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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 11:35

813a1 Le Centaure symbole du Pélion

 

813a2 Le Centaure symbole du Pélion

 

La grosse montagne du Pélion, qui culmine à 1652 mètres et occupe une longue péninsule prolongée, après un détroit, par l’île d’Eubée, était creusée d’une profonde caverne qui constituait la demeure du centaure Chiron. On dit que du fond de cette caverne, située tout en bas dans une gorge profonde, juste à la verticale de l’église des Taxiarques dont je vais parler tout à l’heure, à Miliès, un sentier souterrain chemine jusqu’à une autre caverne située à Malaki, sur la côte. Cronos, qui est aussi le père de Zeus, a pris la forme d’un cheval pour s’unir à Philyra et engendrer Chiron, d’où ce buste anthropomorphe sur un corps de cheval. Ce centaure-là n’était pas un être rustique et mal dégrossi comme les autres centaures, il était sage, instruit, et pour cette raison Apollon lui confia son fils Asklépios pour qu’il lui enseigne la médecine (mon blog au 10 mars 2011 au sujet du sanctuaire d’Asklépios à Épidaure). La célébrité et la sagesse de Chiron lui valent d’avoir été choisi pour symboliser le Pélion, comme en témoignent ces deux sculptures occupant une place d’honneur dans deux petites municipalités.

 

Mais cette montagne avait déjà connu auparavant une aventure. On sait comment Cronos, l’un des six Titans fils d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre), mutila son père en lui tranchant les testicules car sa mère ne cessait d’enfanter, le Ciel couvrant sans cesse la terre. Du sang de la blessure tombé sur la Terre, Gaia enfanta les Géants, frères des Titans. Or Cronos, de peur d’être détrôné à son tour, avale ses enfants à la naissance jusqu’à ce que sa femme, Rhéa, emmaillote une pierre qu’il avale tout rond en la prenant pour le nouveau-né tandis que celui-ci, le petit Zeus, est allaité par une chèvre, Amalthée, dans une caverne du mont Ida, en Crète. Devenu adulte, Zeus libère ses frères et sœurs de l’estomac de Cronos en administrant un émétique à son père et, au bout de dix années de lutte, la jeune génération parvient à chasser Cronos et les autres Titans de l’Olympe pour les enfermer dans le Tartare. C’est alors que les Géants, choqués de voir leurs frères les Titans ainsi traités, et poussés par Rhéa, attaquent les Olympiens. C’est la célèbre gigantomachie. Pour être aussi haut que les dieux sur l’Olympe, les Géants, dont la force est ahurissante, se saisissent du Pélion tout entier et l’entassent au-dessus de l’Ossa, le massif montagneux juste au nord, entre Olympe et Pélion. Finalement, les Olympiens remportent la victoire, et le Pélion reprend sa place (la légende ne précise ni quand, ni comment).

 

813a3 Le Centaure symbole du Pélion

 

