Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 22:21

Après avoir vu nombre d’églises byzantines, il est logique de parler du musée byzantin de Thessalonique. Installé dans un beau bâtiment moderne, bien présenté, il expose des collections diverses remontant pour certaines pièces à une époque antérieure à l’établissement de l’Empire Byzantin, et allant, pour d’autres, dont des icônes et des gravures, bien au-delà de la conquête ottomane, puisque l’on atteint le dix-neuvième siècle.

 

832a distribution d'eau à Thessalonique

 

Il est expliqué que Thessalonique était, dès l’époque romaine, fort bien équipée pour la distribution d’eau. Par aqueduc, l’eau était amenée dans de grandes citernes, et de là elle était distribuée par des tuyaux de terre cuite souterrains comme ceux qui sont montrés ici.

 

832b1 Ornements d'os, Egypte, 2e-3e siècles

 

Ces délicats ornements sculptés sur os proviennent d’Égypte et sont datés entre le deuxième et le quatrième siècles de notre ère. C’est en effet près de deux siècles avant la conquête romaine de la Macédoine qu’Alexandre a conquis l’Égypte et y a créé la ville d’Alexandrie, et c’est l’un de ses généraux qui après sa mort a fondé la dynastie qui y régnera jusqu’à la mort de Cléopâtre. Les relations entre Thessalonique et l’Égypte remontent donc très loin. Dans mon article consacré à la ville de Thessalonique, j’explique aussi comment de nombreux Juifs établis en Égypte sont partis pour Thessalonique vers 145 avant Jésus-Christ. Mais beaucoup aussi sont restés, de sorte que l’on ne peut s’étonner de liens, sinon familiaux au bout de plusieurs siècles, du moins commerciaux.

 

832b2 Verrerie, tombes 3e-5e siècles

 

Il est présenté aussi toute cette verrerie de formes et de couleurs variées. Elle a été trouvée dans des tombes datées entre le troisième et le cinquième siècles de notre ère.

 

832b3 Broderie d'or 3e-5e siècles

 

Le musée montre quelques tissus remontant également entre le troisième et le cinquième siècles. Leur état de conservation est parfois étonnant, comme pour celui, brodé, de ma photo. J’ai choisi de cadrer ici sur un détail, mais le vêtement est complet, avec ses manches. Il n’est pas précisé, et c’est dommage, où il a été trouvé, pour être resté en si bon état. Vraisemblablement pas dans une tombe, je suppose.

 

832c1 Tombe d'Eustorgios, 4e siècle

 

Plusieurs tombes antiques ont été transportées entières dans le musée, ce qui permet non seulement d’apprécier les peintures qui les décorent, mais en outre de voir comment elles étaient constituées. Celle-ci, du quatrième siècle, est la tombe d’Eustorgios. Les peintures représentent des scènes du culte familial de la mort.

 

832c2 Tombe du professeur Eutychios, 5e ou 6e siècle

 

L’inscription sur cette pierre révèle que dans cette tombe, que l’on date du cinquième ou du sixième siècle, était enterré un chrétien, professeur du nom d’Eutychios.

 

832c3 chapiteau corinthien début 4e siècle

 

Ce chapiteau corinthien daté du début du quatrième siècle est orné de feuilles d’acanthe. Sa provenance n’est pas indiquée.

 

832c4 frise zoomorphique, Agios Minas, 5e siècle

 

En Italie, et notamment dans les Pouilles, nous avons vu de multiples cathédrales décorées d’animaux, démons, monstres, sculptés dans la pierre. Ici c’est très rare, mais le musée montre une longue frise zoomorphique, provenant d’une église Agios Minas et datant du cinquième siècle.

 

832c5 Panagia Acheiropoieta, 6e siècle

 

Cette frise est plus végétale, mais on y voit un oiseau picorant des raisins et surmonté d’une abeille, et à droite une sorte de lézard ou de salamandre. Cet élément provient de la Panagia Acheiropoietos dont j’ai parlé dans mon précédent article, et date du sixième siècle.

 

832c6 Le Bon Pasteur, 2e décennie du 4e siècle

 

Cette statue du Bon Pasteur est de la deuxième décennie du quatrième siècle. Sans autre précision…

 

832d1 Sol d'un triclinium, maison du 5e siècle

 

On était en train de construire un immeuble dans le centre de Thessalonique quand les excavatrices ont rencontré les restes d’une maison paléochrétienne du cinquième siècle. Les travaux ont été immédiatement stoppés et les archéologues ont investi le terrain. Ce qui a été retrouvé, comme ce fragment de mosaïque de sol, a été transféré au musée, puis le site a été soigneusement recouvert et la construction de l’immeuble a pu reprendre.

