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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 18:43

 

559a1 Palermo, indulgenza 

559a2 Palerme, indulgence

 

559a3 Palerme, indulgence

 

Nous consacrerons la journée d’aujourd’hui à la visite du jardin botanique de Palerme. Mais, histoire de goûter à l’air de la ville, nous quittons le bus dans le centre le matin et allons nous promener ici ou là pendant plusieurs heures avant de nous rendre à pied dans ce quartier un peu retiré. Au cours de notre promenade, je m’arrête à lire les inscriptions placées sous ces statuettes ou peintures représentant la Vierge ou un saint, et que l’on voit un peu partout, sur les murs des maisons, à l’air ou dans une petite niche, presque abandonnées ou garnies de fleurs, parfois avec une bougie allumée ou, ce qui évite l’entretien, une petite ampoule électrique. J’en sélectionne ici trois.

 

Sur la première, une statue de Marie dans un bel autel protégé par une grille, le cardinal offre une indulgence de cent jours à qui récitera un Ave ici, dans la rue, devant cette image. J’ai déjà eu l’occasion de dire ce que je pensais de ces indulgences calculées en jours, et qui desservent l’image du catholicisme auprès des sceptiques. Car enfin, lorsque cette indulgence a été décidée, ce n’était plus le Moyen-Âge, et l’Église proclame que pour Dieu le temps n’existe pas. Une indulgence de dix, de cent ou de mille jours n’a donc aucun sens et contredit l’affirmation précédente.

 

On peut, au choix, s’adresser à Marie ou à ses saints, parce que la même indulgence de cent jours est accordée à qui récite, devant l’effigie de saint Gaétan, d’ailleurs effacée mais qui avait été encadrée d’une belle fenêtre de marbre, un Pater. Normal, un Ave pour une sainte, un Pater pour un saint. Les deux offerts par le même cardinal Celesia à cinq ans d’intervalle.

 

Le plus bizarre survient avec ma troisième photo. Cette plaque est placée sous une statuette de la Vierge dans un autel joliment décoré et protégé derrière une porte vitrée. L’indulgence est attribuée par un autre cardinal seulement désigné par des initiales, et il n’y a pas de date. Il faut aussi réciter un Ave devant cette effigie, mais cette fois la "vraie dévotion" dans la prière est requise, et malgré cela Marie n’accordera, dans ce coin de rue, que quarante jours d’indulgence. C’est vraiment trop injuste. La même prière, adressée à la même sainte Vierge, mais cent mètres plus loin, et l’on ne bénéficie plus que de 40% de la grâce. Monseigneur le Cardinal de Palerme, ne serait-il pas temps de supprimer toutes ces plaques, pour la plus grande gloire de votre Église ?

 

559b1 Palerme, gay pride

 

Plus loin, sur un mur, je remarque une vieille affiche appelant à une Gay Pride à Palerme le 15 juin, il y a trois semaines. OMODIO, haine de l’homo. "Même couleur, même Dieu, même haine", dit le texte sous une série de quatre dessins décrivant une métamorphose qui en dit long sur les sentiments des homosexuels siciliens à l’encontre de l’Église.

 

559b2 Mussolini

 

Les images représentant Mussolini en photo véritable ou en caricature sont assez connues pour qu’on ait compris, je pense, le sens de ces dessins. Je note un fait linguistique amusant, le texte dit "Pour l’autodétermination de tous", mais tous, c’est en italien tutti au masculin et tutte au féminin. Alors dans un texte sur la liberté sexuelle, les rédacteurs de l’affiche auraient jugé mal venu que, même seulement pour la grammaire, le masculin l’emporte sur le féminin, et ils ont remplacé la dernière lettre par un astérisque pour laisser le lecteur adapter l’affiche à son cas, tutt*.

