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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 09:00

929a1 Le fort de San Leo, un nid d'aigle

 929a2 Le château de San Leo, un nid d'aigle

Nous sommes au quinzième siècle. Frédéric de Montefeltro (1422-1482), duc d’Urbino, règne sur de nombreuses forteresses, dont celle de San Leo. Avec son roc abrupt, elle apparaît à ce très habile capitaine comme la pièce maîtresse de ses possessions en ces temps où les voisins, dont Sigismond Malatesta à Rimini, ne cessent de tenter de s’emparer de ses terres. En effet, la falaise haute et verticale lui assure d’un côté une position imprenable. Mais les anciennes normes architecturales des châteaux-forts du Moyen-Âge, avec leurs tours hautes et étroites adaptées à l’usage des catapultes, avec leurs ponts levis, ne sont plus efficaces face à l’apparition des canons et des armes à feu (la poudre a été découverte au treizième siècle et les premières bombardes sont du quinzième siècle, les premiers témoignages datant de 1440-1445) qui peuvent viser avec précision et frapper avec force. C’est d’ailleurs grâce à son artillerie, pourtant lourde, peu maniable, en bronze, que le sultan Mehmet II est parvenu à conquérir Constantinople en 1453.

 

Déjà ici les Romains avaient fortifié la place. On manque de données sur l’histoire du lieu, mais on sait aussi qu’en 538 le roi des Goths Vitigès l’agrandit et le renforce pour y entretenir une armée de cinq cents hommes. Le roi des Lombards Astolphe restructure la citadelle de 749 à 756. On y retrouve son successeur Désidère en 772. Nous avons vu (mon article San Leo en Romagne. Les 3 et 4 mai 2013) que Bérenger II s’est réfugié à San Leo en 962 mais, même s’il est probable qu’il avait tenté de renforcer les défenses de la citadelle, en deux siècles San Leo avait perdu beaucoup de sa puissance défensive, et en 964 Othon est parvenu à la prendre et à faire prisonnier Bérenger.

 

929a3 forteresse de San Leo (Romagne)

 

929a4a forteresse de San Leo (Romagne)

 

Le duc Frédéric va faire confiance, à partir de 1472, à un jeune ingénieur et architecte de grand talent, par ailleurs peintre et sculpteur, un Siennois du nom de Francesco di Giorgio Martini (1439-1501) qui s’est fait remarquer en réaménageant de façon ingénieuse le système souterrain d’approvisionnement en eau de sa ville de Sienne. Ce Martini va imaginer pour San Leo un système de défense unique en son temps, en adoptant un plan polygonal protégé de tours plus basses et massives (à noter que les canons de ma photo ne sont pas du seizième siècle!). Créant de toutes pièces les remparts et la défense extérieure, il conserve cependant une grande part du vieux donjon qu’il restructure complètement, substituant à son rôle militaire une fonction de logement seigneurial, que l’on appelle le palazzotto. Les travaux, comme en témoigne la date gravée dans la pierre de la porte externe des escaliers, ont été achevés en 1479. Il ne reste malheureusement plus trace aujourd’hui des douves et de leur système de protection. En effet, quand avec la mort de François-Marie II della Rovere le 28 avril 1631 s’est éteinte la descendance des Montefeltro, conformément à son testament les États de l’Église englobent le duché et, le château perdant son rôle défensif, il est transformé en prison pontificale. Lors de l’unité italienne de 1860, San Leo quitte le giron de l’Église, mais le château reste une prison jusqu’à ce qu’en 1906 un décret royal supprime son rôle de maison pénitentiaire. De 1907 à 1915, de façon intermittente il héberge des compagnies militaires avant d’être complètement abandonné. Quelques familles de sans-abri le squattent. Et puis en 1953 on s’est avisé de restaurer les parties restantes telles que les avait construites ou aménagées Francesco di Giorgio Martini. Voilà ce qui explique la disparition de certaines autres parties.

