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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:51
Mon précédent article portait sur le site archéologique d’Olympie et, à plusieurs reprises, j’ai fait allusion à des sculptures ou à des objets qui ont été transférés au musée archéologique. Le nombre d’heures que nous avons passées dans ce musée… Les centaines et les centaines de photos que j’y ai prises… Voici donc une sélection qui, pour avoir été extrêmement sévère, n’en est pas pour autant descendue en-dessous de 42 photos. Je n’ai pas été capable de faire moins…
 
702a1a Musée archéologique d'Olympie
 
702a1b Musée archéologique d'Olympie
 
Ces deux photos montrent des objets datant de la fin de la période géométrique retrouvés aux alentours de l’autel de Zeus, près de son temple, de petits personnages et animaux en bronze sur la première, en terre cuite sur la seconde. Quant à l’autel lui-même, un dessin au mur, sur la première photo, permet de s’en faire une idée. Ce dessin a été réalisé en partant de la description qu’en fait Pausanias, voyageur du deuxième siècle de notre ère (né vers 115 et mort vers 180). Il était en forme de tronc de cône circulaire ou elliptique avec une circonférence de 37 mètres à la base alors que l’autel proprement dit était formé de l’accumulation des cendres des victimes et atteignait à cette époque environ sept mètres de hauteur. C’est là que, le quatrième jour des jeux, avait lieu l’hécatombe, le sacrifice de cent bœufs, dont on grillait les cuisses sur l’autel. Comme les objets représentés sur mes photos ont été retrouvés sur une vaste surface, dans des cendres, on suppose que vers la fin de la période géométrique on avait étalé au sol les cendres accumulées des sacrifices avec les offrandes votives des fidèles qui s’y trouvaient mêlées. Et les cendres auraient recommencé à s’accumuler jusqu’à Pausanias et au-delà.
 
702b1 Musée archéologique d'Olympie
 
702b2 Musée archéologique d'Olympie
 
702b3 Musée archéologique d'Olympie
 
Ci-dessus, quelques exemples des objets votifs de l’autel de Zeus. Le bœuf vert est vraiment amusant, tandis que le second est très réaliste. Quant à l’attelage de bœufs au joug, il est intéressant parce qu’il nous montre comment étaient les jougs à cette époque, vers le septième siècle avant Jésus-Christ.
 
702b4 Musée archéologique d'Olympie
 
702b5 Musée archéologique d'Olympie
 
702b6 Musée archéologique d'Olympie
 
702b7 Musée archéologique d'Olympie
 
Après les animaux, des personnages. Le premier, qui pour moi évoque un ouvrier d’usine, en casquette, des années trente du vingtième siècle, serait une représentation de Zeus datant de la première moitié du neuvième siècle avant Jésus-Christ. Le second est un guerrier, sorti d’un atelier d’Élide (donc local) au septième siècle avant Jésus-Christ. De la même région mais un peu plus récente, sixième siècle, la troisième figurine représente un Silène largement ithyphallique. Quant aux sept femmes nues de la dernière photo, dont le groupe a été réalisé au huitième siècle, elles dansent une ronde dont il est difficile de dire si elle est rituelle, mais qui de toute façon est originale.
 
702c1 Musée archéologique d'Olympie
 
702c2 Musée archéologique d'Olympie
 
Deux exemples de figurines en terre cuite, à présent. Ces terres cuites, très nombreuses, remontent au dixième siècle pour quelques unes, alors que la plupart sont des neuvième et huitième siècles. Quoique la poitrine de la première figurine ne soit pas plus généreuse que son nombril, ce qui n’est pas bien gros, et que je doive reconnaître que son visage n’est pas particulièrement séduisant, ma galanterie dût-elle souffrir de ce jugement, il s’agit bien d’une femme, son anatomie ne laisse aucun doute à ce sujet. Avec son diadème sur son front bas, c’est même une divinité de la fertilité. Certains pensent devoir reconnaître en elle Héra et, et s’ils ont raison, je comprends un peu Zeus de déserter la couche conjugale… Quant à la seconde figurine, un cheval monté par un cavalier nu, il a été retrouvé avec d’autres chevaux et des chars ou des fragments de chars, roues, timons. Sans doute est-ce l’offrande votive d’un cocher ayant pris part aux compétitions.
 