Les autres centaures vivaient aussi dans cette montagne, c’est pourquoi je préfère imaginer que c’est l’une de ces brutes qui est représentée sur les poubelles en inox, indigne support pour le raffinement de Chiron. On se rappelle comment, ayant trop bu au mariage du roi thessalien des Lapithes Pirithoos avec Hippodamie, les centaures se sont précipités sur la jeune mariée et sur les autres femmes invitées, d’où le grand combat des centaures et des Lapithes. Dans une autre légende sur les détails de laquelle je passe parce qu’ils ne concernent pas cette montagne, Pélée, le père d’Achille, est à la chasse dans le Pélion avec Acaste qui, pour se venger d’un affront, profite de son sommeil dans la montagne pour lui cacher son épée et partir. À son réveil, Pélée se voit entouré des Centaures qui s’apprêtent à le tuer, mais notre brave Chiron lui trouve son épée et la lui rend, lui sauvant la vie. Pélée, qui est mortel, s’est marié avec Thétis, déesse immortelle, Néréide fille de Nérée et petite-fille d’Océan. La noce a lieu sur le Pélion, et Chiron offre à Pélée une lance de frêne. Tous les dieux de l’Olympe avaient été invités. Tous, à part une seule déesse oubliée, Éris, la Discorde. Pour se venger, c’est au retour des autres sur l’Olympe qu’elle lance la pomme de discorde qui sera la cause de la Guerre de Troie où mourra le fils de Pélée. Mariage bancal, et après la naissance d’Achille Thétis quitte son mari pour retourner dans les flots. Elle voulait tremper son fils dans le feu pour le rendre immortel, mais Pélée lui avait arraché des mains l’enfant, dont seul un osselet du pied droit avait été brûlé. Pélée alors confie Achille à Chiron, dans sa caverne du Pélion, pour se charger de son éducation, tandis que Philyra et Chariclo, respectivement mère et femme du centaure, se chargent des soins matériels. Pour réparer le pied atteint, Chiron va déterrer le squelette d’un géant qui avait été célèbre pour la rapidité avec laquelle il courait, il prélève l’osselet nécessaire et, en chirurgien expert, il procède à l’opération de substitution. Pour Homère, c’est toujours πόδας ὠκὺς Ἀχιλλεύς, Achille aux pieds rapides, conséquence de cette opération. Et puis ce Jason d’Iolkos, dont je parlais au sujet de Volos, il a lui aussi été élevé dans cet antre, confié à Chiron par son père lorsque le pouvoir lui a été pris par Pélias.

 

813a4 Source dans le Pélion

 

Et c’est avec le bois des arbres coupés dans cette montagne qu’il a construit le navire Argo pour aller, comme je l’évoquais également, conquérir en Colchide la Toison d’Or. Car, situation exceptionnelle en Grèce, le Pélion est remarquablement riche en eau, ce qui autorise une végétation très abondante jusqu’au sommet de la montagne. Ainsi la forêt se développe partout, mais on cultive également toutes sortes de fruits et de légumes, et en cette saison les agriculteurs proposent, sur le bord de la route, les cerises qu’ils viennent de cueillir. Les sources ruissellent de partout sur la roche, le courant est ensuite canalisé le long de la chaussée, et un complexe réseau de dérivations mène l’eau pure et fraîche à chaque parcelle.

 

813a5 village niché dans la montagne du Pélion

 

813a6 Vue, dans le Pélion

 

Les villages du Pélion sont, pour les uns, étalés en tout petits groupes de maisons, voire en maisons isolées le long de la route, sur de grandes distances, ou au contraire tout resserrés en masses compactes créant des taches dans un grand paysage vert (première photo ci-dessus). Par ailleurs, la montagne offre de temps à autre des échappées vers la mer. Ma deuxième photo ci-dessus montre une vue sur Volos par-dessus un toit de lauzes, ces pierres plates typiques des maisons de montagne (en Auvergne par exemple) où avant le transport aisé de matériaux par camion sur des routes macadamisées il était moins coûteux et plus facile d’utiliser des pierres prélevées au sol près du village que d’importer de loin des tuiles manufacturées, même si le poids de la lauze nécessite une charpente solide. Mais pour cela on ne manque pas de bois non plus à l’orée du village. Hélas, aujourd’hui, ces beaux toits ont tendance à disparaître.

 

813b1 Milies (Pélion), église des Taxiarques (Archanges)

 

813b2 Milies (Pélion), église des Archanges

 

Dans mon article sur le train à voie étroite créé par Evaristo de Chirico, je disais qu’il nous avait menés à Miliès, au cœur du Pélion, et que nous avions disposé de quelques heures pour visiter le village avant l’heure du retour. Cette visite étant hors sujet dans un article ferroviaire et cadrant au contraire parfaitement avec un article sur le Pélion, j’en remettais la description à plus tard. C’est-à-dire à aujourd’hui. De la gare, nous sommes montés par un sentier vers le village, à un petit quart d’heure de marche, et au bout d’une rue nous sommes tombés sur la place principale envahie par les tables et les chaises des tavernes, restaurants et bars. Donnant sur un côté de la place, se dresse l’église des Taxiarques, c’est-à-dire, en grec, l’église des Archanges. C’est d’ailleurs l’archange saint Michel qui nous accueille au-dessus de la porte. À l’intérieur, nous sommes éblouis par la splendide iconostase de bois doré.

