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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 22:19
709a1 Skoutari
 
Nous descendons vers le sud du Magne, de Gytheio à Porto Kagio, en suivant la côte est de la péninsule. Chemin faisant, nous traversons des paysages variés et toujours splendides. Difficile, en Grèce, pays béni des dieux, de dénicher un coin dont le paysage soit quelconque. Ici, c’est Skoutari.
 
709a2 vallée du Magne au sud de Skoutari
 
Nous continuons notre route, et ici ce n’est plus un paysage marin, c’est une profonde vallée. Le bleu intense, là-bas dans le fond, ce n’est pas la mer mais le ciel.
 
709b1 Flomochori, près de Kotronas (Magne)
 
709b2 Flomochori, près de Kotronas (Magne)
 
709b3 Flomochori, près de Kotronas (Magne)
 
Nous arrivons à Kotronas. Ou plus précisément à Flomochori, tout près de Kotronas. L’une des caractéristiques du Magne, c’est de construire des tours partout. Ce ne sont pas seulement des vestiges du Moyen-Âge, car beaucoup d’entre elles datent du dix-huitième ou du dix-neuvième siècle, tours authentiques à une époque où l’on ne se souciait pas encore de couleur locale et de tourisme. À présent, si la tradition s’en perpétue, c’est davantage dans une optique d’unité architecturale et d’harmonie, et c’est tant mieux. On distingue les tours à but défensif, avec leurs ouvertures étroites de type meurtrière, et les tours d’habitation avec leurs larges fenêtres. Ma troisième photo montre une curieuse sculpture naïve sur l’un des montants du clocher plat et détaché d’une église.
 
709b4 Entre Kotronas et Vatheia (Magne)
 
Poursuivant vers le sud, la route monte et offre des vues grandioses sur la côte. La mer est si bleue qu’elle donne l’impression que la photo est truquée. Non, en cette mi-mai le soleil est si intense, les fonds sont si purs, que les couleurs semblent irréelles, elles aveuglent.
 
709b5 Entre Kotronas et Vatheia (Magne)
 
709b6 Entre Kotronas et Vatheia (Magne)
 
709b7 Entre Kotronas et Vatheia (Magne)
 
709b8 Entre Kotronas et Vatheia (Magne)
 
Partout il y a des tours, ici ou là dans un village, clairsemées sur une crête, serrées les unes contre les autres dans un village. Cela donne à la région un caractère fort comme celui de ses habitants, réputés pour leurs mœurs austères, leur caractère méfiant et vindicatif, leur organisation en clans, les perpétuelles vendettas.
 
709c1 Vatheia, dans le Magne
 
709c2 Vatheia, dans le Magne
 
709c3 Vatheia, dans le Magne
 
Mais le plus célèbre de ces villages, parce que fort bien conservé et présentant une forte densité de ces tours, c’est Vatheia (du fait qu’en grec moderne le groupe EI ne se diphtongue plus mais se prononce I, le nom de ce village se dit Vathia, avec un TH comme celui de l’anglais CLOTH).
 