702d1 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
702d2 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
702d3 Musée d'Olympie, décoration de chaudron
 
On a retrouvé aussi des multitudes de chaudrons ou, lorsque le chaudron avait été dévoré par l’oxydation, les éléments décoratifs qui y avaient été fixés et qui en constituaient des poignées, des anses, des supports ou tout simplement des ornements. Ces petites pièces de bronze sont souvent extrêmement fines et expressives. Ci-dessus, l’étiquette explicative voit deux lions. Dans le second, sans crinière et ocellé, je verrais plutôt une panthère. Tous deux datent de la seconde moitié du sixième siècle avant Jésus-Christ. Quant à la tête de griffon, un peu plus ancienne, elle est du début de la seconde moitié du septième siècle.
 
702d4 Musée d'Olympie, anse de cuvette
 
702d5 Musée d'Olympie, support d'ustensile
 
Ces deux lions attaquant un cerf étaient clairement une poignée de cuvette. Ces cuvettes étaient souvent destinées à l’usage de lave-pieds à moins que ce ne soient des cuvettes à usage religieux dans le cadre de cérémonies rituelles. Cette poignée doit provenir d’un atelier de l’Attique et date des alentours de 480 avant Jésus-Christ. Le sphinx de la seconde photo, originaire de Laconie et datant de la seconde moitié du sixième siècle, servait de support à un ustensile. Sa finesse, sa beauté, son fini sont remarquables.
 
702e1 Musée d'Olympie, poignée d'ustensile
 
702e2 Musée d'Olympie, cheval début 7e siècle avt JC
 
702e3 Musée d'Olympie, cheval début 5e siècle avt JC
 
702e4 Musée d'Olympie, mors antiques
 
Quelques chevaux. Le cheval est l’un des animaux favoris des artistes sur bronze. En figurines votives, parmi les animaux, il partage cette faveur avec le bœuf, mais on trouve en outre nombre de représentations de chevaux en relation directe avec les compétitions de chars. D’autres enfin, comme celui de la première de ces photos, décoraient des ustensiles de bronze. Le cheval de ma seconde photo est très grand. Les montants de sa vitrine, tout son environnement, cassent un peu l’effet, de sorte que j’ai décidé de le "découper" et de le mettre sur un fond uni, quoique cela empêche de voir l’échelle. Les spécialistes qui l’ont eu en main y voient l’œuvre d’un débutant ou d’un artisan maladroit, qui s’y serait repris en plusieurs fois. Par ailleurs, moulé en deux parties, il y a paraît-il des défauts dans la jonction des deux moitiés, évidemment invisibles pour qui, comme le visiteur du musée, ne le voit que de flanc. Mais on peut bien le critiquer, il me plaît beaucoup, il a fière allure avec son toupet sur la tête. Il provient d’un atelier argien et a été réalisé en bronze massif au début du septième siècle avant Jésus-Christ, à une époque où les figures en métal creux ont peu à peu remplacé le massif. Bronze massif également pour le cheval de ma troisième photo, une œuvre remarquable, argienne elle aussi, mais du début du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il était attelé et constituait une petite figurine votive. Et puisque je regroupais des chevaux d’usages et d’époques divers, j’ai pensé que c’était le moment de montrer cette collection de mors. On est frappé par leur similitude avec des mors utilisés aujourd’hui, l’articulation centrale, les pièces latérales qui l’empêchent de glisser sur le côté, les attaches des rênes.
 