 

Cette prison pontificale a hébergé Cagliostro, dont je vais avoir l’occasion de parler plus loin, et aussi Orsini. Felice Orsini (1819-1858) est un activiste de l’unité italienne. Il n’a que dix-huit ans quand il rejoint Mazzini et sa Giovine Italia (voir mon article Thermes de Caracalla, Santa Sabina, Sant’Alessio daté du 14 janvier 2010). En 1844, a lieu en Romagne un soulèvement nationaliste à l’initiative de Giovine Italia. Orsini y prend une part très active, bien sûr. Il est arrêté et envoyé en prison au fort de San Leo. Il tente une évasion ratée. “Le matin, écrira-t-il dans ses mémoires en 1857, on nous a tous les quatre enchaînés ensemble et envoyés à Urbino. Dix jours plus tard, solidement enchaînés, on nous a mis sur des chevaux et au bout de deux jours nous sommes arrivés à San Leo. […] Lors de notre emprisonnement à San Leo il y eut une tentative d’évasion, concertée avec certains soldats de la garnison. Cela a été découvert. On nous a séparés. Certains soldats ont été arrêtés, jugés, et condamnés à un certain nombre d'années de galères”. Lui, c’est sur une grâce papale de Pie IX qu’il sera élargi. Cet épisode n’a pas refroidi son ardeur révolutionnaire puisqu’il va avoir un rôle très actif dans la révolution de 1848. Pris par les Autrichiens, il est emmené à Vienne, mais il parvient à s’évader et part pour Londres où il rumine sa rancœur contre le Prince-Président de France qui a collaboré avec le pape pour mettre en échec la révolution nationaliste italienne. Le Prince-Président fait un coup d’État, devient empereur. Avec trois complices, Orsini envisage de l’assassiner. À Paris, le 14 janvier 1858 au soir, alors que Napoléon III se rend à l’opéra, chacun d’eux quatre a sa place et son rôle assignés, et chacun jette sa bombe. Orsini s’est réservé la voiture de Napoléon III, dont le fond est blindé: la voiture verse, mais l’empereur est indemne, l’impératrice aussi, quoique couverte de sang. Orsini est appréhendé, il est emprisonné à la Conciergerie, on le juge, il est condamné à mort. Il sera guillotiné le 13 mars, deux mois après l’attentat.

 

929a4b forteresse de San Leo (Romagne)


929a4c forteresse de San Leo (Romagne)

 

929a5 La porte du château de San Leo

 

On peut voir ici comment était défendue l’entrée du château. Cette puissante tour permettait de surveiller l’accès et de barrer la route à qui venait, la porte elle-même –qui date de la forteresse ancienne et que Martini a intégrée dans son dispositif– étant dans un recoin.

 

929a6 Le château de San Leo

 

929a7a Cour du château de San Leo

 

929a7b cour de la forteresse de San Leo

 

929a8 dans le fort de San Leo

 

Il est évidemment très intéressant de parcourir les trois places d’armes, les chemins de ronde, les divers passages, mais je ne pense pas utile, dans le cadre de ce blog, de détailler chaque lieu.

 

929b1 forteresse de San Leo, Torrione Maggiore

 

929b2 Albrecht Dürer, Proportions du corps humain

 

929b3 armure 16e siècle, musée du fort de San Leo

 

