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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 14:52
786a Enfants attentifs au musée Guimet, Paris
 
Aujourd’hui, nous avons eu la joie de déjeuner avec mes cousins Michel et Noëlle. C’était au restaurant du musée Guimet, et Michel nous a offert des entrées dans ce musée d’arts asiatiques. Fabuleux. Nous y avons passé tout l’après-midi, et après plusieurs heures de visite nous sommes loin d’avoir tout vu. Il suffit, d’ailleurs, de voir l’attention de ces enfants pour se rendre compte du plaisir que peut procurer ce musée. Rencontre-t-on souvent des classes aussi sages et attentives ?
 
Cela dit, si l’on s’en met plein les yeux avec des œuvres d’art remarquables, en revanche si on lit les légendes pour comprendre plus avant ce que l’on voit, il faut s’accrocher lorsque l’on n’est pas spécialiste, ou très cultivé dans ces civilisations. Exemple (pris sur une image que je montre un peu plus loin) : "Bô Tát Quan Thê Âm (Bodhisattva Avalokitesvara). Vietnam, XVIIIe siècle. Bois laqué polychrome et doré". Pays, date et matière sont clairs. La représentation, vu ma culture très défaillante, m’a demandé quelques recherches… Recherches impossibles à effectuer pour les milliers d’objets présentés. Alors, que ceux qui sont comme moi se contentent de la beauté des œuvres présentées et de mes maigres explications. Les autres, bienheureux informés, se délecteront encore plus.
 
Comment sélectionner celles de mes 498 photos que je vais montrer, voilà quel a été mon premier problème. Comment me limiter, quand tant de splendeurs m’ont ébloui, c’est mon second problème. Comment organiser le tout, troisième problème. J’ai opté pour une présentation par pays, pays de la péninsule indochinoise avec le Cambodge, le Vietnam à l’est, la Thaïlande au nord, puis vers le nord Chine, Corée, Japon, et je repars vers l’Indonésie, l’Inde, le Pakistan et l’Afghanistan. Au sein de chaque pays, du plus ancien au plus récent. C’est arbitraire, et d’autant plus même qu’au sein d’un pays aussi vaste que la Chine, qui de plus a constitué divers empires dans le passé, l’ordre chronologique me fait un peu zigzaguer dans les diverses régions.
 
786b1 Musée Guimet, divinité masculine (Cambodge)
 
Commençons. Cette belle statue cambodgienne en grès du deuxième quart du 10ème siècle est, me dit-on, du style de Koh Ker (ancienne ville khmère, capitale du Cambodge de 928 à 944).
 
786b2 Musée Guimet, fronton de grès (Cambodge, vers 967)
 
Sculpté vers 967, ce fronton en grès est cambodgien, style de Banteay Srei (temple khmer à 20 kilomètres d’Angkor). Ici, le musée ajoute une explication très intéressante. Je le cite textuellement, en ajoutant entre crochets quelques explications. "Au tympan les asura [esprits démoniaques] Sunda et Upasunda se disputent l’apsaras [très belle nymphe céleste] Tilottama. Cet épisode du livre I du Mahabharata [grand poème épique hindou en langue sanscrite. Cela, je connaissais parce qu’en philologie classique, on remonte à l’indo-européen en comparant entre autres grec, latin, sanscrit] a été figuré dans un grand souci de fidélité au texte : "Sunda prit dans sa main la main droite de la nymphe aux charmants sourcils [difficile de les apprécier sur ma photo]. Upasunda prit Tilottama par la main gauche. ‘Elle sera ma femme car je suis ton aîné’, dit Sunda. ‘En ce cas, elle sera ta belle-fille, répliqua Upasunda, car elle sera ma femme’. À cause d’elle, ils s’étaient armés de massues épouvantables. Égarés par l’amour que cette nymphe leur avait inspiré, ils lèvent à la fois ces deux terribles massues. ‘À moi le premier coup’, s’écrie l’un. ‘À moi le premier coup’, dit l’autre. Ils se frappent mutuellement, et les deux effroyables asura tombent sur le sol de la terre, assommés l’un par la massue de l’autre, et les membres inondés de sang, comme deux soleils tombés du ciel". Traduction Hippolyte Fauche, 1864". Je suis content pour cette séduisante Tilottama qu’elle ne soit pas tombée entre les pattes de l’un de ces deux violents prétendants, elle aurait sûrement été malheureuse avec de telles brutes.
 