702f1 Musée d'Olympie, bronze assyrien 8e siècle avt JC
 
702f2 Musée d'Olympie, Oreste tue Clytemnestre, vers 580 a
 
702f3 Musée d'Olympie, Thésée enlève Antiopè, vers 580
 
Avant de quitter le bronze, voici des exemples de feuilles de bronze travaillées au marteau. La première est un travail assyrien du huitième siècle avant Jésus-Christ. Elle représente en bas une procession de trois taureaux escortés chacun de deux hommes et, en haut, on y voit un taureau face à un arbuste et qui devait faire face à un lion. Des trous dans le bronze laissent penser que cette décoration était clouée pour décorer un objet en bois, coffre ou armoire.
 
Les deux autres photos sont deux détails d’une même feuille de bronze martelée provenant d’un atelier des Cyclades et datant des environs de 580 avant Jésus-Christ, où les trous ont sans doute la même fonction que pour la feuille de bronze assyrienne. Le premier détail montre Oreste tuant Clytemnestre. On se rappelle qu’Agamemnon avait sacrifié sa fille Iphigénie pour obtenir des vents favorables à la traversée de sa flotte vers Troie, que pendant les dix ans qu’avait duré la guerre sa femme Clytemnestre avait ruminé sa vengeance contre le meurtre de son enfant et avait pris Égisthe pour amant, que ce dernier se prenait pour le roi et gouvernait Mycènes à la place d’Agamemnon. Électre, fille aînée d’Agamemnon et Clytemnestre, avait été donnée en mariage à un paysan pour se débarrasser d’elle. De retour de Troie, Agamemnon est accueilli chaleureusement et tendrement par Clytemnestre qui lui a préparé un bain chaud pour le délasser des fatigues du voyage, mais à peine Agamemnon est-il entré dans la baignoire que tombe sur lui un filet qui avait été accroché au plafond et, empêtré, il ne peut se défendre contre l’épée qu’Égisthe lui plonge dans le corps. Électre, ayant compris ce qui allait se passer et craignant que son petit frère Oreste en tant qu’héritier légitime du trône ne subisse le même sort que son père, l’avait enlevé et confié à un oncle, frère d’Agamemnon, du côté de Delphes. Et les années ont passé, Oreste a grandi près de son oncle et de son cousin Pylade. Devenu adulte il consulte l’oracle d’Apollon à Delphes, qui lui dit qu’il devra venger son père en tuant Clytemnestre. Il retourne donc incognito à Mycènes accompagné de son fidèle ami Pylade. Il y a dans la tragédie Électre d’Euripide une scène magnifique, que j’adore, où il est reconnu par sa sœur après un temps. Sur cette feuille de bronze, nous voyons Oreste, suivi de Pylade, qui retient sa mère Clytemnestre en la saisissant au cou de sa main gauche et qui, de la droite, lui enfonce son glaive à travers le corps. Pendant ce temps, sur la droite, on voit un homme qui fuit vers un escalier. C’est Égisthe qui comprend que lui-même va subir le châtiment. Mais il n’y échappera pas.
 
Le deuxième détail (troisième photo) fait allusion à une tout autre légende. Héraklès, au titre de l’un des douze travaux qui lui furent assignés par Eurysthée, devait rapporter la ceinture de la reine des Amazones, Hippolytè. Thésée, le roi d’Athènes dont j’ai raconté l’histoire avec le Minotaure dans mon article du 14 mars dernier, accompagnait Héraklès. Héraklès tue Hippolytè, lui prend sa ceinture, et tout en combattant contre le peuple des Amazones qui les poursuit, Thésée et lui s’en retournent. Mais au passage, il prend à Thésée la lubie d’enlever l’une des Amazones, Antiopè (à ne pas confondre avec cette très belle Antiope aimée de Zeus, retenue prisonnière et traitée en esclave par Dircè que ses fils, demi-dieux fils de Zeus, châtieront en l’attachant à un taureau furieux qui la traînera déchiquetée sur les rochers). C’est cette scène qui est représentée ici, par un bras et par une cuisse Thésée se saisit d’Antiopè. Sur la droite, on voit d’autres Amazones qui arrivent au secours de leur congénère. Elles poursuivront le héros jusqu’à Athènes et là aura lieu le célèbre combat des Amazones contre les Athéniens, les Athéniens tenant l’Acropole et les Amazones campant sur la colline qui prit dès lors le nom d’Aréopage, en l’honneur du dieu Arès, ancêtre des Amazones. Combat qui se soldera par la victoire des Athéniens.
 
