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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 23:03
Il y a tant à voir à Olympie et tant à dire, que je ne peux tout placer en un seul article. D’ailleurs, tout fermant à quinze heures, nous avons dû aller trois jours sur le site et au musée archéologique. Et, cadeau, le dernier jour la fermeture a eu lieu à dix-sept heures. Tant pis, pas de déjeuner, nous avons profité jusqu’à la fin. Sur ces trois jours du mercredi 20 au vendredi 22 avril, je vais scinder mes commentaires en trois articles. Le premier, celui-ci, traite du site, le second parlera du musée archéologique, le troisième se référera aux Jeux Olympiques tels qu’ils se déroulaient dans l’Antiquité ainsi qu’à leur rétablissement moderne, et concernera également quelques autres sujets. Commençons donc notre visite du site.
 
701a Olympie préhistorique
 
Ce lieu était habité aux temps préhistoriques. En 1908 ont été mises au jour plusieurs habitations à abside datées entre 2150 et 2000 avant Jésus-Christ. Dans cette maison que l’on voit sur ma photo, ont été retrouvés beaucoup d’objets, dont des vases provenant d’une civilisation dont la culture s’est développée sur la côte dalmate, montrant ainsi qu’il y avait des relations culturelles et commerciales entre ces deux lieux assez éloignés.
 
701b Olympie, thermes de Kronion
 
Nous sommes dans les thermes de Kronion (le Kronion est le mont qui sépare les deux rivières, Alphée et Kladéos, jusqu’à leur confluent, et c’est à ses pieds que s’étend le sanctuaire d’Olympie). Créés au deuxième siècle avant Jésus-Christ, ils n’ont pas gardé grand-chose de l’époque hellénistique, sans cesse agrandis, modifiés, décorés. À la fin du troisième siècle de notre ère, un fort tremblement de terre a presque tout détruit, et, réparés ou rebâtis, ils ont retrouvé leurs fonctions, jusqu’à ce qu’au cinquième siècle les derniers aménagements qu’ils aient subi en fassent un centre agricole.
 
701c1 Olympie, le Prytanée
 
701c2 Olympie, le Prytanée
 
Le prytanée, qui date du cinquième siècle avant Jésus-Christ, était la résidence, comme son nom l’indique, des prytaneis, c’est-à-dire des plus hauts dignitaires du sanctuaire, qui étaient chargés de veiller à l’exécution des sacrifices sur les autels, qui hébergeaient le foyer de la déesse Hestia où ils entretenaient le feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre, qui accueillaient les hôtes de marque venus pour assister aux Jeux Olympiques.
 
701d1 Olympie, la palestre
 
701d2 Olympie, la palestre
 
701d3 Olympie, la palestre
 
Ce grand espace de 66,35 mètres sur 66,75 que nous avons la chance de visiter pendant le court moment où les arbres y sont en fleurs, est la palestre, du troisième siècle avant Jésus-Christ. La disposition des colonnes sur la seconde photo permet de comprendre qu’autour d’une vaste cour, lieu d’entraînement pour la lutte, le pancrace, le saut, des bâtiments couverts formaient comme un cloître avec des salles séparées pour les diverses activités accessoires de préparation, vestiaires, salles où l’on s’enduisait d’huile ou, au contraire, où l’on s’enduisait de poudre ou de cendre pour assurer la prise, salles de bains pour après l’exercice, etc.
 
701e Olympie, le gymnase
 
Près de la palestre, le gymnase, 120 mètres sur 220, avec ses colonnades doriques tout autour. Là, on s’entraînait aux disciplines qui requéraient plus d’espace, la course à pied, le lancer du javelot et du disque. Sa construction est un peu plus tardive, deuxième siècle avant Jésus-Christ. Le site d’Olympie est si immense qu’il reste à fouiller la partie nord de ce gymnase.
 
701f1 Olympie, le Philippeion
 
701f2 Olympie, le Philippeion
 
Le Philippéion doit son nom à celui de Philippe II de Macédoine qui l’a fait construire après la bataille de Chéronée en 338 avant Jésus-Christ. Son fils, Alexandre le Grand, a fait achever la construction, et il y a fait placer les bustes de ses ancêtres. C’est, comme on le voit, une sorte de temple monoptère entouré de colonnes ioniques.
 