709c4 Vatheia, dans le Magne
 
709c5 Vatheia, dans le Magne
 
709c6 Vatheia, dans le Magne
 
Ci-dessus, une ruelle typique en escalier dans le village de Vatheia, l’église en bon état parce qu’elle est encore utilisée pour le culte, et une maison hélas à l’abandon. Car ce village n’est pas tout à fait mort, ce n’est ni un village fantôme, ni un musée en plein air, mais il s’est dépeuplé après la Seconde Guerre Mondiale, et continue à perdre ses derniers habitants. Certains Athéniens et quelques étrangers, attirés par le charme et la tranquillité de Vatheia semblent intéressés par l’acquisition et la restauration de maisons sans en altérer le style, mais jusqu’à présent c’est sans grands résultats, à la différence de ce qui se passe à Monemvasia, par exemple. Mais à Monemvasia les touristes viennent visiter longuement les ruines, ce qui a attiré, outre les habituelles boutiques d’attrape-touristes, des restaurants, des bars, et tous les commerces nécessaires, sans compter que ce que l’on ne trouve pas sur place existe sur le continent, juste en face, à Gefyra. Ici, on vient, on prend des photos de la ville de loin, puis on se balade un quart d’heure ou une demi-heure dans les ruelles et on repart. Aucun commerce de souvenirs, aucun restaurant, ne pourrait vivre avec ce type de passage éclair. Et en conséquence, parce qu’il n’y a presque personne à vivre ici, aucun boulanger, boucher, cordonnier, ne trouverait de clients. Donc il n’y a ni poste, ni bureau de tabac, rien. Cercle vicieux du rien qui ne peut rien attirer, et du rien attiré qui ne peut, en retour, rien justifier. Il faudrait une action concertée, l’implantation simultanée d’un centre de vacances, de plusieurs propriétaires intéressés, d’un petit musée, de commerces de base, tout cela sans défigurer les lieux, sans leur ôter leur cachet, et accompagné d’une forte action publicitaire. La quadrature du cercle.
 
709d Dans le Magne, entre Vatheia et Porto Kagio
 
Notre visite a été plus longue que ce que je décris, une heure trente peut-être, mais avec notre engin large, long, haut, il est exclu que nous trouvions un emplacement pour la nuit dans ces rues escarpées et étroites. Nous poursuivons donc notre route vers le sud, vers le bout de la péninsule du Magne.
 
709e1 Porto Kagio (Magne)
 
709e2 Porto Kagio, dans le Magne
 
C’est ainsi que, presque au bout de la péninsule, nous parvenons à Porto Kagio. Quand on prend, comme je l’ai fait ci-dessus, des vues panoramiques, puisque cela juxtapose horizontalement plusieurs clichés, la hauteur relative s’en trouve réduite. Mais j’ai quand même envie de publier cette photo parce qu’elle permet de voir comment la rade de Porto Kagio, vaste, large, se referme pour se protéger de la houle. La gravure, je l’ai photographiée au musée de Gytheio (voir mon précédent article), elle est intitulée en français Porto Caillo, au pays des Kokovouniotes et elle est de Prosper Baccuet (1797-1854). Ce peintre né à Paris s’est engagé à l’âge de seize ans dans la garde napolitaine à l’époque où Murat a été fait roi de Naples par Napoléon. Puis il servira l’armée française de l’Empire, de la Restauration, de la Monarchie de Juillet, atteindra le grade de capitaine et sera admis à la retraite en 1846. Peintre paysagiste de talent, ses fonctions militaires ne l’empêchent pas d’exposer au Salon à partir de 1827. Lorsque la France, ainsi que d’autres pays d’Europe, décident d’intervenir dans le Péloponnèse (en Morée) pour soutenir les insurgés grecs contre les Ottomans, il s’agit d’abord de chasser du Péloponnèse le pacha d’Égypte allié aux Turcs. C’est ce que l’on appelle l’Expédition de Morée. Ce n’est qu’après la victoire franco-russo-britannique de Navarin (lieu où nous allons sans doute nous rendre prochainement) que le lieutenant Baccuet est envoyé en tant que dessinateur et peintre avec dix-sept spécialistes d’archéologie, de beaux-arts –sculpture, architecture–, de sciences naturelles –médecine, zoologie, botanique–, de géographie –topographie, cartographie, géologie–, pour constituer, au sein de l’armée d’intervention, une commission scientifique chargée de relever un maximum d’informations, sur le modèle de ce qu’avait institué Bonaparte en 1798 lors de la Campagne d’Égypte. Mais cette commission scientifique théoriquement liée à l’armée débarquait en mars 1829, alors que l’armée était sur le point de se rembarquer. Néanmoins les militaires ont laissé à cette commission composée de civils et de militaires tout le matériel dont ils disposaient, tentes, marmites, bidons, pelles, pioches, etc. C’est dans ces conditions que Baccuet a parcouru le Péloponnèse puisque le ministre de l’Intérieur, sous la responsabilité de qui avait été placée l’expédition, estimait de façon plaisante qu’il ne convenait pas de limiter les travaux "aux mouches et aux herbes, mais de les étendre aux lieux et aux hommes".
 