 

813b3 Milies (Pélion), église des Archanges

 

813b4 Milies (Pélion), église des Archanges

 

813b5 Milies (Pélion), église des Taxiarques

 

Mais aussi par les fresques qui recouvrent intégralement murs et plafonds, tant dans le narthex que dans l’église. Ne pouvant présenter ici les dizaines de photos que j’en ai faites, je suis contraint d’effectuer un choix. C’est difficile, parce que toutes ou presque me plaisent… Ci-dessus, dans le narthex, c’est la grande fresque du jugement dernier. Au centre (première photo), on voit la pesée des âmes. Des mains des anges s’échappent des rayons qui vont frapper et culbuter les démons, trop pressés de s’emparer des âmes avant que la balance entre les bonnes et les mauvaises actions ait rendu son verdict. Sur la droite (deuxième photo), les damnés sont nus et les démons les tourmentent. Sur la gauche au contraire (troisième photo), les bienheureux s’avancent somptueusement vêtus vers la porte du paradis, où il rejoignent saint Pierre qui, muni des clés, va leur y donner accès.

 

813b6 église des Taxiarques à Milies

 

Certes j’aurais eu bien du mal à reconnaître saint Christophe dans ce personnage à la tête bien peu humaine si je n’avais lu son nom en caractères grecs, O agios Christophoros. Il n’y a donc aucun doute.

 

813b7 église des Taxiarques à Milies

 

De même, ici, voyant au milieu des flots (avec l’inscription bien inutile parce qu’évidente hê thalassa, la mer) un homme dans la bouche d’un poisson, j’ai cru pouvoir identifier le Jonas de la Bible. Jusqu’à ce que je remarque qu’il y avait plusieurs hommes dans plusieurs poissons, alors que Jonas serait seul et unique. Observant les alentours, j’ai alors vu (en haut à gauche sur ma photo) que des personnages émergeaient d’une caisse en bois. Et du coup j’ai compris que ce sont des morts qui sortent de leur cercueil, la fresque représente la résurrection des morts, et l’artiste n’a pas voulu oublier ceux qui ont péri en mer. Les poissons ne les avalent pas, ils les restituent, au contraire. Telle est, du moins, l’explication que j’ai imaginée pour cette image. Je suis preneur de toute autre interprétation éventuelle…

 

813b8 église des Archanges à Milies

 

Les images si savoureusement naïves se succèdent comme une bande dessinée remarquablement expressive. Après un Noé embarquant des animaux dans son arche, on arrive à cette image, malheureusement partiellement cachée par un grand drapeau grec enroulé sur sa hampe et remisé à cet endroit. Cette image, clairement, représente l’humanité engloutie dans les flots qu’engendre le déluge. Certains tentent de grimper au sommet des arbres et de s’y agripper mais on voit sur le ciel sombre que la pluie continue à tomber et l’on comprend que le niveau de l’eau n’a pas fini de monter et que tous seront noyés, à l’exception de la famille de Noé et des couples d’animaux qu’il aura embarqués.

 

813c1 fontaine 17e siècle à Milies

 

813c2 fontaine 17e siècle à Milies

 

813c3 toiture d'une fontaine du 17e siècle à Milies

 

