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3 mars 2011 4 03 /03 /mars /2011 22:05

658a Lecce, château

 

Aujourd’hui, nous avons décidé d’aller voir ce château dit de Charles Quint. En fait, des documents du quatorzième siècle se réfèrent à lui, et les fouilles archéologiques montrent que dès le treizième siècle il existait, construit par un Normand, probablement Tancrède (1140-1194), conçu en une union adultérine de Roger III, fils aîné de Roger II roi de Sicile et duc des Pouilles, avec sa cousine Emma de Lecce, fille du comte Achard II de Lecce. Mais ce château était bâti en tant que résidence et n’avait que partiellement une fonction défensive, car il semble que cette fonction était confiée à l’amphithéâtre voisin. Défense devenue évidemment peu efficace face aux moyens techniques qui ont fait leur apparition à l’issue du Moyen-Âge. C’est Charles Quint au seizième siècle qui, on l’a vu, a décidé de déplacer et de renforcer les murs de la ville, et de renforcer les défenses en restructurant le château existant, et en l’amplifiant de façon considérable. L’ancien château comportait plusieurs salles, des cuisines, des magasins, deux jardins, un moulin, des prisons, une chapelle Sant’Angelo, un puits, un espace sanitaire. Le seizième siècle dans les années 1539-1549, avec Charles Quint, voit l’édification de quatre bastions, de courtines, et de beaucoup de bâtiments à l’intérieur des murs de l’ancien château. Un profond fossé entoure l’ensemble. Un bloc datant de la construction normande primitive et qui unit le corps est au corps nord, avait été conservé. En 1597 il est surélevé et l’intérieur est organisé de façon à offrir une luxueuse résidence.

 

658b1 Lecce, il castello 

658b2 Lecce, il castello 

658c1 Lecce, château 

658c2 Lecce, château 

Quelques images de l’intérieur du château. On voit qu’il appartient à diverses époques, mais la plus grande partie est marquée par l’esprit de la Renaissance. Toutefois, ce château n’est pas habituellement ouvert à la visite, seuls des groupes d’étudiants ou de spécialistes peuvent en faire le tour. Nous y pénétrons pour n’en voir que la cour et les parties de bâtiments qui mènent au musée.

 

658d Lecce, château, machine à presser le raisin 

Dans l’un des halls traversés, on peut voir cette curieuse machine. Elle constituait un grand progrès technique pour presser le raisin, étant capable de traiter entre dix et douze quintaux à l’heure. À l’origine, elle tournait à la force des bras, puis un moteur lui a été adapté. Le raisin pressé tombe sur une grille qui retient pulpe et pépins tandis que le jus s’écoule vers une cuve. Cette grille est oscillante pour éviter l’accumulation qui empêcherait l’écoulement du jus. Intéressant.

 

658e Lecce, château, musée de la cartapesta 

Pourtant là n’est pas le thème de ce musée. Il s’agit, comme je le disais hier, du musée de la cartapesta, c’est-à-dire de la réalisation de statues ou de décors en papier mâché. Et c’est dans ces belles salles du château que l’on peut découvrir cette technique.

 

658f1 Lecce, musée du papier mâché 

658f2 Lecce, museo della cartapesta

 

Et d’abord, des vitrines et des panneaux initient le visiteur aux méthodes de réalisation d’une statue. On voit que le squelette est constitué d’une armature en fer, sur laquelle la forme générale est donnée par un garnissage de paille. Seules les parties du corps apparentes seront réalisées en papier mâché. Le papier est mis à macérer dans un mélange d’eau et de colle, puis pilé dans un mortier de pierre pour en briser toutes les fibres et en faire une pâte. Ensuite on fait bouillir cette préparation, et on la presse pour en extraire l’excédent d’eau. Cette pâte réduite en feuilles humides est ensuite encollée pour être posée sur la forme préparée en plâtre et enduite d’huile de lin, et ainsi plusieurs couches de cartapesta sont posées successivement, plus ou moins épaisses, plus ou moins nombreuses, pour réaliser le modelé des formes. À l’étape suivante, la sculpture sèche dans un local fermé et chauffé à 30° en hiver, ou dans un local ouvert à l’air libre en été. Une fois séchée, la sculpture est brûlée sur toute sa surface avec des outils de fer de différentes formes que l’on chauffe avant de les appliquer. Après quoi les parties réalisées en papier mâché sont raccordées au squelette de fer et de paille.