Le musée n’explique pas qui sont les Kokovouniotes et Google ignore ce mot. Mais peu importe puisque la légende se suffit à elle-même, Porto Kagio étant le pays des Kokovouniotes…
 
709f1 Porto Kagio, dans le Magne
 
709f2 Porto Kagio, dans le Magne
 
709f3 Porto Kagio, dans le Magne
 
En 480 avant Jésus-Christ Corfou veut prendre part à la Seconde Guerre Médique, guerre de toute la Grèce unie contre les Perses. Cette cité arme une flotte puissante composée de 60 navires, contourne le Péloponnèse, mais une tempête violente entre Cythère et Neapoli oblige la flotte à chercher refuge dans une rade suffisamment vaste pour accueillir autant de navires, et suffisamment sûre et protégée pour les mettre à l’abri de la tempête. Cette rade se situe après le passage du cap Ténare. Je pense donc que c’est la rade de Porto Kagio, qui répond parfaitement à ces conditions géographiques et techniques. Mais, immobilisée ici plusieurs jours, cette flotte construite spécialement pour l’occasion arrivera à Salamine après la bataille… Ma troisième photo ci-dessus a pour but de montrer la pureté et la transparence de l’eau, on voit les galets comme s’ils n’étaient pas sous la mer.
 
709g1 Petite chapelle à Porto Kagio (Magne)
 
709g2 Petite chapelle à Porto Kagio (Magne)
 
709g3 Petite chapelle à Porto Kagio (Magne)
 
709g4 Petite chapelle à Porto Kagio (Magne)
 
En arrivant à Porto Kagio samedi 14 au soir, nous avons fait un petit tour. Un sentier longe la mer à mi-hauteur des rochers, et mène vers une petite chapelle. Dimanche 15, avant de partir, nous avons de nouveau fait la promenade. Sauf dans les églises des grandes villes, et afin que les gens puissent aller faire une petite prière, allumer un cierge, verser de l’huile dans une lampe, les églises et chapelles sont ouvertes. Ou la clé est sur la porte. Personne ne s’avise d’aller voler une icône revêtue d’argent, c’est très sympathique. La dernière photo représente le sanctuaire, c’est-à-dire l’espace où se tient le célébrant, derrière l’iconostase.
 
709h Porto Kagio (Magne)
 
De Porto Kagio, j’ai montré essentiellement la rade et la mer. Cette dernière photo montre que cette petite ville est adossée à la montagne. Mais avant de terminer, je voudrais dire un mot de son nom. En grec moderne, un port se dit limani et une caille se dit ortyki. Si j’ajoute que le G est guttural mais laisse passer un filet d’air, on comprend que le nom de Porto Kagio n’est pas du tout d’origine grecque mais que c’est la déformation du nom donné par les Francs à ce port survolé chaque année par des milliers de cailles migrant en septembre vers l’Afrique. Dans mon dernier article, je cite Bertrandon de la Borderie (1537) qui évoque les Grecs venant vendre des cailles salées qu’ils apportent à pleins barils. Il paraît qu’aujourd’hui c’est fini, il n’y a plus de cailles, ou plus autant. Ont-elles été décimées par les chasseurs ou ont-elles changé d’itinéraire, je l’ignore.
 
Encore un mot. Je voudrais saluer l’accueil, la gentillesse, et aussi la qualité culinaire du petit restaurant situé face à la mer. Pour un prix extrêmement raisonnable, nous y avons dégusté un barracuda tout frais grillé pour nous. Nous n’avons pas beaucoup vu le patron, Antonis Grigorakakis, mais c’est un artiste peintre et nous avons apprécié les tableaux de lui que nous avons vus. Il paraît que dans son hôtel chaque chambre est ainsi décorée de l’une de ses œuvres. Quant à la patronne, c’est elle qui nous a reçus de façon amicale et chaleureuse. Je ne peux que recommander l’adresse.

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Published by Thierry Jamard
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