 

559c1 Palerme, jardin botanique

 

Mais avec mes histoires d’indulgences et d’affiche sur la liberté sexuelle, je ne dois pas oublier que mon sujet du jour, c’est le jardin botanique, rejoint en milieu d’après-midi après nos divagations dans la ville. En 1779, donc bien avant l’unification de l’Italie, est créée à Palerme l’Académie des Études Royales, avec une chaire de Botanique et Discipline Médicale. Le petit jardin concédé pour la culture des plantes médicinales destinées à l’enseignement étant vite devenu trop petit, un grand espace, ici même où nous sommes, est attribué pour le remplacer et son installation, ainsi que la construction des bâtiments de démonstration et de cours commencent en 1789. Notons (cocorico) que c’est un architecte français, Léon Dufourny, assisté de trois architectes palermitains, qui est chargé d’en établir les plans. En décembre 1795, c’est l’inauguration, ainsi que l’ouverture du jardin au public, la découverte des espèces végétales du monde entier n’étant plus réservée aux étudiants et aux savants. Au fur et à mesure des besoins, et parce que cette académie botanique de Palerme acquiert une réputation qui en fait un centre d’étude fréquenté par des spécialistes de toute l’Europe et du bassin méditerranéen, parce que, également, des naturalistes illustres lui offrent des espèces récoltées aux quatre coins du monde, l’espace offert au jardin botanique croît au cours des décennies, jusqu’à atteindre en 1892, un siècle après sa création, une superficie de 10 hectares.

 

559c2 Palerme, jardin botanique

 

559c3 Palerme, jardin botanique

 

559c4 Palerme, jardin botanique

 

Face au bâtiment du Gymnasium, on franchit une grille encadrée de deux têtes sculptées, et puis le bâtiment lui-même présente des deux côtés deux façades identiques, excepté que sur la façade intérieure, au sommet trônent des statues symbolisant les quatre saisons. Non, ici avec sa faucille ce n’est pas une adepte du communisme, près d’elle nul travailleur armé du marteau, ce n’est que la symbolisation de l’été et de la récolte du blé. Et devant les portes, d’autres statues encore viennent orner les lieux, car il s’agit d’une université prestigieuse.

 

559d Palerme, ruines de l'église Saint Denis (15e siècle)

 

Au fond d’une petite allée latérale, au milieu de plantes exotiques, on découvre soudain ces quelques ruines, tout ce qu’il reste d’une église du quinzième siècle dédiée à saint Denis. Belles ruines, mais bien petites. Peu importe, ce n’est pas pour cela que l’on est venu.

 

559e Palerme, jardin botanique, washingtonia filifera, d'Ar

 

Il y a des milliers de plantes et d’arbres, tous plus beaux, plus bizarres ou plus intéressants les uns que les autres. Hélas, il faudrait plus de talent que je n’en ai pour rendre en photo le gigantisme des uns, la bizarrerie des autres. Je vais donc sélectionner un tout petit nombre des espèces végétales très diverses que nous avons vues aujourd’hui. J’ai été impressionné par la haute silhouette nue de cette espèce de washingtonia filifera originaire d’Arizona. Sur une partie du tronc, du lierre s’accroche, et puis plus rien jusqu’à ce minuscule plumet au sommet. Chaque année, après la saison, le plumet desséché s’affaisse sur le tronc lui faisant un revêtement de longues feuilles mortes, et la saison suivante c’est un nouveau plumet qui se développe, exhaussant l’arbre encore davantage.

 

559f1 Palerme, jardin botanique, agave américaine marginat

 

On est plus habitué à voir cette agave américaine marginata originaire du Mexique, mais ici il y a un champ entier d’agaves de différents types. Quand on en voit un ou deux exemplaires, ici ou là, dans un jardin méditerranéen, sans avoir de point de comparaison, on ne se rend pas compte (du moins, moi je ne me rends pas compte) de l’infinie diversité de ces plantes.

 

559f2 Palerme, jardin botanique, opuntia pailana (cactacée

 

Pour l’opunta pailana, cette autre cactacée du Mexique, on connaît bien ses larges ovales couverts de piquants. Je préfère donc ici montrer en gros plan ses terribles épines et comment sa chair se structure en quadrillages réguliers, les aiguilles se développant en gerbe à chaque intersection.

