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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 00:54

535a Baia, château aragonais

 

 

Nous avons dit hier que nous reviendrions aujourd’hui à Baia, au cœur des Champs Phlégréens, pour en visiter le château, au sein duquel est un musée archéologique. C’est à la fin du quinzième siècle que les rois d’Aragon, qui régnaient alors sur le royaume de Naples, choisirent ce lieu stratégique pour y bâtir un château. En effet, sa position dominante sur cette presqu’île lui permettait de surveiller d’un côté tout le golfe de Pouzzoles, et de l’autre le littoral jusqu’à Cumes. Par ailleurs, cet éperon rocheux rendait le château imprenable, de terre comme de mer. Mais on doit savoir que ce que l’on peut en voir aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec la construction d’origine, les modifications ayant commencé dès de début du seizième siècle pour ne plus cesser jusqu’à la Première Guerre Mondiale, où les bâtiments sont devenus un lieu de détention pour les prisonniers de guerre et, après l’armistice, un orphelinat pour les orphelins de la guerre. Ce n’est que pour abriter le musée archéologique qu’il laissera cette fonction d’accueil, lorsque l’Italie n’aura plus d’orphelins de guerre à héberger. Hélas, nous ne verrons que peu de choses de ce musée, parce qu’il est actuellement en restructuration.

 

535b Baia, château aragonais

 

535c Baia, château aragonais

 

Après avoir franchi le pont-levis, nous suivons le chemin de ronde puis une autre allée qui mène à une grande place.

 

535d Baia, château aragonais

 

On peut se rendre compte que ce ne sont pas seulement les salles du musée qui sont en restructuration. Les bâtiments eux-mêmes sont en cours de restauration. Bien évidemment, à cette époque on construisait en pierre, mais presque toujours les châteaux sont présentés au public avec la pierre apparente. Or cette restauration veut restituer l’apparence que la construction avait à l’époque, ou plutôt aux époques successives de son existence, c’est-à-dire en recouvrant les murs de crépi. Dans certains cas, comme sur cette photo, on a un peu l’impression de suivre un mur de béton, alors qu’il n’en est rien. Mais lorsque les canons contemporains de l’esthétique et le respect de l’histoire s’opposent, il reste à définir le rôle que l’on veut faire jouer au bâtiment, témoin historique d’une époque ou œuvre esthétique destinée à satisfaire le regard des contemporains.

 

535e Baia, château aragonais, gravure de 1850

 

Dans une salle, cette reproduction en très grande dimension d’une gravure du dix-neuvième siècle (aux alentours de 1850) représente l’aspect du château sur son promontoire. Il est clair, en effet, qu’il est imprenable.

 

535f1 Baia, vue depuis le château aragonais

 

535f2 Baia, vue depuis le château aragonais

 

Une grande terrasse en bordure du rocher permet d’apprécier la vue, un splendide panorama, tout en constatant que l’emplacement permettait de surveiller tous les environs. La première de ces photos montre la vue vers le nord, avec le cap Misène et sa haute colline tout au bout de la péninsule des Champs Phlégréens (c’est là qu’était basée la flotte romaine au temps d’Auguste), et plus à droite la côte qui file vers Cumes. Ma seconde photo ne montre pas suffisamment, à gauche, le fond du golfe, mais en face c’est Pouzzoles, et la côte du golfe s’étend encore loin vers la droite. Il était en effet difficile de trouver un lieu présentant plus d’avantages que ce site du château.

 

535g Baia, musée archéologique, péplophoros

 

Du musée, je ne montrerai que trois images (en plus de la reproduction de gravure ci-dessus). Ce sont trois sculptures. La première, en marbre blanc, date du début du premier siècle de notre ère, c’est-à-dire du temps d’Auguste (mort en l’an 14). Cette statue de femme est malheureusement acéphale, et la tête brisée n’a pas été retrouvée. La jambe gauche légèrement repliée, elle se tient sur sa jambe droite et porte un long péplum dorique aux plis rigides qui tombe verticalement (d’où le nom de péplophoros qu’on lui donne), sur lequel, dans la partie supérieure, elle a mis un apoptygma, cette sorte de cape courte dont le lourd tissu se plaque contre son corps et laisse entrevoir ses formes féminines. Cette statue évoque un modèle grec traditionnel, mais revu, recréé par l’artiste romain. J’aime beaucoup ce mélange de la rigidité du vêtement en même temps que s’y opposent discrètement le léger mouvement de la jambe et le modelé de la poitrine.

 

535h Baia, musée archéologique, femme en himation

 

J’avoue moins aimer la statue présentée sur ma seconde photo. Sur un plan documentaire il est intéressant d’observer son vêtement, mais je préfère nettement la rigueur de la statue précédente. Celle-ci, également en marbre blanc, est un peu plus tardive, elle date de la seconde moitié du premier siècle de notre ère. La tête et les bras ont été perdus, mais cette fois-ci ce n’est pas parce qu’ils ont été brisés. En effet, ils ont été élaborés à partir de pièces de marbre différentes, la tête étant simplement emboîtée, les bras étant fixés par des tenons métalliques à section circulaire. Les pieds, eux, ont été brisés. Cette statue de femme porte un vêtement complexe, en trois parties. En-dessous, un long chiton à plis profonds lui tombe jusqu’aux pieds. Dessus, elle s’enveloppe dans un vaste himation retenu au-dessus de la taille par une broche, et qui lui atteint presque les chevilles. Enfin, elle enroule une étole sur sa poitrine et autour de ses bras. Il s’agit probablement d’un sujet éleusinien, traditionnellement traité par les sculpteurs de l’école de Praxitèle, et adopté avec de légères modifications par cet artiste romain.

 

535i Baia, musée archéologique, Perséphone

 

La troisième et dernière photo concerne également une statue en pied, mais je trouve si belle la tête malgré son nez cassé que je préfère la présenter en gros plan. Cette femme à la coiffure sophistiquée et que l’on voit dans la fleur de la jeunesse est sans aucun doute une divinité éleusinienne, très probablement Perséphone, qui est souvent appelée Corè (= la Jeune Fille). Ce marbre date, comme la première de mes trois photos, du début du premier siècle après Jésus-Christ. Ce port de tête royal, sur un long cou dressé bien droit, est splendide. Le nez grec, sans discontinuité dans le prolongement du front, ajoute à sa noblesse. Cette fille de Déméter, déesse de la fécondité et de la végétation, a été vouée au dieu des Enfers, mais afin de satisfaire l’amour qu’elle porte à sa mère et son désir de revoir le soleil, elle est autorisée à passer chaque année six mois à la surface, regagnant le monde souterrain et son époux les six autres mois. C’est le symbole de la végétation qui meurt et disparaît sous terre l’hiver pour renaître au printemps. Aussi est-elle généralement représentée avec des épis de blé à la main, qu’elle apporte à Déméter. Mais si ma photo montrait le corps entier, on ne les verrait pas parce qu’il manque ce qu’elle portait dans l’une et l’autre mains. C’est sur cette merveilleuse Corè que je vais clore la visite d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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