En revanche, il vaut la peine de s’arrêter un instant sur cette salle circulaire du “Torrione Maggiore”, la Tour Principale, celle qui est près de l’entrée, de même qu’à la salle également circulaire de la Tour Mineure, sur la gauche de la façade. Au dix-huitième siècle, un tremblement de terre a provoqué un glissement de terrain qui a entraîné l’effondrement du Torrone Minore. Celui que l’on voit est donc une reconstruction. Ces tours hébergent un musée des armes avec aussi une maquette du château. On peut admirer la remarquable toiture avec ses poutres en éventail. J’ai choisi de montrer ici cette armure du seizième siècle, vers 1570, gravée de décorations à l’eau-forte, et ce dessin d’Albrecht Dürer, Proportions du corps humain. Dürer (1471-1528) est quasiment contemporain de Léonard de Vinci (1452-1519), dont on connaît le célèbre Homme de Vitruve, dessiné d’après les proportions données par cet architecte romain du premier siècle avant Jésus-Christ. Or cette description, Vitruve la donne non pas dans un traité d’anatomie ou un livre sur l’art du dessin, mais dans un ouvrage intitulé De Architectura parce qu’il considère que si l’architecture grecque est arrivée à ce niveau de perfection, c’est parce qu’elle a imité la nature, adaptant les proportions du bâtiment aux proportions du corps humain. Ces théories vont être largement reprises à la Renaissance, et vont inspirer Francesco di Giorgio Martini à San Leo. Telle est la justification de la présence de ce dessin dans ce musée.

 

929c1 Fort de San Leo, couloir de la résidence ducale

 

929c2 pièce d'apparat de la résidence ducale de San Leo

 

929c3 pièce d'apparat de la résidence ducale de San Leo

 

De même que pour l’extérieur, je ne crois pas nécessaire de détailler l’usage de chacune des pièces et des couloirs du donjon, transformé par Martini en résidence ducale. Je me contente de montrer ici des pièces d’apparat, qui contiennent la pinacothèque. De cette pinacothèque, j’ai déjà montré un tableau, une gravure, une photo dans mon article général sur San Léo cité plus haut.

 

929c4 Casanova (gravure, château de San Leo)

 

Cette gravure représente une statue de buste, au pied de laquelle est inscrit: “J. Casanova de Seingalt, buste découvert au château de Waldstein”. Giacomo Casanova signait ses écrits en français “Jacques Casanova de Seingalt” et à la fin de sa vie, à partir de 1786, il est hébergé, en tant que bibliothécaire, au château de Dux (Duchcov en tchèque), en Bohême du nord tout près de Teplice, par le propriétaire, qui est le comte Joseph-Karl Emmanuel de Waldstein (Valdštejn en tchèque). Je ne sais pas ce qui justifie la présence de cette gravure dans la pinacothèque. Peut-être la rencontre de Casanova avec Cagliostro à Aix-en-Provence puis à Venise.

 

929c5 dans le château fort de San Leo

 

929c6 dans la forteresse de San Leo

 

Nous poursuivons notre visite des lieux. Le visiteur est très bien guidé, de petits panonceaux disent l’usage de chacune des pièces. Mais venons-en à Cagliostro.

 

929d1 Cagliostro, de son vrai nom Giuseppe Balsamo

 

Et d’abord, qui est Cagliostro? Son vrai nom, c’est Giuseppe Balsamo. Selon Goethe, qui a fait des recherches à son sujet, sa famille, pauvre et modeste, était d’origine juive. Mais lorsqu’il naît à Palerme, en Sicile, en 1743, il est baptisé. En 1756 il entre au séminaire et, dans la communauté des Frères de la Miséricorde, se qualifie comme infirmier, puis comme médecin, mais dès 1758 il en est expulsé pour avoir commis des escroqueries. À la recherche de recettes d’alchimie dont il fait un usage bien souvent malhonnête, il parcourt de nombreux pays, Grèce, Égypte, Arabie, Perse, Italie, France, Espagne, Angleterre, Allemagne, Russie, Pologne, Suisse… En France, à Aix-en-Provence, il rencontre Casanova comme je le disais il y a un instant. Il le retrouvera en Italie, à Venise. Partout où il passe, c’est sous un pseudonyme, comte Alexandre de Cagliostro est l’un d’eux. À Londres, il a été initié à la franc-maçonnerie, et à Lyon il fonde une loge maçonnique. Très habile magicien, prétendant détenir des secrets d’alchimie et de sorcellerie, il s’installe en France où il extorque des sommes considérables en vendant des produits qui ne sont que charlataneries. Il est mêlé à l’affaire du collier de la reine, trop célèbre, trop connue pour que j’aie besoin de la raconter. Cela lui vaut d’être embastillé. Il obtient d’être libéré mais expulsé du royaume. Il prend le risque insensé d’aller exercer ses sulfureux talents à Rome et d’y ouvrir une loge maçonnique, sous le nez du pape.

