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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:11

527a Volcan Solfatara

 

 

 

Il faut continuer le voyage. Bien que nous soyons tristes de quitter Naples comme nous avons été tristes de quitter Rome, nous avons levé le camp de notre installation à Pompéi et nous sommes repassés un peu au nord de Naples, sur la commune de Pozzuoli (en français on a l’habitude de traduire par Pouzzoles). Nous avons établi nos pénates au camping du volcan Solfatara. C’est surprenant : on passe sous un porche extrêmement étroit pour des camping-cars et on entre au creux du cratère du volcan Solfatara. Là, isolé par un rideau d’arbres, on se trouve dans un coin du cratère, à deux pas des manifestations extrêmement surprenantes que je vais montrer. Le camping est vaste, les emplacements sont grands et bien équipés et, en prime, le volcan dégage en permanence une très forte odeur d’œuf pourri due aux vapeurs d’anhydride sulfureux.

 

527b Vulcano Solfatara, telerilevamento (monitoring)

 

La surface du volcan et celle des voisins Champs Phlégréens (où nous comptons aller un de ces jours) se déforme. Elle monte ou elle descend selon les périodes, cela s’appelle le bradyséisme. L’activité volcanique interne provoque ces sortes de vagues lentes en surface. Pour étudier ces déformations, deux radars installés sur des satellites de l’Agence Spatiale Européenne et qui évoluent sur une orbite à une altitude de 800 kilomètres émettent des signaux qui sont recueillis et réfléchis par les deux récepteurs en forme de prisme de cette photo. Sur la surface du cratère, quatre de ces couples de prismes ont été installés. La variation du temps de l’aller et retour du signal émis en micro ondes révèle la variation de la distance du satellite au sol.

 

L’énergie thermique émise par le volcan Solfatara est considérable. Ainsi, alors que les Champs Phlégréens sont considérés comme très actifs, le demi kilomètre carré du Solfatara dégage plus d’énergie thermique que les 90 kilomètres carrés des Champs Phlégréens. Une station de captage a été installée dans le Solfatara et une autre dans le Vésuve. Outre une caméra thermique mesurant l’infrarouge, il y a des capteurs géophysiques et géochimiques. Ainsi, nous campons au cœur d’un véritable laboratoire d’étude de notre planète.

 

527c Volcan Solfatara, le sol

 

Voilà pour la technique. Sur ma première photo, on voit que le sol du volcan est lunaire. Cette grande étendue désolée est impressionnante. Mais si le camping a pu s’installer, c’est parce que pour une raison que j’ignore les caractéristiques d’un arc du cercle du cratère (température et composition chimique) acceptent arbres et herbe. La photo ci-dessus permet de mieux voir ce que l’on a sous les pieds. Phénomène curieux, quand on lève une grosse pierre au-dessus de sa tête et qu’on la laisse retomber de cette hauteur, le sol sonne creux. La roche que l’on trouve ici a reçu son nom générique d’après le nom de la commune où elle a été décrite pour la première fois, c’est la pouzzolane.

 

527d1 Solfatara, la Fangaia (boue bouillonnante

 

Ce que l’on appelle la "Fangaia" est un lac de boue bouillonnante. Cette boue est composée d’un mélange d’argile avec un liquide d’origine météorique et avec la vapeur souterraine condensée. Ces liquides se forment à quelques centaines de mètres sous le niveau du sol et sont à une température comprise entre 170° et 250°C. Ces phénomènes ont été observés tout au long des quinzième, seizième et dix-septième siècles. Et puis, à partir du dix-huitième siècle, ils se sont de plus en plus réduits, tant en superficie du lac bouillonnant qu’en intensité. Je ne sais si les savants ont de cela une explication. Probablement, puisqu’ils sont savants. Mais voilà que depuis le début du vingtième siècle, tout a repris, et cela fait cent ans que de nouveau on peut jouir (gratuitement) des bienfaits thermaux de cette boue.

 

Sur ma photo, hélas, on ne distingue pas des stries noires à la surface des boues. Elles sont dues à des colonies de bactéries capables de résister à des températures supérieures à 90°C. Parmi les différentes espèces de ces bactéries, deux ont pu être isolées qui intéressent particulièrement les scientifiques pour leurs particularités. C’est Bacillus Acidocaldarius et Bacillus Sulfolobus Solfataricus, de leur petit nom pour les intimes.

 

527d2 Solfatara, boue séchée

 

En remontant à la surface, le liquide a perdu assez de degrés pour que les colonies de bactéries, qui résistent à la chaleur mais quand même pas à l’enfer, puissent se sentir bien. Liquide et gaz forment des bulles en surface, puis la boue, en séchant, prend consistance. Lorsqu’elle est complètement sèche, elle a l’aspect que l’on voit sur ma photo ci-dessus. Mais ses effets thérapeutiques sont meilleurs avant séchage que lorsqu’il faut la réhydrater avec une eau commune.

 

527d3

 

Un panneau explicatif est très instructif, il donne la liste des composants chimiques de cette boue. On peut voir la multitude des métaux et autres éléments contenus. Et avec une émanation permanente de 1,32% du soufre, on comprend que le camping sente l’œuf pourri, pourtant on est très loin d’en avoir fini avec cet élément, comme on va le voir.

 

527e Volcan Solfatara

 

Ici, la vapeur sort du sol à une température de 150°C, mieux vaut ne pas mettre la main au-dessus de l’orifice. La pression est élevée, parce qu’en s’échappant elle siffle avec le bruit de la vapeur sortant de la cocotte minute, le même sifflement mais en beaucoup plus fort. Et la coloration jaune donnée à la pierre vient de l’anhydride sulfureux charrié par la vapeur. Ces types d’émanations de vapeurs chargées de soufre sont si caractéristiques de ce volcan qu’on a l’habitude de les appeler solfatares comme nom générique pour tous les endroits dans le monde où le phénomène se produit.

