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23 mars 2014 7 23 /03 /mars /2014 09:00

859a1 le musée Vakif d'Edirne

 

859a2 le musée Vakif d'Edirne

 

859a3 le musée Vakif d'Edirne

 

Dans les dépendances de la même mosquée Selimiye d’Edirne que le musée islamique qui a fait l’objet de mon précédent article, se trouve un autre musée, le musée Vakif. Nous sommes ici dans la medrese Dar’ul Kurra, école islamique dispensant un haut enseignement du Coran et de la civilisation arabe et d’où sortaient d’éminents imams prêcheurs, construite de 1569 à 1575 par le fameux architecte Mimar Sinan. De cet enseignement, je vais reparler tout à l’heure.

 

859b1 vitrail, musée Vakif, Edirne

 

859b2 vitrail, musée Vakif, Edirne

 

859b3 vitrail, musée Vakif, Edirne

 

Le musée étant installé dans de beaux bâtiments, il n’est pas interdit d’admirer le cadre. En particulier ces remarquables vitraux qui allient, en couleurs délicates, motifs floraux et calligraphies religieuses.

 

859c sommet de minaret (musée Vakif, Edirne)

 

Élément architectural faisant partie des collections du musée, ce sommet de minaret à base en forme de poire et surmonté du croissant ottoman est daté dix-huitième ou dix-neuvième siècle. Il est en cuivre doré à la feuille.

 

859d1 certificat calligraphié, musée Vakif, Edirne

 

Ce document calligraphié au dix-neuvième siècle par Ahmed Hamdi est un certificat délivré à Ali Ahmed Hamdi par Seyyid Mohamed Cudi et Huseyin Fevzi. L’art de la calligraphie s’est développé depuis le septième siècle (rappelons que l’Hégire de Mahomet a eu lieu en 622). Au début, il s’est développé quatre styles auxquels s’en est ajouté un cinquième, le kufic, qui prévaut dans l’architecture, sur les céramiques, dans les tissages. À partir du douzième siècle, un sixième style, le nesih, est apparu, souvent utilisé conjointement avec les autres styles. Du quinzième au dix-septième siècles, l’art de la calligraphie a été classé comme l’art suprême, et les artistes calligraphes ont joui d’une considération extrême. Les sultans ont souvent tenu à y être initiés, et parmi les célèbres calligraphes on compte le sultan Ahmed III au dix-septième siècle et le sultan Mahmoud II au dix-huitième.

 

Calligraphiées ou non, ces écritures sont arabes. Les phrases du Coran et les textes religieux sont en arabe. Mais de plus en plus, des textes profanes ont été rédigés en langue ottomane, à laquelle cet alphabet arabe est très mal adapté. Aussi, dans sa volonté de modernisation (et d’occidentalisation), Atatürk a-t-il imposé à marche forcée le passage à l’alphabet latin, beaucoup mieux adapté, quoique la langue turque ne soit nullement indo-européenne. L’écriture arabe n’est conservée que pour la religion, et l’art de la calligraphie se perpétue comme une tradition, non pour l’usage.

 

859d2a renouvellement d'investiture, 19e s.

 

859d2b signature du sultan Abdülmecid

 

Ceci, nous dit la notice, est le renouvellement du diplôme de Musa, fils de Timur, qui l'investit à Dimetoka (nom turc de Didymoteicho, aujourd'hui en Grèce, voir mon article du 9 octobre 2012) du fait du changement de sultan. En effet ce document est de 1840 et le sultan Abdülmecid est monté sur le trône en 1839. “Diplôme”, c’est ce que dit le texte anglais. Mais quoique je ne sache pas le turc, je jette un coup d’œil à la version originale de l’explication, et j’y repère le mot “berat”. Ce mot, emprunté à l’arabe, signifie “lettre” dans sa langue d’origine, et en turc il a pris le sens d’affectation à une charge, nomination à un poste, et les documents ainsi nommés sont revêtus de la signature du sultan. Parce que ces nominations relèvent du sultan à titre personnel, lors d’un changement de sultan toutes les nominations deviennent caduques. Le nouveau sultan doit alors procéder à de nouvelles affectations ou, comme dans le cas du document ci-dessus, à des renouvellements.

 

859d3 texte religieux islamlique, 19e s.

 

Dans ce cercle bleu tout rayonnant d’or, il est dit “Allah le compatissant compatit à l'égard de qui compatit, vous compatissez donc à l’égard de tous les êtres de ce monde, pour qu'Allah vous soit compatissant" (cela fait beaucoup de répétitions, mais vérification faite, le texte turc répète sans cesse “merhamet”). C’est une œuvre du dix-neuvième siècle due au calligraphe Abdullah Zuhdu.

 

859d4 texte en langue ottomane, 19e s.

 

Le texte du dix-neuvième siècle est, ici, en langue ottomane quoiqu’il s’agisse d’une sentence d’ordre religieux : "Si le cruel dispose de la persécution, le piétiné dispose d'Allah. L'injustice est facile, mais demain viendra le Jugement Dernier".