 

929d2 Cella del Tesoro, cellule de Cagliostro

 

929d3 trappe dans le poste de garde de Cagliostro

 

929d4 trappe dans le plafond par où était surveillé Cagl


Or en 1768 il avait épousé une certaine Lorenza Feliciani dont il utilisait les charmes pour attirer des victimes dans ses rets. Et quand, à Rome, les activités du couple ont commencé à sentir le roussi, pour sauver sa propre vie Lorenza a dénoncé Cagliostro à l’Inquisition en 1789. Arrêté, il est incarcéré au Castello Sant’Angelo. L’Inquisition le juge et il est reconnu coupable de franc-maçonnerie et d’hérésie. Cela lui vaut la peine de mort. La sentence est prononcée, mais le pape Pie VI commue la peine en prison à vie, et il est envoyé à la forteresse de San Leo en 1791. On le met d’abord dans la Cella del Tesoro(cellule du Trésor, première photo ci-dessus), humide, insalubre, directement taillée dans le roc, puis on le transfère dans une autre cellule encore plus sûre parce que souterraine. Nous avons pénétré dans sa cellule par une porte, mais en cette fin de dix-huitième siècle il n’y en avait pas, on l’y a descendu par une trappe dans le sol de la salle de ses gardes située au-dessus. Les deuxième et troisième photos ci-dessus montrent cette trappe, d’abord dans le sol de la salle des gardiens, puis dans le plafond de sa cellule. Pendant les années de sa détention, il était ainsi surveillé en permanence. Il va rester là quatre ans, quatre mois et cinq jours, jusqu’à ce qu’une crise d’apoplexie le terrasse le 26 août 1795.

 

929e gravure ''Le Chimiste'', château de San Leo

 

Les activités d’alchimiste de Cagliostro sont le prétexte à une intéressante exposition sur la chimie, l’alchimie, les pratiques médicales et pharmaceutiques au Moyen-Âge, à la Renaissance, et à l’époque de Cagliostro. Ici nous voyons une gravure représentant le laboratoire d’un chimiste. Sur ma photo réduite en dimensions et en qualité pour prendre place dans ce blog, le texte sous l’image est illisible, aussi l’ai-je coupé. Il dit: “dédié à Monsieur Jacques Jean Comte de Wassenaer, Seigneur d’Obdam, Chevalier du Saint Empire Romain par son très humble serviteur Jac. Ph. Le Bas” et, en tout petits caractères, à gauche juste sous la gravure: “D. Teniers pinxit”. Il s’agit donc d’un tableau du peintre flamand David Teniers (1638-1685) reproduit par le graveur Jacques Philippe Le Bas (1707-1783) dont c’était le peintre favori.

 

929f1 raie desséchée, musée du fort de San Leo

 

Dans les officines d’apothicaires du Moyen-Âge et de la Renaissance, la raie desséchée était très en vogue, sans doute moins aux dix-septième et dix-huitième siècles. Le musée dit que les apothicaireries vendaient toutes sortes de choses, médicaments d’origine animale, végétale ou minérale, mais aussi des dragées, des bougies, etc., et que la raie desséchée faisait partie des denrées qui y étaient communes. En revanche on n’explique pas pourquoi précisément ce poisson-là. Je me demande, en le regardant, si ce n’est pas parce que ce corps desséché évoque une forme humaine, avec un visage. Il n’est pas dit non plus comment on l’utilisait, réduite en poudre ou autre. À moins que ce ne soit que pour garnir un “cabinet de curiosités”. Une (brève) recherche sur le web ne m’a rien apporté à ce sujet.