Au moment où nous sortons de l’église, une dame fort aimable s’approche de nous et parce que, dit-elle, nous avons un bon matériel photographique et semblons préférer nous en servir plutôt que de nous attabler dans une taverne, elle propose de nous indiquer des choses intéressantes à voir. C’est une Allemande qui s’est installée ici, séduite par le village (il y a de quoi, c’est vrai). Une somptueuse bibliothèque comporte plus de 3000 livres rares qui lui viennent de l’école du dix-huitième siècle qui a fonctionné ici. Mais, bêtement, la bibliothèque est fermée le dimanche, jour où le train amène les touristes. Qu’à cela ne tienne, il y a un beau musée d’histoire populaire, qui traite du passé turc, mais aussi de l’horrible massacre de population dont se sont rendus coupables les Nazis en 1943. Normalement le musée est ouvert jusqu’à 14h30, nous nous y rendons à 13h25 mais… il est fermé. Notre mentor nous conseille alors une belle fontaine du dix-septième siècle un peu en dehors du centre du village et que, sans elle, nous n’aurions pas vue, parce que rien ne la signale. Elle se penche pour recueillir de l’eau dans la paume de sa main et en mouiller la pierre que l’on distingue au-dessus des deux petites vasques, pour la rendre plus lisible. On y voit qu’en l’an 1770 cette fontaine a reçu le nom de Fontaine du Baptême. Sans que je puisse savoir si c’est parce qu’elle a été destinée au baptême des nouveaux chrétiens ou si ce n’est qu’un nom, une dédicace au baptême du Christ par saint Jean Baptiste.

 

813d1 église Sainte Marine à Milies (Pélion)

 

813d2 église Agia Marina (Miliès, Pélion)

 

Cette dame allemande nous a encore indiqué, sans nous y accompagner cette fois, une autre église, perdue dans la verdure un peu en dehors du village. C’est en effet un édifice intéressant, avec des dalles de marbre serties dans l’abside, toutes incisées de motifs différents.

 

813d3 Sainte Marine (église, à Mélies)

 

Au-dessus du portail, le tympan représente la patronne de l’église, agia Marina, attaquant le démon à coups de marteau. En 732, à Poitiers, les Sarrasins ont de même été arrêtés par Charles Martel, d’où son surnom. Ce démon qu’elle veut bouter hors de son territoire par la force, est représenté avec la peau basanée… Et la sainte s’appelle Marine… Tiens, tiens, cela me rappelle quelqu’un, en France… Non, pas possible, ce ne serait pas conforme à la fameuse philoxénie des Grecs, si accueillants aux étrangers.

 

813e place centrale de Makrinitsa

 

Mardi 19. Nous ne sommes pas venus par le rail mais par la route. Nous avons dépassé Anakasia sans nous y arrêter, avec l’intention d’y revenir. Et comme c’est le “Haut Volos” (Ano Volos) j’en ai parlé dans mon article sur Volos (musée Theophilos, église d’Episkopi). Nous arrivons ainsi à Makrinitsa (ou Makrynitsa). Nous nous garons sur le parking avant le village et prenons la rue piétonne bordée de vieilles maisons traditionnelles que l’on pourrait apprécier si elles n’étaient pas monopolisées par les boutiques d’articles pour touristes. Au bout, on arrive à la grande place traditionnelle des villages du Pélion, avec au centre un gros arbre, souvent pluricentenaire. Sur la place, une petite église du dix-huitième siècle vaut, paraît-il, le coup d’œil. Malheureusement, elle est entièrement emmaillotée dans des échafaudages et des bâches qui n’en laissent rien voir. Eh bien, puisqu’un panneau indique un musée d’art populaire, allons-y. Seconde malchance, une feuille dactylographiée informe que depuis le dimanche 17 juin (il y a deux jours…) le musée est fermé pour travaux. Décidément, dure, dure est la vie de voyageur culturel.

 

813f1 Makrinitsa, fontaine

 

813f2 Makrynitsa, fontaine

 

Nous nous consolons en admirant, à côté de l’église, cette belle fontaine de marbre dont tous les panneaux sont sculptés en très bas-relief et dont les bouches crachant l’eau sont originales et décoratives. Puis nous allons nous offrir un rafraîchissement et là, la charmante jeune femme qui nous sert nous conseille d’aller voir le monastère de Saint Gerasimos.