786b3 Musée Guimet, divinités du Cambodge (10e-11e s.)
 
J’ai coupé, du côté droit, cette longue frise cambodgienne en grès montrant neuf divinités, elles auraient été trop petites pour être visibles. C’est un grès de la fin du 10ème siècle ou du début du 11ème. Ce sont, de gauche à droite, Surya (le Soleil) sur un char tiré par deux chevaux, Candra (la Lune) assise sur un piédestal et Yama (juge des morts et gardien du sud), sur un buffle.
 
786b4 Musée Guimet, monument Vishnuite (Cambodge, 12e s.)
 
Nous sommes toujours au Cambodge, et cette stèle est située dans les trois premiers quarts du douzième siècle. J’ai effectué un montage pour montrer en plus gros plan, à droite, les innombrables petits personnages qui couvrent ce monument du culte de Vishnu. Cette divinité a la seconde place dans la trinité hindoue, Brahma est le créateur de l’univers, Vishnu le protège et Shiva le détruit.
 
786b5 Musée Guimet, Ganesha (Cambodge, 12e-13e s.)
 
Ce dieu cambodgien, toujours représenté comme un gros homme à tête d’éléphant, est Ganesha. C’est le fils de Shiva. Ici je recopie Wikipédia: il est "le dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence, le patron des écoles et des travailleurs du savoir. C’est le dieu qui lève les obstacles des illusions et de l’ignorance". La sculpture est en grès et date de la fin du douzième siècle ou du début du treizième. Son style est celui du Bayon, temple central d’Angkor.
 
786b6 Musée Guimet, Asura (Cambodge, 12e-13e s.)
 
Avant de quitter le Cambodge, voyons cette tête, même matière, même époque, même style que Ganesha ci-dessus. Elle représente un asura (nous avons vu tout à l’heure que les asura sont des esprits démoniaques).
 
786c1 Musée Guimet, ferme fortifiée (Vietnam, 1e-3e s.)
 
À présent, nous allons nous attarder un peu au Vietnam. Cette ferme fortifiée en terre cuite est un modèle funéraire, situé entre le premier et le troisième siècle.
 
786c2 Musée Guimet, étui couvre-linga (Vietnam, 8e s.)
 
Du huitième siècle est cet étui vietnamien en argent. Le linga est une pierre de forme phallique, aspect le plus sacré de Shiva, parce qu’il en fait le dieu supérieur, force de création grâce au phallus, force destructrice par son rôle dans la trinité. Les linga peuvent être de toutes dimensions, depuis la taille de grosses bornes dressées jusqu’à un petit galet. Lorsqu’ils sont de taille assez réduite, il est fréquent qu’ils aient été à la fois protégés et magnifiés dans des étuis précieux comme celui-ci, qui était en effet un couvre-linga.
 
786c3 Musée Guimet, Vishnou Garudasana (Vietnam 8e-9e s.)
 
Ce Vishnu vietnamien en grès est du huitième ou du neuvième siècle, avec une polychromie plus tardive. On le dit Vishnu Garudasana, c’est-à-dire monté sur Garuda, cet aigle mythique que l’on voit ici. Nous avons vu tout à l’heure Surya, le Soleil, eh bien Garuda est le frère d’Aruna, conducteur du char de Surya. Garuda, divinité du ciel, est l’ennemi de Naga, serpent fabuleux de la terre et de la mer, mais ils représentent deux incarnations de Vishnu par lesquelles ils se réconcilient dans l’unité de l’univers.
 
786c4 Musée Guimet, Dvarapala (Vietnam, 9e-10e s.)
 
Grès vietnamien fin neuvième ou début dixième siècle représentant un dvarapala. C’est tout ce que dit la notice. Mais je me suis instruit en consultant Wikipédia, un dvarapala est une divinité gardienne des portes de temples ou de monastères. Je m’explique mieux son aspect repoussant.
 