 

929f2 masque protégeant les médecins de la peste

 

Le musée a fait réaliser en papier mâché ce masque tel qu’il est représenté sur des gravures. Il s’agit du masque que portaient les médecins pour se préserver de la contagion lorsqu’ils soignaient leurs patients atteints de la peste. Les trous en face des yeux étaient bouchés par des rondelles de verre, et au niveau des narines il y avait deux trous pour respirer, mais ce long “bec” permettait de se garder loin du patient. En outre les médecins se mettaient de l’encens dans les oreilles et dans le nez, de la rue officinale dans la bouche, et dans le bec du masque ils plaçaient des parfums et autres pommades balsamiques, tout cela étant censé les isoler du mal.

 

929g1a supplice du pilori en tonneau

 

929g1b supplice du pilori en tonneau

 

Comme chacun sait, pour l’Inquisition il y avait deux phases de supplices, la première pour faire avouer les crimes réels ou supposés, la seconde pour exécuter le jugement. Comme dit La Fontaine “Rien que la mort n’était capable / D’expier ce forfait. On le lui fit bien voir”. On le voit, le rôle du Grand Inquisiteur avait été repris avec brio par Staline. Les bourreaux de la Gestapo s’en inspiraient également. Cagliostro ayant été interrogé à Rome, et nombre d’autres “suspects” l’ayant été dans deux salles des sous-sols de San Leo, ces salles sont transformées aujourd’hui en musée de la torture. Les personnes accusées d’alcoolisme étaient soumises à cette sanction, on les enfermait dans un tonneau dont deux versions existaient. Celle qui est présentée ici est la plus “soft”, le condamné étant soumis d’une part au poids du tonneau sur ses épaules, d’autre part aux quolibets de la population sur son passage, car on le promenait ainsi en ville. L’autre version était plus cruelle encore. Le tonneau avant un fond, de sorte que le condamné était en position repliée, et on le faisait baigner dans des eaux putrides, voire dans des excréments.

 

929g2a cage de torture (sous-sol, fort de San Leo)

 

929g2b supplicié exposé dans une cage de fer

 

Autre supplice, la cage de fer. Comme dans le cas du tonneau sans fond, le condamné est soumis à la honte publique, comme on le voit sur cette gravure. La cage qui est présentée à San Leo montre que l’on ne pouvait s’affaisser pour se reposer (on restait non des heures, mais des jours enfermé dans cette cage), parce qu’un collier de fer retenait la tête. Et on peut constater combien la cage est étroite, les bras restant en permanence le long du corps.

 

929g3 chaise d'inquisition

 

Lors de l’interrogatoire, le supplicié était assis sur une chaise d’inquisition comme celle-ci, dont le siège, le dossier, les accoudoirs de bois étaient hérissés de clous. La photo permet de se rendre compte que les jambes étaient immobilisées contre les clous par une barre de bois serrée par des vis, et que de même le buste et les bras étaient serrés sur les clous. Un autre modèle comportait un siège de fer, que l’on chauffait au rouge avant d’y asseoir le supplicié.

 

929g4 Inquisition, supplice de la suspension

 

Encore un autre supplice, on était suspendu par les bras tendus derrière le dos, afin de provoquer une luxation des épaules, terriblement douloureuse. Si le bourreau estimait que l’on était trop léger, il attachait des poids aux pieds pour augmenter la force de traction sur les bras. Ce supplice s’apparente, dans sa nature, à la table d’étirement où le squelette étiré se désarticule jusqu’à la mort.

 

929g5a pince d'inquisition

 

929g5b tenaille pour supplice d'inquisition

 

Les bourreaux utilisaient toutes sortes de pinces et de tenailles pour lacérer le corps du supplicié. Les formes d’animaux monstrueux étaient destinées à augmenter la peur du supplicié, mais devant les horribles tortures infligées je ne sais si l’apparence des outils pouvait ajouter quoi que ce soit.