702g1a Musée d'Olympie, temple de Zeus, un devin
 
Venons-en à la sculpture. Du temple de Zeus, au milieu des décombres, de très grands morceaux des frontons ont été retrouvés, permettant de reconstituer les scènes représentées, relativement peu amputées. D’un côté, à l’est, c’est la légende fondatrice du sanctuaire, la course de char entre Pélops et Œnomaos. Ce roi de Pisa, en Arcadie mais juste à la frontière de l’Élide et à quelques kilomètres à l’est d’Olympie, avait une fille très belle nommée Hippodamie et qui aurait fait le bonheur de son mari, mais qu’il ne voulait marier à aucun prix parce que, selon un oracle, il serait tué par son gendre. Il imagina de proclamer que tout prétendant devrait se mesurer à lui à la course de char. Si le prétendant gagnait, il épouserait Hippodamie. S’il perdait, Œnomaos le tuerait. Or d’une part Œnomaos avait des juments divines qui lui avaient été données par son père, le dieu Arès, et d’autre part le prétendant devait emmener Hippodamie sur son char, stratagème destiné à alourdir l’attelage et à distraire le prétendant. Treize fois vainqueur, Œnomaos coupait alors la tête du prétendant et la clouait sur sa porte dans le but de décourager d’autres amateurs, quand se présenta Pélops (ce Pélops que j’ai déjà évoqué dans mon article sur Corinthe, quand Laïos, le père d’Œdipe, s’était réfugié chez lui), et dont, en le voyant, Hippodamie tomba éperdument amoureuse. Comme Myrtilos, le cocher de son père, était lui-même amoureux d’elle, il ne fut pas difficile à Hippodamie de le convaincre de remplacer les chevilles fixant les roues du char d’Œnomaos par des chevilles de cire. Lors de la course, la cire s’échauffa, fondit, les roues se détachèrent, Œnomaos tomba, s’emmêla dans les rênes et fut traîné par ses chevaux. Il ne survécut pas à cet accident et Pélops épousa Hippodamie. On donna son nom au Péloponnèse (nêsos signifie île, cf. la Polynésie, multitude d’îles, ou le Dodécanèse, archipel de douze îles. Le Péloponnèse est l’île de Pélops, en fait presqu’île rattachée au continent par l’étroit isthme de Corinthe, à peine un peu plus de six kilomètres). Et Pélops, en l’honneur de feu son beau-père, institua les jeux sportifs à Olympie, tandis qu’Hippodamie créait les Héraia, course à pied des femmes. L’image que j’ai choisie ci-dessus représente un devin.
 