 

559f3 Palerme, jardin botanique, mammilaria spinosissima, d

 

Tant que j’en suis aux plantes grasses, je passe tout de suite aux allées près des serres où sont présentées les plantes grasses en pots, celles de taille réduite qui seraient perdues en pleine terre, que les visiteurs piétineraient sans les remarquer, et que l’on observe bien plus aisément sur les tables qu’en se baissant jusqu’au sol. Ici, une mammilaria spinosissima originaire du Mexique, une mamellaire très très épineuse. Oui, on dirait bien une forme de poitrine féminine, mais quel bébé (ou quel homme goulu) oserait s’en approcher ?

 

559f4 Palerme, jardin botanique

 

Les feuilles de cette espèce de rose noire sont grasses, il s’agit donc, également, d’une plante exotique des pays chauds et secs. Mais j’ai eu beau chercher partout, pas trace d’une étiquette d’information. Son nom, son origine, me resteront donc inconnus. Mais qu’elle est belle, cette fleur qui n’en est pas une, puisque ses pétales sont sa chair.

 

559g1 Palerme, jardin botanique, ficus magnolioides, d'Aust

 

559g2 Palerme, jardin botanique, ficus magnolioides, d'Aust

 

Repartons vers le cœur du jardin. Un arbre extraordinaire, à la fois par se formes et par son ampleur gigantesque, c’est le ficus magnolioides (ficus macrophylla columnaris), qui vient de l’île de Lord Howe, en Australie. Sa façon de naître et de se développer, aussi, est incroyable. Un oiseau transporte la graine dans le ciel, généralement dans son intestin après l’avoir ingérée parce que les oiseaux sont très friands du fruit de cet arbre, et la laisse retomber dans ses excréments sans l’avoir digérée sur les rameaux hauts d’un autre arbre, quelle que soit sa nature, sans aucun rapport avec ce ficus. La graine germe et se développe comme une plante parasite, poussant un tronc et de petites ramifications. Dans un second temps, le jeune ficus va développer de nombreuses racines aériennes qui vont croître le long de l’écorce de l’arbre hôte, un hôte bien involontaire mais qui n’a pas de moyens de défense. Quand un homme contracte des parasites, il se gratte, s’il les attrape il les écrase sous son ongle, en dernier ressort il va acheter chez le pharmacien des produits toxiques pour le parasite. L’arbre n’a ni ongles pour se gratter, ni doigts pour attraper le parasite, ni argent pour s’acheter l’anti-puce ou l’anti vilaine bête qui lui suce le sang. De sorte que sans être contrariées dans leur évolution les racines aériennes atteignent le sol dans lequel elles vont chercher leur nourriture, puis croissent en largeur tout autour du tronc de l’arbre d’origine et se soudent entre elles jusqu’à complètement l’envelopper et, finalement, le phagocyter, donnant l’impression qu’elles sont non des racines mais le tronc lui-même. Faux tronc, racines aériennes joignant le sol, branches, le tout apparaît comme une masse ligneuse indistincte et de dimensions incroyables. Oui, tout ce que l'on voit sur ces deux photos appartient à un seul et mêmeficus.

 

Cet arbre développe des fleurs, mais ensuite jamais ne viennent, en Sicile, les fruits qu’aiment tant les oiseaux, parce que dans ce pays ne vivent pas les insectes australiens spécifiques qui, volant de fleur en fleur, permettent la pollinisation d’où viendra le fruit. Cet exemplaire a été introduit dans ce jardin botanique au début du dix-neuvième siècle, soit peu d’années après l’ouverture du parc, et on voit quel géant il est devenu en deux siècles. D’autres ont été introduits un peu partout sur les côtes de Sicile et il y a même à Palerme une avenue à laquelle un ignorant a donné le nom de Viale delle Magnolie, parce que les arbres qui la bordent ne sont pas des magnolias mais des ficus de cette espèce. Pour l’excuse de l’auteur de la bourde, je précise que le nom magnolioides veut dire en grec "qui a l’aspect d’un magnolia", de l’aveu même des botanistes qui lui ont donné ce nom.