 

929g5c Inquisition, fouet métallique

 

La flagellation faisait aussi partie des pratiques. Les fouets étaient, selon les endroits, de types très différents, les bourreaux ne manquant pas d’imagination. Le modèle présenté, le plus courant, est en fer, avec des pointes au bout des chaînes, mais d’autres modèles pouvaient être en cordes de chanvre avec des nœuds et des clous, le chanvre étant parfois, en outre, enduit de sel et de soufre pour que le contact de ces substances brûle la peau lacérée.

 

929g6 outil de supplice oral, rectal ou vaginal

 

Conçu sur le principe du speculum qui, à l’aide d’une vis, écarte ses mâchoires pour permettre au médecin d’examiner l’intérieur d’une cavité corporelle, cet outil de supplice est conçu pour écarter, jusqu’à la faire éclater, la partie du corps incriminée. Si l’on était convaincu d’avoir diffusé une hérésie, c’est la bouche qui avait transmis le message impie, et l’on faisait briser la mâchoire en écartant la bouche. Les hommes accusés de sodomie, ce qui était considéré au temps de l’Inquisition comme un crime inexpiable, se voyaient soumis à ce supplice dans l’anus. Et c’était dans le vagin qu’on faisait subir ce supplice aux femmes convaincues d’avoir eu des rapports sexuels avec le diable. Il va de soi que ce serait horrible et inhumain si des femmes subissaient ce supplice pour avoir trompé leur mari, mais au moins l’accusation pourrait reposer sur des faits, tandis qu’il est absolument évident que l’accusation de rapports avec le diable ne peut être que fausse, et si des femmes s’en sont accusées ce ne pouvait être que pour en finir avec la torture et hâter leur délivrance par la mort. Une mort qui supposait encore bien des souffrances.

 

929g7 Supplice de strangulation par garrot

 

Aussi cruelle qu’elle puisse être, l’exécution par garrot dure moins, pour le supplicié, que les autres supplices que nous avons vus. Le condamné à la strangulation est assis sur ce siège, le collier de fer acéré est passé sur son cou et resserré sur le dossier de bois à l’aide de vis. Le fer pénètre dans la gorge, lacère les tissus et provoque l’asphyxie. D’après la notice du musée, ce système existe encore dans certains endroits en Amérique Latine. Le modèle utilisé en Espagne jusqu’à la mort de Franco était un peu différent. Le collier lui-même était resserré sur le cou, provoquant la mort par suffocation.

 

Tout cela est effarant. Comment l’esprit humain peut-il inventer tant d’instruments et de méthodes, un tel raffinement dans la torture? Et il ne faut surtout pas mettre cela sur le compte du passé, d’un degré de civilisation plus primitif que celui de notre époque, parce que la Renaissance, et cette fin de dix-huitième siècle où Cagliostro a été soumis à la question, étaient des temps où les écrits des philosophes prouvent que l’homme pouvait bien ignorer les avions et les téléphones portables, mais avait un niveau de réflexion et de pensée qui valait largement celui de notre vingt-et-unième siècle. Il ne faut pas non plus prétendre que cela ne peut plus exister “dans nos pays”, puisque l’on voit que quelques soldats français, américains, et autres, en très petit nombre heureusement, commettent toutes sortes d’atrocités sur les terrains d’opérations, au même titre que les Africains noirs ou blancs qui sont loin d’avoir l’exclusivité dans l’horreur. La violence, le sadisme, cela existe bien chez nous et aujourd’hui, “hic et nunc”. Et il est effrayant de penser que telle est la nature humaine.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

serrurier paris 29/03/2015 13:04

Votre blog est une source d'inspitation ! merci pour vos articles.
Patrick.

Marc Lefrançois 11/02/2015 15:35

Je suis aussi un amoureux de l'histoire et la découverte de ce lieu est vraiment fascinante. Merci pour la visite!

miriam 28/09/2014 15:37

merci pour la visite! j'aurai peut être besoin de votre photo du masque de médecin pesteux

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