 

832d2 Triclinium 2e moitié du 5e siècle

 

Ici c’est toute une salle d’une villa de la seconde moitié du cinquième siècle qui a pu être récupérée. Il s’agit d’un triclinium, c’est-à-dire une salle à manger, salle de réception d’une maison privée.

 

832d3 mosaïque Panagia Acheiropoieta, milieu 5e siècle

 

Cette très fine mosaïque, très colorée et dorée, provient de la Panagia Acheiropoietos et, comme l’église, elle date du milieu du cinquième siècle. Je disais que l’église avait recouvert, entre 550 et 570, un complexe de bains romains.

 

832d4 mosaïque murale, Agios Dimitrios, 5e-6e siècle

 

Nous avons vu que l’église Agios Dimitrios avait remplacé, au septième siècle, une église antérieure détruite par le feu. Cette mosaïque murale représentant saint Dimitri est datée du cinquième siècle ou, au plus tard, du sixième. Elle a donc survécu à l’incendie. Et par chance, elle a pu être sauvée du second incendie qui a ravagé l’église en 1917.

 

832d5 mosaïque de sol, église des Taxiarques, 6e siècle

 

Allez, encore une mosaïque, et on passe à autre chose. Cet oiseau ornait une mosaïque de sol de l’église des Taxiarques à Thessalonique.

 

832e1a reliquaire en argent, fin 4e siècle

 

832e1b reliquaire en argent, fin 4e siècle

 

Ce superbe reliquaire en argent a été réalisé à la fin du quatrième siècle et, nous informe-t-on, il représente des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testaments. Sur ma première photo, l’homme à droite qui porte ce symbole christique est trop âgé pour être Jésus, mort à 33 ans. Je ne parviens pas à identifier la scène, mais je pense que Jésus est au centre, avec deux doigts levés. Peut-être à droite est-ce saint Pierre. Ma seconde photo, qui montre une autre face, est pour moi beaucoup plus claire. Pas de doute, c’est Daniel dans la fosse aux lions et quand, demain, le roi Darius qui aurait bien voulu le protéger va aller le voir, les lions l’auront respecté. Alors il jettera dans la fosse ses mauvais conseillers (c’est sévère, mais ils l’ont mérité), mais aussi leurs femmes et leurs enfants (voir La Fontaine “Si ce n’est toi, c’est donc ton frère […] C’est donc quelqu’un des tiens”), tant pis pour eux, et les lions les ont immédiatement dévorés. Et Daniel n’a plus eu d’ennuis, ni avec Darius, ni avec Cyrus. Ces deux rois ont vécu au sixième siècle avant Jésus-Christ.

 

832e2 vaisselle de table, ateliers macédoniens (fin 4e-dé

 

Voici de la vaisselle de table fin quatrième siècle ou début cinquième. Nous savons que Thessalonique est en relation avec bien des régions du monde connu, mais ces objets proviennent d’ateliers macédoniens.

 

832f1 monnaies de la dynastie Isaurienne (717-802)

 

Le musée montre un grand nombre de pièces de monnaie de toutes les époques de Byzance. Nous commençons, en haut, par une pièce de la dynastie Isaurienne (717-802). Il est une chose que j’aime bien faire, c’est mettre en relation des faits, des lieux, des personnes. En l’occurrence, nous sommes allés dans l’île de Santorin, nous avons marché sur le volcan, et c’est –entre autres– parce que le volcan crachait des cendres, des pierres, de la lave, que la terre tremblait, qu’une île surgissait de la mer, que Léon l’Isaurien, le premier empereur de cette dynastie, a choisi comme un moyen de catharsis, un moyen d’apaiser la colère divine, cet iconoclasme qui a eu tant de répercussions, des Byzantins émigrant en masse vers l’Occident, et un nombre incalculable d’œuvres d’art disparaissant. Et je ne peux m’empêcher de citer de nouveau La Fontaine : “Je crois que le Ciel a permis / Pour nos péchés cette infortune”. La pièce de gauche est de la dynastie macédonienne (867-1056), et celle de droite, anonyme, est située vers le dixième ou le onzième siècle.