 

559h1 Palerme, jardin botanique, bassin dit aquarium

 

559h2 Palerme, jardin botanique, aquarium

 

Un peu plus loin, au centre d’une place où convergent quatre larges allées ainsi que quelques petites allées secondaires, se trouve un grand bassin où croissent toutes sortes de plantes aquatiques, et qui est appelé l’aquarium. Certaines de ces plantes donnent de jolies fleurs.

 

559h3 Palerme, jardin botanique, tortue de Floride

 

Et puis de temps à autre, émerge du bassin pour prendre l’air à la surface une tortue d’eau. Typiquement une tortue de Floride comme nous en avons eu à la maison pendant quelques années. Ces adorables animaux minuscules, cadeau empoisonné fait aux enfants, bestioles qui ont trop crû et ont bien vite nécessité un grand aquarium terrarium avec tous les soins de nettoyage que cela entraînait. Elles s’appelaient Mariette et Coquinette. Pas question, les pauvres, de les assassiner, et vu leur espérance de vie elles avaient toutes les chances de nous enterrer tous. Finalement, avec beaucoup de peine, nous avons réussi à les caser, c’est le jardin zoologique de Bourges qui les a prises en pension. Je crois savoir que les gens, beaucoup moins scrupuleux que nous, jetaient les leurs dans le premier étang venu, où elles déséquilibraient l’écosystème en mangeant plantes et animaux, alors qu’elles n’avaient pas elles-mêmes de prédateurs, et que pour préserver nos étangs français ainsi que pour limiter la pêche des tortues dans leur milieu d’origine au risque de les faire complètement disparaître, des lois en interdisent désormais l’importation et la vente. Au revoir, les petites. Mais à voir ainsi dans la nature, c’est tout à fait sympathique.

 

559i1 Palerme, jardin botanique, chorisia speciosa (Minas G     

559i2 Palerme, jardin botanique, chorisia speciosa (Minas G

 

Je terminerai notre tour du jardin botanique de Palerme par cet arbre curieux. Celui-ci vient du Minas Gerais au Brésil, mais on en trouve aussi en Argentine et au Pérou. Je ne sais comment les gens l’appellent en portugais du Brésil, mais en espagnol des deux autres pays on l’affuble de sobriquets, palo borracho (bâton ivre) ou árbol botella (arbre bouteille). L’étiquette, de façon plus scientifique, le nomme chorisia speciosa. Pour en savoir plus long, j’ai consulté tout à l’heure Internet, et voilà que j’y lis que la chorisia n’existe plus, que c’était une appellation erronée et que maintenant il faut parler de ceiba speciosa. Moi je veux bien. Cela ne retire rien à la forme originale de ce tronc en forme de bouteille comme le disent les autochtones, sans préciser que c’est une bouteille Perrier, voire "la petite bouteille ronde" d’Orangina. Cette écorce toute hérissée d’épines, ce n’est pas banal non plus. Je crois que c’est cet arbre que, dans les récits de voyages ou d’aventures, on appelle le fromager. L’une des explications de ce nom serait qu’on en a utilisé le bois pour faire des boîtes de fromage. Bien que je ne puisse affirmer qu’elle soit fausse, je trouve cette explication spécieuse. Le doute étant l’une des nécessités de toute recherche scientifique, mes hésitations sur cette appellation sont un prétexte tout trouvé pour conclure notre visite de cet Orto Botanico. 

 

559j Port de Palerme

 

 

 

 Nous sommes restés jusqu’à la fermeture à 20 heures, puis sommes allés faire un tour le long de la mer avant de rentrer à notre camping-car. Nous aimons particulièrement les couchers de soleil sur la mer, et ces grands bateaux font toujours rêver…

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Published by Thierry Jamard
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