786c5 Musée Guimet, verseuse à ablutions (Vietnam, 16e s.
 
Cet éléphant du seizième siècle, qui est une verseuse à ablutions, vient du Nord Vietnam. Il est fait de grès et d’émaux colorés.
 
786c6 Musée Guimet, Bodhisattva Avalokiteshvara (Vietnam 1
 
C’est à cette statue vietnamienne en bois laqué polychrome et doré à huit bras que s’applique la légende quelque peu absconse que je citais en introduction. La première partie, Bo Tat Quan Thê Âm, est le nom donné en vietnamien au bodhisattva Avalokiteshvara. Un bodhisattva (mot sanscrit) est une personne qui s’est engagée à suivre la voie et le modèle de Bouddha, qui se soumet à une discipline précisément définie et progresse vers le Bouddha. Le bodhisattva Avalokiteshvara, dont le nom signifie "le seigneur qui observe", est l’un des plus vénérés dans tout le monde bouddhique. Au Tibet, le Dalaï lama est considéré comme l’une de ses émanations. C’est une divinité secourable.
 
786c7 Musée Guimet, roue de la Loi (Thaïlande, 8e ou8e s.
 
786c8 Musée Guimet, roue de la Loi (Thaïlande, 8e ou8e s.
 
C’est de Thaïlande que nous vient cette roue de la Loi du huitième ou du neuvième siècle. C’est le Dharmacakra. En sanscrit, cakram signifie la roue (cf. en grec kyklos, d’où le français cycle, bicyclette, etc., les voyelles indo-européennes évoluant généralement vers A en sanscrit, et les sons L et R étant très voisins, comme on le voit en portugais, branco = blanc ou obrigado = merci, "je vous suis obligé"), c’est donc la roue du dharma, qui est la loi naturelle, ou établie par les coutumes, ou fixée par le droit.
 
786d1a Musée Guimet, tripode de bronze (Chine, 10e s. avt
 
786d1b Olympie, chaudron de bronze du 8e siècle
 
Nous abordons la Chine par le nord au dixième siècle avant Jésus-Christ avec ce chaudron de bronze (première photo). C’est ce que l’on appelle un chaudron ding, un type tripode circulaire, ou à quatre pieds rectangulaire, avec deux poignées opposées et souvent (mais pas ici) un couvercle. Le style de celui-ci est caractéristique d’une esthétique nouvelle mise en place par la dynastie des Zhou (1046-256 avant Jésus-Christ). Avant eux, les chaudrons étaient en céramique. Leur règne, au cours duquel l’usage du fer a été introduit, est considéré comme l’apogée de l’art chinois du bronze. Ma seconde photo, je l’avais prise le 22 avril 2011 à Olympie, en Grèce, et elle représente à titre de comparaison un chaudron tripode grec en bronze du huitième siècle avant Jésus-Christ (époque géométrique). C’est aussi entre le douzième et le onzième siècles que l’usage du fer est entré en Grèce. La Chine était un empire fermé, il est très probable qu’aucun navigateur occidental n’y a pénétré en ces temps-là, et cependant on retrouve dans ces deux civilisations une même évolution à des époques proches.
 
786d2 Musée Guimet, jade rituel, parure funéraire (Chine)
 
Ces disques de jade rituel, en Chine, avec usage de parure funéraire, ont une origine très ancienne. Sous la dynastie des Han (de 206 avant Jésus-Christ à 221 de notre ère) on les considérait comme des images du ciel.
 
786d3 Musée Guimet, buffle en bronze doré (Chine, 2e s. a
 
Ce buffle couché en bronze doré provient de Chine du nord et remonte au deuxième siècle avant Jésus-Christ.
 
786d4 Musée Guimet (Sichuan, Chine, 1er-3ème s.)
 
Ces chevaux en terre cuite rouge proviennent du Sichuan, en Chine centrale et remontent à la deuxième moitié du règne de la dynastie des Han, soit du premier au troisième siècles de notre ère. Pour sa beauté, pour sa puissance, le cheval est admiré comme un être quasiment surnaturel. Lorsqu’il n’est pas utilisé dans un but militaire, le cheval témoigne seulement de la richesse et de la catégorie sociale de son propriétaire. La pureté des lignes de ces pièces témoigne de l’accomplissement de l’art du Sichuan à cette époque.
 