 

832f2 monnaies de la dynastie macédonienne (867-1056

 

Ils ne sont pas des prix de beauté, ceux de la pièce d’or, en haut, mais très amusants. Il s’agit d’une pièce de la dynastie des Comnène (1081-1185), ainsi que la pièce en-dessous à gauche. Il s’est passé bien des choses fondamentales, pendant ce siècle, et notamment la montée en puissance des Normands en Italie ou, en ce qui nous concerne, le pillage que ces mêmes Normands perpètrent à Thessalonique qu’ils prennent le 24 août 1185, mais au jeu des relations, je dirai que nous étions il y a deux semaines à Kastoria, et que Manuel Comnène revenant de cette ville à Byzance en 1154 apprit à son arrivée la naissance de sa fille Anne, qui mourra en 1158, et qu’il ne faut pas confondre avec une autre Anne Comnène (1083-1153), femme cultivée, philosophe, mathématicienne, auteur de l’Alexiade, une immense somme qui conte les guerres de son père Alexis Comnène, et qui sera une source précieuse d’information pour les historiens. La troisième pièce, à droite, porte le nom de Théodore Roupénios, un sébaste que l’on ne situe pas très bien (onzième ou douzième siècle). Il n’est peut-être pas inutile de préciser que le titre de sébaste était une simple traduction grecque du latin Augustus dans l’Empire d’Orient, et que les Comnène ont ressuscité ce mot pour en faire un simple titre de noblesse.

 

832f3 monnaies byzantines du 12e siècle

 

La première pièce, en haut, est frappée au onzième siècle par les “Vengeurs de Sainte Sophie de Constantinople”. J’avoue ne pas savoir qui sont ces vengeurs et de quoi ils vengent cette église qui n’a pas encore été souillée par les pillards de la Quatrième Croisade détournée, et encore moins été prise par les Ottomans et transformée en mosquée. À moins que je traduise mal la notice du musée, rédigée uniquement en grec (Των εκδίκων της Αγίας Σοφίας Κωνσταντινουπόλεως).  La seconde pièce, à gauche, est moins mystérieuse pour moi, elle a été frappée par Bohémond, prince d’Antioche (1163-1201), que je connais surtout pour avoir été victorieux en 1188 du célèbre Égyptien Saladin qui, lancé dans un djihad, tentait d’envahir son royaume après avoir reconquis Jérusalem sur les Francs l’année précédente. Quant à la pièce de droite, elle est d’Isaac Doukas Comnène qui a fait sécession avec l’Empire, s’est proclamé empereur de Chypre en 1184, et a été défait par Richard Cœur de Lion qui prend l’île et dépose Isaac.

 

832f4 trésor de 40 pièces de Thessalonique

 

Finissons par un joli paquet de pièces, un trésor de quarante monnaies de Thessalonique frappées entre 1143 et 1180. Car, après toutes ces pièces de l’Empire Byzantin frappées à Constantinople ou ailleurs, je ne dois pas oublier que je suis à Thessalonique et qu’il faut donner à cette ville une place d’honneur dans le présent article.

 

832f5 plaque de fermeture, Croix et vigne, fin 10e-début 1

 

Cette plaque de pierre de la fin du dixième siècle ou du début du onzième est une fermeture.. On y remarque la croix à deux branches et une plante dont les feuilles sont clairement de vigne, mais qui porte des fruits curieux.

 

832f6 plaque de pseudo sarcophage 11e-12e siècle

 

Un peu plus tardive (onzième ou douzième siècle), cette pierre sculptée est une plaque de pseudo sarcophage. On y voit le traditionnel paon picorant ce qui, ici, ressemble vraiment à du raisin.

 

832f7 monument sépulcral, Agia Sofia, après 1224

 

C’est de l’église Agia Sophia que provient ce monument sépulcral où a été préservée cette intéressante fresque. On la date d’après 1224.

 

832g1 Icône de bronze (Agios Dimitrios), 14e siècle

 

Les icônes étaient –bien avant que le terme soit utilisé  en informatique– des images, selon l’étymologie grecque. Et, dans la religion chrétienne orthodoxe, des représentations pieuses, de Jésus ou de saints. Le mot iconoclaste veut dire briseur d’images. En fait, on pense généralement à des peintures, souvent sur bois, et d’un style bien particulier qui n’a guère évolué au cours des siècles. Mais en réalité, le mot peut s’appliquer à toute représentation religieuse, comme pour cette icône de bronze du quatorzième siècle représentant Agios Démétrios (saint Dimitri).

 

832g2a Epitaphios brodé d'or, vers 1300

 

832g2b Epitaphios brodé d'or, vers 1300

 

J’aime beaucoup cet épitaphios (tissu qui recouvre le cercueil) brodé d’or qui date des environs de 1300, pour l’extraordinaire expressivité des personnages, et tout particulièrement de cet ange effaré.

 

832g3 Tunique (sakkos) de l'évêque de Melnik, 1745-1753

 

Autre très belle broderie, celle qui orne un sakkos, ou tunique, de Ioannikios, évêque de Melnik de 1745 à 1753. Melnik est une ville à l’extrême sud-ouest de la Bulgarie, quasiment plein nord de Thessalonique. Je ne peux me dire enthousiasmé par la profusion de l’ornementation, je préfère plus de sobriété, mais il faut bien reconnaître que c’est un travail d’une rare richesse.

