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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 16:18

Aujourd’hui, Natacha et moi devions avoir des activités différentes, moi statique dans le camping-car à rédiger mon blog après m’être dûment alimenté des lectures adéquates, elle courant à la faculté des Lettres pour rechercher en bibliothèque ce qui concerne ses sujets d’étude. Et puis mon portable a sonné, la faculté est située dans un ancien monastère, c’est magnifique, on peut avoir une visite guidée, si je ne viens pas la rejoindre je risque de le regretter en voyant ensuite ses photos. Le problème, c’est qu’il me faut du temps. Non pour éteindre l’ordinateur et courir vers l’arrêt de bus à cent mètres du camping, mais pour attendre le prochain bus qui doit passer dans vingt minutes, puis un quart d’heure de trajet, puis une vingtaine de minutes à pied. D’autant plus que deux bus programmés ne sont pas passés, ce qui fait que j’ai attendu le troisième une bonne heure, en plein soleil, sans rien pour m’asseoir, et sur le bord d’une route sans trottoir, sans bas-côté, avec des voitures qui passent à toute allure. Mais, une fois arrivé, il est vrai que cela en valait la peine.

 

608a1 Catane, San Nicolò 

608a2 Catane, San Nicolò 

608a3 Catane, San Nicolò 

Nous avions rendez-vous piazza Dante, sur le parvis de l’église San Nicolò l’Arena. Cette église est la plus grande de toute la Sicile. Commencée en 1558, elle a été complètement détruite par deux événements qui se sont succédé en moins d’un quart de siècle, la coulée de lave de l’éruption de l’Etna en 1669, puis le tremblement de terre de 1693 dont j’ai eu amplement l’occasion de parler précédemment, qui n’a pas vraiment endommagé les travaux en cours mais qui a été cause que l’on a stoppé la construction pour vingt ans. Qu’à cela ne tienne, on s’est remis courageusement à l’ouvrage mais en 1735 l’argent venant à manquer, on a interrompu les travaux. Un grand portique peuplé de statues devait soutenir un fronton, mais on avait juste commencé à en monter les colonnes quand il a fallu tout arrêter, les colonnes elles-mêmes n’étant pas terminées. J’ajoute qu’à l’intérieur a hélas été détruit par des saccages un orgue grandiose de 2916 tuyaux qui avait nécessité treize ans de travaux, et qui était capable de reproduire le son de tous les instruments de musique.

 

608a4 Roberta à la fac de Lettres et philo de Catane 

608a5 Roberta à la fac de Lettres et philo de Catane 

Mais j’ai juste le temps de contempler l’extérieur de cette église –d’ailleurs fermée– car Natacha arrive. Elle est enthousiaste, à la fois à l’idée de ce que nous allons voir, de ce qu’elle voit de l’extérieur, et aussi, et surtout de sa rencontre avec une jeune étudiante de cette faculté de Lettres et de philosophie installée dans l’ancien monastère bénédictin, Roberta (les photos d’elle ont, bien évidemment, été prises par Natacha. Je me dois de respecter le copyright !), avec qui elle a passé les presque deux heures pendant lesquelles elle m’a attendu, qui l’a guidée là où se tient un bureau d’information, qui a discuté avec elle de façon paraît-il très intelligente en même temps que très sympathique et agréable. Bref, quelqu’un de bien dont elle a l’adresse e-mail et avec qui elle correspondra sûrement.

 

608b1 Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena) 

608b2 Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena)

 

608b3 Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena) 

608b4 Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena) 

Voici la magnifique façade baroque de ce monastère bénédictin, avec en particulier les fenêtres "nobles". On voit que l’architecte a joué sur les couleurs, une pierre blanche contrastant avec le noir de la lave volcanique. Mais quelques mots sur ce monastère. C’est le plus grand monastère bénédictin, devant celui de Mafra au Portugal. L’Écossais Patrick Brydone (1736-1818) a été l’accompagnateur et le guide de plusieurs gentlemen dont, de 1767 à 1771, le jeune Lord William Fullarton en Italie, en Sicile, à Malte. Dans le récit de ce voyage qu’il a publié en 1773, il qualifie ce monastère de "Versailles sicilien".