786d5 Musée Guimet, génie gardien (Chine, 6e s.)
 
Nous avons déjà vu au Vietnam un Dvarapala, un être monstrueux qui garde les portes des temples et des monastères. Ici, en Chine du nord, nous voyons un gardien de tombe, un zhenmuyong, de la première moitié du sixième siècle. Il est en terre cuite moulée et conserve des traces de polychromie.
 
786d6 Musée Guimet, femme assise (Chine, 7e siècle)
 
Maintenant, nous abordons plusieurs figurines de terre cuite en provenance de Chine du nord et datant du septième siècle. Ici, une femme assise. Intéressante pour la position très naturelle et expressive, et pour son vêtement.
 
786d7 Musée Guimet, dame marchant, détail (Chine, 7e s.)
 
Cette terre cuite avec des rehauts polychromes est intitulée Dame marchant, mais comme le corps et la démarche ne m’ont pas paru particulièrement exceptionnels, je préfère en montrer le visage en gros plan.
 
786d8 Musée Guimet, deux musiciennes assises (Chine, 7e si
 
Il y a toute une collection de musiciennes assises. J’en choisis deux ici qui sont, paraît-il, caractéristiques de la dynastie Tang (608-907), mais toutes deux, comme les précédentes terres cuites, du septième siècle. La notice dit, pour celle de gauche, qu’elle est en terre cuite moulée et peinte sur engobe, tandis que celle de droite est en terre claire engobée et peinte. Rappelons que l’engobe est constituée d’argile fine que l’on délaye et que l’on applique en couche mince sur une pièce de terre cuite pour en polir la surface ou pour produite des effets décoratifs (car l'engobe peut être mêlée de colorant).
 
786d9 Musée Guimet, chameau et chamelier (Chine, 7e s.)
 
Chine du nord, milieu du septième siècle sous la dynastie Tang pour cette terre cuite polychrome représentant un chamelier monté sur son chameau.
 
786d10 Musée Guimet, un étranger (Chine, 7e-8e s.)
 
Un peu moins précisément datée (7ème, 8ème s.) est cette terre cuite moulée et peinte sur engobe, elle aussi de Chine du nord, et représentant un étranger.
 
786d11 Musée Guimet, joueuses de polo (Chine, 8e siècle)
 
C’est toujours la dynastie Tang qui règne sur la Chine du nord en cette première moitié du huitième siècle dont datent ces terres cuites rouges engobées et en polychromie qui représentent des joueuses de polo. Pas joueurs, joueuses. Je note que dans cette société, à la différence des sociétés occidentales, les femmes montent à cheval à califourchon (en Europe, au Moyen-Âge, une femme ne peut ouvrir les jambes et Jeanne d’Arc, au début du quinzième siècle encore, sera condamnée en partie pour s’être vêtue en homme) et s’adonnent librement à ce type de plaisir sportif qui exige une grande maîtrise de l’équitation. De plus, j’admire l’art de ces figurines.
 
786d12 Musée Guimet, peinture murale (Xinjiang, 8e siècle
 
Nous restons dans la première moitié du huitième siècle mais partons dans le Xinjiang, une région à l’extrême ouest de la Chine, constituant le Turkestan oriental. On me dit que ce fragment d’une peinture murale provient d’une représentation de la Terre pure du Bouddha. Autrefois, un roi riche et intelligent entra dans les ordres, pratiqua très longtemps et intensément le bouddhisme, et devint ainsi le Bouddha Amitabha, c’est-à-dire Lumière Infinie. L’univers du Bouddha Amitabha est celui d’un monde pur et vertueux, sans mal, ni souffrance, ni impuretés spirituelles ou matérielles, appelé la Terre pure du Bouddha.
 
786d13 Musée Guimet, plat à offrandes (Chine, 8e s.)
 
Ce plat à offrandes du huitième siècle nous ramène en Chine du nord. Il s’agit de terre cuite à glaçure trois couleurs sur engobe (la glaçure, cela ne me dit rien. Un coup d’œil au dictionnaire, c’est la même chose que l’émail. Ah bon, je comprends mieux), avec décor incisé.
 