 

Reste à réaliser l’habillement, en posant de grandes feuilles de cartapesta enduites de colle de farine sur leurs deux faces et auxquelles on donne forme avec des outils en bois. On procède de même ensuite au séchage et au brûlage. La sculpture achevée va être enduite de plâtre et de colle de lapin sur une épaisseur d’un centimètre environ et une finition au papier de verre fin rendra l’aspect parfaitement lisse. Une première coloration à la peinture à l’eau est suivie d’une couche de peinture à l’huile.

 

658f3 Lecce, museo della cartapesta 

658f4 Lecce, musée du papier mâché 

Ce n’est que lorsque la statue est terminée que l’on y place les yeux en cristal de Bohème, et que l’on réalise la jointure en posant des paupières en cartapesta ou, de nos jours, si la statue est de petites dimensions, avec une pâte synthétique. Comme on le voit, il s’agit d’un travail complexe et long qui réclame, outre les évidentes qualités artistiques propres à toute création, un savoir-faire élaboré. Mais le résultat est étonnant et digne des sculptures réalisées dans d’autres matériaux.

 

658g1 Lecce, musée du papier mâché

 

Voyons maintenant quelques unes des œuvres présentées dans le musée. Elles proviennent pour la plupart d’églises désaffectées ou de collections privées. Ici, ce sont deux personnages de crèche. Il ne s’agit donc pas de statues de grandes dimensions, mais on voit que même sur ce genre de petit sujet on parvient à obtenir des détails de qualité.

 

658g2 Lecce, musée de la cartapesta 

Un artiste inconnu a réalisé cet Ecce Homo au dix-huitième siècle. Pour que l’on puisse se l’imaginer, je précise qu’il mesure quatre-vingt deux centimètres de haut. Je ne commenterai pas ici l’intérêt artistique de cette représentation, je ne le montre qu’en tant que cartapesta. Sur le corps, le rendu de la peau n’est pas excellent, mais le visage est très réaliste, et la façon dont les yeux sont insérés permet de les rendre vivants et très expressifs.

 

658g3 Lecce, musée de la cartapesta 

La sainte Rita dont je présente ici le visage en gros plan est une statue grandeur nature puisqu’en pied elle mesure 1,66 mètre. C’est une œuvre du vingtième siècle, d’un artiste inconnu. Ici encore, l’auteur a recherché le réalisme maximum, et il a réalisé une statue qui serait presque digne du Musée Grévin. La technique de la cartapesta lui a permis de rendre le toucher du tissu, et les yeux de cristal ont une transparence qui exprime l’émotion de la sainte.

 

658g4 Lecce, musée de la cartapesta (Lucia Barata) 

658g5 Lecce, musée de la cartapesta (Lucia Barata) 

Nous changeons ici de secteur et abordons les œuvres qui n’ont pas de sujet religieux et qui ont été réalisées par des artistes contemporains. Lucia Barata est une artiste contemporaine qui a intitulé l'œuvre de la première photo Big Mamas Vittoria et la composition des cinq autres qui partagent la vitrine de ma deuxième photo portent simplement le titre de Mamas. Quoique ces œuvres soient réalisées avec la même cartapesta polychrome que les œuvres précédentes, on voit que, inspiration et sujet mis à part, bien sûr, cette technique se prête à la réalisation d’effets très différents.

 

658g6 Lecce, museo della cartapesta (Lucia Barata) 

Ce livre, puisque cette sculpture est intitulée Book – Vittoria Gaia, est de la même Lucia Barata. Ici, il y a union du papier naturel et du papier mâché pour un résultat créatif intéressant. En effet, dans l’art contemporain, les peintres mêlent bien dans le même tableau des collages et de la peinture, et depuis fort longtemps certains sculpteurs ont adjoint des accessoires de bois, de cuivre, d’argent ou d’or à leurs statues de marbre, alors pourquoi pas cette association de deux états du même matériau ?