701g Olympie, le temple d'Héra
 
Nous voici dans un lieu sacré, le temple d’Héra. C’est le temple le plus ancien du sanctuaire, édifié au septième siècle avant Jésus-Christ et qui est aujourd’hui l’un des rares exemples d’architecture dorique archaïque. Il comportait six colonnes sur les petits côtés de 18,75 mètres et seize sur les cinquante mètres des grands côtés, avec une hauteur de 7,80 mètres. À l’origine, les colonnes étaient en bois, mais peu à peu elles ont été remplacées par les colonnes de pierre que nous voyons ici. Dans la cella, était précieusement conservé le disque légendaire de la trêve sacrée, et plus tard les Romains y ont transféré le célèbre Hermès œuvre du grand sculpteur Praxitèle, dont je parlerai dans l’article réservé au musée.
 
701h1 Olympie, reconstitution du nymphée
 
701h2 Olympie, nymphée
 
701h3 Olympie, nymphée
 
Le nymphée est une énorme fontaine aqueduc offerte au sanctuaire au deuxième siècle après Jésus-Christ par Hérode Atticus et sa femme Regilla. Nous avons déjà rencontré ce sophiste richissime qui a construit au pied de l’Acropole d’Athènes un odéon (mon article du 9 mars), et qui a rénové le stade de Delphes avec des gradins en pierre (mon article du 13 mars). Quant à sa femme, j’en dirai deux mots au musée, quand nous verrons une grande sculpture qu’elle avait fait placer dans le bâtiment de ce nymphée. Dans les niches du mur de fond que l’on voit sur le dessin de reconstitution, il y avait de nombreuses statues. Comme, selon le proverbe, "charité bien ordonnée commence par soi-même", il y avait une statue d’Hérode Atticus, et puis parce que cela peut être utile, il y avait aussi les empereurs successifs qu’il a connus, Hadrien, Antonin le Pieux, Marc-Aurèle, et pour compléter il y avait des membres de leurs familles à tous.
 
701i1 Olympie, entrée du stade
 
701i2 Le stade d'Olympie
 
701i3 Le stade d'Olympie
 
Évidemment, le lieu le plus célèbre d’Olympie, c’est son stade. La ville est devenue sainte et lieu de pèlerinage grâce à ses Jeux qui imposaient la trêve sacrée et ont permis, sur une durée aussi longue, le maintien de l’unité de peuples disséminés aux quatre coins du monde connu, de Marseille à la Crimée, de l’Afrique à l’Asie, dont la langue était divisée en de multiples dialectes présentant entre eux des différences non négligeables, et cela même après la conquête d’Alexandre, même après la conquête romaine, alors que l’on aurait pu craindre que les Grecs ne se dissolvent dans ce vaste Empire Romain unificateur. C’est à l’époque classique que le stade a été établi à cet emplacement, tandis que l’entrée monumentale, avec son arche et ce couloir, date de la fin de l’époque hellénistique. Sur la deuxième photo et même sur la troisième, on voit clairement la ligne de départ matérialisée par une rangée de pierres dans le sol. À partir de cette ligne et jusqu’à la ligne d’arrivée, la distance est de 192,27 mètres sur une largeur de 28,50 mètres. Il n’y a jamais eu de sièges pour les quarante cinq mille spectateurs qui pouvaient être admis. On distingue à droite et à gauche de la piste quelque chose dont il vaut la peine de s’approcher.
 
701j1 Olympie, autel de Déméter Hamyne sur le stade
 
701j2 Olympie, tribune des juges du stade
 
L’entrée se faisant du côté de la ligne de départ, à l’ouest, ma première photo montre sur le flanc nord du stade l’autel de Déméter Hamyne. En face, sur le flanc sud, c’est la tribune des juges, les hellanodices (hellanodikai), qui fait l’objet de ma seconde photo.
 
701k Olympie, trésor des cités
 
Les cités-états de Grèce, mais surtout leurs colonies de Grande Grèce (c’est-à-dire d’Italie du sud et de Sicile) avaient édifié ici aux sixième et cinquième siècles avant Jésus-Christ des bâtiments en forme de petits temples, les trésors, destinés à recevoir leurs offrandes. Parmi ces ruines, on en a dénombré douze, mais il est souvent très difficile de savoir à quelle cité ils ont appartenu. Seuls cinq de ces trésors ont été à coup sûr attribués à une ville particulière (j’ignore quels ont été les critères d’identification, inscription, représentation du dieu protecteur, description par un voyageur tel que Pausanias, etc.), et ce sont ceux de Sicyone, Sélinonte, Métaponte, Mégare et Gela.
 