786d14 Musée Guimet, parure funéraire (Chine, 10e-11e s.)
 
Cette maille métallique en fils d’argent avec casque et masque en bronze doré (Chine du nord, dixième ou onzième siècle) est prévue pour recouvrir le corps entier, mais plutôt que de montrer ma photo où l'on voit la maille entière, je préfère choisir celle-ci où l’on voit bien le détail de la réalisation. C’est, bien sûr, beaucoup trop fin pour remplacer une armure ou une cotte de mailles, le moindre coup d’épée passerait au travers. Non, c’est une parure funéraire.
 
786d15a Musée Guimet (Chine, 13e siècle)
 
786d15b Musée Guimet (Chine, 13e siècle)
 
Nous sommes ici dans la Chine des Song, au treizième siècle, où l’empire de cette dynastie s’étend sur presque tout l’est de la Chine actuelle, de Pékin au Vietnam, en passant par Nankin, Shanghai, Canton, Hongkong. Cette dynastie (960-1279) perdant ses territoires du nord en 1127, se replie un peu vers le sud, à Nankin. On distingue donc les Song du Nord (960-1127) possédant le nord et le sud, et les Song du Sud (1127-1279) ayant perdu des territoires. J’avoue avoir du mal, dans ces conditions, à comprendre comment cet objet, que l’on dit du treizième siècle, donc postérieur à 1200, trois-quarts de siècle après les Song du Nord, peut leur être rattaché… Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un coffret de faïence, mais un oreiller de grès à engobe blanc, avec un décor au brun de fer (le brun de fer s’obtient en chauffant de la limaille de fer jusqu’à ce qu’elle se réduise à l’état d’oxyde d’un rouge brun). Au treizième siècle, cette technique trouve son apogée avec deux ateliers particulièrement célèbres, celui des Zhang et celui des Wang. Notre oreiller, ici, porte le sceau de la famille Wang.
 
786d16 Musée Guimet, biscuit et décor barbotine (Chine, 1
 
Beaucoup plus récent est ce bol à couvercle puisqu’il date de la dynastie des Ming, et plus précisément de l’empereur Wanli (1572-1620, treizième empereur Ming). Il est en biscuit (cette porcelaine "deux fois cuite" est bien connue chez nous, on parle du "biscuit de Sèvres" et j’en ai tout appris de la technique en visitant, autrefois, une usine de porcelaine à Limoges), avec un décor à la barbotine (en relief) représentant, au sommet du couvercle, le lion bouddhique et, autour du corps, groupés par deux, les Huit Immortels du taoïsme. Selon Wikipédia, il s’agit d'un échantillon de différents personnages de la société (femme, vieillard, grand noble, militaire, infirme, redresseur de torts, mendiant, lettré) devenus immortels.
 
786e1 Musée Guimet, Avalokiteshvara à 1000 bras (Corée)
 
Quittons maintenant la Chine pour la Corée, Songju, temple de Tongbang-sa au dixième ou au onzième siècle. Nous avons vu précédemment le bodhisattva Avalokiteshvara de l’autre côté par rapport à la Chine, c'est-à-dire au Vietnam. Celui-ci, avec ses mille bras, est appelé Chonsu Kwanum posal. Cette statue est en fonte de fer dorée.
 
786e2 Musée Guimet, masques bois (Corée, 18e siècle)
 
Les deux masques coréens ci-dessus, en bois avec des rehauts de peinture et avec du tissu, sont du dix-huitième siècle. Celui de gauche représente la chamane (somu) et celui de droite est soit le jeune moine (sangwa), soit le jeune frère du noble (toryong).
 
786f1 Musée Guimet, Bouddha assis (Japon, 11e siècle)
 
Franchissons le bras de mer qui sépare la Corée du Japon, disons plutôt que nous quittons le pays du Matin Calme pour nous rendre au pays du Soleil Levant, c’est tellement plus joli. Japon, donc, et première moitié du onzième siècle (époque Heian 794-1185), pour ce grand bouddha assis, en bois avec des traces de laque et de dorure.
 
786f2 Musée Guimet, masque de nô (Japon, 17e-19e s.)
 