 

859e1a incrustations de nacre sur un pupitre ottoman

 

859e1b incrustations de nacre sur un pupitre ottoman

 

Ce pupitre en bois, qui est daté dix-septième ou dix-huitième siècle, est très élégamment décoré sur toutes ses faces d’une marqueterie riche en nacre. Certes, les Turcs coupaient des têtes pour un oui ou pour un non, certes ils poussaient loin le raffinement dans la pratique des supplices tels que le pal, cela ne les empêchait pas de rechercher le même raffinement dans l’esthétique. Ce n’est pas incompatible, puisque l’on dit que les pires bourreaux nazis étaient souvent grands amateurs de musique classique…

 

859e2 céramique 16e s. de la mosquée de Selim, Edirne

 

859e3 céramique 16e s. de la mosquée de Selim, Edirne

 

Ces deux fragments de carrelage sont des céramiques provenant de la mosquée de Selim (Selimiye camii) et datent du seizième siècle. J’ai évoqué l’art de la céramique ottomane dans mon précédent article (musée islamique d’Edirne) et nous verrons cette mosquée dans mon prochain article.

 

859f1 flasque ottomane 18e s.

 

859f2 timbale ottomane, cuivre battu, 19e s.

 

859f3 vasque à eau en cuivre, 19e s. (musée Vakif, Edirne

 

Passons au travail du métal. D’abord, une flasque ottomane en cuivre datant du dix-huitième siècle et destinée à des aspersions d’eau de rose. La timbale de ma deuxième photo, qui date du dix-huitième siècle, est, nous dit la notice, en cuivre battu. Je crois que les Ottomans, qui utilisaient souvent l’argent, ne le martelaient pas, et donc je suis tout prêt à accepter ce que dit la notice, mais je pense que cette couleur blanche du métal doit être due à un étamage ou à un placage d’argent. Quant à ma troisième photo, elle représente une vasque pour l’eau, avec couvercle et robinet, en cuivre elle aussi, et datant du dix-neuvième siècle (elle porte la date de 1252 de l’Hégire). Elle provient de l’Eski camii (la Vieille mosquée) d’Edirne que j’ai décrite dans un précédent article.

 

859f4 lampe ottomane à kérosène

 

On nous dit que cette lampe du dix-neuvième siècle fonctionne au kérosène. La notice est en anglais, et j’avoue ignorer si c’est ainsi que nos voisins britanniques désignent les lampes à pétrole. Quoi qu’il en soit, en cuivre et en opaline bleue, elle est assez élégante.

 

859g1 horloge 18e s. (musée Vakif, Edirne)

 

859g2 appareil de mesure astronomique, 1795 (musée Vakif,

 

Avant de débarquer en Europe, les Turcs avaient traversé des régions d’Asie où la science de l’astronomie était très évoluée depuis l’Antiquité. Mais en outre, du moment de leur conversion à l’Islam, l’obligation des cinq prières rituelles effectuées à des heures solaires précises, puis pendant le mois de Ramadan le jeûne commençant et finissant aussi à des moments rigoureusement déterminés (même si, de façon plus vague, le Coran dit que l’on peut rompre le jeûne “quand on ne peut plus distinguer un fil blanc d’un fil noir”, et inversement à l’aube pour le début), il a donc fallu disposer d’instruments de mesure bien plus rigoureux que lorsqu’il s’agit d’une simple commodité de rendez-vous. Ci-dessus, cette horloge du dix-huitième siècle qui provient de l’Eski camii était à l’origine dans un coffrage en bois. La notice ne dit pas ce qu’est devenu le coffrage. Quant à l’instrument de ma seconde photo, il est lui aussi du dix-huitième siècle (précisément de 1795) et provient de la mosquée de Mourad (Muradiye camii) à Edirne, dont j’ai parlé dans un précédent article. Cet appareil en cuivre et en bois permet d’effectuer des mesures et des calculs astronomiques.

 

859h1 élève de la medrese, à Edirne

 

859h2 classe de la medrese d'Edirne

 

859h3 professeur à la medrese (musée Vakif, Edirne)

 

859h4 élève en classe à la medrese d'Edirne

 

Et je terminerai mon article par la medrese, puisqu’elle sert de cadre à ce musée. Et de façon amusante et explicite, elle présente les activités sous forme de mannequins dans leur environnement. J’ai dit précédemment que les medrese assuraient un enseignement de haut niveau, mais celle-ci, Dar’ül Kurra, prenait les enfants dès le niveau élémentaire. Ces élèves, internes, étaient au nombre de dix. Ils étudiaient dans leurs chambres (ma première photo), avec l’aide de professeurs-adjoints appelés “muid”. Il y avait une part de par-cœur, mais aussi des discussions. En dehors des heures d’études, les élèves s’exerçaient à divers arts, parmi lesquels la calligraphie tenait une place de choix.

 

Les trois autres photos montrent les élèves en classe avec leur professeur. Mais contrairement à la pratique de nos écoles, ici le professeur n’enseigne pas en classe, puisque l’étude a lieu en forme individuelle, dans la chambre. En classe, le professeur interroge les élèves pour vérifier ce qu’ils ont appris et corriger leurs erreurs. Il y avait ainsi cinq séances par jour, quatre jours par semaine. Bien sûr, on étudiait essentiellement le Coran et ses règles, mais aussi des livres de Mohammed Ibnü’l i Cezerî (surtout Mukaddime et Fethü’l Vahîd) et de şatibî (Kasîde-i Lâmiye).

 

Mais cette éducation avait un coût. C’est la Fondation du Sultan Selim II qui l’assurait. Et en outre, afin que les élèves puissent assumer leurs dépenses personnelles, ils recevaient chacun quotidiennement deux pièces d’argent. Lorsque l’on sait, de plus, qu’ils n’étaient pas choisis dans l’aristocratie (la noblesse n’existait pas dans l’Empire Ottoman et chacun était susceptible d’accéder aux mêmes avantages s’il en avait le talent), c’était un système très démocratique… pour les dix élus. 

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Published by Thierry Jamard
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linkey 25/03/2014 22:19

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