702g1b Musée d'Olympie, temple de Zeus, une Lapithe
 
Le fronton ouest représente la lutte des Centaures et des Lapithes. Les Lapithes sont un peuple historique de Thessalie, mais on en trouve qui se sont installés dans diverses régions de Grèce. Ceux de la légende ont pour roi Pirithoos. Or, lorsque celui-ci épousa une Hippodamie (qui, malgré l’homonymie, n’a rien à voir avec la femme de Pélops, dont je viens de parler), il invita au repas de noces son ami Thésée, et aussi les Centaures, parce qu’ils étaient apparentés à Hippodamie. Vivant retirés dans la montagne, les Centaures n’étaient pas accoutumés à boire du vin, aussi s’échauffèrent-ils vite dans les vapeurs de l’alcool, l’un d’entre eux se jeta sur Hippodamie et tenta de la violer, tandis que les autres Centaures essayèrent d’emporter les autres femmes présentes. D’où un très violent combat des Centaures et des Lapithes, sujet de la frise de ce fronton. Pirithoos, son peuple de Lapithes, son ami Thésée, vainquirent les Centaures, dont beaucoup périrent dans cette lutte. Les Centaures étaient considérés par les Grecs comme des brutes barbares, alors qu’eux-mêmes incarnaient la Civilisation, avec un C majuscule. Or lors de la construction de ce temple, le souvenir de l’invasion des Perses, de leur investissement d’Athènes et de son Acropole après leur traversée de la Thessalie des Lapithes, était encore dans toutes les mémoires, comme un grand traumatisme. Il est donc clair que ce sujet, montrant la lutte entre des Centaures, monstres mi-animaux, sans foi ni loi, brutaux et non dégrossis, et des Lapithes grecs, sachant mesurer leur consommation de vin et se comporter en personnes civilisées, la victoire finale revenant aux hommes pleinement hommes, rappelait l’agression sauvage des Perses et la victoire finale des Grecs. Sur ma photo, on voit une femme Lapithe aux prises avec un Centaure qui veut l’enlever.
 
702g2 Musée d'Olympie, femme, 590-580 avt JC
 
Cette œuvre pose bien des questions, tout en étant un très rare exemple de cette technique de feuille de bronze martelée, recouvrant un support en bois, et avec des yeux ajoutés en os. Parmi les questions, on ignore si cette femme ailée dont on ne possède qu’un haut de buste n’était en fait qu’un buste, ou si c’était une statue entière. Par ailleurs, on ne sait si c’est une Artémis, ou bien, en raison de ses ailes, une Nikè (Victoire), ou encore un Sphinx. Et enfin on a pu la dater entre 590 et 580 avant Jésus-Christ, on y voit l’œuvre d’un Ionien, mais l’atelier était-il dans une île Ionienne ou en Laconie, voilà un sujet de doute supplémentaire. Quoi qu’il en soit, je suis étonné de la beauté de cette sculpture et de la force de son regard.
 
702g3a Musée d'Olympie, Zeus enlève Ganymède
 
702g3b Musée d'Olympie, Zeus enlève Ganymède
 
Zeus enlevant Ganymède. Oui, c’est ici à Olympie que se trouve cette très célèbre statue corinthienne de terre cuite du début du cinquième siècle avant Jésus-Christ. Il semblerait qu’elle ait constitué l’acrotère central sur une toiture. Ganymède était un jeune garçon troyen tout juste entré dans l’adolescence. Et comme il était "le plus beau des mortels", l’œil aiguisé de Zeus n’a pas manqué de tomber sur lui. Le roi des dieux s’en éprit alors que Ganymède gardait les troupeaux de son père, quelque part dans la montagne aux alentours de Troie. Pour satisfaire son amour, Zeus enleva Ganymède. Parfois, comme dans cette représentation, Zeus reste anthropomorphe, mais d’autres fois il est représenté sous la forme d’un aigle enlevant dans ses serres le jeune garçon. Après tout, Zeus s’était bien fait cygne pour séduire Léda ou taureau pour enlever Europe, alors pourquoi pas aigle, d’autant plus que cet oiseau était son symbole. Sur l’Olympe, Ganymède est devenu l’échanson des dieux, tandis que Zeus compensait le rapt de l’enfant en faisant don de chevaux divins au père de Ganymède. Bah, après tout, des chevaux contre un fils, sans doute faut-il considérer le marché comme équitable. Mais toi, Raphaël, mon fils, sois bien convaincu que pour moi tu vaux beaucoup plus que des chevaux…
 
702g4 Musée d'Olympie, tête d'Athéna, début 5e siècle
 
Cette tête d’Athéna en céramique est de la même époque que Zeus enlevant Ganymède, moins célèbre peut-être mais tout aussi belle, avec son diadème décoré de fleurs de lotus, ses cheveux bouclés et son visage qui a quelque chose de ces visages orientaux venus d’Asie. Elle constituait probablement, elle aussi, l’acrotère central d’un bâtiment, Athéna combattant dans la gigantomachie, et elle aussi est née dans un atelier corinthien.
 
