sont l’ajout moderne pour faire tenir ensemble les rares fragments anciens. Aux quatre angles se trouvent des figurines de pleureuses. Devant la table, est présenté un dé, qui a été trouvé auprès d’elle, et l’on voit qu’il est en tous points comparable à un dé d’aujourd’hui. L’ensemble provient d’une tombe de 500 avant Jésus-Christ.
 
762f2 Athènes, musée du Céramique, bijoux en or
 
Ces bijoux sont beaucoup plus récents puisqu’ils sont d’époque hellénistique, du second siècle avant Jésus-Christ. La paire de boucles d’oreilles du premier plan est finement travaillée. Au second plan il s’agit aussi d’une boucle d’oreille dont la jumelle est perdue. Elle est ornée d’une perle de cornaline.
 
762f3 Athènes, musée du Céramique, semelles de sandales
 
Ces semelles de sandales en cuir datent de 375-350 avant Jésus-Christ. Sur le pourtour étaient fixés des crochets de bronze auxquels on attachait les lacets.
 
762g1 Athènes, musée du Céramique, boîte et figurine de
 
Cette petite figurine de plomb, au fond d’une boîte en plomb également, remonte à 420-410 avant Jésus-Christ. Une inscription donne des noms d’adversaires au tribunal, puis "ainsi que toute autre personne qui serait un co-accusé ou un témoin en leur faveur". Je me demande s’il ne s’agissait pas de jeter un sort à ces adversaires.
 
762g2 Plaque d'argent représentant Astarté
 
762g3 Athènes, musée du Céramique, pendentif amulette re
 
Ces deux plaques sont en argent. La première représente Astarté, cette déesse du proche Orient invoquée pour la fécondité dont le nom serait, selon certains, à l’origine de celui d’Aphrodite par déformation, et date du cinquième siècle avant Jésus-Christ. La seconde plaque porte un anneau, elle était destinée à être portée en pendentif comme amulette. Elle date de 380-370 avant Jésus-Christ et représente Aphrodite en Étoile du Soir (autrement dit notre planète Vénus) au milieu des étoiles, avec l’Amour qui volette au-dessus d’elle.
 
Un peu partout en Grèce et ailleurs, ce sont les tombes qui ont le mieux protégé les objets de l’Antiquité, celles du moins qui n’ont pas été violées pour y dérober les objets précieux ou pour profaner la mémoire des morts en châtiment des vivants. On comprend alors pourquoi une grande nécropole comme le cimetière du Céramique, utilisé depuis les temps mycéniens jusqu’à l’époque impériale romaine et même encore à l’époque paléochrétienne, peut receler des trésors couvrant une longue période de plus de deux mille ans. Voilà pourquoi ce musée est si passionnant.

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Published by Thierry Jamard
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Marion 21/11/2012 15:32

Bonjour,

Je suis étudiante en histoire de l'art et je suis intéressée par un des vases cités dans votre article.
Serait-il possible de me donner les références précises du "trépied" avec le guerrier et les lions?
J'aimerais avoir plus de détails afin de l'utiliser dans le cadre de mes recherches.
Merci d'avance,

Marion

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