 

658g7 Lecce, museo della cartapesta (Pietro Indino) 

Pietro Indino, l’auteur, appelle cette sculpture Testa di vecchio, c’est-à-dire Tête de vieil homme. Avec ce sujet et sa réalisation, nous revenons à un certain réalisme. En fait, je peux apprécier la qualité de la réalisation, qui est remarquable, mais je ne trouve pas grand intérêt à une œuvre qui ne cherche que la ressemblance formelle au modèle. Pour sainte Rita ou pour le buste de Christ, il ne s’agissait pas, du moins théoriquement, de faire œuvre de création, mais de susciter émotion, réflexion, prière, aussi je comprends le souci de réalisme des auteurs. Il n’en va pas de même pour ce vieil homme, et j’aurais aimé que l’artiste y mette quelque chose de lui-même, une marque de sa personnalité, de sa vision personnelle.

 

658g8 Lecce, musée du papier mâché (Cesare Gallucci) 

Cette Descente de croix (Depositione) est de Cesare Gallucci (vingt-et-unième siècle). Certes, il y a ici dans les attitudes, dans l’étude du corps du Christ mort, du réalisme, mais il y a aussi création. D’abord, la sculpture n’est pas polychrome, et elle n’est pas non plus laissée blanche, naturelle, mais il y a le choix d’une colorisation qui évoque le bronze, avec toutefois une légère différence de couleur entre la peau et les vêtements. D’autre part, le modelé de la matière n’est pas lisse, et comme bien des bronzes modernes les surfaces présentent des aspérités, des arêtes, qui n’existent pas sur la peau naturelle. Et enfin, ce genre de sujet permet à l’auteur de donner sa propre interprétation des sentiments des personnages. C’est comme pour une Annonciation, où Marie peut exprimer l’étonnement d’avoir été choisie, l’hésitation à accepter ce rôle, la stupeur de recevoir une si lourde charge, la soumission à la volonté de Dieu, la fierté d’assumer une telle fonction, etc., laissant à l’auteur le choix du sentiment ainsi que le choix des moyens de l’exprimer.

 

658h Lecce, Il dubbio di Narciso (Alba Gonzales)

 

Il y a également dans ce château de Charles Quint une autre section où sont présentées des œuvres sans rapport avec le papier mâché, comme ce bronze d’Alba Gonzales daté de 2002 et intitulé Le double de Narcisse. Le visage en léger relief que Narcisse voit dans l’eau à travers ce cercle qu’il tient en main et que l’on peut supposer être un miroir ne reproduit pas le corps ni le visage qui sont au-dessus de l’eau alors que le mythe suppose qu’il est amoureux de sa propre image. Mais l’artiste a voulu que cette image soit autre, qu’elle soit son double. Je pense qu’il n’est pas utile que je montre en gros plan ce qu’il fait de sa main gauche pour exprimer l’amour qu’il ressent physiquement pour ce double de lui-même. Car ici le mythe est clair, il veut s’embrasser lui-même puisqu’il se penche sur l’eau pour poser ses lèvres sur celles de son reflet, qui évidemment se trouble dès qu’il entre en contact avec lui, empêchant la réalisation de ce rêve sensuel. C’est pourquoi l’artiste a voulu pousser la sensualité jusqu’à la sexualité. Peu importe que je ne sois pas sûr de partager l’interprétation de cette artiste, je trouve intéressante sa réflexion et belle sa réalisation. C’est donc sur cette œuvre que je clos mon article d’aujourd’hui.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

lapetitemarie 02/02/2013 11:56

En septembre nous avons fait un très beau voyage dans les Pouilles, nous avons beaucoup apprécié Lecce, son ambiance, son amphithéatre, ses gellati, ainsi que les petites boutiques. Nous n'avions
pas eu le temps de visiter l'intérieur du château mais voilà que c'est fait par votre très intéressante visite. La technique du papier mâché est très bien expliquée et je pourrais être tentée de la
faire pratiquer prochainement.

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