702g5a Musée d'Olympie, Hermès de Praxitèle
 
702g5b Musée d'Olympie, Hermès de Praxitèle
 
Ici, nous atteignons un sommet de la célébrité, avec cet Hermès de Praxitèle (340-330 avant Jésus-Christ). En contemplant ce chef-d’œuvre, on comprend que beaucoup considèrent Praxitèle comme le plus grand sculpteur de l’Antiquité et l’un des plus grands de tous les temps. Zeus avait chargé Hermès, messager des dieux, de transporter le petit Dionysos chez les Nymphes, qui devaient se charger de l’élever. En chemin, Hermès jette sa cape sur un tronc d’arbre et se repose un moment, s’appuyant sur ce tronc, Dionysos sur son bras. On a supposé que dans sa main droite, bras tendu, il tenait une grappe de raisin, futur attribut du dieu enfant qu’il porte. Cette sculpture découverte en 1877 dans le temple d’Héra est d’un poli admirable. Dans le visage d’Hermès, on voit toute la sérénité des dieux de l’Olympe, et la plastique de son corps est parfaite. C’est en ces termes qu’autrefois, dans une autre vie, du temps où j’étais professeur et enseignais la langue et la civilisation grecques, je parlais de l’Hermès de Praxitèle. Or, que vois-je ici ? C’est presque mot pour mot que l’affiche reprend ce que j’en disais en ce temps-là. Non, non, je ne recopie pas l’affiche, c’est elle qui me copie. À moins qu’elle n’ait été rédigée par un ancien élève à moi qui s’est souvenu… Qui sait…
 
702g6a Musée d'Olympie, taureau votif
 
702g6b Musée d'Olympie, don de la femme d'Hérode Atticus
 
Je transcris en caractères latins l’inscription gravée sur le flanc de ce taureau et que j’ai reproduite en caractères grecs sous la deuxième photo pour aider à déchiffrer ce qui, en petit et avec les ombres, n’est peut-être pas très lisible : "RÊGILLA IEREIA DÊMÊTROS TO HYDÔR KAI TA PERI TO HYDÔR TÔ DII", soit "Regilla, prêtresse de Déméter, [offre] à Zeus l’eau et ce qui va avec l’eau". Allez, je fais une interro pour les lecteurs de mon blog, pour savoir qui est attentif. Qui est cette Regilla ? Aide numéro 1, j’en parlais dans mon précédent article, sur le site d’Olympie. Aide numéro 2, c’était au sujet du Nymphée. Réponse, c’est la femme du sophiste Hérode Atticus qui a offert le Nymphée au sanctuaire d’Olympie. On constate donc qu’elle a été prêtresse de Déméter. Nous avons vu, sur le flanc gauche du stade, l’autel de Déméter Chamynè. Les femmes étaient interdites d’accès sous peine de mort, à l’exception de la prêtresse de Déméter Chamynè. En 153 de notre ère, Hérode Atticus fit à Olympie des discours qui furent accueillis avec tellement d’enthousiasme que sa femme fut faite prêtresse de la déesse. Lorsque Regilla obtint cet honneur son mari fut si heureux qu’il offrit alors au sanctuaire le nymphée ainsi que l’aqueduc pour l’alimenter avec l’eau de l’Alphée, l’une des deux rivières qui confluent non loin.
 