 

Dès la seconde moitié du douzième siècle, on bâtit sur les pentes de l’Etna, à Nicolosi, une chapelle et un hôpital pour accueillir les moines malades de deux monastères voisins. Puis Frédéric III d’Aragon, roi de Sicile de 1295 à 1337, décida que l’on construirait là un monastère et, les moines qui s’y installèrent ayant une particulière dévotion pour saint Nicolas de Bari (Bari est sur la côte est des Pouilles, face à l’Albanie, et les reliques de saint Nicolas y sont conservées) dédièrent leur monastère à San Nicolò, et le sol étant sablonneux à cet endroit ils ajoutèrent "l’Arena", qui signifie "le sable" (à l’article près) en latin et en espagnol, l’Espagne étant le pays d’origine du souverain (en italien, cela se serait dit la sabbia). Dès lors, le monastère prit de l’importance, se développa, s’enrichit considérablement. Les reines Éléonore d’Anjou et Blanche de Navarre s’y rendirent souvent. Mais à la fin du quinzième siècle et au début du seizième, les brigands qui sévissaient en Sicile mettaient en grand danger un monastère si riche et si isolé. Et quand l’un des deux autres monastères fut détruit par une éruption de l’Etna en 1536-1537, ce fut le déclencheur d’une migration de tous ces moines vers la ville de Catane, plus loin du cratère et surtout bien protégée des incursions derrière ses murs.

 

608c Catane, monastère San Nicolò l'Arena, limite lave 16 

Le vice-roi de Sicile Juan de la Cerda était présent lors de la pose de la première pierre en 1558 et les moines commencèrent à occuper les lieux en 1578, quoique les travaux ne soient pas achevés. Mais j’ai évoqué tout à l’heure l’éruption de 1669. La coulée de lave de l’Etna s’est dirigée lentement vers le monastère. On a prié saint Nicolas patron du monastère, on a prié sainte Agathe patronne de Catane, et la lave avançait toujours. Alors on a retroussé les manches et on a construit une énorme levée de terre à la frontière du monastère. Et la lave a buté dessus et a épargné la construction. Ma photo ci-dessus, prise d’un balcon du monastère, montre à quelle effroyablement faible distance des bâtiments la lave s’est arrêtée. Mais peu avant d’atteindre cette butée, une langue de lave s’est détachée de la coulée principale et est allée détruire l’église voisine, comme je le disais plus haut. Vingt-quatre ans plus tard, le tremblement de terre de 1693 n’a pas été trop dommageable pour l’église dont les murs n’étaient pas encore montés bien haut, mais il a abattu le monastère sur les moines dont la plupart ont été tués. Les moines survivants, alors, voulurent transférer leur monastère un peu plus loin, sur le territoire de la commune de Montevergine où ils commencèrent les travaux, mais la Municipalité de Catane s’y opposa et exigea leur maintien au même endroit. Les travaux commencèrent en 1702 et se poursuivirent sur tout le dix-huitième siècle. Le plan est différent de celui de toutes les congrégations de Catane, parce que l’on a voulu arrêter le rez-de-chaussée à l’aplomb du mur de lave, comme je le montre, et le projet était de construire une autre aile prolongeant le deuxième étage au-dessus de la coulée, c’est-à-dire douze mètres plus haut, projet grandiose qui n’a pas été réalisé. Lors de l’unification de l’Italie, quand les congrégations furent dispersées et leurs biens nationalisés, en 1866 le monastère fut partagé entre des casernes (et les militaires abattirent certaines parties du cloître qui avaient résisté au séisme de 1693 mais qui les gênaient pour leurs exercices), des écoles, le musée qui a par la suite été transféré au palazzo Ursino (voir mon blog à la date d’avant-hier samedi 11 septembre), ainsi que deux savants célèbres, le professeur Tacchini (1838-1905) avec son observatoire d’astrophysique et Annibale Riccò (1844-1919) avec son laboratoire de géodynamique. Bombardé pendant la Seconde Guerre Mondiale, le monastère a souffert une nouvelle fois. Tout le monde en a déménagé et il a été donné à l’université qui avait besoin d’espace, avec ses soixante mille étudiants. Car cette université, l’une des plus anciennes d’Italie et même du monde, préexistait à l’installation de ses sections littéraires dans le monastère bénédictin puisqu’elle avait été fondée en 1434. Toutefois, la bibliothèque communale occupe encore une partie des locaux. Elle a ouvert en 1869, composée pour une très grande part de la bibliothèque des bénédictins confisquée en 1866, et des bibliothèques des autres congrégations religieuses confisquées dans les mêmes conditions. Puis, en 1925, le baron Ursino a légué sa propre bibliothèque. Aujourd’hui, il y a plus de deux cent mille livres, sans compter les manuscrits, parchemins, gravures et estampes, photos, périodiques.