Nous avons vu des masques coréens, voici un masque japonais de (théâtre traditionnel japonais, en vers et avec épisodes dansés) en bois laqué et peint, que l’on situe entre 1603 et 1868. Il représente Hannya, le fantôme vengeur de femme jalouse.
 
786g Musée Guimet, art de Java Centre (8e-9e s.)
 
Nous voici en Indonésie. Plus précisément, cette sculpture appartient à l’art du centre de Java. Et date du huitième ou du neuvième siècle. Le personnage représenté pourrait être Agastya, un grand sage mythologique, mais le musée fait suivre son nom d’un point d’interrogation.
 
786h1 Musée Guimet, divinité de l'arbre (Inde, 10e-11e s.
 
Quel joli visage ! C’est celui de Shalabhanjika, la divinité de l’arbre. C’est un grès du Rajasthan, province du nord-ouest de l’Inde. Il date du 10ème – 11ème siècle.
 
786h2 Musée Guimet, Shiva Nataraja, seigneur de la danse
 
Du Tamil Nadu, autre province de l’Inde, au sud, dont le nom signifie Pays des Tamouls, ce dont on peut aisément conclure que c’est face au Sri Lanka (ex-Ceylan), provient ce Shiva Nataraja, Seigneur de la danse, du onzième siècle.
 
786h3 Musée Guimet, le dévot shivaïte (Inde, 12e-13e s.)
 
C’est de Sambadar, également au Tamil Nadu, que provient ce dévot shivaïte en bronze. Il est à dater du douzième ou du treizième siècle.
 
786h4 Musée Guimet, ivoire, décor de porte (Inde, 17e s.)
 
Encore plus tardif (dix-septième siècle) est ce panneau d’ivoire ayant servi de décoration de porte. Son origine est, également, au Tamil Nadu, au sud de l’Inde.
 
786i1 Musée Guimet, sceaux de stéatite (Pakistan 2500-190
 
Le musée présente, sous chacun de ces sceaux de stéatite, leur empreinte moderne. Ils viennent du Pakistan, civilisation de l’Indus, et sont extrêmement anciens, datés entre 2500 et 1900 avant Jésus-Christ. On y voit, de gauche à droite, un unicorne, un taureau et un éléphant.
 
786i2 Musée Guimet, le sommeil des femmes (Pakistan)
 
Le musée omet de dater ce panneau, d’indiquer la nature de la pierre, etc. Tout ce que je peux en dire, c’est que placé parmi des reliefs provenant de divers monastères du nord du Pakistan, près de la frontière afghane, il doit être lui aussi rattaché à cette région. Et son titre, seule et unique indication donnée, Le Sommeil des femmes.
 
786j1 Musée Guimet (Afghanistan, vers 2700 avt JC)
 
Franchissons la frontière, nous sommes en Afghanistan. Cette figurine de terre cuite représentant une vache ou autre bovidé remonte jusque vers 2700 avant Jésus-Christ. Elle est due aux fouilles de Mundigak, dans la province de Kandahar (1951-1958).
 
786j2 Musée Guimet, galère en verre soufflé (Afghanistan
 
Les deux pièces suivantes font partie du fabuleux "Trésor de Begrâm" découvert en 1937 dans cette ville située à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Kaboul, trésor dont bénéficie le musée Guimet. Il était temps, parce que de 1980 à 1989 les Soviétiques ont établi là une base, relayée désormais par la plus grande base aérienne américaine en Afghanistan. On a retrouvé toutes sortes d’objets d’artisanat en provenance de toutes les villes situées sur la Route de la Soie, de la Chine à Rome et aux autres grandes cités de l’Empire romain. Ci-dessus, un flacon en verre soufflé en forme de galère, du premier siècle après Jésus-Christ.
 
786j3 Musée Guimet, verre émaillé (Afghanistan, 1er s.)
 
Du Trésor de Begrâm également, et du premier siècle de notre ère, ce gobelet en verre émaillé à décor peint représente une scène que nous connaissons bien pour l’avoir vue un peu partout dans notre visite de la Grèce et de la Grande Grèce (Naples, Pæstum, Matala, Gortyne…), c’est l’enlèvement d’Europe par Zeus qui a pris la forme d’un taureau.
 