 

Le professeur Louis Ignarro, prix Nobel de médecine, en collaboration avec trois chercheurs de l’université de Naples, a récemment publié aux États-Unis une étude montrant que le H2S produit par deux enzymes dans le tissu caverneux des organes mâles est le vrai responsable de l’érection et de la vasodilatation. Or ce composé se dégage en quantité dans les fumerolles du Solfatara. Pour le maire de Pozzuoli, qui est médecin, ce serait l’explication du taux de natalité très élevé de sa ville, où plus de mille bébés voient le jour chaque année (d'après Google, la population totale est de 83000 habitants, mais pour que ce soit significatif il faudrait aussi connaître l'âge moyen de la population). Cependant il ne suffit pas d’inhaler ces vapeurs pour qu’elles soient efficaces, c’est l’immersion quotidienne dans une atmosphère chargée de ce gaz qui produit un tel résultat, explique l’un de ces chercheurs.

 

527f vulcano Solfatara

 

Il n’y a pas une, mais plusieurs bouches qui dégagent ces fumerolles soufrées. Selon le moment, selon la bouche aussi, les émanations sont plus ou moins intenses. Ici les pierres sont bien jaunes, mais les vapeurs ne sont pas aussi denses.

 

527g1 Solfatara, Bocca Grande

 

527g2 Solfatara, Bocca Grande

 

La plus puissante fumerolle du volcan est nommée Bocca Grande, la Grande Bouche. La vapeur en sort à 160°C et, outre le panneau informatif que je montre sur ma photo, un autre, grand, dit en italien, en français, en anglais et en allemand "Hautes températures de la vapeur et du sol, danger de brûlure. Ne pas s’approcher des fumerolles, ne pas monter sur les pentes, éviter de se presser autour des fumerolles, ne pas dépasser les enceintes". Lisant cela, que me suis-je empressé de faire ? Avec précaution, j’ai approché ma main du sol et puis, une fraction de seconde, j’en ai tâté la température. Très chaud, mais j’ai pu répéter l’opération, supportant la chaleur des pierres pendant une ou deux secondes. Je dois préciser que je me trouvais à une bonne dizaine de mètres de la Bocca Grande. Pour les Anciens, là se trouvait la demeure de Vulcain, le dieu du feu, le forgeron boiteux mari de Vénus, et ils appelaient ce lieu la Forge de Vulcain. Afin de produire du sulfure d’aluminium et potassium alors utilisé comme hémostatique, on construisit en 1700 sur la Bocca Grande une haute tour de maçonnerie où se condensait la vapeur chargée de ce composé. Mais elle fut détruite par l’un des fréquents séismes qui secouent la région, à la suite de quoi une nouvelle fumerolle apparut.

 

527h Volcan Solfatara

 

Le fait de ne pas rester au fond du cratère et de s’approcher des pentes internes du volcan n’empêche pas de voir aussi, ici ou là, une vapeur blanche s’élever. Mais si nous restons quelques jours ici, il paraît que ces vapeurs sont excellentes pour les voies respiratoires ainsi que pour combattre l’acné (mais dans ce domaine, j’ai légèrement passé l’âge de l’adolescence boutonneuse).

 

527i Volcan Solfatara

 

Les Anciens avaient construit ce petit édicule, à la fois pour canaliser des émanations et pour pouvoir mieux les respirer. Elles ne sont guère abondantes au moment de ma photo, elles l’étaient un petit peu plus lorsque nous sommes arrivés ici et sottement je ne me suis pas pressé à les fixer sur ma carte mémoire. Cependant il paraît qu’en plaçant près du sol une petite flamme, par exemple un bout de papier enflammé, on aide à la condensation, ce qui fait apparaître la vapeur plus abondante. Nous reviendrons donc avec un peu de papier et des allumettes pour vérifier ce phénomène.

 

Nous rentrons au camping, à deux pas. Je ne peux éviter d’y ajouter mes commentaires. C’est le meilleur, et de loin, de tous ceux que nous avons fréquentés, à l’exception de l’odeur du volcan, mais est-ce un inconvénient, si l’on profite aussi de ses effets curatifs ? L’entrée du volcan coûte 6 Euros par personne pour les visiteurs, mais elle est gratuite pour les clients du camping. Tout est propre et soigné. Les emplacements ne sont pas vraiment délimités, mais le camping est si vaste que l’on dispose de toute la place souhaitée et personne n’a l’idée d’aller se coller contre un autre camping-car. On a le choix d’un emplacement à l’ombre ou au soleil. Et le camping dispose d’une piscine et d’un sauna alimenté de vapeur naturelle du volcan, tout compris dans le prix de la journée. Et puis c’est impressionnant et merveilleux d’être à l’intérieur d’un cratère de volcan en activité, mais cela présente l’inconvénient que les ondes radio ne passent pas. Recherchant sans cesse un émetteur sans le trouver, nos téléphones portables vident leurs batteries à vitesse grand V et nous n’avons aucune liaison.

 

Dernier détail : Lors de notre installation, nous avons eu la visite d’une jolie chatte venue nous observer et nous jauger. Elle faisait semblant d’être timide, mais n’était nullement effrayée et accueillait favorablement nos caresses. Depuis, elle est repartie sans dire arrivederci, mais c’est un chaton à la robe "de gouttière" qui nous a adoptés. Tandis que j’écris, il est en boule sur mes genoux. Un peu agité, il se redresse souvent pour réclamer des caresses supplémentaires, mais malgré ses efforts pour m’empêcher de terminer la rédaction de mon article, je suis parvenu à ce moment où je vais mettre le point final.

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Published by Thierry Jamard
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