702h1 Musée d'Olympie, casques
 
702h2 Musée d'Olympie, casques corinthiens
 
702h3 Musée d'Olympie, casques illyriens
 
Laissant les œuvres d’art, j’en viens à la guerre, qui est centrale dans la vie du monde grec. Dans une grande vitrine que mon objectif ne peut prendre en entier il y a une multitude de casques. Ceux de ma seconde photo sont des casques corinthiens, tous deux datés seconde moitié du septième siècle avant Jésus-Christ ou début sixième siècle. Ce nom de corinthien vient de ce que c’est un atelier de Corinthe qui, le premier, a réalisé ce type de casque, mais ensuite le type s’est diffusé dans toute la Grèce, un peu partout des ateliers fabriquant des casques enveloppants comme ceux que je présente, et chacun apportant des améliorations destinées à mieux protéger mais aussi, et surtout, à assurer une meilleure stabilité sur la tête et un meilleur confort. C’est devenu le modèle de casque le plus répandu à l’époque archaïque et au début de l’époque classique. Sur la troisième photo, on voit des casques illyriens, qui permettent de saisir nettement la différence de type. Le nez n’est pas protégé et le casque est beaucoup moins enveloppant. Celui de gauche, du huitième siècle ou peut-être du tout début du septième, est plus ancien que celui de droite, fin septième ou début sixième siècle, soit contemporain des casques corinthiens que je présente. Il est plus refermé vers le bas que son voisin, et deux trous témoignent qu’une cordelette ou une chaînette le maintenait resserré sur le menton.
 
702h4 Musée d'Olympie, protection épaule et bras droit
 
Il existait des protections pour chaque partie du corps, avant-bras et bras, cuisse et jambe, ventre et bas-ventre, et cuirasse pour la poitrine, sans parler bien sûr du bouclier que l’on peut déplacer vers la partie du corps la plus exposée au projectile lancé ou à l’arme brandie. Ces éléments de protection étaient souvent décorés avec goût et inventivité, les surfaces pouvaient être gravées (plaque ventrale, par exemple) ou martelées pour s’adapter à la forme anatomique tout en étant décoratives, comme sur la photo ci-dessus, une pièce destinée au bras droit du guerrier, de l’épaule au coude. Suivant l’arrondi anatomique de l’épaule, l’artisan à martelé une tête de Gorgone. On voit aussi que, pour éviter que les bords ne soient coupants pour la peau, tout le tour des ouvertures haute (épaule) et basse (saignée) est légèrement roulé vers l’extérieur.
 