 

608d Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena) 

Avant d’entrer dans les bâtiments, je remarque ce calicot. "Proches de Laura", voilà un texte surprenant pour une manifestation étudiante. Une condisciple exclue injustement ? Pas du tout. Le premier juillet dernier, une étudiante de 34 ans, Laura Salafia, a été atteinte par une balle perdue lors d’un règlement de compte de la mafia dans la rue, juste devant l’entrée de la faculté alors qu’elle venait pour passer un examen d’histoire du cinéma. Laura a été touchée au cou et une vertèbre a été atteinte. Le criminel a été arrêté vingt-quatre heures après son acte, mais cela ne change rien aux conséquences. J’ai cherché des nouvelles sur Internet. En date du 15 août, soit un mois et demi après les faits, l’homme visé est rentré chez lui et l’étudiante a été transférée dans un centre de réhabilitation. Ces nouvelles datent d’un mois et il semble que son état soit stationnaire. Avant-hier, je publiais la photo d’une affiche anti-mafia. C’est vrai, c’est affreux.

 

608e1 Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena)

 

608e2 Catane, université (monastère San Nicolò l'Arena) 

Des deux cloîtres, celui-ci est le plus récent, il date du dix-huitième siècle et l’édicule central, exemple d’éclectisme du dix-neuvième siècle, a été ajouté en 1842. En fait, ce cloître… n’est pas un cloître. Il n’a jamais été le lieu de prière et de méditation que sont par destination les cloîtres, mais un jardin d’hiver où les moines venaient prendre le thé ou le café. Ils y accueillaient les étrangers qui effectuaient le traditionnel Grand Tour. D’ailleurs, le premier étage du monastère servait d’hôtel pour les voyageurs européens.

 

608f1 Catane, monastère San Nicolò l'Arena, voie romaine 

608f2 Catane, monastère San Nicolò l'Arena, villa romaine 

608f3 Catane, monastère San Nicolò l'Arena, villa romaine 

  Les bâtiments ont été construits à l’emplacement d’une ancienne villa romaine. D’ailleurs, dans la cour entre la place Dante et la façade, on peut voir ce fragment de rue antique. À l’intérieur du monastère, les restes de la villa romaine sont bien visibles depuis une passerelle, et ce fragment de mur révèle les riches peintures d’une demeure patricienne. Je trouve absolument merveilleux d’être étudiant dans ce cadre, de contempler quotidiennement, en se rendant à la bibliothèque, ces traces de la civilisation romaine. D’autant plus que ces étudiants sont des littéraires. J’ai regardé sur les murs les titres des cours auxquels ils sont censés s’inscrire. Philosophie, littérature, latin, grec ancien, langues étrangères, philologie, linguistique. Tous ou presque sont à des degrés divers concernés dans leurs études par l’Antiquité. Il est donc logique, s’ils ont choisi l’une de ces voies, qu’ils soient sensibles à ces traces du passé.

 

608g Catane, monastère San Nicolò l'Arena, bibliothèque 

Même si cette bibliothèque de la faculté appartient aux bâtiments du monastère et non à ceux de la villa romaine, ils n’en sont pas moins pleins de charme. Certes, je reste très attaché à ma chère Sorbonne, où j’ai fait mes études supérieures, certes elle est très belle, certes elle ne date pas d’hier, mais je dois reconnaître que cette faculté des Lettres n’a rien à lui envier.

 

608h Catane, monastère San Nicolò l'Arena, blason 

Un peu partout dans le monastère, on retrouve ce blason avec les trois boules, mais ici je l’ai photographié principalement en raison de cette tête joufflue, bouche ouverte, que je trouve très amusante.

