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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 09:00

892a Nikolaos et Dolly Goulandris

 

Difficile, quand on est à Athènes, de ne pas se laisser tenter par une petite visite au musée d’Art Cycladique même si je l’ai déjà visité plusieurs fois et si je lui ai consacré deux articles, le 24 mars et le 6 juillet 2011. Il comporte tant de merveilles… Et puis nous nous y sommes fait une amie en la personne d’Evgenia (Eugénie), qui y travaille à la librairie, boutique de souvenirs et de moulages, avec compétence, dynamisme et gentillesse. Dès les années 1960 le couple Goulandris, Nikolaos (1913-1983) et Dolly (1921-2008), a commencé à accumuler une impressionnante collection, essentiellement d’art cycladique, mais aussi accessoirement d’autres antiquités grecques et chypriotes, collection qui est devenue un musée dont les portes se sont ouvertes au public en 1986. Il faut dire que cette famille d’industriels et d’armateurs est milliardaire en dollars, c’est d’ailleurs elle qui constitue le principal soutien financier de la cour du roi de Grèce Constantin II, en exil à Londres.

 

892b1 plat rituel à colombes, 2800-2300 avant JC

 

Commençons en 2800-2300 avant Jésus-Christ avec ce plat de marbre sculpté dans un seul et unique bloc pour le plat lui-même et la rangée d’oiseaux, vraisemblablement des colombes, qui en orne le centre. Parce qu’il doit être extrêmement difficile de cuisiner, ou même de se servir, dans un plat colonisé par ces volatiles, on a pensé qu’il s’agissait plutôt d’un objet rituel destiné au culte d’un dieu. À l’époque classique, la colombe était l’oiseau d’Aphrodite, mais dans un temps aussi reculé la Grèce n’est pas encore habitée par les Grecs, et Aphrodite, qui est une déesse du panthéon grec, est inconnue. Toutefois, il est fréquent qu’un nouveau culte supplante un culte précédent en lui empruntant des éléments (mon mémoire de maîtrise consistait en une recherche sur un point particulier de ce sujet), par exemple lorsque l’on sait qu’en Crète on a pu honorer des chèvres, et que le dieu grec Zeus, censé avoir été élevé dans une caverne du mont Ida en Crète par une chèvre a ensuite tué son animal nourricier pour en utiliser la peau comme manteau (l’égide, dérivé du mot “chèvre” en grec): le nouveau dieu revêt ainsi le dieu précédent en s’en nourrissant avant de prendre sa succession. Les populations cycladiques utilisaient beaucoup la colombe dans la décoration, par incision dans la terre cuite, par sculpture dans le marbre, également en amulettes et en bijoux, et on peut supposer que c’est en s’implantant en ces lieux qu’Aphrodite a adopté cet oiseau comme son symbole. Je dois cependant préciser que je propose cette hypothèse tranquillement assis devant mon ordinateur, sans avoir mené de recherche en bibliothèque ni sur fouilles archéologiques, et qu’elle n’a par conséquent aucune assise scientifique, rien qu’une intuition. À prendre avec précaution, donc.

 

892b2 Femme serpent cycladique

 

Il paraît qu’il faut voir en cette figurine de terre cuite une femme à tête de serpent. Femme, oui, bien sûr, puisque son sexe est dessiné. Plus haut, il n’y a ni bras ni poitrine, et le cou s’allonge comme pourrait être le corps d’un serpent, mais je trouve que la bouche évoque plutôt celle d’un autre type de reptiles, lézard ou crocodile par exemple. Quoi qu’il en soit, ce motif très rare en art cycladique se rapproche du type canonique pour le bas du corps, mais reste une création très originale.

 

892b3 guerrier ou chasseur cycladique post-canonique

 

Nous sommes passés ici à l’époque postcanonique. Il semble que le baudrier en travers de la poitrine de cet homme soit un porte-flèches, utilisé à la place du carquois traditionnel de la plupart des peuples. On peut donc penser qu’il s’agit d’un guerrier ou d’un chasseur. On distingue difficilement sur ma photo un triangle incisé sur le bas du baudrier, figurant une dague.

 

892c1 œuvre béotienne vers 530 avant JC. Héra ou Démét

 

Bien originale, cette sculpture représentant une femme assise dans une posture hiératique. C’est un produit de l’artisanat béotien remontant aux alentours de 530 avant Jésus-Christ. Des caractères comme cette poitrine pointue qui semble sortir du vêtement, ainsi que cette large couronne, la font interpréter comme une déesse. Mais quelle déesse? Certains voient en elle une Héra, d’autres une Déméter, d’après le musée. Personnellement, je n’ai pas trouvé les travaux de spécialistes qui proposent ces identifications, de sorte que je ne peux dire sur quels arguments ces hypothèses sont fondées.

 

892c2 œuvre chypriote en calcaire, 480-400 avant JC

 

Un éclairage violent délavant les hautes lumières et provoquant des contrastes très durs ne m’a pas permis de faire une meilleure photo de cette tête malgré mes patientes tentatives en mode manuel. Un coup de flash aurait débouché les ombres, mais c’est bien sûr interdit et, quoique dans ce musée les gardiens ne vous suivent pas comme si tout visiteur était un malfaiteur en puissance, pour rien au monde je ne voudrais utiliser un éclair qui, répété des milliers de fois par des milliers de visiteurs, altérerait l’objet. Cette tête sculptée dans une pierre calcaire est originaire de Chypre et date de l’époque classique, entre 480 et 400 avant Jésus-Christ. Cet homme barbu porte une couronne de feuilles de chêne. Aujourd’hui, c’est réservé aux généraux sur leur képi, pas à cette époque-là.