701L Olympie, tambours de colonnes, portique de l'Echo
 
Avant d’arriver à l’entrée du stade, on est passé devant ces innombrables tambours de colonnes sagement alignés sur le sol. C’est tout ce qui reste d’un portique long, long, nommé le Portique de l’Écho parce qu’il était célèbre pour répercuter sept fois les sons. C’est ainsi que, parfois, il est surnommé le Portique des Sept Voix.
 
701m Olympie, Metroon
 
Ce temple dorique de six colonnes (10,62 mètres) sur onze (20,27 mètres) est le Metrôon, le temple de la Mère des dieux, construit à la toute fin du quatrième siècle avant Jésus-Christ ou au tout début du troisième. Cette Mère des dieux, c’est Rhéa, fille d’Ouranos (le Ciel) et de Gaia (la Terre), et mère des trois grands dieux Hadès, Poséidon et Zeus, mais aussi des grandes déesses Hestia, Déméter et Héra. Les Romains l’assimileront à Cybèle, mais en fait ils convertiront ce temple en temple de leurs empereurs.
 
701n1 Olympie, temple de Zeus
 
701n2 Olympie, temple de Zeus
 
701n3 Olympie, temple de Zeus
 
Le plus grand monument de ce sanctuaire est le temple de Zeus, construit au cinquième siècle avant Jésus-Christ (470-457). Avec six colonnes doriques sur treize, il mesurait 64,12 mètres de long sur 27,68 de large, et s’élevait à la hauteur colossale de 20,25 mètres. Il était considéré comme le modèle des temples doriques. Et dans la cella de ce temple avait été placée une gigantesque statue chryséléphantine de Zeus (or et ivoire, chrysos signifiant l’or) haute de douze mètres, œuvre admirable du grand Phidias, et qui était comptée au nombre des sept merveilles du monde, en compagnie de la pyramide de Khéops, des jardins suspendus de Babylone, du temple d’Artémis à Éphèse, du Mausolée d’Halicarnasse, du Colosse de Rhodes et du phare d’Alexandrie. L’empereur romain Claude (qui a suivi Caligula et a précédé Néron, ce qui constitue un fameux encadrement) a voulu faire transporter cette statue à Rome, où son projet était de faire remplacer la tête de Zeus par sa propre tête, et pour ce faire il a envoyé un navire à Pyrgos, la côte près d’Olympie, mais faisant voile vers la Grèce le navire a affronté un orage, la foudre l’a frappé et il a sombré. Cela a été considéré comme un avertissement du grand dieu, et Claude a renoncé à son projet. Mais, au quatrième siècle, c’est Constantin qui a pris la statue.
 
701n4 Olympie, temple de Zeus
 
701n5 Olympie, temple de Zeus
 
Puis, au sixième siècle, le temple a subi deux tremblements de terre violents, en 522 et en 551, auxquels il n’a pas résisté. C’est aujourd’hui un amas de ruines entassées sur le sol en désordre, les pierres sont restées là où elles se sont effondrées. Seule, une colonne a été remontée à l’occasion des Jeux Olympiques de 2004 par l’Institut Archéologique Allemand grâce au mécénat de deux institutions privées. Des sculptures de sa décoration, à savoir les deux frontons et des métopes, sont au musée archéologique, j’en parlerai dans mon prochain article.
 
701o1 Olympie, atelier de Phidias
 
701o2 Olympie, atelier de Phidias
 
701o3 Olympie, atelier de Phidias
 
701o4 Olympie, basilique paléochrétienne dans l'atelier d
 
Ce bâtiment, c’est celui où, dans le troisième quart du cinquième siècle avant Jésus-Christ, la statue chryséléphantine de Zeus a vu le jour. En effet, je suis ici dans l’atelier de Phidias. Bien que, un millénaire plus tard, au cinquième siècle de notre ère, cet atelier ait été converti en église paléochrétienne, comme en témoignent les éléments sculptés que l’on voit sur la dernière de ces photos, on y a cependant retrouvé des traces de son usage antique, moules de terre cuite, outils de sculpteur, qui sont exposés au musée.
 
