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7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 13:03
797a1 Le Pirée, port de Zéa
 
797a2 Orangers au Pirée
 
Depuis longtemps nous projetons de visiter le musée archéologique du Pirée et toujours nous repoussons. Mais parce que cette fois-ci nous avons décidé d’aller acheter nos billets de bateau pour les îles du golfe Saronique au Pirée, dans l’agence qui nous a vendu les billets pour la Crête en août dernier, c’est l’occasion d’effectuer cette visite.
 
Nous descendons du bus 845 qui nous a pris juste devant le camping et nous dépose sur le port. Là, aucune indication. Les gens, très gentiment, tentent de nous aider mais, ne connaissant pas le musée de leur ville, nous envoient ici ou là, ce qui nous fait faire pas mal de marche à pied. Enfin, nous arrivons à proximité, sur le port de Zéa qui est aujourd’hui le port de plaisance mais qui était le port antique. Quoique les bâtiments qui le bordent soient de grands immeubles sans âme, le décor est très beau, mais le plus merveilleux ne peut être ressenti par écrit. C’est le merveilleux parfum de fleur d’oranger émané des arbres qui bordent le port. Mais nous en profiterons mieux après notre visite du musée (et sa fermeture à 13h). Et nous ne la regretterons pas, notre visite.
 
797b1 Lion de Moschato, 4e s. avant Jésus-Christ
 
Ce grand lion assis, plus grand que nature, nous accueille dans le hall du musée. Il vient d’une tombe collective de Moschato (sud-ouest d’Athènes, entre Athènes et le Pirée) du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Un autre lion semblable à celui-ci, le Lion du Pirée, a été volé par les Vénitiens. Il faut dire que le lion était le symbole de la Sérénissime. Il réside donc désormais sur la lagune…
 
797b2 Tombeau monumental, 330 avant Jésus-Christ
 
Une salle est occupée par le tombeau monumental de Nikeratos et de son fils Polyxenos, métèques d’Istros, sur la côte de la Mer Noire. Il date des environs de 330 avant Jésus-Christ et a été trouvé à Kallithea, banlieue sud-ouest d’Athènes. Il constitue l’unique exemple que l’on ait de tombe ressemblant à un temple, et a sans doute été influencé par le Mausolée d’Halicarnasse, l’une des sept merveilles du monde. Les deux hommes, en compagnie d’un petit serviteur, apparaissent tout en haut du monument, au-dessus d’une frise représentant une amazonomachie (combat des Amazones et des Athéniens). C’est sur le plateau que l’on peut lire les noms.
 
797b3 stèle funéraire peinte, 4e s. avant JC
 
On n’a conservé ici que la partie supérieure, avec palmette, d’une stèle funéraire. Le nom du défunt est indiqué, c’est Diogène fils d’Apollonidès, de Pyrrha sur l’île de Lesbos. Elle date de la première moitié du quatrième siècle avant Jésus-Christ et provient d'Eetioneia, au Pirée. Elle ne présenterait pas d’intérêt particulier et je n’aurais pas choisi de la montrer si le délicat travail de la palmette n’avait pas conservé une grande partie de sa peinture bleue. Les Grecs usaient de couleurs sur leurs monuments. Elles ont presque toutes disparu. J’en tiens ici un exemple, je le montre.
 
797b4 Stèle funéraire d'une prêtresse d'Isis
 
La femme représentée sur cette stèle funéraire et accompagnée d’une petite servante qui porte un panier, a dans la main gauche une poterie que l’on appelle une situle. Sur la photo, on ne voit pas bien que dans sa droite levée elle a un sistre, cet instrument de musique à cordes dont nous avons vu plusieurs exemplaires minoens au musée d’Agios Nikolaos, en Crète, le 5 août dernier (je les montre et j’en parle dans mon article de ce jour-là). Sistre et situle, ces deux accessoires la désignent comme une prêtresse d’Isis. La stèle étant datée de la fin du second siècle de notre ère ou du début du troisième, le culte de cette déesse d’origine égyptienne ne saurait surprendre puisque l’on sait qu’à cette époque il s’était très largement répandu dans tout le bassin méditerranéen. L’inscription nous renseigne même sur l’identité de cette prêtresse, elle se nomme Ammia Biboula, fille de Philokratès de Sounion.
 
797b5 Héraklès tue le centaure Nessos devant Déjanire
 
Sur ce relief funéraire, Héraklès est en train de tuer le Centaure Nessos et la personne sur la droite est sa femme Déjanire. La légende est connue. Nessos est passeur sur la rivière Evenos. Héraklès confie sa femme à Nessos et lui-même traverse la rivière à la nage. Mais pendant le franchissement, Nessos tente de violer Déjanire, et Héraklès le tue. Avant d’expirer, Nessos remet à Déjanire, en cachette d’Héraklès, un flacon où il a mêlé du sperme répandu lors de la tentative de viol et du sang de sa blessure mortelle, et lui dit que c’est un philtre qui lui rendra son mari s’il lui était infidèle à condition qu’elle lui fasse porter un vêtement qui y aura trempé. En fait, c’était un terrible poison qui a provoqué une mort atroce du héros, mais c’est une autre histoire, sans rapport avec ce que représente cette stèle trouvée à Troizen (Trézène), au sud d’Épidaure, et qui date de juste avant la moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ.
 