702h5a Musée d'Olympie, casque de Miltiade
 
702h5b Musée d'Olympie, casque de Miltiade
 
Si je reviens sur la photo du haut à la présentation d’un casque, écrasé de surplus, ce n’est pas que mon article soit en désordre, mais parce qu’après avoir présenté les protections en général, celle-ci porte une inscription (seconde photo) qui en fait un objet particulier. J’ai fait ce que j’ai pu pour montrer cette inscription, mais je dois reconnaître que le résultat n’est guère fameux. Ce que l’on devrait pouvoir lire c’est ΜΙΛΤΙΑΔΕΣ, Miltiade. Et, de l’autre côté de l’oreille, l’inscription continue ΑΝΕΘΕΚΕΝ ΤΟΙ ΔΙ, a offert à Zeus. Visitant le musée cycladique, le 24 mars dernier, devant un tesson sur lequel était inscrit, pour le bannir d’Athènes, le nom de Cimon fils de Miltiade, j’ai évoqué la carrière de Miltiade administrateur de Chersonèse, combattant les Scythes aux côtés du Perse Darius, puis se tournant contre les Perses, obligé de fuir avec sa femme d’origine thrace et de se réfugier à Athènes , où naît son fils Cimon. Je n’en avais pas dit davantage ce jour-là parce que tel n’était pas mon sujet. Militant au parti oligarchique, Miltiade est nommé stratège. Parce que des cités grecques avaient apporté aide et soutien à des révoltes de citoyens perses, Darius décide de donner une correction à ces vilains Grecs et, après plusieurs années de campagnes contre nombre de cités et d’îles de la Mer Égée, il s’embarque en direction d’Athènes. Nous sommes en 490 avant Jésus-Christ. Sur la côte, à une quarantaine de kilomètres nord-est de l’Acropole, arrivant avec 600 trières, Darius débarque son infanterie et sa cavalerie, une immense armée. Miltiade l’attend avec seulement neuf mille athéniens et un renfort de mille hommes de Platées. Les Perses sont écrasés, ils subissent de lourdes pertes (six mille quatre cents morts et un nombre inconnu de disparus dans les marais, contre cent quatre-vingt douze Athéniens et onze Platéens), ils se replient vers leurs bateaux et se rembarquent. Un soldat part en courant de toutes ses forces vers Athènes pour annoncer la grande victoire, et à l’arrivée, épuisé, il s’effondre mort. Pendant ce temps, les Perses filent plein sud pour doubler le cap Sounion avec l’intention de remonter vers le nord la côte ouest de l’Attique et de débarquer à Phalère, un peu au sud du Pirée, pour prendre Athènes qu’ils savent sans défense, toutes ses troupes étant concentrées à Marathon. C’est une navigation de dix heures environ. Quoiqu’épuisés par la bataille de Marathon, les soldats athéniens, à marche forcée, parcourent la distance de Marathon à Phalère, soit une cinquantaine de kilomètres, en un peu plus de huit heures et y attendent l’armée perse. Quand, arrivant, les Perses voient ce comité d’accueil, ils repartent sans livrer bataille. C’est une grande victoire pour les Grecs et la fin de la Première Guerre Médique. Miltiade, le stratège qui a commandé à Marathon, se rend alors à Olympie et consacre son casque à Zeus, dans son temple. Il est émouvant de savoir que ce casque que je vois là, dans cette vitrine, a été porté par ce grand général lors de la si célèbre bataille de Marathon, et qu’il est venu ici même, dans cette ville où nous sommes, dans ce temple où j’étais tout à l’heure, pour l’offrir en hommage au dieu d’Olympie.
 
702i Musée d'Olympie, outils
 
Et pour terminer cet article, trois photos que je ne peux classer, ni rattacher à aucun sujet. Ci-dessus, des outils qui ont été trouvés à Olympie. À gauche, cet outil pointu et recourbé était destiné à être emmanché. À côté, une roue et des tenailles. À droite, deux lames recourbées en faucille (il y a aussi un marteau, mais que je ne montrerai pas pour garder la neutralité politique…), et un coutelas.
 
702j Musée d'Olympie, moule de l'atelier de Phidias
 
Dans le précédent article sur le site archéologique, j’ai montré l’atelier de Phidias, et je disais que l’on y avait trouvé des accessoires dont il s’était servi. Ci-dessus, on voit un moule de terre dans lequel il a coulé du verre, et ici une partie du verre moulé est même en place. Ces formes de verre étaient ensuite plaquées sur des statues pour en figurer des ornements.
 
702k Musée d'Olympie, morceau d'oenochoé
 
C’est avec ce tesson de poterie que je vais conclure cet article. Ce fragment d’oinochoé (vase à verser le vin) date de la seconde moitié du cinquième siècle avant Jésus-Christ, ce qui n’a rien d’exceptionnel, mais si j’ai choisi de le montrer en guise de conclusion c’est parce que je trouve amusant le dessin qui a été gravé dessus comme un graffito…

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Marianne 24/07/2011 16:12


Bonjour Thierry! Très beau et très intéressant, ton blog. Je traduis actuellement un guide sur les musées grecs et j'ai regardé tes photos du musée d'Olympie. Tu racontes, au sujet du temple de
Zeus à Olympie, que le fronton ouest figure le combat des Centaures et des Lapithes. Tu mentionnes Hippodamie, ce qui selon le mythe, est logique. Mais j'ai trouvé ailleurs qu,'il s'agirait de
Déidamie. La recherche a-t-elle avancé sur ce point? Merci d'avance! Bel été!


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