 

813g1 Makrinitsa, vers le monastère St Gerasimos

 

813g2 Monastère St Gerasimos à Makrinitsa

 

813g3 Monastère St Gerasimos à Makrinitsa

 

Ce que nous faisons, bien sûr, en suivant cette rue qui a conservé son pavage d’autrefois. Saint Gerasimos est né dans le Péloponnèse au début du seizième siècle. Devenu moine, il est ordonné diacre puis prêtre à Jérusalem, où il s’est rendu en pèlerinage. À la suite de quoi, il mène pendant cinq ans une vie d’ascèse et de prière. De retour en Grèce, il va fonder à Céphalonie un monastère de femmes, et il reste là encore trente ans avant de mourir à 71 ans en 1579. Deux ans après sa mort, pour une raison que j’ignore, on a ouvert sa tombe, et on a trouvé son corps non corrompu. Il a donc été considéré comme saint par l’Église orthodoxe, qui lui attribue des guérisons et des exorcismes.

 

813g4 Monastère St Gerasimos à Makrinitsa

 

813g5 Monastère St Gerasimos à Makrinitsa

 

Le catholicon, c’est-à-dire l’église du monastère, date de 1767 et est consacré à la Panagia, la Vierge. Mais les portes en sont fermées. D’ailleurs, nous ne détectons pas le moindre signe de vie, donnant l’impression que ce monastère, comme beaucoup d’autres, est désaffecté. Mais je suppose qu’il n’en est rien, parce que sur Internet j’ai trouvé un document qui va jusqu’à donner le nom de la Supérieure –la Mère Eupraxie– et un numéro de téléphone, et quelqu’un d’autre dit dans un article de blog daté de juillet 2010 que le monastère compte une quinzaine de religieuses, qu’il s’est entretenu un moment avec l’abbesse et qu’il a pu voir le crâne de saint Gerasimos. Malgré tout, nous apprécions l’atmosphère de calme du lieu, son charme, nous faisons le tour de l’église et admirons la fresque de la Vierge au-dessus du portail, la triple abside. Puis nous repartons vers le parking pour récupérer notre véhicule.

 

813h1 église Agia Kyriaki, à Zagorá

 

813h2 tympan de l'église Sainte Cyriaque à Zagora

 

813h3 mur de l'église Sainte Cyriaque, à Zagora

 

Nous roulons vers l’est, ce qui nous mène à gravir le col de Chania, à 1200 mètres d’altitude, au milieu de belles forêts très denses et très vertes, de roche qui apparaît parmi les arbres et d’eaux vives qui ruissellent sur la pierre, qui cascadent en ruisseaux. Puis nous obliquons vers le nord-est pour nous rendre à Zagorá. Là, nous nous arrêtons d’abord devant l’église de Sainte Cyriaque (Agia Kyriaki). Cette sainte, une martyre romaine du troisième siècle, j’en ai parlé assez récemment, le 6 juin dernier, à Marathon. Dans cette église, je remarque particulièrement le tympan du portail principal qui représente une Dormition de la Vierge, et ces curieuses sortes d’assiettes de céramique décorée qui sont incrustées en grand nombre, comme on peut le voir sur la première photo, dans les murs de l’église. Elles représentent des sujets très divers, auxquels je trouve des airs d’art islamique et qui, en tous cas, n’ont rien de spécialement chrétien ou biblique. Je me demande s’il ne s’agirait pas d’incrustations, postérieures au départ des Turcs, de céramiques leur ayant appartenu. Nulle part je n’ai trouvé  la moindre explication, ce qui laisse place pour cette simple conjecture.

 

813i1 Place de Zagora (Pélion)

 

Ce village de Zagorá est du type extrêmement étalé que je définissais au début. On se retrouve dans la campagne, on croit être sorti du village… et puis on y entre de nouveau. Et tout au bout, on arrive à cette place ombragée de ses vieux arbres.

 

813i2 Campanile de Saint-Georges, à Zagora (Pélion)

 

Sur cette place, on trouve d’abord un campanile détaché et qui fait office de porte vers la petite esplanade d’une autre église.