786j4 Musée Guimet, le paradis de Maitreya (Afghanistan)
 
Le monastère de Shotorak, en Afghanistan, recelait cette frise de schiste du deuxième ou troisième siècle représentant le paradis de Maitreya, considéré comme le bodhisattva de l’avenir. En effet, l’avenir verra l’avènement de Maitreya, dont le nom en sanscrit signifie le bienveillant, comme nouveau Bouddha lorsqu’aura disparu l’enseignement du Bouddha actuel. Plusieurs courants bouddhiques y croient et l’attendent.
 
786j5 Musée Guimet, vie de Bouddha (Ajghanistan, 3e-4e s.)
 
Ce bas-relief de calcaire portant des traces de polychromie provient du monastère de Chakhil-i-Ghoundi, sur le site de Hadda en Afghanistan. Il date du troisième ou du quatrième siècle et présente des épisodes de la vie de Bouddha. En bas c’est une scène de prédication, et en haut l’aumône de la poignée de poussière. Encore une lacune de ma culture, il m’a fallu rechercher ce qu’est cet épisode. Cela a été difficile, car peu en parlent. Il existe une légende malienne, mais ce n’est pas bouddhique. Finalement, c’est un livre sur la vie du Bouddha qui m’a éclairé. Je cite "Le Bouddha reprit ensuite sa vie errante. Il allait de village en village […]. Un singe vint lui présenter un bol de miel. Le Bouddha ayant accepté d'un cœur touché cette offrande. Le singe fait une telle gambade qu'il se tue et renaît aussitôt dans le corps d'un saint. N'ayant rien d'autre à donner, un enfant pauvre tendit au Bouddha une poignée de poussière. Il mérite ainsi de reparaître sur la terre en la personne du grand roi hindou : Asoka".
 
786j6 Musée Guimet, Bodhisattva, ascète (Afghanistan, 3e-
 
Ces deux têtes de stuc, de la même époque que le bas-relief précédent, et de Tapa-Kalan, un autre monastère du même site de Hadda, sont des représentations, à gauche de la déesse de la cité, à droite d’un bodhisattva ou d’un ascète. Je n’aurais pas été étonné si, dans un autre cadre, on m’avait dit qu’il s’agissait d’une tête de Christ d’une cathédrale gothique. Je suis heureux que ma démarche géographique et chronologique me fasse terminer par ces deux sculptures parce que je les aime beaucoup.
 
Quoique les arts orientaux soient, pour la plupart d’entre nous, moins connus que ceux de notre vieille Europe, et que les cultures, religions, philosophies asiatiques nous soient souvent plus obscures que celles qui sont issues des Antiquités grecque et romaine puis du christianisme, je pense qu’il y a dans ce musée des œuvres innombrables dont la beauté est si grande qu’elles touchent profondément même le plus novice. J’espère que cette petite présentation donnera à ceux qui n’y auraient pas songé l’envie de se rendre au musée Guimet…

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Published by Thierry Jamard
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kanaka 04/06/2012 16:26

Bonjour,
J'ai découvert votre blog en faisant des recherches pour illustrer le mien (ressentis-histoires.blogspot.fr) !
J'ai apprécié votre sélection et à de nombreuses reprises, je me suis extasiée devant la beauté et souvent la grâce de l'objet. Le côté "venant de partout" désacralise l'information tout à
l'honneur du sujet.
Comme initialement je cherchais donc des photos pour illustrer une histoire publiée sur mon blog, je me suis posé le problème du droit, du nom etc.
Si je n'ai pas copié en définitive de photographie de votre article, j'ai intégré votre blog dans "ma liste de blogs" car vraiment, le visiter est un grand plaisir !
Et j'espère qu'un jour je serai amenée à mettre une de vos photos sur mon blog d'histoires et de créations plastiques ouvert à tous (si vous m'en donnez le droit).
cordialement
kanaka

miriam 05/05/2012 15:52

le Musée Guimet est tellement riche que je fractionne mes visites; je suis incapable d'aller voir le même jour le Cambodge et le Japon!
Bonne idée de sélectionner en ouverture Bantay Srei!

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