 

892d Coupe corinthienne fin 5e s., caricature

 

Amusante, je trouve, cette coupe corinthienne à fond blanc de la fin du cinquième siècle et représentant une caricature d’homme. Béotie pour la déesse non identifiée, Corinthe pour cet objet, nous allons voir aussi Athènes et l’Italie: je disais que les collections du couple Goulandris ne se limitaient pas à l’art cycladique, mais comme le thème principal, celui qui donne son nom au musée, porte sur les Cyclades, avec un nouveau département sur Chypre, mes articles précédents étaient surtout orientés dans cette direction. Je préfère donc, aujourd’hui, montrer ce qui est différent.

 

892e1 coupe attique, 490-400 avant JC


892e2 coupe attique, 490-400 avant JC

 

Cette kylix à figures rouges, ou coupe à boire, est attique et date de 490-480 avant Jésus-Christ. À l’extérieur, on voit les buveurs, de jeunes hommes, mollement étendus et jouant avec leurs coupes, l’un fait tourner la sienne par l’anse autour de son doigt, son voisin tient la sienne entre deux doigts, en supportant le poids sur son auriculaire posé sur sa cuisse, tandis que le troisième semble discuter. Vers l’intérieur, cet homme tient sa kylix à la main et s’apprête à la remplir de vin puisé dans le grand cratère devant lui. Au-dessus de sa tête est inscrit LYSIS et derrière son dos KALOS, ce qui veut dire “le beau Lysis”. On peut donc supposer qu’il s’agit d’un cadeau offert à cet homme par quelqu’un qui admire sa beauté.

 

892f Coupe attique 440-430 avant JC, ''après banquet''

 

Ce vase à figures rouges, attique lui aussi, est un peu plus récent, 440-430 avant Jésus-Christ. Nous venons de voir des buveurs dans un banquet, ici nous en voyons d’autres qui rentrent chez eux après avoir festoyé. Ils sont accompagnés d’une femme qui joue de la flûte pour eux. À la façon dont ils se comportent, dansant, gesticulant, on comprend qu’ils sont plutôt éméchés.

 

892g libation pour un athlète mort, vers 370 avt JC

 

Au cours du cinquième siècle avant Jésus-Christ, la Grande Grèce –c’est-à-dire les colonies grecques d’Italie du sud et de Sicile– était très friande de poteries athéniennes, et on en a retrouvé de très nombreuses dans les tombes de l’époque classique. Mais la Guerre du Péloponnèse (431-404 avant Jésus-Christ) a porté un très rude coup aux exportations athéniennes, et les artisans locaux se sont mis à produire leurs propres poteries. Le vase de ma photo date du siècle suivant, vers 370, et provient d’Apulie, cette région du talon de la “botte” qui aujourd’hui s’appelle Pouilles (en italien Puglia, prononcé à peu près “Poulya”). De l’autre côté du vase sont représentés deux hommes courant, ce qui laisse supposer que l’homme nu représenté de ce côté-ci est un athlète, et la femme en train de verser une libation doit la lui offrir, ce qui laisse penser qu’il est mort.

 

892h Bijoux en or, 3e-2e s. avant JC

 

Une vitrine présente des bijoux en feuille d’or. Les boucles d’oreilles à gauche, bijou très courant à l’époque hellénistique, sont de la fin du troisième siècle avant Jésus-Christ ou du début du deuxième. Chacune d’entre elles représente deux sphinx accolés. Les autres sujets de l’époque les plus fréquents sont des Nikés (Victoires) ou des Amours. À droite, cette bague enroulée dont les extrémités représentent la tête et le queue d’un serpent date du deuxième siècle avant Jésus-Christ.

 

892i Pan jouant de la syrinx, 4e-2e s. avant JC

 

Cette terre cuite située dans la large fourchette du quatrième au deuxième siècle avant Jésus-Christ représente le dieu Pan jouant de la syrinx, ou flûte de Pan. On se rappelle que Syrinx, avec une majuscule, est une nymphe. Pan aimait bien les nymphes, et les poursuivait, leur causant des peurs “paniques”. C’est ce qui est arrivé un jour à Syrinx. Pour lui échapper, elle s’est transformée en roseau. Pour se consoler de n’avoir pu la posséder, Pan a alors coupé des roseaux, en a accolé les morceaux l’un près de l’autre avec de la cire, et en a tiré des sons musicaux en soufflant dedans. Il a bien évidemment appelé cet instrument du nom de la nymphe dont il était fait, une syrinx. Pan était si horrible que, lorsqu’il s’est montré sur l’Olympe, tous les dieux se sont esclaffés en le voyant.  C’est ce que l’on raconte, mais Homère parlant du “rire inextinguible des dieux”, je pense qu’il était difficile de faire la part des causes de leur rire…

 

892j Asklépios en bronze, 2e-1er s. avant JC

 

Je termine mon petit tour de ce musée avec cette statuette de bronze qui est encore un peu plus tardive, deuxième ou premier siècle avant Jésus-Christ. Elle représente Asclépios, le dieu médecin. J’aime bien cette représentation du dieu appuyé sur son bâton.

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Published by Thierry Jamard
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