 

813j1 église Agios Georgios, Zagora, Pélion

 

813j2 église Saint-Georges, Zagora, Pélion

 

Cette autre église, c’est Agios Georgios, Saint Georges. Comme beaucoup d’églises du Pélion, elle est bordée d’un préau. Évidemment, vues d’extérieur, ces églises sont très simples, elles ne séduisent pas au premier coup d’œil comme les églises romanes de villages de France ou d’Italie, mais lorsque l’on en fait le tour, côté abside on trouve la plupart du temps de superbes bas-reliefs taillés dans le marbre.

 

813j3 église Agios Georgios, Zagora, Pélion

 

813j4 église Agios Georgios, Zagora, Pélion

 

813j5 église Agios Georgios, Zagora, Pélion

 

Et c’est bien le cas ici. Sur la photo précédente, on a pu voir que l’abside principale et les deux absidioles latérales étaient composées de multiples facettes de plaques de marbre. Les trois photos ci-dessus montrent des exemples de la décoration qui y est gravée, des dessins naïfs amusants et décoratifs.

 

813j6 iconostase, église St-Georges, Zagora, Pélion

 

Selon le Guide Vert Michelin, il faut voir dans cette église la monumentale iconostase du dix-huitième siècle en bois sculpté et doré. Le hic, c’est que l’église est fermée, et que selon les gens du coin que nous avons interrogés on ne sait pas quand elle sera ouverte, peut-être dans dix minutes ou une demi-heure, peut-être pas du tout. Alors nous attendons un peu, puis nous renonçons. Par une fenêtre, sur le côté du portail, on peut l’apercevoir dans la pénombre. Appuyant mon objectif contre la vitre pour éviter de bouger pendant une pose longue, je déclenche, et la photo prise à travers la vitre donne l’image ci-dessus. Les lustres, le mobilier, cachent passablement l’iconostase que l’on n’aperçoit que de loin, mais au moins nous ne rentrerons pas bredouilles. Oui, je l’ai vue (un petit peu) la fameuse iconostase monumentale de Saint Georges de Zagorá !

 

813k Jumelage Tsagkarada avec Juigné

 

Pour refermer le circuit, nous retournons vers la route principale, qui part vers le sud. L’étape suivante, c’est Tsagkarada. Compte tenu du fait qu’en grec moderne GK se prononce comme le G dur français (un gang, une gargouille), le mot est parfois transcrit en omettant le K grec. Mais comme d’autre part, depuis l’Antiquité, un G devant une gutturale (G, K ou KH) se prononce comme un N (d’où le mot grec Aggelos a donné le prénom italien Angelo et le mot français ange, d’où aussi l’orthographe grecque Agkyra pour la capitale turque Ankara), il n’est pas illogique de transcrire ce nom comme il se prononce, à savoir Tsangarada. Heureusement que j’ai ce commentaire à faire sur la prononciation, parce que nous aurions dû voir sur la place principale un gigantesque platane millénaire déployant sa ramure sur une envergure de plus de trente mètres. Mais la route ne traverse pas cette place principale, dans ce village de type extrêmement étiré et dispersé et après avoir demandé notre chemin cinq fois et être partis chaque fois dans une direction différente, nous avons décidé de rentrer. Des églises emmaillotées ou fermées, des musées fermés, une bibliothèque fermée, un platane introuvable, c’est assez. Et malgré toutes ces déconvenues, Natacha et moi sommes bien d’accord pour dire que nous n’avons pas perdu notre temps parce que nous avons quand même vu des fresques, des sculptures, et aussi des paysages à couper le souffle au pays des centaures. Alors même dans ces conditions, le tour du Pélion, ça vaut le coup.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

femmes russes lyon 28/01/2013 09:39

Très intéressant !

Jean-Marie 17/01/2013 04:43

Que d'églises superbes dans cet itinéraire ! Il faudra reprendre notre votre !

miriam 16/01/2013 16:24

Que de bons souvenirs! (qui commencent un peu à dater pour moi)
N'ayez aucun regret pour la bibliothèque de Milies (sauf si vous lisez très bien le grec) ce n'est pas du tout spectaculaire.
Les poubelles mythologiques n'avaient pas encore cours lors de notre passage.

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