701p1 Olympie, bâtiment SW
 
701p2 Olympie, bâtiment SW
 
701p3 Olympie, bâtiment SW
 
701p4 Olympie, bâtiment SW
 
Ce grand complexe de l’époque impériale (premier au troisième siècle après Jésus-Christ) est un lieu de rencontre des athlètes. Il comportait des salles d’entraînement et des salles de réunion, en plus d’une piscine extérieure. Son nom antique n’ayant pas été retrouvé, on l’appelle tout bêtement le Bâtiment du sud-ouest
 
701q1 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
701q2 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
701q3 Olympie, Leonidaion (hôtel des officiels)
 
Nous voici dans ce que l’on appelle le Léonidaion. Dans ce nom, il ne faut pas chercher une explication avec des lions ou je ne sais quelle autre étymologie, c’est tout simplement que son architecte, un nommé Léonides originaire de l’île de Naxos, a participé à son financement. Dans ce grand bâtiment de 75 mètres sur 81 construit en 330 avant Jésus-Christ, les officiels étaient reçus et hébergés. Autrement dit, c’est l’hôtel des personnalités. Un péristyle intérieur dorique délimitait une vaste cour, et entre ce péristyle et une colonnade extérieure ionique étaient construites les chambres où logeaient les officiels. Et quand les Romains sont arrivés, ils ont converti la cour intérieure en piscine à ciel ouvert.
 
701r1 Olympie, Bouleuterion
 
701r2 Olympie, Bouleuterion
 
701r3 Olympie, Bouleuterion
 
Encore un bâtiment important. C’est le bouleutérion (du sixième au quatrième siècles avant Jésus-Christ). Autrement dit le bâtiment du Conseil. Dans les autres cités, ce mot désigne une sorte de parlement politique, tandis qu’ici c’est le Conseil des Jeux Olympiques. Toutes les décisions y sont prises et, avant le début des jeux, lors d’une séance solennelle, juges et athlètes y prononcent le serment sacré parce que là se trouvent la statue et l’autel de Zeus Horkios (Zeus protecteur de l’inviolabilité des serments).
 
701s Olympie, autel de sacrifices
 
Entre le temple de Zeus et celui d’Héra se situe ce grand autel. D’après la description donnée par Pausanias, le grand autel de Zeus où, à l’occasion des jeux, avait lieu l’hécatombe (hékaton signifie cent et bous désigne le bœuf. L’hécatombe est le sacrifice de cent bœufs), n’avait rien à voir avec celui-ci, et pourtant on n’a retrouvé aucune trace de celui qui est décrit par Pausanias. En revanche, on a retrouvé là d’innombrables objets qui avaient été offerts au dieu et qui sont à présent au musée archéologique.
 
701t Olympie, autel d'Héra
 
Ici se trouvait l’autel d’Héra. J’ai déjà eu l’occasion de dire que les autels antiques étaient hors du temple –et ici nous sommes à quelques mètres du temple d’Héra–, et que pour représenter l’offrande du sacrifice de Jésus, sa mort qu’il offre pour le rachat des péchés du monde, le christianisme a repris l’autel du paganisme mais l’a transporté à l’intérieur du temple. C’est sur l’emplacement de cet autel que, depuis les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, l’on allume la flamme olympique qui, ensuite, sera portée solennellement jusqu’au pays organisateur.
 
Le site archéologique d’Olympie est très étendu. Partout, des ruines, des soubassements d’édifices, et en plusieurs endroits les fouilles continuent. J’ai donc choisi de montrer ce qui, à mes yeux, est le plus significatif, mais le visiteur qui en a le temps pourra voir beaucoup plus que cet aperçu. J’ai lu un article où il est dit que ce champ de ruines est peu parlant pour le non spécialiste. Je ne suis pas d’accord. Certes, il ne reste pas grand chose des constructions, mais le lieu est magique, on comprend, ou plutôt on sent –on peut sentir– que là des hommes et des femmes aient éprouvé un sentiment religieux intense, aient perçu la présence de Zeus, ou de la Mère des dieux, ou d’Héra, ou de Déméter. On conçoit que là, ils aient prêté le serment olympique et que les soldats aient respecté la trêve sacrée. Avec un peu d’imagination, je les vois, ces Grecs venus de tous les horizons. Et la vie est encore plus donnée à ces lieux par tous les objets qui y ont été trouvés et qui sont au musée archéologique. Mais cela, ce sera pour mon prochain article.

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Published by Thierry Jamard
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commentaires

Jean-Marie LETIENNE 06/07/2011 05:49


A propos d'autel toujours extérieur au temple dans l'antiquité, j'ai appris récemment que celui où a été incinéré Jules César à Rome est couvert de fleurs chaque années aux ides de mars. C'est
incroyable plus de 2 000 ans après. Je n'en suis toujours pas revenu. Etes-vous au courant de ce fleurissement ?
Bon voyage et à très bientôt


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  • : Un long, long voyage d'observation et de description culturelle à travers l'Europe. Paysages, histoire, architecture, peinture, sculpture, mythologie et religions, société, tout ce qui me tombe sous les yeux.
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