 

608i1Catane, monastère San Nicolò l'Arena, église 

608i2Catane, monastère San Nicolò l'Arena, église

 

608i3Catane, monastère San Nicolò l'Arena, église 

Nous voici dans l’église. Je disais plus haut qu’elle était fermée, oui son grand portail est fermé sur la place Dante, mais nous y accédons par l’intérieur du monastère. C’est la plus vaste église de Sicile. Étonné, j’évoque la cathédrale de Palerme, mais notre guide est formelle, cette église San Nicolò l’Arena est plus grande que la cathédrale de Palerme. L’intérieur est très nu, il n’y a rien, à part les restes de son orgue monumental qui n’est plus désormais si monumental puisqu’il a été mutilé par vandalisme.

 

608j1 Catane, monastère San Nicolò l'Arena, réfectoire 

608j2 Catane, monastère San Nicolò l'Arena 

608j3 Catane, monastère San Nicolò l'Arena

 

Le réfectoire est un lieu très important dans la vie du monastère. Tous les moines y prennent leur repas ensemble. Mais ce sont des images de la cuisine que je montre ici, cuisine qui occupe deux niveaux. Le sol du niveau supérieur en a été refait, mais conforme à l’original. Les deux niveaux sont en communication de deux façons. L’une, ce sont trois trous, trois sortes de puits comme celui que l’on voit sur ma première photo, et que l’on aperçoit aussi dans le plafond du niveau bas, sur ma seconde photo. L’autre, c’est cet escalier d’accès, situé dans un angle.

 

608j4 Catane, monastère San Nicolò l'Arena 

608j5 Catane, monastère San Nicolò l'Arena 

608j6 Catane, monastère San Nicolò l'Arena 

Pour finir, je voudrais montrer le splendide grand escalier qui embrasse tout le hall, et qui est décoré de stucs néoclassiques. Nous sommes dans un monastère dédié à saint Nicolas, aussi les stucs représentent-ils des épisodes de sa vie. J’aime particulièrement, sur cette dernière photo, les trois petits enfants qui ressortent vivants du saloir où le boucher les avait déposés coupés en morceaux, et conservés pendant sept ans avant que saint Nicolas les ressuscite.

 

608k1 Chiara Ponzo, étudiante à Catane 

J’en resterai là pour cette visite. Nous avons vu bien d’autres choses mais je dois être raisonnable et savoir me limiter. Il me faut cependant ajouter quelques mots concernant notre guide. Chiara Ponzo est une étudiante toute jeune qui prend en charge les petits groupes de touristes qui souhaitent en savoir plus sur l’histoire et la configuration des bâtiments qui hébergent son université. Intelligente et cultivée, elle est capable de ne pas débiter le boniment des guides, mais de présenter ce qu’elle a appris de façon vivante, personnelle, intéressante. De plus, je pense qu’il suffit de voir sa photo pour se rendre compte que c’est quelqu’un d’ouvert et sympathique. La visite était en italien, mais elle se souciait de savoir si je comprenais. Et puis elle est à la fac de Lettres, elle étudie la littérature, la philologie, la linguistique, je ne peux qu’apprécier ! Merci, Chiara.

 

608k2 Katia Alberio, à l'accueil à l'université de Catan 

Je dois dire aussi un mot de Katia Alberio. Elle est à l’accueil, elle reçoit les visiteurs, elle les affecte à une visite, elle est également chargée de percevoir le prix de la visite et elle est responsable de la petite librairie où nous avons trouvé des livres intéressants. Avec le sourire, elle explique, elle conseille, elle parle des livres qui sont proposés. Et elle parle français. Et puis, comme elle doit rédiger un reçu pour toute somme perçue, elle m’a demandé mon nom. Un nom étranger est toujours un peu difficile à orthographier, mais généralement mon prénom présente plus de difficultés que mon nom de famille, et pourtant elle l’a écrit sans hésitation. Et comme nous avons un peu discuté ensuite, elle m’a dit que dans son livre de français, en classe, le héros s’appelait Thierry…

 

Voilà donc les contacts que nous avons eus dans cette faculté des Lettres, trois contacts sympathiques. Roberta, Chiara, Katia. Merci à vous trois.

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Published by Thierry Jamard
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