797c1 Amazone poursuivie par un Athénien, 2e s. après JC
 
Sous un mur de ville, Athènes bien sûr, un guerrier poursuit une Amazone qui s’enfuit, son bouclier en main. Tout, dans ce relief, est beau, la détermination de l’Athénien implacable, la sveltesse de la silhouette de l’Amazone et la détresse qu’exprime sa position. Cette plaque, trouvée pendant l’hiver 1930-1931 au fond du port du Pirée se trouvait à bord d’un bateau qui avait coulé là. Le musée présente une autre plaque presque identique, et divers autres couples de plaques identiques entre elles et toutes datant du milieu du second siècle après Jésus-Christ et provenant visiblement du même atelier athénien. Le fait qu’à Rome, insérées dans des bâtiments, on ait retrouvé des bas-reliefs semblables signifie deux choses. D’abord, qu’il s’agissait de productions en série et d’autre part que le navire avait pour destination l’Italie.
 
797c2 Scène de banquet, un homme et une femme
 
Scène de banquet. L’homme est étendu sur le lit de table, dans sa main droite il tient un fruit, dans la gauche un vase à libations, et il se tourne vers la jeune femme assise sur un tabouret. À ses pieds se tient le jeune esclave chargé de servir le vin.
 
797c3 Asclépios avec Hygieia guérit une patiente
 
Cette femme étendue et assoupie… Cet homme qui s’approche par derrière… En fait il s’agit d’une malade venue implorer d’Asclépios sa guérison. Elle est dans son sanctuaire, et c’est le dieu qui s’approche d’elle et lui impose les mains sur le cou et le dos. Il est accompagné de sa fille Hygieia, déesse préposée à la santé. Les quatre petits personnages, à gauche, trois adultes et un enfant, sont la famille de la patiente, ils joignent les mains en signe de supplication. Cette plaque votive en bas-relief des alentours de 350 avant Jésus-Christ provient de l’Asclépieion (sanctuaire d’Asclépios) du Pirée.
 
797c4 Zeus en taureau emportant Europe
 
Une grande vitrine présente de nombreuses figurines de terre cuite, dont le musée se contente de dire, globalement pour toutes, qu’elles proviennent d’Attique et entrent dans une fourchette entre le sixième et le quatrième siècle avant Jésus-Christ. Après avoir vu en Crète Matala où Zeus taureau a abordé avec Europe sur son dos et Gortyne où il s’est uni à elle sous un platane désormais toujours vert en remerciement d’avoir offert son ombre, je ne peux manquer de montrer cette figurine, même si, montrant à chaque fois ce sujet fort fréquent, mon blog devient une collection de Zeus portant Europe…
 
797d1 table à mesurer les liquides
 
797d2 table à mesurer les liquides
 
Cette table de pierre servait, nous dit-on, de mesure des liquides au marché du Pirée. On ne donne pas d’autres explications, mais je suppose que l’on bouchait le trou de la mesure choisie, on la remplissait, puis au-dessus du récipient de l’acheteur on débouchait le trou afin qu’il reçoive le volume acheté.
 
797d3 table de mesures étalon
 
797d4 Transcription de la table de mesures étalon
 
Cette pierre gravée au quatrième siècle, extrêmement intéressante, a été trouvée réutilisée dans le mur d’une chapelle de Salamine. Il s’agit d’une table de mesures, de même que nous conservons au Pavillon de Breteuil le mètre étalon en platine. On connaît l’unité de mesure utilisée aujourd’hui encore par les marins pour mesurer la profondeur d’eau, la brasse (1,8288 mètre), correspondant à l’envergure des bras ouverts en croix. Les Grecs utilisaient ce système de mesure (orgyia) basé sur la demi-brasse (moitié d’orgyia) gravée ici. Ils ont aussi représenté la coudée (0,487 mètre), la paume ouverte, entre l’extrémité du pouce et celle de l’auriculaire (0,242 mètre), le pied (0,302 mètre) ainsi que, sur une réglette, un autre standard pour le pied (0,322 mètre). Cette pierre de mesures est la seule qui nous soit parvenue avec une autre conservée à l’Ashmolean Museum d’Oxford, mais cette dernière était sans doute destinée à une consécration.
 
797e Oeil de proue de trière grecque
 
Les trières grecques, ces navires de guerre effilés à trois rangs de rames totalisant 170 rameurs, portaient de chaque côté de la proue un œil comme celui de ma photo, trouvé dans le port de Zéa au Pirée. On dit que c’était pour donner une personnalité humaine à leurs navires, ainsi dotés d’un regard, que les Grecs les ornaient ainsi. Après tout, les Anglais pour qui tout objet et même tout animal est neutre, parlent bien au féminin de leurs bateaux. Mais cette explication, dans la mentalité des Grecs de l’Antiquité, ne me convainc pas. Par ailleurs, il est notoire qu’ils redoutaient le "mauvais œil", le regard par lequel ils pouvaient recevoir un sort. Et pour conjurer ce mauvais œil, dans l’Antiquité, au Moyen-Âge et encore aujourd’hui dans certains pays, on use de talismans parmi lesquels un œil capable de repousser le regard de l’autre. Mon explication personnelle oscillerait donc plutôt entre la crainte que l’on veut inspirer à l’ennemi en lui jetant le mauvais œil et le talisman destiné à se protéger du sort jeté par l’œil du vaisseau ennemi et des dangers de la guerre navale. De même, sur les navires de commerce, on se protège des colères de la mer suscitées par Poséidon.
 