 

832h1 Evangile enluminé, fin 11e-début 12e siècle

 

832h2 Evangile manuscrit, fin 13e-début 14e siècle

 

Ces photos représentent deux évangiles. Sur la première photo, on voit une page d’enluminure. Le livre date de la fin du onzième siècle ou du début du douzième. Le second livre est plus récent, fin treizième siècle ou première moitié du quatorzième, et c’est un évangile manuscrit, Gutenberg ayant vécu au quinzième siècle (il est mort en 1468).

 

832h3 manuscrit de musique, 14e-15e siècle

 

832h4 manuscrit de musique, 17e siècle

 

Voici maintenant deux manuscrits de musique. Le premier est situé entre le quatorzième et le quinzième siècles, le second est du dix-septième siècle.

 

832h5 manuscrit liturgique, 1638, musée Byzantin

 

L’imprimerie existait depuis belle lurette en 1638, et elle était de pratique tout à fait courante, et c’est pourtant la date de réalisation de ce beau manuscrit liturgique.

 

832i1 Musée byzantin, Panagia Dexiokratoussa, vers 1200

 

Un musée byzantin étant aussi, bien sûr, un musée de l’orthodoxie, il convient de faire une large place aux icônes. En voici donc quelques unes que je classe par ordre chronologique. Nous commençons par cette Vierge, une Panagia Dexiokratoussa datant des alentours de 1200. 

 

832i2 Agia Matrona, 16e siècle, musée Byzantin

 

832i3 sainte Catherine (agia Aikaterini), 17e s., musée By

 

Ces deux icônes sont l’une du seizième siècle, l’autre du dix-septième. La première représente sainte Matrone. Au sujet de cette sainte que j’avoue ne pas connaître, je me contente de recopier ce qu’en dit Wikipédia. Elle était servante dans une famille juive de Thessalonique, et elle périt en martyre, en 304, sous les coups de bâton. Je rappelle que 304, c’est la pleine époque de persécution des chrétiens sous Dioclétien. Sur la seconde icône, avec cette roue il est facile de reconnaître sainte Catherine d’Alexandrie, environnée de livres.

 

832i4 Jean Baptiste, Jean Chrysostome, Catherine, 18e sièc

 

Nous voici au dix-huitième siècle. Sur cette icône au dessin très léché, nous voyons à gauche saint Jean Baptiste, que l’Église orthodoxe représente généralement ailé, au centre ce personnage est saint Jean Chrysostome, et à droite nous retrouvons sainte Catherine, mais ici dépourvue de ses attributs habituels.

 

832i5 Agia Marina, 18e siècle, musée Byzantin

 

Nous ne quittons pas le dix-huitième siècle avec cette icône d’Agia Marina, sainte Marine. Je trouve son style très différent de celui de l’icône précédente, avec des rappels de la manière de l’époque proprement byzantine, mais traités de façon beaucoup plus moderne, le visage et l’expression sont plus naturels, moins figés.

 

832i6 Vierge allaitant, musée Byzantin, 1784

 

La fin du siècle –1784– a vu peindre cette Vierge allaitant (Panagia è Galaktotrophousa, celle qui nourrit avec son lait). Contrairement à sainte Marine sur l’icône précédente, le visage de cette Vierge est plus conventionnel.

 

832j Gravure du Jugement Dernier, milieu 19e siècle

 

Il me faut terminer cette trop longue présentation de mes photos de ce musée (celle-ci est la quarante-et-unième de l’article). Je vais donc conclure sur cette gravure du milieu du dix-neuvième siècle représentant le jugement dernier. Si je la montrais entière, les sujets seraient trop petits pour qu’on les apprécie. Mais il est difficile de choisir parmi les détails, car tous sont intéressants, et j’oserai dire amusants quoique l’intention soit de faire peur aux fidèles qui seraient tentés de s’écarter du droit chemin. Alors que les anges sont en train de peser l’âme d’un défunt, les démons de l’autre côté sont tentés de peser sur le plateau de la balance pour emporter le personnage de leur côté. Au premier plan, à gauche, on voit les bienheureux avec leurs auréoles. Terminant sur cette image, j’espère que mes lecteurs horrifiés par les affreux démons choisiront le chemin qui leur fera placer une auréole sur la tête en guise de chapeau.

Partager cet article

Repost 0
Published by Thierry Jamard
commenter cet article

commentaires

Barbet Alix 07/04/2014 10:13

Très bonne vue d'ensemble de ce musée que j'ai apprécié cet été

miriam 05/02/2013 08:24

Après lecture de ces billets, c'est décidé,Thessalonique sera une destination prochaine!

Présentation

  • : Le blog de Thierry Jamard
  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
  • Contact

Recherche