797f1 carapace de tortue faisant cithare
 
797f2 modèle de cithare avec une carapace de tortue
 
Cette carapace de tortue servait de caisse de résonance à une cithare, comme sur le schéma proposé ci-dessus par le musée, mais aussi comme j’en ai trouvé un exemple, dans une autre salle du même musée, sur une poterie du quatrième siècle que je montre face à la carapace.
 
797f3 Harpe grecque antique
 
797f4 reconstitution de harpe antique grecque
 
Ici, c’est une harpe, objet extrêmement rare (la deuxième photo en montre le dessin reconstitué par le musée). Elle se trouvait, avec la cithare, avec aussi une flûte, dans une tombe de Daphné, nous dit-on. Daphné, pour moi, c’est une ville qui se situait juste au creux de l’Asie Mineure, à l’extrême sud de la Turquie actuelle, près de la Syrie. Et dans cette tombe, il y avait aussi dans une boîte en bois un matériel d’écriture, plume, bouteille d’encre et raclette pour effacer la surface de la cire. À côté de la boîte se trouvaient cinq tablettes de bois enduites de cire, qui portaient encore des paroles de chanson. C’est donc avec de bonnes raisons que l’on a appelé cette tombe "la tombe du poète".
 
797f5 Miroir pliant, Aphrodite sur un bouc
 
Ce miroir pliant –on en voit la charnière en haut– date du dernier quart du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Il représente Aphrodite chevauchant un bouc. Cet animal, bouc ou chèvre, symbole de la fertilité dans bien des pays et encore de nos jours en Europe Centrale, a évidemment sa place auprès de la déesse qui préside à l’amour.
 
797g1 Masque tragique (4e siècle avant JC)
 
Ce grand masque tragique du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ, impressionnant par son aspect, a été interprété comme étant probablement une offrande votive. Le musée attire l’attention du visiteur sur le traitement des cheveux, qui permettrait de l’attribuer au grand sculpteur athénien Silanion.
 
797g2 Apollon du Pirée, bronze, vers 530 avant JC
 
797g3 Tête d'un grand Apollon de bronze
 
Les spécialistes divergent au sujet de la datation de cet Apollon du Pirée en bronze. Pour les uns, il est de 530-520 avant Jésus-Christ. D’autres le pensent un peu plus tardif, du début du cinquième siècle. Cela ne retire rien à cette exceptionnelle statue de culte. Il paraît que ce qu’il tient dans la main gauche est tout ce qui reste d’un arc, et que dans sa main droite tendue il portait un vase à libations.
 
797g4 Grande Artémis de bronze
 
797g5 Tête d'une grande Artémis de bronze (Le Pirée)
 
797g6 Pied d'une grande Artémis de bronze
 
La marque de fixation du carquois au dos de cette statue ainsi que la main gauche refermée sur quelque chose qui devait être un arc permettent d’identifier cette grande statue de bronze avec Artémis, contrairement à la tradition qui y voyait une poétesse ou une muse. Comme le masque tragique, elle est du milieu du quatrième siècle avant Jésus-Christ. Si je montre son pied, ce n’est pas seulement parce qu’il est d’un remarquable réalisme avec son petit orteil un peu atrophié, mais parce que dans les caractéristiques du physique grec on parle souvent du nez dans le prolongement du front, sans cassure concave, mais il y a aussi le pied, dont les deux premiers orteils après le pouce sont sensiblement de même longueur.
 
797g7 Athéna du Pirée, grande statue de bronze
 
J’aime beaucoup moins cette statue de l’Athéna du Pirée que l’Apollon ou l’Artémis, aussi je préfère me concentrer sur sa tête, très expressive, avec ce casque orné de deux chouettes. Certains en font un original du quatrième siècle avant Jésus-Christ, d’autres en font une œuvre classicisante de l’époque hellénistique.
 
797h Artémis Kindyas, statuette colonne
 
Cette statuette en forme de colonne est caractéristique de l’est du domaine grec (Asie), caractère souligné par les bras enveloppés dans le manteau ceinturé. Il s’agit d’une Artémis Kindyas (Kindya est en Carie) sortie d’un atelier des îles à l’époque hellénistique. Elle a été trouvée avec les grandes statues de bronze.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Jean-Marie 09/05/2012 07:37

Ici avec Zeus, en Perse avec Mithra, repris par les Romains puis les Gaulois, et jusqu'à nos jours à travers les corridas, le taureau est un sujet de fascination pour divers raisons. Je vais voir
si je me trouve un bon bouquin sur le sujet !

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